L’humour du désastre…

Audrey Camus, « L’humour du désastre : un Spoudogeloion post-exotique ? », p. 127-147 dans Défense et illustration du post-exotisme en vingt leçons…, 2008.

Fille des terribles désillusions du XXe siècle, enfantée sur les décombres de ses catastrophes, l’œuvre d’Antoine Volodine est une œuvre noire, dévastée. Parmi les villes en ruines, les steppes désolées et les forêts tropicales peuplées d’araignées, ne subsistent que quelques pauvres hères confrontés à l’effondrement d’un idéal utopique dont il est devenu aussi vain de vouloir se déprendre que de prétendre le perpétuer. Et, tandis que les combattants exsangues meurent un à un sous nos yeux dans la torture et la folie, sans cesse se rejoue dans ces pages l’échec de ce qui aurait pu advenir, de ce qui n’est pas advenu.

Au cœur de ces livres que depuis le premier d’entre eux l’on n’imagine que traînant dans les déjections et le sang, surviennent pourtant, inopinément, des éclairs de drôlerie d’une fantaisie incongrue. Ces fulgurations, l’auteur les rattache à ce qu’il a baptisé du joli nom d’humour du désastre. Nombreuses au fil de l’œuvre, qui tient toujours son lecteur en équilibre instable entre le rire et les larmes, elles tendent à prendre une place prépondérante dans les deux derniers livres parus. Alors que le premier nous propose une retransmission en direct du Bardo, mêlant allégrement au livre sacré des morts tibétains recettes de cuisine et numéros de clowns, le second met en scène de drôles de bêtes dans une parodie dynastique burlesque1.

C’est ce mélange étrange, dans le rapport complexe qu’il entretient avec la tradition comico-sérieuse, qui fait l’objet de notre analyse.


1. Antoine Volodine, Bardo or not bardo et Nos animaux préférés, Paris : Éditions du Seuil, 2004 et 2006.

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