Zoom nu
Par Berlol, lundi 26 septembre 2005 à 23:47 :: General :: #21 :: rss
rivé à l'œil l'appareil-photo
zoom nu
mérique à fond
flash
après flash épingle
sur de mitoyennes fleurs parasites
butinant comme on
narguerait
l'une de nos chenilles
verte et noire et prodigue et vibrante
(montage de deux clichés du même papillon)
« Trois Noirs américains sur quatre pensent que la lenteur des secours à La Nouvelle-Orléans est due à la race des victimes. Trois Blancs sur quatre pensent que ce n'est pas le cas. Quoi qu'il en soit pour cette catastrophe-là, il y a bien deux pays aux Etats-Unis, et La Nouvelle-Orléans n'était pas dans le bon.» Telle est la conclusion d'un excellent article d'Esther Duflo dans Libération du jour — pour une fois que je lis la presse...
J'ai fini hier soir le livre d'Antoine Emaz, au lit. Je n'en étais pas triste. En fait, je n'avais pas l'impression de le finir. Ça ne finit pas comme on pourrait dire que finit une histoire, un récit, un essai ou même un poème. C'est un des avantages des livres de fragments, même lorsqu'ils sont composés avec soin, il leur reste suffisamment de jeu, d'air qui passe entre les fragments, les groupements de fragments, qu'ils ne commencent ni ne finissent vraiment. Il me reste maintenant à entreprendre la poésie d'Emaz elle-même, si l'on veut bien que Lichen, lichen soit la mousse sur laquelle on marche pour y accéder.
Souvent, d'où l'on s'assoit au Saint-Martin, j'entends quand le cuisinier met les frites dans le premier bain d'huile. Un bouillonnement caractéristique, assez rapide pour saisir la chair de pomme de terre, mais pas cette violence sautante qui la durcirait trop tôt... J'en souris, T. sourit, Yukie sourit, une vraie complicité.
J'ai avancé aussi, quittant Emaz, après sas de pressurisation, dans le Lendemain de fête de Séréna. Puissamment poisseux et intéressant. Pas d'excès dans le glauque, juste un personnage narrateur qui essaie de surnager dans les naufrages de sa vie, avec un entêtement qu'il ne comprend pas lui-même. En même temps qu'à Beckett que je citai l'autre jour, cela me fait repenser à l'écriture quand même plus délicate de Jean Cayrol, puis à celle plus terrible de Fred Deux. En tout cas, j'avais bien fait d'arrêter Doubrovsky ! — factice façonnage d'un universitaire et complaisance dans la catastrophe ; rien de tel chez Beckett, Cayrol, Deux ou Séréna.
« Avant il ne me ressemblait pas du tout, au contraire. Je ne le revois pas bien mais je me souviens de l'avoir trouvé assez beau, beau et attachant, par rapport à l'idée qu'on se fait des étudiants en sociologie en général, mais par rapport à l'idée qu'on se fait des étudiants en sociologie en général pratiquement tout le monde est attachant.» (Jacques Séréna, Lendemain de fête, p. 24.)
« Honnêtement, ce mot qui lui revient encore, là ou là. Il s'en servait beaucoup au début, quand il dépliait sous son cul une page de magazine avant de s'asseoir. C'est fatal, à se croire honnêtes ils ne batifolent pas, se retrouvent fatigués quand même, croient que les autres se sont éclatés, alors ils en veulent au monde de ces orgies auxquelles ils n'ont pas pris part, et finissent par vouloir qu'on les interdise à tout le monde. De toute façon, ceux qui se croient encore honnêtes sont chiants, parlent sans arrêt d'honnêteté, ceux qui se savent tordus parlent moins.» (Id., p. 53)
Commentaires
1. Le lundi 26 septembre 2005 à 17:36, par Marie.Pool :
"D'ordinaire,on dit "je te comprends" pour aller vite, pour expédier. Prendre avec, voilà un travail de bien plus longue haleine ;on y arrive parfois au bout d'une vie passée à écouter, collecter des bouts, lire, passer par le plus vaste registre d'émotions d'intensité diverse...Quand on pige vraiment, soi ou autrui, il est toujours tard, très, trop mais toujours tard".
Cette phrase d'EMAZ donne à penser qu'on ne peut jamais vraiment "prendre part" de façon synchrone aux modalités de jouissance , d'indifférence ou de désespérance de "l'autre", et que le même décalage peut se reproduire par rapport à soi-même. Je vous vois (c'est ainsi que je vous lis...) chercher dans les livres, via le blog, depuis quelques temps... quelque chose de plus déstabilisant pour le raisonnement, tout en justifiant (par bribes) une manière d'arrière-plan de cette écriture publique où il y aurait, peut-être ,des éléments à réactualiser. Tout se passe comme si l'énonciation complète n'était pas (encore ?) possible. Quand vous parlez, ici ou là, de Duras, il me semble que vous touchez à ces zones un peu marécageuses, plus inquiétantes que la "Mousse Emaz" dont j'apprécie aussi comme vous le contact mental.
2. Le mardi 27 septembre 2005 à 07:11, par José Angel :
"je te comprends" - je te comprendrai bien autrement ailleurs, plus tard... mais cette compréhension sera-t-elle forcément meilleure? Pour le moi futur, oui, sûrement, mais...
Il y a sans doute un temps pour l'instant, et un temps pour la mémoire.
3. Le mardi 27 septembre 2005 à 14:58, par Marie.Pool :
De quoi ça parle. D'où ça parle. Jusqu'où ça parle. A travers, en traversant donc , avec la voix de qui au juste ? "Prendre part" à çà. "Faire part" de çà, sur un blog par exemple.Citer ceux qui ont des mots qu'on prend, qu'on comprend peut-être par advertance ,instantanément ( Cayrol?..) ou "de mémoire" ( le souvenir troublant d'une danse adultère chez Duras...). C'est un peu pour répondre quelque chose de moins impersonnel que je m'intéresse à ce qui se dit ici à propos de choses si dissemblables que sont la vie et sa transcription dans les mots. Le chercheur est aussi quelqu'un qui espère peut-être dans sa quête vive, débusquer quelques points d'appui , d'équilibre aussi dans le regard... Ce sont ces temps fugaces d'arrêt sur image que j'aime retrouver de temps en temps chez un auteur de blog. Quelque chose change ici et je trouve cela passionnant à "considérer".
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