Temps lourd à Tokyo. D'ailleurs pluie en fin de soirée. Pas mieux pour demain. L'éclaircie, c'est notre retour au Saint-Martin, l'excellence retrouvée de son poulet-frites. Yukie vient de passer une dizaine de jours en France, elle est allée une fois au Bon Saint-Pourçain, rue Servandoni, qu'elle a trouvé très bon quoiqu'un peu cher.

Pour rester zen en lisant la suite, écouter le dernier album de Manuzik, ou quand Manu fait de la musique au lieu de jouer au ping-pong ou de faire chauffer des biberons. On peut même temporiser encore un peu en allant voir les premières photos que Bikun met sur son blog. Pour les bons élèves à qui le nom de Brice Petit ne dirait rien, commencer par un résumé de l'affaire, par exemple chez Jean-Michel Maulpoix.

« Je n’ose même pas parler du silence à pleurer de la hiérarchie d’une Institution qui semble se moquer éperdument du sort injuste réservé à l’un de ses serviteurs qui n’a jamais failli dans les tâches souvent supplémentaires qu’on lui a confiées. Si trois policiers qui ne disent manifestement pas toute la vérité ont droit au soutien inconditionnel de tout un arsenal institutionnel, un enseignant qui n’a pas menti et qui, un soir d’avril 2004, a fait son devoir d’homme, qui a répondu aux lois morales inscrites dans le cœur de chaque être conscient de la dignité de l’ « autre » homme, cet enseignant se trouve bien seul et se pose effectivement bien des questions sur l’état d’une école qu’il veut aimer. » [c'est moi qui souligne], écrit Brice Petit dans une lettre que reprend Remue.net ce jour, dans la continuité d'une solidarité du premier jour.
Au-delà de cette injustice flagrante dont un homme souffre — et qui pourrait être n'importe lequel d'entre nous pour peu qu'il défende un principe quand un Force-de-loi en abuse sous ses yeux —, ces phrases révèleraient-elles une autre inégalité qui nous concernerait tous : que les branches de l'appareil d'État n'auraient pas toutes la même force ?
L'Intérieur, la Police, l'Armée auraient la force de la loi — doigt sur la couture du pantalon ? (Si ripoux, les défendre mordicus, puis s'en débarrasser discrètos.)
En revanche l'Éducation, la Recherche, la Culture nous joueraient la farce de la loi — doigt sur la plume du chapeau ? (Précarité budgétaire et psittacisme réformateur, leurs deux gros mensonges, leurs casseroles.)
Et quand il faut un bouc émissaire, pourquoi le suivre ou le soutenir ? L'Affaire Dreyfus et l'Affaire Brice Petit auraient-elles une parenté ?
Entre les deux, la Justice — et ses plateaux détraqués. Ou trop traqués.

J'appelle un monsieur Force-de-loi ou une madame Force-de-loi un individu qui pense répression quand on lui dit sécurité, qui pense expulsion quand on lui dit misère, qui pense matraque quand on lui dit désaccord. Les fonctionnaires de police et les agents de surveillance ne s'appellent pas tous monsieur ou madame Force-de-loi. Il y a des Force-de-loi qui ne sont ni fonctionnaires de police ni agents de surveillance (ils attendent la moindre occasion pour former une milice). Beaucoup voudraient que leur chien s'appelle Force-de-loi. Certains voudraient être le chien Force-de-loi : baver, mordre, que ça menace...

Regardez-vous dans un miroir, prenez l'air sérieux et supérieur, raffarinez un peu, ou mieux, balladurez... et dites : « Ce que je pense a force de loi ! » Force de loi... Force de loi... Hein ! comme c'est rond en bouche !
comme ça vous pose ! Signez là. Vous êtes engagé. Si vous sarkozez, c'est encore mieux, vous serez chef d'escadrille !
Mais si vous vous esclaffez en entendant farce de l'oie, farce de l'oie, signez pas, surtout, vous avez pas l'oreille musicale ; ça vous plaîrait pas, le rythme des matraques...