Samedi à la maison, fors le poulet-frites au Saint-Martin. Livres à lire, notes à prendre sur Europe, etc.

« Cette année, c'est Esprit qui, dans son numéro de juillet-août, propose de s'arrêter sur ce que la revue appelle le Nouveau Roman. Je dis bien : sur ce que la revue appelle... car dès la première page, nous sommes fixés : il s'agira presque uniquement d'Alain Robbe-Grillet, de Michel Butor, et de Nathalie Sarraute, voire, à l'occasion, de Marguerite Duras, Jean Cayrol, Samuel Beckett ou Jean Lagrolet. Pourquoi ces noms, et eux seuls ? Parce qu'ils ont en commun d'appartenir à l'ère du soupçon.» (Francis Antoine, « Revue des revues », Europe, n°354-355, oct.-novembre 1958, p. 244.)

Quelques personnes ont ainsi feint de rattacher Jean Cayrol au Nouveau Roman. Plus tendance ère du soupçon qu'école du regard ! Dans cette époque où les revues font véritablement le débat intellectuel, Europe apprécie très moyennement la production romanesque qui sort de chez Minuit. Mais bien avant les premières manœuvres de Robbe-Grillet, Europe, qui avait chaleureusement accueilli (et publié) les poèmes de retour des camps (de concentration) de Cayrol dans les années 40, avait pris dès 1951 ses distances avec son travail romanesque :

« "Chaque fois que mon ami m'explique l'histoire des calories, dit une héroïne de Colette, je crois que je vais comprendre, et puis, ça s'arrête chaque fois au même endroit..."
La lecture des œuvres de Jean Cayrol me produit à peu près la même impression. Ses héros ont des réflexes imprévisibles. Ballottés par le destin, ils s'examinent, se révoltent, s'attendrissent, se saoulent, semblent vaguement chercher le mot d'une énigme, et nous arrivons à la fin du volume sans pouvoir nous attacher à aucun d'entre eux. De sorte que
Le feu qui prend, livre construit avec art, écrit dans une langue riche et vigoureuse, laisse pourtant une pénible impression de vide.» (Gilette Ziegler, note de lecture sur Le Feu qui prend, éd. du Seuil, Europe, n° 66, juin 1951, p. 126.)

J'ajoute que Le feu qui prend est paru en 1950, et non en 1948 comme Le Monde du 11 février 2005 l'a publié (l'article est en commentaire du JLR à la même date). Cela veut dire aussi que la rédaction d'Europe a eu près de six mois pour pondre finalement cette petite dizaine de lignes de Gilette Ziegler (qui publie justement, en 1950, J'étais au P.S.F., roman, aux Éditeurs français réunis, préface de Pierre Abraham, qui dirige Europe... et qui recense le roman de sa camarade dans le numéro de juin 50). Ça cache quelque chose...

Une semaine de reprise comme ça, c'était couru d'avance que je n'aurais pas le temps d'écouter la radio ! C'était mon tour, de prendre la parole...
Ce n'est qu'aujourd'hui que j'écoute avec plaisir Jean-Philippe Toussaint parler de Fuir dans les Mardis littéraires et que je découvre Laurent Peireire et son Journal de Kikuko, auquel j'accroche moins — mais c'est plus radio-euphonique que littéraire, ce que je dis là, Pascale Casanova étant d'ailleurs revenue à plus de calme. Question aisance dans la parole et émission réussie, c'est Tire ta langue qui m'enchante le mieux : Patrice Delbourg emplit l'espace sonore de sa passion pour Alphonse Allais — celui qui ira... jusqu'à la Saint Bouc. Je signale aussi Finkielkraut dans À voix nue, enregistré mais pas encore écouté.

Hier, fin de septembre et du Psychanalyste, bel unisson pour l'épisode final — et tristesse que ça finisse. Octobre, commencement d'agonie cyclique ; chaleur, sueur, odeurs, fleurs, verdeur, cigales, bronzage, chemises de lin, Capri, c'est fini !

En même temps, il y a toujours de l'allant, du nouveau : Napoléon partait en guerre, moi j'installe un lien vers une table des matières (en bas de colonne, version Dotclear). Le rapport ? Changer les codes, déplacer des lignes : l'accès stratégique.

Allez, je retourne à ma durasse préparation de cours...