« Une lumière rosée descendait sur le paysage et les ombres s'allongeaient.» (Patrick Deville, Longue Vue, p. 123) — à deux pages de la fin. Ça me rappelle Anne B. à la mi-août...

Quand on quitte l'agréable prose dentelée de Patrick Deville pour entrer dans l'écriture poisseuse — c'est un compliment — de Lendemain de fête (Jacques Séréna, Éd. de Minuit, 1993), on dégringole un sacré dénivelé. Finies les distanciations narratives et les jeux d'optique évasifs. Une voix vous alpague et vous tire pour regarder de près le taudis qu'est sa vie. À elle seule, que l'on sent rauque, elle vous construit pied à pied un univers de déglingue. Un mystère s'y dessine... J'y entre à tâtons...

« Comme lui, au début, quand il s'est mis à faire les trajets avec moi les gens comprenaient mal qu'un comme lui mène ce genre de vie. Ce genre de vie d'habitude c'est bien pour les comme moi. Comme les filles du genre d'Aline Hobt, c'est pour les comme lui, d'habitude. Comme quoi.
Il a souvent à la main son Reynolds, et sur ses genoux son cahier vert format écolier, il note des choses. Choses que j'ai dites, ou dit qu'elle a dites, ou des hypothèses, le pour, le contre, pour peser, confronter. Et parfois des espèces de poèmes. J'en ai lus, pendant qu'il les écrivait, ce n'est pas difficile, il écrit assez gros. Il m'a dit que ça lui venait comme ça, je l'ai cru sans peine.
Mais c'est aussi parce que, lisant par-dessus son épaule, j'ai surtout vu les passages écrits en gros, qui certainement étaient les plus nuls, c'est automatique, plus c'est nul plus on écrit gros. C'est comme ici, dans ce bar, quand on entend gueuler on entend rarement une vérité essentielle.»
(Jacques Séréna, Lendemain de fête, p. 13)

Ma matinée à explorer le php et le css de Dotclear pour comprendre comment c'est construit... Parce que paramétrer avec des cases à cocher, ça va, j'ai su faire depuis la semaine dernière. Mais là, si on veut changer des couleurs, un côté d'alignement, etc., faut entrer dans le cambouis du code, le codbouis. Voilà où j'en suis.

En fin d'après-midi, T. me sauve d'une journée sans voir le ciel en me proposant une balade à Ginza. À Paris, on n'est pas allé aux Champs-Élysées, mais à Tokyo on va facilement à Ginza. Je crois que je préfère, maintenant.
La vitesse à laquelle les grandes marques refont leur magasin de Ginza, l'une après l'autre, sans arrêt, pour capter l'attention de la clientèle de plus en plus riche, de plus en plus captive, de plus en plus flattée, ça devient comique, au fil des ans. Lanterne magique évolutive, c'est un spectacle où se mêlent pour notre regard cruel la beauté et le ridicule, le luxe de produits et l'addiction consumériste — nous qui n'achetons ce soir qu'un pot de miel et un morceau de mimolette.