Laisser le désordre travailler
Par Berlol, dimanche 25 septembre 2005 à 23:35 :: General :: #20 :: rss
____________________Toast____
___Il est carré, il est mou, il est blanc
___Il va devenir légèrement croustillant
___Le beurre y fondra, le miel y coulera
___Vite dans le thé, tout ça ramollira
Ing-Ong, sans P.
Sans Précision ni Puissance, j'ai été battu par Hisae, par Katsunori et par Manu. Pas ma fête ! Juste passé un smash ; les autres coups sont restés dans le bras...
Pourtant, j'avais bien dormi, pris des vitamines, mis un maillot de sport rouge gagnant (勝), presque remporté une manche contre Hisae (13-11 !). Puis tout s'est détraqué...
Comme pour me consoler, Manu propose d'aller déjeuner à
la crêperie Le Bretagne d'Omote-Sando.
C'est à un quart d'heure à pied — presque une heure en fait,
parce qu'on découvre un magasin de I-River, on visite
une boutique Armani/Casa construite
par Tadao Ando (ai un peu galéré pour trouver le site web...),
etc. Toujours aussi bien, cette crêperie, le lieu, les crêpes,
le service. À 13h15, on a eu une table pour quatre. Quinze minutes
après, c'était complet.
Par hasard, première fois qu'on parle poterie ensemble ;
un intérêt commun à approfondir (un stage poterie quelque
part un de ces jours ?...). Puis, sous la crêperie, à la librairie
d'art Nadiff, pour se nourrir
d'autre chose avant de se quitter.
Revenu à Ichigaya, près du supermarché Hanamasa, ce bosquet en fleur à hauteur de pots d'échappement. Des fleurs qui ressemblent furieusement à des fleurs de courgette (en sont-ce ?) — Ah ! Les délicats beignets mangés à Paris le mois dernier...
Depuis des années, les appareils-photos se succédant,
je cherche à faire cette photo de l'Institut en contre-plongée
— et je n'y arrive pas. Chaque fois que je passe, je la vois dans ma tête.
Quant à la réaliser... Il y a l'excès de lumière
qui confond le blanc du bâtiment, le trop faible recul même avec
un grand angle, etc.
Cette fois, ce n'est quand même pas trop mal, je crois. Surtout avec la vieille maison de droite, le minuscule temple et les chapeaux jaunes des deux enfants.
Pour revenir à la voix littéraire de mercredi et jeudi...
« Tous les poètes dont j'estime le travail ont des voix singulières, parfaitement reconnaissables. S'il y a une communauté de poètes, c'est une communauté de solitudes. Ceci n'empêche bien sûr ni l'amitié ni la fête, mais en écriture, chacun avance seul. Il en a peut-être toujours été ainsi, et c'est bien pourquoi je ne crois pas aux groupes, aux écoles, aux -ismes...
[...]
Mieux vaut laisser le désordre travailler. Avec un peu de patience, l'ordre s'établira : ordre précaire, variable sans doute suivant le lecteur, mais ordre. Donc ne pas s'interdire, ne pas s'obliger. Dans la force-forme qu'est un poème, se confier à la force, au risque aveugle qu'elle propose, quitte à être désorienté, apeuré. La forme ne peut être inexistante : il ne faut pas s'en préoccuper, mais s'en post-occuper.
[...]
Si une œuvre reste active, c'est que d'une façon ou de l'autre, elle a trouvé une force-forme capable un peu durablement de s'adresser au lecteur et de le mettre en route. Cette force-forme neuve, c'est peut-être ce que j'entends par voix.» (Antoine Emaz, Lichen, lichen, p. 87-89).
___Il est carré, il est mou, il est blanc
___Il va devenir légèrement croustillant
___Le beurre y fondra, le miel y coulera
___Vite dans le thé, tout ça ramollira
Ing-Ong, sans P.Sans Précision ni Puissance, j'ai été battu par Hisae, par Katsunori et par Manu. Pas ma fête ! Juste passé un smash ; les autres coups sont restés dans le bras...
Pourtant, j'avais bien dormi, pris des vitamines, mis un maillot de sport rouge gagnant (勝), presque remporté une manche contre Hisae (13-11 !). Puis tout s'est détraqué...
Comme pour me consoler, Manu propose d'aller déjeuner à
la crêperie Le Bretagne d'Omote-Sando.
C'est à un quart d'heure à pied — presque une heure en fait,
parce qu'on découvre un magasin de I-River, on visite
une boutique Armani/Casa construite
par Tadao Ando (ai un peu galéré pour trouver le site web...),
etc. Toujours aussi bien, cette crêperie, le lieu, les crêpes,
le service. À 13h15, on a eu une table pour quatre. Quinze minutes
après, c'était complet.
Par hasard, première fois qu'on parle poterie ensemble ;
un intérêt commun à approfondir (un stage poterie quelque
part un de ces jours ?...). Puis, sous la crêperie, à la librairie
d'art Nadiff, pour se nourrir
d'autre chose avant de se quitter.Revenu à Ichigaya, près du supermarché Hanamasa, ce bosquet en fleur à hauteur de pots d'échappement. Des fleurs qui ressemblent furieusement à des fleurs de courgette (en sont-ce ?) — Ah ! Les délicats beignets mangés à Paris le mois dernier...
Depuis des années, les appareils-photos se succédant,
je cherche à faire cette photo de l'Institut en contre-plongée
— et je n'y arrive pas. Chaque fois que je passe, je la vois dans ma tête.
Quant à la réaliser... Il y a l'excès de lumière
qui confond le blanc du bâtiment, le trop faible recul même avec
un grand angle, etc.Cette fois, ce n'est quand même pas trop mal, je crois. Surtout avec la vieille maison de droite, le minuscule temple et les chapeaux jaunes des deux enfants.
Pour revenir à la voix littéraire de mercredi et jeudi...
« Tous les poètes dont j'estime le travail ont des voix singulières, parfaitement reconnaissables. S'il y a une communauté de poètes, c'est une communauté de solitudes. Ceci n'empêche bien sûr ni l'amitié ni la fête, mais en écriture, chacun avance seul. Il en a peut-être toujours été ainsi, et c'est bien pourquoi je ne crois pas aux groupes, aux écoles, aux -ismes...
[...]
Mieux vaut laisser le désordre travailler. Avec un peu de patience, l'ordre s'établira : ordre précaire, variable sans doute suivant le lecteur, mais ordre. Donc ne pas s'interdire, ne pas s'obliger. Dans la force-forme qu'est un poème, se confier à la force, au risque aveugle qu'elle propose, quitte à être désorienté, apeuré. La forme ne peut être inexistante : il ne faut pas s'en préoccuper, mais s'en post-occuper.
[...]
Si une œuvre reste active, c'est que d'une façon ou de l'autre, elle a trouvé une force-forme capable un peu durablement de s'adresser au lecteur et de le mettre en route. Cette force-forme neuve, c'est peut-être ce que j'entends par voix.» (Antoine Emaz, Lichen, lichen, p. 87-89).
Commentaires
1. Le dimanche 25 septembre 2005 à 10:27, par Alain :
Oui, j'ai lu la lecture de Fuir par JCB. C'est drôle. Je suis dans la même impossibilité de lâcher le livre. Je trouve l'écriture de Fuir (je n'ai pas terminé) moins comiquement offerte (mais j'adore l'humour de Toussaint), moins M. Hulot (mais les premiers Je et Monsieur en étaient étoffés sans affect). Je pense à Echenoz. Non, je préfèrerais en parler, rectifier à mesure.
François, on ne veut pas tant déposer sa marque sur chaque site où l'on passe d'un j'y étais. Il s'agit plutôt de faire signe, peut-être maladroitement, de dire qu'on était content de lire les mêmes choses. Contribuer ? Je n'ai pas grand chose. Je veux bien parler d'Henri Calet que j'essaye de nouveau de lire mais sans succès, quelque chose me tombe des mains, une rouerie de l'expression, un rythme ternaire attendu, une complaisance.
Oui, passant parfois, on veut juste adresser une marque de sympathie.
Ce sont des liens étranges, passés par la lecture. En tout cas, merci pour les adresses, je vais vous écrire des tonnes de trucs.
2. Le dimanche 25 septembre 2005 à 10:50, par alain :
L'absence d'enjeux (là où j'en suis de Fuir) entre les personnages (sauf de désir), la défection des desseins (que font-ils là ? pourquoi vont-ils là ?). Les mouvements dans l'espace. Le caractère priviligié de l'oeil, et d'un oeil défait de ses significations, souvenirs, associations, comme le rappelle Deleuze à propos de Robbe-Grillet et du cinéma néo-réaliste ou pseudo néo-réaliste. Les sautes d'espace dues au téléphone, justement. Vous avez traversé le Louvre avec Fuir ? Oh lala. C'est un livre qui lit les auteurs tout en nous (?) acheminant (là où j'en suis de Fuir).
Aujourd'hui, d'ailleurs, j'étais au Louvre.
3. Le dimanche 25 septembre 2005 à 17:38, par Manu :
"post-occuper", un bien joli mot.
Et décidément, ça a l'air intéressant ce que dit et écrit Antoine Emaz.
J'aimais aussi l'extrait d'hier et d'autres auparavant.
4. Le lundi 26 septembre 2005 à 00:00, par FB :
pour Alain : le comité de rédaction de remue.net lira volontiers interventions sur Henri Calet ou Jean-Philippe ("auteur belge" qu'ils répétaient hier soir allant récupérer mes gosses au cinoche et que j'avais mis la radio sur Fr Inter)
quant à Emaz, bientôt son bouquin va être en entier diffusé chez Berlol... c'est un auteur important, il faut contribuer à le faire savoir, ça guérit du bruit environnant
et ne pas hésiter à écrire à pdj : son site est interactif quand même, ou malgré les apparences, simplement il reprend les mails reçus ou discussions en cours dans son blog
5. Le lundi 26 septembre 2005 à 04:21, par alain :
Emaz. Je l'ai commandé chez Gil. Je ne connais pas. Je vais lire.
France Inter, je n'écoute jamais. Mais j'ai une telle appréhension de la radio, de la télévision et des magazines qui nous écrasent toute l'année de leurs conneries (non, non, je ne découvre pas le marketing). Je me suis mis récemment (depuis que je viens ici, au reste) à écouter France Culture mais là encore, il y a de telles confusions, un tel ramassis d'inepties (car au fond, je ne suis pas sûr qu'il en faille pour tous les goûts). Je n'ose citer des noms. Ce serait du temps perdu.
La perspective de lire A. Emaz comme vous (Berlol, François) l'avez présenté m'enchante.
6. Le lundi 26 septembre 2005 à 05:35, par Cécile :
Savez-vous, Alain, que ma façon d'être là, ici et là, ici puis là puis re-ici etc, chaque jour, "chez" ces différentes personnes que j'estime et qui parlent de ce que j'aime, de ce qui m'importe, et la façon dont ils le font chacun, ressemble un peu à la vôtre, attentive et émue, et silencieuse le plus souvent mais active pourtant, à sa manière : enthousiaste, constante, curieuse, alerte. Tout ça, y compris vos propres interventions, résonne avec mes propres lectures, pensées, quotidien et flâneries. C'est sûr heureusement que tout le monde n'est pas comme nous, Berlol serait frustré et déçu, car on a l'air de prendre sans donner, pourtant ce n'est pas ça du tout. Je ne sais pas (encore) pourquoi, je le regrette mais m'en contente aussi, mais ça m'a toujours été et m'est toujours difficile d'écrire simplement, spontanément, un texte, une contribution, il me faut des lustres ! Peut-être parce que je n'en éprouve pas non plus le besoin ? Alors je LIS, les yeux grand ouverts et une curiosité sans fin en partage, discret et implicite, et aujourd'hui je tiens au moins à le signaler et à faire savoir ma sympathie, à Berlol comme à François Bon, comme à Philippe de Jonckeere, Jean-Claude Bourdais, et d'autres dans ce grand pays de l'internet, ainsi qu'à vous, donc, Alain.
Cécile
7. Le lundi 26 septembre 2005 à 08:41, par Phil De Jonckheere :
Merci pour les signes d'amitié qui s'intercroisent donc, je dis merci pour le plaisir que j'éprouve à leur sympathie, et merci pour leur enchevêtrement entre tous ces bloc-notes qui naturellement me ravit.
Et puisqu'il est ici question de la lecture de "Fuir" de Jean-Philippe Toussaint, je vous transmets ce lien du bloc-notes qui justement a été écrit le lendemain d'un dîner vietnamien très agréable en compagnie de Patrick et de T. desordre.net/blog/blog.ph...
Amicalement à toutes et tous.
Phil
8. Le mardi 27 septembre 2005 à 03:15, par Berlol :
Sept commentaires, étalés sur une dizaine de jours ! Quand tu passes, Philippe, tu ne fais pas les choses à moitié. C'est bien agréable de te lire, toujours traquant les paradoxes et les mises en abyme. Comme tu l'as constaté, on peut effectivement mettre du code html (limité, je pense), dans les commentaires, au moins pour faire des liens.
Pour Madre et les blogs, j'aimerais bien en discuter directement avec lui un de ces jours, je ne méprise pas son avis. Mais je pense qu'il faut tenir compte du temps : au début des pages web, on faisait tous des trucs bateaux (moi encore d'ailleurs) et une modif de charte graphique était à reproduire dans toutes les pages. Avec les php, css et autres, on peut faire des modifs à grande échelle (on peut aussi se planter somptueusement...), à condition d'apprendre et d'aller mettre les mains sous le capot, ce que tout le monde n'a pas le temps de faire (moi par exemple, mais un peu quand même).
Pour ce qui est des commentaires, sûr qu'on peut s'en prendre des inutiles et des pas sympas. On peut bien sûr retirer ce qui est inadmissible. Comme je ne fais pas trop de polémique (j'ai vu des blogs où ça s'insulte grave sur du littéraire, mais surtout sur du politique et puis vite plus que sur de l'individuel — gens qui se prennent trop au sérieux, que l'importance de leur avis égare), je reçois plutôt des commentaires connivents ou ricochants.
Cécile et Alain le disent d'une façon qui me touche beaucoup. Je suis vraiment content d'offrir (?), d'animer (?) ce type de lieu virtuel. Je ne dirai que c'est un des buts de ma vie, mais c'est en tout cas un des objectifs de ma recherche telle qu'elle se mêle à mes lectures et à ma vie de tous les jours...
Ajouter un commentaire
Les commentaires pour ce billet sont fermés.