Journal LittéRéticulaire

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vendredi 30 septembre 2005

Voilà ce qui arrive quand on remue trop la poussière !

Tout était resté en l'état chez moi depuis à peu près le 9 mars... Un peu de rangement et d'aspirateur de temps en temps, par Bikun ou par moi, mais en gros ça n'avait pas bougé. Depuis son départ non plus. Et pour cause, j'étais en France ou à Tokyo. Ce matin, au lieu d'aller au sport, je m'attaque donc au ménage et au rangement à grande échelle, sur les 4 pièces en même temps, déplaçant aussi toute la chaîne hi-fi dont le lecteur de cédés ne fonctionne plus (elle avait été achetée en 1993) pour qu'elle serve bientôt à récupérer plus de 200 MD en MP3, soit tous les enregistrements de France Culture effectués entre 1998 et 2001, si ma mémoire est bonne, c'est-à-dire jusqu'à ce que j'acquière le logiciel Total Recorder qui enregistre directement le son reçu par l'ordinateur.
Tout ça, c'est au moins aussi crevant que le vélo, les haltères, etc., sauf que je ne peux pas lire en même temps.

Déjeuner avec David et deux autres collègues, dans un restaurant nommé Kamakura (bien que l'on soit à Nagoya), à moins de cent mètres de chez moi. C'est dans ce restaurant, qui portait alors un autre nom (ce que je m'explique mal puisque la décoration japonaise rustique est exactement la même), que notre département avait officiellement remercié Henri Meschonnic de sa venue pour une conférence sur les Psaumes, fin octobre 2002, en marge du colloque Hugo qui se déroulait à Tokyo. On avait aussi déjeuné chez Chitaka, le restaurant de tonkatsu maintenant disparu, on avait visité un peu le campus, été en voiture dans le beau quartier de Kakuozan, etc.
De ces lieux délavés par les ans, rendus transparents à mes yeux par les passages quotidiens, j'ai aujourd'hui du mal à croire qu'ils ont pu être le théâtre d'événements exceptionnels — alors même que j'en ai de vifs souvenirs, qu'il y a des photos, des témoins, etc.
Voilà ce qui arrive quand on remue trop la poussière !...

Reprise intensive des consultations du dévédé de la revue Europe, pour finaliser un article. Au passage, je tombe sur Jean Cayrol (citation à venir demain)...
À relire ainsi une cinquantaine d'articles étalés sur une trentaine d'années, je ne vois pas passer les deux heures de shinkansen. Un peu comme s'il allait encore trois fois plus vite...

jeudi 29 septembre 2005

De la tenue quand ça pète

L'une des choses dont je m'amuse chaque jour (il m'en faut peu...), c'est de ne pas savoir le titre qu'aura mon journal. D'ailleurs, je le commence le plus souvent sans savoir ce qu'il contiendra, sans même connaître le ton (la voix ?) qui va me venir. Alors le titre...
Je me dis à l'avance que je vais traiter de tel bout de livre qui m'est resté en mémoire, à une page que j'ai cornée, de tel aspect d'un film qui vient de me marquer. Et puis parfois je ne le fais pas, emporté par autre chose, dont je me dis au bout d'un moment que ça prend déjà assez de place, comme conscient d'une mesure, d'un calibre que je respecterais sans y être tenu.
Cela m'en fait bien un exercice à la fois de discipline et de liberté.

Discipline et liberté ne sont pas des mots qu'emploierait facilement le narrateur de Lendemain de fête. Il en est revenu, de ces mots-là. Pourtant, c'est bien de ceux-là que l'écriture de Jacques Séréna se nourrit pour se structurer. L'espèce d'opiniâtreté avec laquelle le narrateur se maintient dans des marges sociales (travail, logement, propreté, relations, sexualité) confine bien à la discipline — « j'avais le pathétique machinal, d'après lui, ou le sordide.» (p. 164) — tandis que l'illusion de départ (s'il y a jamais eu un départ, pour cet homme-là) était de ne faire que ce qu'on veut, sans concession, hypocrisie, comme sont obligés de le faire ceux qui tiennent à leur position, sans croire à la réussite ou à la richesse. Entre les deux, forcément, la corde est raide.

« Puis elle reprend sur moi, je ne suis jamais sorti de mon coin, n'ai rien lu, et j'ai un sens inné de la vie, ils me trouvaient malsain bien sûr je le suis mais subtil quand on me revoit, ma façon d'être, ça l'a remuée comme ça ne lui était arrivé qu'une fois avant avec Sang de chien de Savitzkaya à quatorze ans dans sa pinède seule avec ses fourmis.» (Jacques Séréna, Lendemain de fête, p. 46.)

Cet après-midi, au séminaire de français par le cinéma, on commence à visionner Bon Voyage.  Sûr que le film ferait l'affaire, je me demandais tout de même qu'est-ce qui faisait que je l'avais choisi, parmi tous ceux que j'avais envisagés. Soudain, en même temps que JFM qui allait quitter le secrétariat et qui jetait un œil sur le générique du film, j'ai vu et compris ce qui avait pu faire la différence, peut-être — encore une affaire de ton, de voix : le scénario est co-écrit par Jean-Paul Rappeneau, qui signe la mise en scène, et... Patrick Modiano !
Est-ce par sa seule présence (ou est-ce grâce aux deux), que les dialogues ont souvent cette finesse retenue, et de la tenue quand ça pète (forcément, pendant la guerre, ça pète à plusieurs moments) ? Est-ce de son fait que plusieurs personnages ne nous lassent pas d'être mystérieux et imprévisibles ?
Et puis d'excellentes répliques parfois — lapidaires.
En juin 40, alors que tout le monde fuit Paris, on téléphone au théâtre que Viviane (Isabelle Adjani) a déjà quitté pour Bordeaux. Un technicien répond ça, qu'il n'y a plus personne, et qu'il reste, quant à lui. On ne sait pas quelle question lui est posée, dans le téléphone, mais il répond, fataliste : « J'apprends l'allemand.»
À Bordeaux où le gouvernement tente de s'installer, le ministre joué par Gérard Depardieu est excédé. Il n'a pas encore convaincu les autres de signer l'armistice et d'appeler Pétain à la rescousse, mais il se dispute avec sa maîtresse, Viviane. On entre pour lui annoncer que la voiture est en bas. Il répond sans réfléchir : « Qu'elle monte ! » — avant de se reprendre.

Je vais finir, pour aller me coucher. Et lire quelques pages de ce livre étrange que j'ai reçu récemment, dont je n'ai lu que six pages, avec des paragraphes — d'y reconnaître ici aussi une voix familière — déjà relus trois ou quatre fois. L'incipit :
« Les hélices du gros-porteur débroussaillaient l'air. L'appareil vira sur l'asphalte mouillé, dessina un lent C, compliqué en S, s'octroya un jambage insignifiant pour esquiver une rampe de balises, enfin bringuebala vers les hangars de fret, fendant l'eau de lignes délayées aussitôt dites. Tout au loin, le ciel s'abattait, noir, il allait encore pleuvoir en présence du soleil, il pleuvait déjà. Le soleil disparaîtrait. Toute la semaine, il avait fait ce temps.» (Alain Sevestre, Les Tristes, Gallimard, 2005, p. 9.)

mercredi 28 septembre 2005

Pour mieux nous asservir

Temps frais, collègues et étudiants encore habillés léger — ça fera des rhumes la semaine prochaine !
Deux cours et une réunion, tout cela très calmement. Rien à en dire. Lecture de Séréna au sport, j'y reviendrai peut-être demain...

« Toi et ta presse, vous avez crié au scandale, faisant appel à la légalité.
Ta légalité à toi, c'est séquestrer les ouvrières depuis le bureau d'embauche en pleine jeunesse jusqu'à la sortie du tunnel où nous attend le champ des chrysanthèmes.
Notre légalité à nous, c'est la justice populaire, et celle-là, elle est à cran d'arrêt.
Tu vas essayer d'éliminer ce que tu appelles dans tes rapports des meneurs.
N'oublie pas que notre plus grande victoire, c'est l'unité que nous avons forgée dans la lutte, avec nos propres forces. C'est l'unité avec nos maris qui ont pris conscience de nos luttes de femmes. C'est l'unité avec les autres usines. Et notre combat a fait tache d'huile, et s'il le faut un jour fera tache de sang.
N'oublie pas : le plus important, ce n'est pas encore ces mesures que nous t'avons arrachées. Le plus important, c'est ce qui a changé dans nos têtes : nous avons pris le droit de parler, le droit à l'action, ces droits que, depuis toujours, vous, les patrons, vous réservez pour mieux nous asservir.
Et pour ces droits, nous nous battrons avec violence. Pour les conquérir. Pour les garder. Jusqu'à ce qu'un jour, vous ne les ayez plus.»
(Dernières paroles de Coup pour coup.)

Je cite cette harangue qui clôt le film de Marin Karmitz de 1972, non sans faire penser à du Léo Ferré ou du Mama Béa, pour faire écho au bref piratage d'un bâtiment de la SNCM, sans prendre parti pour les uns ou les autres mais pour contextualiser cette action illégale et la mettre dans une perspective historique.
Depuis la création des usines (XVIIIe siècle, en gros), les ouvriers et les ouvrières (et leurs enfants) ont été traité(e)s comme une sous-humanité corvéable par une sur-humanité. En trois siècles, aucune amélioration des conditions de travail n'a été obtenue par la seule volonté d'un patron qui, par simple humanité, par conscience de la dignité des êtres humains qu'il emploie, aurait souhaité rendre agréable le travail (du verbe agréer, ce que l'on accepte avec bonne volonté). Le patronat explique cela par le pragmatisme et la concurrence. Je crois que cela ne suffit pas, il faut évoquer un profond mépris à l'égard des personnes employées, considérées comme des machines, d'ailleurs progressivement et avantageusement remplacées par de vraies machines.
Les luttes d'aujourd'hui sont de plus en plus désespérées et de moins en moins soutenues par le reste de la population, tant chacun s'accroche à ce qu'il a, dans un contexte où ce qu'on a est peau de chagrin. Cet aspect de fatalité dans la régression des avantages sociaux a été obtenu par une structuration de plus en plus complexe des rouages des entreprises, elles-mêmes de plus en plus étendues — au point que pour séquestrer un patron, comme on le voit dans le film, il faudrait souvent faire aujourd'hui des milliers de kilomètres et investir une tour gardée par une armée autorisée à tuer. L'enveloppement des employés dans leur employabilité est beaucoup plus retors que la surveillance des contremaîtres d'autrefois. Les gouvernements eux-mêmes ne font plus la loi dans les entreprises qui consentent à s'installer sur son territoire.
Mais tout cela est déjà bien connu. Ce que ce film, Coup pour coup, m'a rappelé, c'est que chaque génération doit prendre de force ce qui lui est (le strict) nécessaire en inventant son mode d'action, adapté aux circonstances. Je suis d'accord avec Olivier Rolin (dans Tigre en papier) pour dire qu'après sa génération, ceux qui sont venus n'ont pas pu inventer ces actions, ils en ont été empêchés par leurs pères-mêmes. Pères qui n'étaient pas les quelques milliers de manifestants de 1968, mais les centaines de milliers du même âge qui n'étaient justement pas manifestants en 1968, qui ont pris place peu après dans les directions d'entreprises, les ont remodelées pour les rendre en quelque sorte inaccessibles (délocalisées), invisibles (anonymisées), dématérialisées (actionnariat, cotation), et qui, pour beaucoup, y sont encore.
Il est aujourd'hui plus simple de se suicider socialement que de lutter pour améliorer les conditions de travail — d'autant qu'il faudrait déjà en avoir, du travail.
Je conseille sincèrement à tous ceux qui sont victimes du syndrome de Houellebecq de regarder ce film, en pensant que leur mère, leur tante ou leur cousine, aujourd'hui âgée de 55 à 65 ans, était en 1972 comme ces jeunes filles de l'atelier de couture, si bien filmé(es) durant le premier tiers du film.
Dans un des suppléments, Karmitz de 2003 explique le danger social que déclenchait ce film partout où il était projeté, en 1972, qu'il n'a conséquemment plus trouvé de travail comme réalisateur après cette date, qu'il s'est alors tourné vers l'exploitation de salles puis vers la production de films...

mardi 27 septembre 2005

Provision de sucre et d'oxygène

On a rempli les soutes et les réservoirs, fermé les écoutilles, largué les amarres, fait provision de sucre et d'oxygène, serré les derniers boulons, mis de l'huile et lâché du lest. On est prêt pour la rentrée des classes. Levé aux aurores, douché, briqué, enfourné dans un shinkansen, exfiltré par un métro, je touche la poignée du bureau une heure avant d'aller retrouver mes ouailles. Et comme il y a quand même des jours où ça se passe bien, je trouve des oreilles propres dans lesquelles le son passe bien, des bouches qui articulent sans changer les fréquences, des cerveaux allumés qui modulent et démodulent en deux langues. On va faire un carton, ce trimestre.

C'est tellement loin déjà, tout ça : j'ai même oublié de signaler avant-hier la clôture de l'Expo Aichi 2005. Quelques images et quelques chiffres aperçus à la télévision font bien comprendre qu'il n'y a pas eu l'affluence attendue, que la quasi-totalité des visiteurs ont été des Japonais — ce qui n'a pas empêché des 4 ou 6 heures d'attente pour visiter l'un ou l'autre des principaux pavillons nippons (mauvaise organisation ? Excès de sécurité ?...). Bien sûr, il y eut l'heureux temps partagé avec Bikun. Et ce jour pluvieux où j'y suis allé avec Jean-Philippe Toussaint.
Il paraît qu'il y avait un pavillon français... Pas vu.

Dans mon courrier, j'ai eu le plaisir de trouver une grosse enveloppe avec dedans : Henri Meschonnic, la pensée et le poème. Sous la direction de Gérard Dessons, Serge Martin et Pascal Michon, Éditions In Press, 2005, 276 p (ISBN : 2848350857). Il s'agit des actes du colloque de Cerisy consacré à HM, avec HM, en juillet 2003, et auquel j'ai eu l'honneur et le plaisir de participer. Ce fut mon premier séjour à Cerisy et c'est à cette occasion que naquit le projet du colloque qui a eu lieu le mois dernier, sur un tout autre sujet, bien évidemment. Ma modeste intervention (c'est ce qu'on dit en telle occasion) y côtoie donc celles de Bernard Noël, Jacques Ancet, Béatrice Bonhomme ou Jean-Louis Chiss, pour n'en citer que quelques-uns. Quelques passages à citer dans les jours à venir...

Oui, l'annulation de la dette, me rappelle très justement David entre deux balles de ping-pong — et avant son fou-rire de 17h45. Éh bien, l'annulation de la dette, je la demandais le 1er janvier, tout simplement. À croire que quelqu'un du FMI lit mon journal... Quoique : faudrait voir ce qu'on appelle annulation.
Ici, je retrouve la joie d'échanger des balles et je comprends ma défaite de dimanche : manque d'échauffement !

J'ai peut-être été un peu dur avec Doubrovsky, hier. En repensant aux entretiens que j'avais pris plaisir à écouter, je me demande pourquoi son écriture me laisse une impression globalement désagréable. Facticité et complaisance, disais-je ? ou autre chose ? Faudrait reprendre le texte... au moins un peu...
Si je cherche quelque chose de « déstabilisant pour le raisonnement », comme Marie.Pool le suggère ? Un vrai chercheur peut-il faire autre chose ?...
Pour les marécages Duras, n'ayez crainte, on va y revenir. On ne va peut-être même faire que ça pendant trois mois. Y patauger, dans le Ravissement...

lundi 26 septembre 2005

Zoom nu

rivé à l'œil
l'appareil-photo
zoom nu
mérique à fond
flash
après flash épingle
sur de mitoyennes fleurs parasites
butinant comme on
narguerait
l'une de nos chenilles
verte et noire et prodigue et vibrante

(montage de deux clichés du même papillon)

« Trois Noirs américains sur quatre pensent que la lenteur des secours à La Nouvelle-Orléans est due à la race des victimes. Trois Blancs sur quatre pensent que ce n'est pas le cas. Quoi qu'il en soit pour cette catastrophe-là, il y a bien deux pays aux Etats-Unis, et La Nouvelle-Orléans n'était pas dans le bon.» Telle est la conclusion d'un excellent article d'Esther Duflo dans Libération du jour — pour une fois que je lis la presse...

J'ai fini hier soir le livre d'Antoine Emaz, au lit. Je n'en étais pas triste. En fait, je n'avais pas l'impression de le finir. Ça ne finit pas comme on pourrait dire que finit une histoire, un récit, un essai ou même un poème. C'est un des avantages des livres de fragments, même lorsqu'ils sont composés avec soin, il leur reste suffisamment de jeu, d'air qui passe entre les fragments, les groupements de fragments, qu'ils ne commencent ni ne finissent vraiment. Il me reste maintenant à entreprendre la poésie d'Emaz elle-même, si l'on veut bien que Lichen, lichen soit la mousse sur laquelle on marche pour y accéder.

Souvent, d'où l'on s'assoit au Saint-Martin, j'entends quand le cuisinier met les frites dans le premier bain d'huile. Un bouillonnement caractéristique, assez rapide pour saisir la chair de pomme de terre, mais pas cette violence sautante qui la durcirait trop tôt... J'en souris, T. sourit, Yukie sourit, une vraie complicité.

J'ai avancé aussi, quittant Emaz, après sas de pressurisation, dans le Lendemain de fête de Séréna. Puissamment poisseux et intéressant. Pas d'excès dans le glauque, juste un personnage narrateur qui essaie de surnager dans les naufrages de sa vie, avec un entêtement qu'il ne comprend pas lui-même. En même temps qu'à Beckett que je citai l'autre jour, cela me fait repenser à l'écriture quand même plus délicate de Jean Cayrol, puis à celle plus terrible de Fred Deux. En tout cas, j'avais bien fait d'arrêter Doubrovsky ! — factice façonnage d'un universitaire et complaisance dans la catastrophe ; rien de tel chez Beckett, Cayrol, Deux ou Séréna.

« Avant il ne me ressemblait pas du tout, au contraire. Je ne le revois pas bien mais je me souviens de l'avoir trouvé assez beau, beau et attachant, par rapport à l'idée qu'on se fait des étudiants en sociologie en général, mais par rapport à l'idée qu'on se fait des étudiants en sociologie en général pratiquement tout le monde est attachant.» (Jacques Séréna, Lendemain de fête, p. 24.)

« Honnêtement, ce mot qui lui revient encore, là ou là. Il s'en servait beaucoup au début, quand il dépliait sous son cul une page de magazine avant de s'asseoir. C'est fatal, à se croire honnêtes ils ne batifolent pas, se retrouvent fatigués quand même, croient que les autres se sont éclatés, alors ils en veulent au monde de ces orgies auxquelles ils n'ont pas pris part, et finissent par vouloir qu'on les interdise à tout le monde. De toute façon, ceux qui se croient encore honnêtes sont chiants, parlent sans arrêt d'honnêteté, ceux qui se savent tordus parlent moins.» (Id., p. 53)

dimanche 25 septembre 2005

Laisser le désordre travailler

____________________Toast____
___Il est carré, il est mou, il est blanc
___Il va devenir légèrement croustillant
___Le beurre y fondra, le miel y coulera
___Vite dans le thé, tout ça ramollira

Ing-Ong, sans P.
Sans Précision ni Puissance, j'ai été battu par Hisae, par Katsunori et par Manu. Pas ma fête ! Juste passé un smash ; les autres coups sont restés dans le bras...
Pourtant, j'avais bien dormi, pris des vitamines, mis un maillot de sport rouge gagnant (勝), presque remporté une manche contre Hisae (13-11 !). Puis tout s'est détraqué...
Comme pour me consoler, Manu propose d'aller déjeuner à la crêperie Le Bretagne d'Omote-Sando. C'est à un quart d'heure à pied — presque une heure en fait, parce qu'on découvre un magasin de I-River, on visite une boutique Armani/Casa construite par Tadao Ando (ai un peu galéré pour trouver le site web...), etc. Toujours aussi bien, cette crêperie, le lieu, les crêpes, le service. À 13h15, on a eu une table pour quatre. Quinze minutes après, c'était complet.
Par hasard, première fois qu'on parle poterie ensemble ; un intérêt commun à approfondir (un stage poterie quelque part un de ces jours ?...). Puis, sous la crêperie, à la librairie d'art Nadiff, pour se nourrir d'autre chose avant de se quitter.
Revenu à Ichigaya, près du supermarché Hanamasa, ce bosquet en fleur à hauteur de pots d'échappement. Des fleurs qui ressemblent furieusement à des fleurs de courgette (en sont-ce ?) — Ah ! Les délicats beignets mangés à Paris le mois dernier...
Depuis des années, les appareils-photos se succédant, je cherche à faire cette photo de l'Institut en contre-plongée — et je n'y arrive pas. Chaque fois que je passe, je la vois dans ma tête. Quant à la réaliser... Il y a l'excès de lumière qui confond le blanc du bâtiment, le trop faible recul même avec un grand angle, etc.
Cette fois, ce n'est quand même pas trop mal, je crois. Surtout avec la vieille maison de droite, le minuscule temple et les chapeaux jaunes des deux enfants.

Pour revenir à la voix littéraire de mercredi et jeudi...
« Tous les poètes dont j'estime le travail ont des voix singulières, parfaitement reconnaissables. S'il y a une communauté de poètes, c'est une communauté de solitudes. Ceci n'empêche bien sûr ni l'amitié ni la fête, mais en écriture, chacun avance seul. Il en a peut-être toujours été ainsi, et c'est bien pourquoi je ne crois pas aux groupes, aux écoles, aux -ismes...
[...]
Mieux vaut laisser le désordre travailler. Avec un peu de patience, l'ordre s'établira : ordre précaire, variable sans doute suivant le lecteur, mais ordre. Donc ne pas s'interdire, ne pas s'obliger. Dans la force-forme qu'est un poème, se confier à la force, au risque aveugle qu'elle propose, quitte à être désorienté, apeuré. La forme ne peut être inexistante : il ne faut pas s'en préoccuper, mais s'en post-occuper.
[...]
Si une œuvre reste active, c'est que d'une façon ou de l'autre, elle a trouvé une force-forme capable un peu durablement de s'adresser au lecteur et de le mettre en route. Cette force-forme neuve, c'est peut-être ce que j'entends par
voix (Antoine Emaz, Lichen, lichen, p. 87-89).

samedi 24 septembre 2005

Vers où coule à flot l'argent

Pour continuer la préparation des cours et aider T. dans sa rédaction, on renonce à aller déjeuner au Saint-Martin. Belle abnégation (on n'est pas les seuls). D'ailleurs, il pleut ; il paraît qu'un typhon approche ; et c'est bel et bien l'automne. Salade, jambon et pain toasté (le grille-pain récemment acquis tourne à plein).
En fin d'après-midi, rendez-vous avec un nouvel émigrant français et sa fiancée japonaise, B. et R.. Un mariage en préparation. De nouveau, les galères administratives et professionnelles bravées par deux personnes dans le soutien mutuel. Et tous mes vœux.

« L'erreur tient peut-être à une sorte d'obligation d'écouter les médias pour être informé — obligation intériorisée — je ne peux pas ne pas être informé... Erreur parce que l'on devrait pouvoir aussi couper, interrompre, et s'occuper du jardin, de la famille, du ciel, sans honte (Antoine Emaz, Lichen lichen, p. 77)

Explosion du prix de l'essence (et vers où coule à flot l'argent ?).
Emplois détruits chez HP, pour gagner encore plus (nos politiques plus fantoches que jamais).
Bénéfices records des multinationales, précarité croissante de l'emploi (y a-t-il un milieu ?).
Détour de Marseille à Toulon, pour l'Algérie via la Tunisie (qui coince qui ?).
Bush et les médias attendent Rita de pied ferme (séduction des survivants et des réfugiés).
Etc.

Ces informations toujours plus nombreuses, la terreur sur nous.
Leur message subliminal : contentez-vous de ce qu'on vous laisse...

vendredi 23 septembre 2005

Contention

T. va au temple pour les cérémonies d'équinoxe, avec sa sœur aînée et la fidèle garde-malade de feu son père. Ici, je lis, j'écris des courriels, je fais des courses, j'ai un rendez-vous avec un ami. À 17h30, devant l'entrée de l'Institut, c'est fou ce qu'il y a comme gens qui pensent que ça serait ouvert un jour férié...




Jour mi-jour mi-nuit
moite moitié de jour
nuit à moitié nue





creuse la journée
brise notre été
contention du jasmin dans son pot.




Belle intervention du libraire Christian Thorel, sur les procédés de la rentrée...

jeudi 22 septembre 2005

L'inconnue du nombre fait hydre

En écho d'hier soir...
« Votre voix au téléphone était légèrement altérée comme par la peur, intimidée. Je ne la reconnaissais plus. C'était... Je ne sais pas le dire, oui, c'est ça, c'était la voix de vos lettres que j'inventais justement, moi, quand vous aviez téléphoné.» (Marguerite Duras, Yann Andréa Steiner, P.O.L., 1992, p. 14)

Une voix. Un ton. Une coloration. Une ambiance. Il y a de ces termes qu'on emploie pour parler des livres, que la plupart d'entre nous seraient bien incapables de définir. Tout en sachant qu'on ne parle pas du style. Trop chargé par les emplois majusculaires et par les gloses universitaires, le style ne peut plus concerner notre rapport intime au texte. De plus, il est en amont du livre, il a rapport avec le faire de l'écrivain, l'atelier, le brouillon — et ce qu'une mauvaise vulgarisation de la génétique textuelle a littéralement cadavérisé. Ou transformé, en fétiche ou en marché (écouter ce qu'en dit Christine Angot dans l'entretien d'hier avec Mathilde Monnier et Laure Adler).
La voix, le ton, etc., semblent plus facilement à la portée de chacun. Le livre est une boîte noire ; l'ouvrir met en marche un processus que le lecteur subit et agit en même temps. Tout juste peut-il essayer de s'observer subissant et agissant. Nombreuses façons de subir, d'agir et de s'observer subissant et agissant sont à envisager... Tous les goûts sont dans la nature. Voilà qui devrait permettre d'élargir la palette étroite proposée par Barthes dans Le Plaisir du texte.

En cette matière comme en d'autres, je me méfie des poseurs qui tranchent cyniques en public. Selon les propos toujours instructifs de Philippe De Jonckheere (dans son bloc-note du 18), Frédéric Madre descend les blogs en flamme. Il faudrait vérifier et approfondir, mais en l'état, ce serait plutôt une pose, du snobisme, voire une forme d'auto-défense. Quelqu'un qui n'a pas vu venir le blog ? Qui n'a pas su quoi en faire, ni comment le détourner ? Comme les autres médias et supports, le blog n'est pas mauvais en soi : il n'a que de bons ou de mauvais usages — ou des usages insipides, ou des usages commerciaux, ou des usages criminels, etc.

Qu'est-ce qui hiatusse dans le blog ? Ce qui le diffère du site perso, c'est que ça se date (ça se périme) et ça répond, il y a des commentaires (possibles). Comme du forum ? Comme du forum, mais centré sur un seul auteur, ça redonde autour de lui, éventuellement ça le flatte trop, il compte ses lecteurs, ses hits, ses commentaires, ça lui gonfle les chevilles, il cabotine à la fin, sans s'en rendre compte (il a besoin d'amis qui le lui disent — dites-le-moi si c'est le cas ici). Comme du courriel ? Comme du courriel, mais exposé au public, formant un spectacle pour des voyeurs — les pires des lecteurs ne sont pas parmi ceux qui commentent. Parmi ceux qui ne commentent pas, la majorité passive, il y en a quelques-uns qui bouillent et qui aigrissent de ne pas commenter ; leur ressentiment est infini ; il n'ont pas peur du blogueur, ils ont peur de ses lecteurs, que l'inconnue du nombre fait hydre. Peur du qu'en-écrira-t-on, qui fera le tour du monde. La cyber-honte !
« À la schlague et au coin, le blog. [...] Dehors, les visiteurs.», dit Frédéric Madre. Pour ma part, j'ai traité le sujet en des termes plus respectueux des lecteurs (Qui ignore ses lecteurs / protège sa candeur), m'incluant, lecteur d'autres blogs que le mien.
Bien sûr, il n'est question ici que des blogs ayant des propriétés littéraires, ceux dans lesquels une voix s'affirme, se cherche, fouit le réticule. Les autres, ça n'existe pas.

Je signale à mes amis du GRAAL (reprise le 3 octobre, plutôt que le 26 septembre) que JCB vient de commencer (en beauté) l'étude du tableau de Delacroix, Femmes d'Alger dans leur appartement, titre du recueil d'Assia Djebar, de qui Jacques traite aussi... On nous gâte.

mercredi 21 septembre 2005

Avais-je la vie belle ?

Avoir vingt ans, cela n'arrive pas à tout le monde, hélas... Mais cela arrive parfois à une émission de radio. Le rouge allumé, Alain Veinstein nous a livré, ce 17 septembre, la 4700e, le Du jour au lendemain des Du jour au lendemain. Et pas en extension, en collant les meilleurs bouts, le best of de l'anecdotique d'un morceau de siècle, non. En compréhension, en finesse, en profondeur, radicalement aussi, et émouvant, et sérieux, et drôle aussi.
Moi, ça fait moins de dix ans que je l'écoute, depuis l'accès réticulaire. Et de tout ce temps à écouter toutes sortes d'émission, quand même, le DJAL, comme je le nomme dans mes archives mp3, reste une de mes préférées. Pour son ton, son intimité, son risque.

« Les plus beaux livres, au fond, ce sont les personnes. Porteuses de l'éloignement, de l'étrangeté, et de ces paroles, si rares, auxquelles on peut se raccrocher dans le silence de mort de la nuit, alors que vous ne trouvez pas le sommeil, peut-être, et que vous ne nous écoutez que par défaut, faute de mieux, plutôt que de vous tourner et de vous retourner dans votre lit. Une question improbable... Quelqu'un va parler... Et contre toute attente, vous êtes comme un héritier à l'ouverture d'un testament dont vous ignoriez l'existence. Vous vous retrouvez tout d'un coup détenteur d'une manne, complètement inattendue. Toute parole, vous le savez bien, ne donne pas ce sentiment de force. Les discoureurs, les spécialistes ravis de faire étalage de leurs connaissances ne nous offrent pas cette chance. Les coqs beaux parleurs vont vite déchanter. Ils jouent une forme morte. Je préfère les interlocuteurs grâce auxquels je désapprends tous les jours. Je tiens beaucoup à mon ignorance.» (Alain Veinstein, DJAL du 17/09/2005)

Puis, citant Hofmannsthal, ca[1894] (Les mots ne sont pas de ce monde, chez Rivage poche) :
« Pour la plupart des gens, savoir beaucoup de choses n'est rien d'autre qu'une ignorance cachée et terrible. Les spécialistes cultivés sont les pires qui soient. Pédants et bornés, ils ne voient pas que l'essentiel, c'est que chacun de nous vive sa vie, sa vie particulière, qui lui a été donnée, à laquelle il a été donné de façon inéluctable, et qu'il la vive de façon aussi vraie que possible, aussi belle que possible.»

Que faisais-je le 17 septembre 1985 ? Avais-je la vie belle ? Je n'en sais fichtre rien. Pourtant, j'ai nécessairement fait quelque chose. Il y a quelques vieux agendas, stockés je ne sais où, qui diraient peut-être ce que je faisais un mois après avoir quitté le Camp de Canjuers, la caserne du 1er Régiment de Chasseurs, le Service National, du temps où il existait encore — un autre temps.

Répondant avant-hier à la question de JCB sur la déco du blog nouveau, pour faire un point clair (Dotclear...), j'ignorais comme Jourdain la prose qu'il décortiquerait ma réponse. Je l'en remercie trois fois d'une profonde révérence car je saurai désormais où diriger ceux qui me questionneraient... Parce que le rappel des mille grues me treuille à nouveau vers Hiroshima mon amour, perspective imprenable pour entrevoir Lol V. Stein... Enfin pour avoir employé avec pertinence le terme littéréticulaire que je n'ai pas forgé pour mon seul usage.

Rendez-vous avec Laurent au café Goto de Waseda (où je ne prends pas de gâteau au fromage, alors que c'est le meilleur du monde — régime oblige). Il me remet en main propre le précieux ouvrage que je l'ai prié d'aller chercher à la librairie Compagnie avant-hier, avant de prendre son avion de retour le jour officiel de la sortie dudit ouvrage. Il s'agit d'une édition originale de Fuir... Jean-Philippe Toussaint devrait savoir quel numéro j'ai demandé.

Si le lieu choisi n'est pas un repaire d'espions, on y trouve tout de même plusieurs personnes qui iront ensuite au même endroit que nous : la conférence de Dominique Rabaté, de Bordeaux 3, invité par l'université de Waseda.
Titre : « Sujet ou voix ? remarques de méthode.»
En très gros : comment s'en sortir, méthodologiquement donc, pour expliquer ce qu'on veut dire quand on parle de voix dans un texte ? Ça se dit aussi bien d'un Céline que d'un Duras, a fortiori d'un des Forêts, le des Forêts du Bavard, que Rabaté a beaucoup étudié. Mais qu'est-ce que ça veut dire ? Pour certains, il s'agit des conditions de mise en voix du texte, en aval donc de sa première lecture et comme extérieurement à lui, ce pourquoi le texte serait une sorte de cahier des charges, je cite. Pour d'autres, il s'agit d'un retour en contrebande du sujet, notamment sous la forme du personnage, voire du style. Pour Rabaté, c'est encore autre chose... Je ne sais pas encore si c'est comme pour moi, mais on doit être dans les mêmes parages.
Car justement j'en parlais pas plus tard qu'avant-hier, au sujet de Séréna. D'un texte de Deville à un texte de Séréna, je sentais ma lecture, comme un rayon de lumière arrivant en milieu dense, se réfracter, ralentir, s'alourdir. Comme d'un Pinget à un Beckett, d'un Toussaint à un Bon. Je les aime tous, là n'est pas la question. Tout comme il n'est pas question de la voix des auteurs eux-mêmes, bien sûr. Les voix des œuvres se répartissent en légère pour les premiers, lourde pour les seconds. Cette première distinction pourrait être suivie par d'autres, discussion socratique ou vision fractale, indiciblement jusqu'à l'exacte voix de chaque œuvre de chaque auteur. L'Opoponax de Monique Wittig aurait l'une des plus belles voix qu'il m'ait été donné de lire. Et ce n'est pas le style, non. C'est du continu de son-rythme-sens qui se réalise en moi quand le texte m'arrive par les yeux. C'est du ressenti et pas de l'intellectuel. D'où la difficulté de le dire. Je l'ai su avant de lire Blanchot ou Derrida. Je le savais alors sans le savoir. Ils m'ont fait savoir que je le savais. Peut-être que chacun le sait avant de savoir qu'il le sait. On n'est pas loin de ce que disait Veinstein dans sa 4700e — et de ce qu'il poursuit toujours. Rabaté ce soir, pour revenir à lui, m'y replonge. Il est aussi en pleine recherche de comment dire cela en tant que chercheur, et de comment le montrer pour que ce soit compréhensible par tous, alors même que pour chacun la voix d'un texte peut être indiciblement différente. Qu'il en soit ici remercié ; je le suivrai de près désormais.

mardi 20 septembre 2005

Le rythme des matraques

Temps lourd à Tokyo. D'ailleurs pluie en fin de soirée. Pas mieux pour demain. L'éclaircie, c'est notre retour au Saint-Martin, l'excellence retrouvée de son poulet-frites. Yukie vient de passer une dizaine de jours en France, elle est allée une fois au Bon Saint-Pourçain, rue Servandoni, qu'elle a trouvé très bon quoiqu'un peu cher.

Pour rester zen en lisant la suite, écouter le dernier album de Manuzik, ou quand Manu fait de la musique au lieu de jouer au ping-pong ou de faire chauffer des biberons. On peut même temporiser encore un peu en allant voir les premières photos que Bikun met sur son blog. Pour les bons élèves à qui le nom de Brice Petit ne dirait rien, commencer par un résumé de l'affaire, par exemple chez Jean-Michel Maulpoix.

« Je n’ose même pas parler du silence à pleurer de la hiérarchie d’une Institution qui semble se moquer éperdument du sort injuste réservé à l’un de ses serviteurs qui n’a jamais failli dans les tâches souvent supplémentaires qu’on lui a confiées. Si trois policiers qui ne disent manifestement pas toute la vérité ont droit au soutien inconditionnel de tout un arsenal institutionnel, un enseignant qui n’a pas menti et qui, un soir d’avril 2004, a fait son devoir d’homme, qui a répondu aux lois morales inscrites dans le cœur de chaque être conscient de la dignité de l’ « autre » homme, cet enseignant se trouve bien seul et se pose effectivement bien des questions sur l’état d’une école qu’il veut aimer. » [c'est moi qui souligne], écrit Brice Petit dans une lettre que reprend Remue.net ce jour, dans la continuité d'une solidarité du premier jour.
Au-delà de cette injustice flagrante dont un homme souffre — et qui pourrait être n'importe lequel d'entre nous pour peu qu'il défende un principe quand un Force-de-loi en abuse sous ses yeux —, ces phrases révèleraient-elles une autre inégalité qui nous concernerait tous : que les branches de l'appareil d'État n'auraient pas toutes la même force ?
L'Intérieur, la Police, l'Armée auraient la force de la loi — doigt sur la couture du pantalon ? (Si ripoux, les défendre mordicus, puis s'en débarrasser discrètos.)
En revanche l'Éducation, la Recherche, la Culture nous joueraient la farce de la loi — doigt sur la plume du chapeau ? (Précarité budgétaire et psittacisme réformateur, leurs deux gros mensonges, leurs casseroles.)
Et quand il faut un bouc émissaire, pourquoi le suivre ou le soutenir ? L'Affaire Dreyfus et l'Affaire Brice Petit auraient-elles une parenté ?
Entre les deux, la Justice — et ses plateaux détraqués. Ou trop traqués.

J'appelle un monsieur Force-de-loi ou une madame Force-de-loi un individu qui pense répression quand on lui dit sécurité, qui pense expulsion quand on lui dit misère, qui pense matraque quand on lui dit désaccord. Les fonctionnaires de police et les agents de surveillance ne s'appellent pas tous monsieur ou madame Force-de-loi. Il y a des Force-de-loi qui ne sont ni fonctionnaires de police ni agents de surveillance (ils attendent la moindre occasion pour former une milice). Beaucoup voudraient que leur chien s'appelle Force-de-loi. Certains voudraient être le chien Force-de-loi : baver, mordre, que ça menace...

Regardez-vous dans un miroir, prenez l'air sérieux et supérieur, raffarinez un peu, ou mieux, balladurez... et dites : « Ce que je pense a force de loi ! » Force de loi... Force de loi... Hein ! comme c'est rond en bouche !
comme ça vous pose ! Signez là. Vous êtes engagé. Si vous sarkozez, c'est encore mieux, vous serez chef d'escadrille !
Mais si vous vous esclaffez en entendant farce de l'oie, farce de l'oie, signez pas, surtout, vous avez pas l'oreille musicale ; ça vous plaîrait pas, le rythme des matraques...

lundi 19 septembre 2005

Écriture poisseuse et cambouis du code

« Une lumière rosée descendait sur le paysage et les ombres s'allongeaient.» (Patrick Deville, Longue Vue, p. 123) — à deux pages de la fin. Ça me rappelle Anne B. à la mi-août...

Quand on quitte l'agréable prose dentelée de Patrick Deville pour entrer dans l'écriture poisseuse — c'est un compliment — de Lendemain de fête (Jacques Séréna, Éd. de Minuit, 1993), on dégringole un sacré dénivelé. Finies les distanciations narratives et les jeux d'optique évasifs. Une voix vous alpague et vous tire pour regarder de près le taudis qu'est sa vie. À elle seule, que l'on sent rauque, elle vous construit pied à pied un univers de déglingue. Un mystère s'y dessine... J'y entre à tâtons...

« Comme lui, au début, quand il s'est mis à faire les trajets avec moi les gens comprenaient mal qu'un comme lui mène ce genre de vie. Ce genre de vie d'habitude c'est bien pour les comme moi. Comme les filles du genre d'Aline Hobt, c'est pour les comme lui, d'habitude. Comme quoi.
Il a souvent à la main son Reynolds, et sur ses genoux son cahier vert format écolier, il note des choses. Choses que j'ai dites, ou dit qu'elle a dites, ou des hypothèses, le pour, le contre, pour peser, confronter. Et parfois des espèces de poèmes. J'en ai lus, pendant qu'il les écrivait, ce n'est pas difficile, il écrit assez gros. Il m'a dit que ça lui venait comme ça, je l'ai cru sans peine.
Mais c'est aussi parce que, lisant par-dessus son épaule, j'ai surtout vu les passages écrits en gros, qui certainement étaient les plus nuls, c'est automatique, plus c'est nul plus on écrit gros. C'est comme ici, dans ce bar, quand on entend gueuler on entend rarement une vérité essentielle.»
(Jacques Séréna, Lendemain de fête, p. 13)

Ma matinée à explorer le php et le css de Dotclear pour comprendre comment c'est construit... Parce que paramétrer avec des cases à cocher, ça va, j'ai su faire depuis la semaine dernière. Mais là, si on veut changer des couleurs, un côté d'alignement, etc., faut entrer dans le cambouis du code, le codbouis. Voilà où j'en suis.

En fin d'après-midi, T. me sauve d'une journée sans voir le ciel en me proposant une balade à Ginza. À Paris, on n'est pas allé aux Champs-Élysées, mais à Tokyo on va facilement à Ginza. Je crois que je préfère, maintenant.
La vitesse à laquelle les grandes marques refont leur magasin de Ginza, l'une après l'autre, sans arrêt, pour capter l'attention de la clientèle de plus en plus riche, de plus en plus captive, de plus en plus flattée, ça devient comique, au fil des ans. Lanterne magique évolutive, c'est un spectacle où se mêlent pour notre regard cruel la beauté et le ridicule, le luxe de produits et l'addiction consumériste — nous qui n'achetons ce soir qu'un pot de miel et un morceau de mimolette.

dimanche 18 septembre 2005

(Ch)apeau de minuit...

Ping-pong aux étranges résultats... Je bats d'entrée Katsunori, pour me faire étaler juste après en trois manches par Manu. C'est le monde à l'envers ! Seule Hisae continue imperturbablement à gagner — elle reconnaît tout de même que le temps où on la battra n'est plus très loin (compassion ? coquetterie ?, je ne sais...). La plupart des manches ne sont gagnées qu'avec deux points d'écart, ce qui souligne l'ardeur des quatre. Assurément, une très belle reprise automnale, en accord avec le climat littéraire de Longue Vue, poursuivi dans le métro d'aller et de retour, et dont je vois le bout venir.
Au restaurant habituel (abandonné il y a quelques mois et auquel je proposais tout de même de retourner — pour vérifier ? pour contredire ?), les pâtes me déçurent : trop d'huile, pas assez de goût, quelque chose qui reste en bouche longtemps... Déjà la mauvaise habitude de la bonne sauce tomate ? Et puis j'en ai marre d'être dans cette cave !
Heureusement qu'il y a la conversation, pour donner bon gôut à tout cela : blogs sous Dotclear et perspectives de modifications (titres en rouge-orangé, réduction des caractères dans la colonne et en commentaires, etc.), tickets de tournoi de tennis et questionnement sur les comités d'entreprise au Japon, etc.

Bain au Houellebecq... juste après avoir appris le gain record à l'Euromillion d'un chômeur avec quatre enfants :
« La seule chose qui puisse vous enlever vos dernières illusions sur l'humanité, c'est de gagner rapidement une somme d'argent importante ; alors on les voit arriver, les vautours hypocrites. Il est capital, pour que le dessillement s'opère, de gagner cette somme d'argent : les riches véritables, nés riches, et n'ayant jamais connu d'autre ambiance que la richesse, semblent immunisés contre le phénomène, comme s'ils avaient hérité avec leur richesse d'une sorte de cynisme inconscient, impensé, qui leur fait savoir d'entrée de jeu qu'à peu près toutes les personnes qu'ils seront amenés à rencontrer n'auront d'autre but que de leur soutirer leur argent par tous les moyens imaginables ; ils se comportent ainsi avec prudence, et conservent en général leur capital intact. Pour ceux qui sont nés pauvres, la situation est beaucoup plus dangereuse ; enfin, j'étais moi-même sufisamment salaud et cynique pour me rendre compte, j'avais réussi à déjouer la plupart des pièges ; mais des amis, non, je n'en avais plus.» (Michel Houellebecq, La Possibilité d'une île, p. 66)
Cette sagesse des nations irrigue la littérature depuis le XVIIIe siècle, c'est-à-dire depuis qu'il est possible de changer de condition.
Plus j'avance dans ce roman, seulement au bain et mollement, plus je suis déçu par cette écriture de plus en plus académique. Elle enrobe les propos les plus sinistres d'un voile de banalité, et de tristesse qui apitoie tous les déçus de la société contemporaine. Un « vos dernières illusions sur l'humanité » ne fouille pas ce qu'est pour chacun l'humanité ; il en postule une, idéale et unique pour tous... et « vous » la retire !
Au demeurant, les choses sont claires : Houellebecq et tous ceux qui l'apprécient (j'ai suivi cela dans la presse et dans quelques dizaines de blogs) disent tout le mal qu'ils peuvent des auteurs dits du Nouveau Roman, c'est-à-dire de ceux qui ont expérimenté de nouvelles formes textuelles et narratives (ils ne sont d'ailleurs pas les seuls). Le paradoxe, c'est qu'ils invoquent souvent Céline à propos de Houellebecq (pour l'anarchisme de droite ?), alors que Houellebecq n'invente rien, ni en forme ni en langue. Linguistiquement, la plupart des paragraphes, comme celui ci-dessus, pourraient avoir été écrits vers 1830, par un clone de Balzac.

Jusqu'à minuit, Sayonara Party un soir de pleine lune et promesse de squash... C'est Christine qui part. Pour quelques mois, en Suisse. Mais aussi Thomas, demain matin, pour deux semaines. Mais encore Roland, qui rentre en Belgique. Et juste après lui peut-être Jephro et Franz, pour quelques jours de vacances.
Ça commence par un apéritif au Lillet chez Ch. & Th., bordelais d'origine, le temps que les dix s'assemblent. Puis ça se continue dans un restaurant de Kagurazaka, le Iori (où s'était achevé le premier week-end du colloque Sand en octobre dernier), où nous commandons à la carte des plats d'Izakaya façon chic, tous bons, d'ailleurs, sauf le tofu, fade.

Voilà à quel type de photos nous amène la privacy quand il est question de publier en ligne. Soit on demande expressément à chacun son autorisation (que l'on n'obtient pas nécessairement), soit on censure soi-même en coupant les têtes (soit on ne fait pas de photos du tout...). On pourrait censurer plus conventionnellement en floutant les visages, ou seulement les yeux. Mais la coupure de têtes est nettement plus un acte politique destiné à faire réfléchir.
Une dernière solution, que je vois de plus en plus se développer avec la photo numérique, même dans des sites sérieux et dans la presse, consiste à montrer des photos sur lesquelles le flou le dispute au bougé, où le mauvais cadrage souligne l'instant volé, sans flash surtout — des photos dont en fin de compte le ratage même fait la publiabilité.
Celle-ci n'est pas si ratée qu'on ne puisse y reconnaître Franz, Atsushi, voire Roland de profil, et même Christine bien qu'elle soit de dos. Bien sûr, l'ensemble bouteille, verres, plats, couverts donnne un aspect animé (にぎやかですね !!!) que confirment les sourires et les mains nombreuses, le fond sombre suggère l'intimité d'un coin de restaurant, voire d'un salon privé... Mais c'est quand même une mauvaise photo. (Les bonnes montrent trop bien les gens, elles leurs sont réservées.)
La promesse de squash vient de Thomas qui boudait le ping-pong mais qui ne savait pas si le squash m'intéressait... On ira dans deux ou trois semaines.

samedi 17 septembre 2005

L'essentiel de la vie, son inutilité

Je devais rester à mon bureau pour finir un travail. Précédemment, je devais même aller avec Arnaud au Tokyo Game Show (le deuxième salon annuel du Japon, par son gigantisme, paraît-il, après le Tokyo Motor Show)... Finalement, je me laisse séduire par La Vie aquatique, film qui passe au Ginrei Hall de Iidabashi, c'est-à-dire tout près de chez nous. Cela ne prend donc que deux heures, aller-retour.
Et tant mieux, puisqu'en fin d'après-midi j'ai enfin pu me concentrer et mettre un point au bas du texte que j'ai illico posté à son destinataire...

Ce film cultive gentiment le paradoxe : le personnage principal, un capitaine mi-Némo mi-Haddock, veut faire, comme Cousteau (il a aussi un bonnet rouge), des documentaires qui ne soient pas des fictions, alors que la mise en scène que nous voyons souligne le faux, tant dans les décors que dans la vraisemblance des aventures. J'aurais besoin du dévédé, un jour, parce que les images contiennent souvent bien plus que ce que perçoit un œil humain en suivant l'histoire. Pendant l'attaque à main armée d'un repaire de pirates, j'ai aperçu divers animaux marins et terrestres, dans les coins des escaliers, sur les rampes, entre les meubles, auxquels la caméra ne s'est aucunement intéressée, tout occupée qu'elle était à suivre l'assaut — et pour cause : c'est un membre de l'équipe de Zissou qui est censé filmer en courant... Zissou, nom étrange pour un chef d'expédition scientifique. Entre zazou et Isou, et même Zizou de Zidane, joué à la perfection par un Bill Murray, enfin sorti des rôles de ramollo (type Lost in translation, bon film au demeurant) sans déraper jusqu'aux Ghostbusters... L'univers fictionnel est au moins aussi attachant que les personnages, quelque chose entre Jules Verne et Tintin, avec ce qu'il faut d'improbable pour que vous vous sachiez dans un conte — et donc réfléchir à ce que vous pouvez transposer pour penser par vous-même, au lieu de tout recevoir bêtement comme vérité toute crue.
Bref, un film qui fait sourire et ramène à l'essentiel de la vie, son inutilité.

« Il est difficile, pour l'enfant qui s'éveille, de reconnaître ce corps de vieillard qui est devenu le sien depuis longtemps déjà.» (Patrick Deville, Longue Vue, p. 37 — ça rappelle quand même le Beckett de « avoir été celle que j'étais et être encore celle que je suis...», dans Oh les beaux jours !...)

Le déjeuner après le film, c'était des spaghettis à la sauce tomate. Mais une sauce tomate préparée moi-même, avec six grosses tomates, de l'huile d'olive, un peu de sucre, sel, etc., selon la recette que la belle-mère de Michel nous a apprise à Paris le mois dernier. C'était tellement bon ! Et en plus, il en reste pour demain !
Pour le dîner, changement de continent : T. achète d'excellents sashimis et concocte un misoshiru à l'aubergine.

Tout ce bonheur, hein ! Le gros hic de la semaine, c'est les chenilles... De six ou sept qu'on en avait sur le citronnier le week-end dernier, il n'y en a plus aucune. Justement quand le fond de l'air rafraîchit... Enlevées par des oiseaux matinaux ? Enfuies de nuit pour cocooner loin de nos regards de voyeurs ?... On a bien retrouvé quelques feuilles enroulées sur elles-mêmes comme le font certaines chenilles pour protéger leur cocon, mais vides, rien quand on les déroule.

La vie aussi, quand on la déroule, il n'y a rien dedans. Pourtant, elle est verte encore.

vendredi 16 septembre 2005

L'ire du croc-magnat

Petit tour des blogs ce matin. J'en apprends de belles chez Chloé : que Bernard Wallet se tire de chez Verticales enmartinièrisé pour créer la collection Phase Deux chez Gallimard. Le mois dernier, quand j'ai vu le Camille de Toledo à la librairie Compagnie, j'étais loin d'imaginer cela... Dommage que Du Coq à l'Âne n'en ait pas parlé ! Si j'ai bien compris, Wallet s'en explique dans la revue Pylone, qui paraît en Belgique (39, av. des Arts, 1040 Bruxelles)...
Aucune revue française ne voulait-elle s'exposer à l'ire du croc-magnat de l'édition nationale ?
Nota Bene : après François Bon sur qui j'avais pointé l'autre jour, Chloé Delaume réfléchit à son tour à se passer de la nasse éditoriale... Elle ne fait qu'y réfléchir, nous assure-t-elle. Mais ça veut dire que ça turlupine plus d'un auteur...

Sport en matinée, comme avant hier. Retour à 68 ! Kilos.

Pour Denis Grozdanovitch (il comprendra) :
« Il avait directement rejoint sa place au service et manipulait les balles neuves, blanches et duveteuses, agréables à la paume et à la pression des doigts, il lança la première à la verticale et servit brutalement. Son service ne fut pas retourné. Ace, dit-il.
De l'autre côté du filet, leurs adversaires levaient leurs raquettes et les agitaient, indiquant qu'ils n'étaient pas prêts. Skoltz, très calme, leur demanda si sa balle était out, ou net, ou s'il avait commis une erreur de placement. Ils répondirent en souriant que non, bien sûr, il n'y avait pas de faute, mais qu'ils n'étaient pas tout à fait prêts, c'est tout, et lui demandaient de bien vouloir remettre deux balles, merci beaucoup.
— Ace, répéta Skoltz, qui se plaçait pour son deuxième service.
— Quinze zéro, annonçait Anton-Mokhtar.
Skoltz envoya la balle à la verticale et la frappa au milieu du tamis, d'un coup sec.
— Trente zéro, annonçait Anton-Mokhtar.
À l'issue du match, les jumeaux rouges et bouffis, assis sur le banc, n'étaient pas satisfaits de leur partie. Ils pensaient qu'ils auraient pu gagner mais qu'ils avaient manqué de concentration. Skoltz, qui débouchait la bouteille d'eau minérale, leur expliquait que seul le résultat comptait et que c'était toujours, par définition, le meilleur qui gagnait.»

(Ibid., p. 49-50 — me plaît quand même un petit peu moins, jusqu'à maintenant, que La Femme parfaite et Le Feu d'artifice...)

Après un déjeuner de (bonnes) pâtes avec David (au nouveau restaurant Pastel, grand comme une boîte à chaussure, sur l'emplacement du regretté Chitaka, d'où attente pour la table et pour être servi — c'est que pour des rombières qui traînassent, on n'ira plus...) et avant mon départ pour Tokyo, je suis des liens web, des guirlandes de fenêtre à fenêtre (sais plus lesquel(e)s), pour découvrir... Mozbot. Tourne sous Google, avec priorité francophone paramètrable et quelques fonctionnalités pas inutiles du tout !
Qu'est-ce qu'on s'amoz ! Ça me botte, je l'adopte !

jeudi 15 septembre 2005

À sites mûrs, sûres questions

Message personnel pour Arte : il y a un commentaire qui t'est destiné dans le JLR du 5 août (via quotidien ou mensuel).

Une œuvre d'art ne meurt jamais. JCB, après avoir bien décortiqué l'atelier de Bazille, a ce trait de génie de le transformer en bande dessinée pour dénoncer de possibles visées immobilières sur l'ancien domaine des Bazille...

À sites mûrs, sûres questions. PDJ s'interroge attentivement sur l'(in)utilité des commentaires, comme FBon en son tumulte, comme moi dans ma communication de Cerisy, comme beaucoup d'autres sans doute. Personne ne s'étonnera cependant que nous n'arrivions pas du tout aux mêmes conclusions. Phil semble penser, au final, que les commentaires sont plutôt nocifs, qu'ils attentent à l'intégrité sémantique et esthétique de son travail, qu'ils n'apportent presque jamais d'éléments pertinents et constructifs, assimilables à de la véritable discussion. J'ai l'impression que c'est trop se protéger et ne pas assez croire en son prochain. Peut-être suis-je stupidement optimiste... Mais après un an et demi de JLR avec commentaires, je n'ai pas à me plaindre, bien au contraire (même s'il a fallu quelquefois faire un peu de ménage). Tout d'abord parce que c'est par des commentaires au présent journal que j'ai connu et estimé des personnes qui maintenant, pour certaines, comptent plus pour moi que des personnes de mon entourage réel. C'est dit. Ensuite parce que les commentateurs s'autodisciplinent progressivement (qu'en sera-t-il dans cinq ans, dans dix ans ?), en arrivent même (peut-être) à constituer (ici comme ailleurs) une sorte de ceinture de protection contre les commentateurs irrévérencieux ou inexpérimentés. Enfin et surtout, approfondissements, questionnements et dérives des commentaires souvent m'enseignent et me servent, et pas juste pour me gargariser d'être lu. Tout cela peut être contredit dès ce soir ; j'en prends le risque. Débat à suivre ?

Rangement de tout plein de papiers ; poubelle aussi. Ça prend presque la matinée. Déjeuner à la crêperie Rhubarb avec David, en face du centre de sport... On peut rarement venir jusqu'ici quand il y a des cours ; profitons-en.
En fin d'après-midi, on va jouer une heure au ping-pong au gymnase universitaire. Tranquillité totale ; douze tables pour nous tout seuls ; perdre les graisses dégustées le midi... (Une seule table suffit.)

Sinon, aujourd'hui c'est la Journée du respect des personnes âgées. Si si... Dans un pays où ils ont des pensions de retraites ridicules, et qui leur sont servies le plus tard possible. Où des vieillards des deux sexes sont employés pour faire la circulation près des chantiers, polluent les boîtes aux lettres de publicités pour quelques centaines de yens... quand ils ne sont pas dans des boîtes en carton couvertes de bâches bleues.
Ce cynisme et cet irrespect caractérisés risquent un jour de peser lourd dans la balance électorale. Surtout si quelqu'un d'aussi intelligent que Shigeru Horiuchi s'en mêle... (Lire l'excellent article du Monde qu'Arnaud m'a signalé, signé d'un certain Erich Inciyan.)

« Il y eut un déclic. "C'est par hasard et parce que je commençais à vieillir que j'ai créé un parti des gens âgés", dit Shigeru Horiuchi, dans sa maison perchée sur une colline boisée de Kamakura, à une heure de train de Tokyo. "Quand j'étais médecin, je me délivrais mes propres prescriptions." Puis, l'âge aidant, le septuagénaire a dû consulter des confrères dans une clinique proche de chez lui. Une surprise l'attendait. "On m'a demandé le double des frais médicaux normaux en me disant que les personnes âgées ont de l'argent !" Une réforme gouvernementale venait d'augmenter les tarifs pour les plus de 70 ans.
Narrant l'histoire sur son site, "Nada" a déclenché une avalanche de courrier. Des cohortes de retraités ont écrit pour dénoncer un surcoût qui les forçait à réduire leurs dépenses de santé. Le "Parti des vieux" ("Rojin To", littéralement) était lancé. Ordre du jour : éviter de "futures humiliations" et évincer les politiciens au pouvoir. Pas question, dans un pays où les plus de 65 ans forment 19 % de la population, de les traiter comme une "minorité marginalisée". "Nada" est intarissable sur le sort réservé aux anciens "petits fonctionnaires et simples ouvriers" qui ont "généralement à peine de quoi vivre, tant le système japonais de retraites est mal fait".»
(Extrait de cet article intitulé « Shigeru Horiuchi, l'agitateur du "Parti des vieux"»)

Au téléphone, T. me dit ce soir qu'elle vient d'avoir une longue conversation téléphonique avec sa cousine de Perth, retraitée installée en Australie il y a pas mal d'années, qui s'interrogeait sur un éventuel retour au Japon, et qui vient finalement de décider de rester au pays des kangourous parce que ça coûte moins cher et que la couverture médicale est meilleure. Et puis pour nous, c'est bien pour les vacances !

mercredi 14 septembre 2005

Dans le lit de qui ?

Reçu ceci de la liste Framonde. Qu'en penser ?

Publication du terme littérisme au Journal officiel de la République française du 30 août 2005.
L’illettrisme a désormais son contraire : le littérisme
La Commission générale de terminologie et de néologie a publié au Journal officiel du 30 août 2005 un nouveau terme, dont l’emploi doit se généraliser rapidement dans le combat pour l’accès de tous au savoir et à la culture.
De plus en plus nombreux sont les jeunes qui, malgré plusieurs années de scolarité, n’ont pas une maîtrise suffisante de la langue pour comprendre le français écrit et communiquer à un niveau élémentaire. La lutte contre l’illettrisme exige le recours à des moyens humains et financiers, mais nécessite aussi des outils conceptuels permettant d’appréhender des situations sociales et de leur apporter des réponses adaptées.
C'est ainsi que la « capacité à lire un texte simple en le comprenant, à utiliser et à communiquer une information écrite dans la vie courante » a désormais un nom en français: le littérisme (proche de la notion de literacy en anglais).
Une mobilisation s’impose pour que le littérisme devienne réalité et entre dans les faits comme dans les dictionnaires.
[...]
Le terme littérisme est publié selon une procédure accélérée dont le ministre de la culture et de la communication, M. Renaud Donnedieu de Vabres, a souhaité l'application pour des termes d’intérêt très général ou relevant d’une actualité particulière. Cette procédure doit permettre de proposer au public, dans des délais aussi rapprochés que possible, un équivalent français adapté pour une notion dont la désignation tend à se répandre trop souvent en anglais.


Oui, sauf que le mot existait déjà...
Et comment l'employer dans la vie courante ?
Exemple. Vous constatez les progrès scolaires de votre progéniture et, entre la salade et le fromage, vous vous exclamez :
« Dis donc, t'as vu que Julie entre dans le littérisme ?
— Dans le lit de qui ? »
répond votre conjoint héberlué...

Pluie violente Fin de matinée au centre de sport, suite de l'opération éradication bourrelets. Lecture du jour : Longue Vue, de Patrick Deville, pendant la demi-heure de vélo, suivie de vingt minutes de tapis de course, quelques machines-althères, bain et sauna pour finir.
Puis boulot bureau.
Soudainement, il a plu. Fort. Des gens se sont mis à courir dans tous les sens. J'ai sorti l'appareil-photo. Mais que peut-on photographier de cette chaleur humide, électrique et parfumée ? C'est brumeux, il n'y a plus de contrastes... À part des dégradés de vert, ça ne donne rien.

« (C'était une spécialité de la maison que de servir des bretzels avec le vin d'Espagne.) Un chat coulait d'un tabouret près du bar et plongeait sur les taches lumineuses. Alexandre Skoltz, silencieux, jouait au mikado avec les bretzels. Le chat se frottait contre la jambe de son pantalon, en ronronnant.
[...] Le cafetier, qui n'aimait pas qu'on joue au mikado avec les bretzels, spécialité de la maison, enlevait la soucoupe en haussant les épaules.»
(Patrick Deville, Longue Vue, Éd. de Minuit, 1988, ISBN 2707311774, p. 13 et 15)

Moi aussi, j'aimais bien...
Pour ce que j'ai pu vérifier auprès de Japonais — en y jouant un peu avec des frites au Saint-Martin —, ce passage est tout à fait incompréhensible. Qu'est-ce que ça veut dire jouer au mikado avec des bretzels ? Il n'existe pas ici de jeu qui s'appelle mikado, on serait même fâché que des étrangers jouent avec ça. Et les bretzels ne sont pas légion dans l'archipel, même s'ils ont été quelque peu médiatisés par Bush s'étouffant.
Autrefois, on jouait aux jonchets... Mais il y a quand même une version japonaise, plutôt... tentante.

mardi 13 septembre 2005

Estoqué à 7 heures

Le pire, c'était pour envoyer le dernier message sur U-blog, hier soir. Impossible d'y mettre mes deux lignes pour diriger vers cette nouvelle adresse ! Pendant plus d'une heure, tout en faisant mes sauvegardes pour aller à Nagoya ce matin, je recliquais régulièrement sur le bouton d'envoi — avec le même blocage de connexion... C'était comme si un programme, qui aurait lu et analysé mon message, décidait de lui barrer la route... Coïncidence ; seul un paranoïaque croirait à ça.
Ce n'était sans doute que la surdemande d'accès mal gérée, ou une nouvelle panne de serveur — l'avanie de trop, quand tout est déjà fini, celle qui vous fait rire. Je suis allé me coucher et j'ai estoqué à 7 heures du matin.

Tablette du Shinkansen Dans le shinkansen, fin surprenante du livre de Patrick Deville — et qui n'en est pas vraiment une. Ses constructions — c'est le deuxième livre de lui que je lis — ont la mécanique de précision d'un Échenoz et la légèreté piégeuse d'un Toussaint, sans l'aspect délibérément ludique d'un Laurrent ou d'un Chevillard, avec autre chose, comme... un dandysme philosophique. C'est l'expression qui me vient. En y réfléchissant bien, elle me paraît surtout adaptée à La Femme parfaite.

Après Shizuoka, j'écoute deux épisodes des Chemins de la connaissance de mai sur Tocqueville, qui était donc à ce point intelligent et observateur que je me demande pourquoi il était absent de mes programmes scolaires. Puis je repense aux propos d'Édith Heurgon, il y a un mois exactement (déjà !), lors de la soirée d'inauguration du colloque de Cerisy, quand elle récapitulait les commémorations du petit gars de la Manche (voir les sites sélectionnés dans mon tableau de 1860) — nous étions une soixantaine dans le grenier du château, levions notre petit verre de calva, il pleuvait salement sur la campagne normande, la température chutait de six ou sept degrés, T. se demandait ce que c'était que ce bled, et ces présentations qui n'en finissaient pas (les jours suivants démentirent heureusement ces fraîches premières impressions...).
Faudra que je me décide un jour à lire sérieusement Tocqueville. Autre chose que des extraits plus ou moins anthologiques (et selon quels critères ?).

Chaleur et calme plat, tant à l'appartement (depuis le départ de Bikun) qu'à l'université (les cours ne reprennent pas tout de suite). De quoi faire du bon boulot en continu quelques jours — et voir David aux pauses pour juste récompense.
Ma valise arrive le soir (par livreur car trop lourde, surchargée à Tokyo), retour au placard ; fin du périple. Je décide que demain commence le nouveau semestre.

lundi 12 septembre 2005

Rhabillé pour quelques saisons !

Après les bandeaux de publicité que nous supportions sans trop de gêne, à proprement parler sans les voir, U-blog s'est mis, au début de l'été, à diffuser cette monstrueuse campagne pour un club de rencontres, sous forme d'une immense fenêtre pop-up apparaissant à chaque clic dans le réseau U-blog — même Firefox était bluffé. Obligés de la voir, à défaut de la considérer, cette fenêtre a fini d'user ma patience — et confirmé mon opinion sur ces services attrayants que proposent de jeunes entreprises et qui deviennent de véritables boulets à nos pieds quand l'entreprise a grandi, été reprise, est devenue une machine à fric.
Ces trois derniers jours, avec blocage des pages et lenteurs de rafraîchissement des modules m'ont convaincu qu'il faudrait bientôt envisager autre chose. C'est comme un ressort, la pression s'y accumule mais on ne sait pas quand il sera libéré...
Autant dire que je ne pensais pas à une mue si rapide en allant déjeuner avec Manu au Champ de soleil, le restaurant belge de Kanda qui nous plaît bien et qui n'est pas loin de son boulot. On a parlé de ce mois d'août plus calme de son côté que du mien, de la reprise du ping-pong de la veille, et de nos blogs.
Comme il a testé Dotclear depuis quelques semaines et qu'il ne m'en a dit que du bien, je me suis empressé d'aller voir le site dès mon retour à la maison. Sur le site, la première phrase est choc : « prenez le contrôle de votre blog ! »
On ne pouvait pas (me) dire mieux !
En moins de deux heures j'ai téléchargé la version 1.2.1, l'ai installée sur mon espace web chez Globat, y ai créé la base de données et l'identité requises, ai vérifié les paramètres d'affichages dans deux navigateurs, parcouru des habillages de blog et quelques pages d'aide pour comprendre la logique de tout cela — ce dont je n'ai compris qu'une infime partie en réalité, mais les choses sont faites de telle sorte qu'il n'est pas nécessaire d'en savoir plus...
J'ai ensuite recopié les trois derniers jours dans cette nouvelle peau de web, vérifié ainsi qu'on pouvait en modifier les dates à loisir, créé une page antidatée du 8. Et voilà le travail !
De temps en temps, j'allais voir nos chenilles, sur le balcon, et prenais quelques photos. À côté de celle-ci, on voit très bien la nervure dorsale d'une feuille totalement mangée. Et l'irisation des points lumineux, derrière, ça ne vous fait penser à rien ?

En tout cas, voilà mon JLR rhabillé pour quelques saisons ! Zibaldone caméléon (lien vers février 2004, avec Koizumi et Leopardi — pas le même combat !), lui aussi en ligne maintenant.

« Je lisais Zibaldone, un de ces livres qui, comme le démontre si bien Leopardi lui-même, est d'une telle beauté dans son désespoir absolu qu'il fait naître un bonheur léger, aérien, ultime, une jouissance du simple fait d'être vivant et conscient de la futilité du fait. » (Patrick Deville, La Femme parfaite, p. 94)

J'allais finir là-dessus, mais non ! Il faut absolument que je consigne une grande, grande, GRANDE, réussite de la radio. Circonspect à l'écoute des deux ou trois premiers épisodes (parce qu'un peu déçu par les deux feuilletons précédents), je suis maintenant inconditionnel absolu du Psychanalyste. Il s'agit du feuilleton de France Culture, Le Psychanalyste, d'après le livre de Leslie Kaplan, commencé depuis le 29 août. L'histoire, les personnages, l'habillage musical (avec cette qualité et cette originalité, on ne peut plus parler d'habillage, d'ailleurs) et les voix, celle de Martial Di Fonzo Bo, celle de Frédérique Loliée, celle de Catherine Vinatier, etc. — tout est parfait. Un must absolu.

dimanche 11 septembre 2005

Dans une cyber meule de foin

Ce soir, il n'y a plus que 34 messages dans ma boîte de courrier. Messages lus, mais en attente de réponse ou encore non classés. Divers textes en attente de motivation pour fin de rédaction...
De temps en temps, je me demande ce que c'est que le temps de travail et ce que c'est que le temps libre. Mes temps à moi sont tout à fait enchevêtrés. Un expert qui aurait pour mission de savoir combien d'heures je travaille devrait passer d'une colonne à l'autre quinze ou vingt fois par jour. Et ouvrir une troisième colonne pour le temps indécidable. Et cette colonne prendrait de plus en plus d'importance. Le courrier électronique, les pages web lues ou écrites, le déplacement avec un ordinateur portable d'une zone de wifi à l'autre contribuent à cet amalgame permanent des temps personnels et professionnels. Ce dont je ne me plains pas. Je constate. C'est l'expert que je plains.

Enfin achevé l'index des anthroponymes du JLR en ajoutant tous les noms d'août à l'index d'avant. Amusant d'entrer d'un seul coup tous les noms des participants du colloque ! Puis quelques noms liés à l'actualité littéraire. Chemin faisant, je me suis aperçu que j'avais laissé une question en suspens — mais qui s'en soucie ?
Il s'agissait, le 12 août, de savoir « ce qu'il y a de commun entre Peire Godolin et Jean-Jacques Rousseau d'une part, et entre Vincent Voiture et Jacques René Hébert d'autre part.»
Je comprends que cela n'ait passionné personne. C'était cependant en rapport avec le document annexe de ma communication au colloque de Cerisy, annoncé en ligne le 15 août. J'y constatais, dans un propos plus général sur les risques que prend la littérature dans le réseau, que Godolin et Rousseau étaient plutôt vernis alors que Voiture et Hébert risquaient bien d'être à jamais introuvables, aiguilles dans une cyber meule de foin. En effet, les recherches Google, avec d'une part le prénom et le nom (entre guillemets, pour en faire un syntagme), d'autre part le nom seul, permettent de calculer pour chacun un taux de visibilité dans les masses de documents.
Si 1 document sur 5 mentionnant le nom Rousseau concerne bien notre Jean-Jacques (même taux pour Godolin), en revanche 1 seul document par tranche de 1300 pages web environ concerne le pauvre Vincent Voiture (idem pour Hébert). Ainsi dans un avenir pas trop lointain (pas besoin d'attendre Daniel 24), si vous dites à quelqu'un qu'il y avait autrefois un écrivain nommé Voiture mais que son prénom vous échappe, vous aurez peu de chance de le retrouver facilement avec un moteur de recherche... À moins que d'ici là les voitures automobiles tombent en désuétude — ce qui posera moins de problèmes d'échappement.
Je fignolerai ça dans les mois à venir. Avec le problème supplémentaire que les résultats de Google sont très fluctuants, annonçant parfois des chiffres allant du simple au triple (et vice-versa) pour une même requête à quelques jours de distance...

Sur le front des chenilles
les mues continuent

L'événement du jour, c'était tout de même la reprise du ping-pong. Hisae et Katsunori étaient au rendez-vous, Shibuya, 10h45, ensoleillé. Ce dernier, via son blog, Koikeland, dont la section Pongistes relate aussi nos exploits, a invité Yoko, qui postait des commentaires.
Évidemment, après plus d'un mois d'arrêt, ce n'est pas brillant. Je perds presque tout, sauf contre Yoko qui n'a pas joué depuis longtemps, et une manche où je suis à 9-9 contre Hisae... qui prend son tour de service et s'assure les deux derniers points. Zannen ! (Dommage !) I'll be back...
Déjeuner au restaurant chinois Panda. Courses rapides dans la foule shibuyante (on avait perdu l'habitude).
Après notre retour, T. va voter sous la pluie — ce qui est l'indice d'un tropisme vers l'égoût, non ?

Koizumi tsunami
c'est au retrait de la vague
qu'on mesure les dégâts

samedi 10 septembre 2005

Mué dans la nuit

L'an dernier, le citronnier a donné des citrons. Trois. On l'a aidé. Protégé des chenilles. Bien taillé, arrosé. On avait eu nos trois citrons, dont on était très content. Cette année, on a surveillé la pousse des feuilles, mais on n'a vu aucun fruit pointer son nez. Ça nous a un peu démotivés. On l'a quand même arrosé, mais avec moins d'amour. Et puis T. a commencé à dire qu'elle gardait une chenille. Pour voir. Un papillon. Qu'il fallait y faire attention. Je n'étais pas trop d'accord. Mais bon, une chenille, qu'est-ce que vous voulez dire ? Évidemment, à l'arrivée, il n'y en a pas qu'une. Au moins six ou sept. Et pas mal de feuilles sont bouffées à moitié ou totalement. Noires et grises, les chenilles. Et depuis notre retour de France, certaines font trois ou quatre centimètres de long...
Ce matin, on s'est aperçu que la plus grosse avait mué dans la nuit. Qu'elle était verte, maintenant. Plusieurs verts, avec de jolis dessins, comme un bandeau, et des espèces d'yeux rouges. Dans l'après-midi, trois autres avaient mué à leur tour, pendant que je travaillais sur Duras à la médiathèque. Ce soir, à la lampe torche, on aperçoit que deux autres ont commencé à se déshabiller...
Que sera demain ?

« Vraie joie simple à revoir, retrouver ces quelques arbres et cette lumière calme de fin de jour. Je ne lui demande rien ; elle est comme je suis, là. Si je veux la retenir autant que possible en mots, c'est parce qu'elle ne me presse pas, à la différence des photos d'actualité comme celles des tours américaines ou celles de l'usine AZF. » (Antoine Emaz, Lichen lichen, p. 88)

Veille de ce morbide anniversaire. Les Américains ont d'autres plaies à panser, hélas. Ce qui leur donne aussi à penser. Que leur président n'est peut-être pas le meilleur homme, par exemple. Au Japon, ce sera jour d'élections. Encore une histoire du meilleur homme. Koizumi, tout permis. Il part gagnant, et l'on saura sous peu ce que le pays va y perdre.

« Au collège, dit-elle, et elle n'était pas seule à le penser, il manquait déjà quelque chose à Lol pour être — elle dit : là.» (Marguerite Duras, Le Ravissement de Lol V. Stein, Gallimard, folio 810, p. 12.)
Pour être là, Lol. Pour être Lola.
Je dirai un jour ce que Berlol doit à cette Lol-là.
Allez ! LOL ! Comme on dit de nos jours.