jeudi 22 septembre 2005
L'inconnue du nombre fait hydre
Par Berlol, jeudi 22 septembre 2005 à 15:22 :: General
En écho d'hier soir...
« Votre voix au téléphone était légèrement altérée comme par la peur, intimidée. Je ne la reconnaissais plus. C'était... Je ne sais pas le dire, oui, c'est ça, c'était la voix de vos lettres que j'inventais justement, moi, quand vous aviez téléphoné.» (Marguerite Duras, Yann Andréa Steiner, P.O.L., 1992, p. 14)
Une voix. Un ton. Une coloration. Une ambiance. Il y a de ces termes qu'on emploie pour parler des livres, que la plupart d'entre nous seraient bien incapables de définir. Tout en sachant qu'on ne parle pas du style. Trop chargé par les emplois majusculaires et par les gloses universitaires, le style ne peut plus concerner notre rapport intime au texte. De plus, il est en amont du livre, il a rapport avec le faire de l'écrivain, l'atelier, le brouillon — et ce qu'une mauvaise vulgarisation de la génétique textuelle a littéralement cadavérisé. Ou transformé, en fétiche ou en marché (écouter ce qu'en dit Christine Angot dans l'entretien d'hier avec Mathilde Monnier et Laure Adler).
La voix, le ton, etc., semblent plus facilement à la portée de chacun. Le livre est une boîte noire ; l'ouvrir met en marche un processus que le lecteur subit et agit en même temps. Tout juste peut-il essayer de s'observer subissant et agissant. Nombreuses façons de subir, d'agir et de s'observer subissant et agissant sont à envisager... Tous les goûts sont dans la nature. Voilà qui devrait permettre d'élargir la palette étroite proposée par Barthes dans Le Plaisir du texte.
En cette matière comme en d'autres, je me méfie des poseurs qui tranchent cyniques en public. Selon les propos toujours instructifs de Philippe De Jonckheere (dans son bloc-note du 18), Frédéric Madre descend les blogs en flamme. Il faudrait vérifier et approfondir, mais en l'état, ce serait plutôt une pose, du snobisme, voire une forme d'auto-défense. Quelqu'un qui n'a pas vu venir le blog ? Qui n'a pas su quoi en faire, ni comment le détourner ? Comme les autres médias et supports, le blog n'est pas mauvais en soi : il n'a que de bons ou de mauvais usages — ou des usages insipides, ou des usages commerciaux, ou des usages criminels, etc.
Qu'est-ce qui hiatusse dans le blog ? Ce qui le diffère du site perso, c'est que ça se date (ça se périme) et ça répond, il y a des commentaires (possibles). Comme du forum ? Comme du forum, mais centré sur un seul auteur, ça redonde autour de lui, éventuellement ça le flatte trop, il compte ses lecteurs, ses hits, ses commentaires, ça lui gonfle les chevilles, il cabotine à la fin, sans s'en rendre compte (il a besoin d'amis qui le lui disent — dites-le-moi si c'est le cas ici). Comme du courriel ? Comme du courriel, mais exposé au public, formant un spectacle pour des voyeurs — les pires des lecteurs ne sont pas parmi ceux qui commentent. Parmi ceux qui ne commentent pas, la majorité passive, il y en a quelques-uns qui bouillent et qui aigrissent de ne pas commenter ; leur ressentiment est infini ; il n'ont pas peur du blogueur, ils ont peur de ses lecteurs, que l'inconnue du nombre fait hydre. Peur du qu'en-écrira-t-on, qui fera le tour du monde. La cyber-honte !
« À la schlague et au coin, le blog. [...] Dehors, les visiteurs.», dit Frédéric Madre. Pour ma part, j'ai traité le sujet en des termes plus respectueux des lecteurs (Qui ignore ses lecteurs / protège sa candeur), m'incluant, lecteur d'autres blogs que le mien.
Bien sûr, il n'est question ici que des blogs ayant des propriétés littéraires, ceux dans lesquels une voix s'affirme, se cherche, fouit le réticule. Les autres, ça n'existe pas.
Je signale à mes amis du GRAAL (reprise le 3 octobre, plutôt que le 26 septembre) que JCB vient de commencer (en beauté) l'étude du tableau de Delacroix, Femmes d'Alger dans leur appartement, titre du recueil d'Assia Djebar, de qui Jacques traite aussi... On nous gâte.
« Votre voix au téléphone était légèrement altérée comme par la peur, intimidée. Je ne la reconnaissais plus. C'était... Je ne sais pas le dire, oui, c'est ça, c'était la voix de vos lettres que j'inventais justement, moi, quand vous aviez téléphoné.» (Marguerite Duras, Yann Andréa Steiner, P.O.L., 1992, p. 14)
Une voix. Un ton. Une coloration. Une ambiance. Il y a de ces termes qu'on emploie pour parler des livres, que la plupart d'entre nous seraient bien incapables de définir. Tout en sachant qu'on ne parle pas du style. Trop chargé par les emplois majusculaires et par les gloses universitaires, le style ne peut plus concerner notre rapport intime au texte. De plus, il est en amont du livre, il a rapport avec le faire de l'écrivain, l'atelier, le brouillon — et ce qu'une mauvaise vulgarisation de la génétique textuelle a littéralement cadavérisé. Ou transformé, en fétiche ou en marché (écouter ce qu'en dit Christine Angot dans l'entretien d'hier avec Mathilde Monnier et Laure Adler).
La voix, le ton, etc., semblent plus facilement à la portée de chacun. Le livre est une boîte noire ; l'ouvrir met en marche un processus que le lecteur subit et agit en même temps. Tout juste peut-il essayer de s'observer subissant et agissant. Nombreuses façons de subir, d'agir et de s'observer subissant et agissant sont à envisager... Tous les goûts sont dans la nature. Voilà qui devrait permettre d'élargir la palette étroite proposée par Barthes dans Le Plaisir du texte.
En cette matière comme en d'autres, je me méfie des poseurs qui tranchent cyniques en public. Selon les propos toujours instructifs de Philippe De Jonckheere (dans son bloc-note du 18), Frédéric Madre descend les blogs en flamme. Il faudrait vérifier et approfondir, mais en l'état, ce serait plutôt une pose, du snobisme, voire une forme d'auto-défense. Quelqu'un qui n'a pas vu venir le blog ? Qui n'a pas su quoi en faire, ni comment le détourner ? Comme les autres médias et supports, le blog n'est pas mauvais en soi : il n'a que de bons ou de mauvais usages — ou des usages insipides, ou des usages commerciaux, ou des usages criminels, etc.
Qu'est-ce qui hiatusse dans le blog ? Ce qui le diffère du site perso, c'est que ça se date (ça se périme) et ça répond, il y a des commentaires (possibles). Comme du forum ? Comme du forum, mais centré sur un seul auteur, ça redonde autour de lui, éventuellement ça le flatte trop, il compte ses lecteurs, ses hits, ses commentaires, ça lui gonfle les chevilles, il cabotine à la fin, sans s'en rendre compte (il a besoin d'amis qui le lui disent — dites-le-moi si c'est le cas ici). Comme du courriel ? Comme du courriel, mais exposé au public, formant un spectacle pour des voyeurs — les pires des lecteurs ne sont pas parmi ceux qui commentent. Parmi ceux qui ne commentent pas, la majorité passive, il y en a quelques-uns qui bouillent et qui aigrissent de ne pas commenter ; leur ressentiment est infini ; il n'ont pas peur du blogueur, ils ont peur de ses lecteurs, que l'inconnue du nombre fait hydre. Peur du qu'en-écrira-t-on, qui fera le tour du monde. La cyber-honte !
« À la schlague et au coin, le blog. [...] Dehors, les visiteurs.», dit Frédéric Madre. Pour ma part, j'ai traité le sujet en des termes plus respectueux des lecteurs (Qui ignore ses lecteurs / protège sa candeur), m'incluant, lecteur d'autres blogs que le mien.
Bien sûr, il n'est question ici que des blogs ayant des propriétés littéraires, ceux dans lesquels une voix s'affirme, se cherche, fouit le réticule. Les autres, ça n'existe pas.
Je signale à mes amis du GRAAL (reprise le 3 octobre, plutôt que le 26 septembre) que JCB vient de commencer (en beauté) l'étude du tableau de Delacroix, Femmes d'Alger dans leur appartement, titre du recueil d'Assia Djebar, de qui Jacques traite aussi... On nous gâte.