Gris clair en matinée pendant que je lis
lumineux pour un déjeuner de retrouvailles
ses reflets durcissent l'après-midi encore à gué
finissent grisaille noyée chute continue dans l'oreille.

Se retrouver, DG et moi, c'est essayer dans un désordre concis et alternatif de savoir ce qui s'est passé depuis sept ans. Tentative avec du sourire et sans hypocrisie. Après ses années à Hong-Kong, le retour à Tokyo ne semble pas trop difficile. Connaître le Saint-Martin sera je l'espère un atout de plus, d'autant qu'on y sert aujourd'hui pour la première fois du confit de porc à l'orange — juste équilibre entre l'épaisseur salée de la viande et le velouté acidulé de la sauce à l'orange. DG a retrouvé quelques cours à donner, des amis avec qui sortir, un rythme. De mon côté, j'explique mes semaines binaires, le cours à l'Institut, le GRAAL. D'autres choses, bien sûr, comme les activités de T. ou le journal à écrire et mettre en ligne chaque soir, de son côté le conjoint et l'enfant, la préparation d'un master de FLE. C'est rare, la bonne entente, et la retrouver, c'est précieux.

Séance spéciale du GRAAL, qui nécessite un peu de préparation, de mise en scène... Comme notre salle de réunion de la Maison franco-japonaise est exceptionnellement prise, nous nous réunissons dans l'appartement au-dessus de chez nous, où logeait le père de T., qui nous a quittés en mai — reste l'urne et la maison des ancêtres (お仏壇). Pour l'occasion, Daniella m'a proposé d'ouvrir un bloc de foie gras qu'elle n'arriverait pas à consommer seule, et de l'accompagner d'un sauternes. Cela ne se refuse pas ! — et m'avait déterminé samedi à ce passage de colis en pleine librairie à Shinjuku. Depuis, j'y ai adjoint quelques autres bricoles...
Rendez-vous dans le hall de l'Institut (je recroise DG qui y descend aussi... normal, son logis est à deux rues du nôtre ! Ah, Kagurazaka, la colline des Français !...) pour ramener mes graalistes à la maison. Malgré la pluie, ils sont tous à l'heure. Arrivés à la maison, accrochés les parapluies, chacun se recueille spontanément devant le portrait et l'urne de l'honnête vieillard — et va que tinte la cloche ! Puis ils l'oublient — tant mieux — et se plongent dans la discussion comme jamais cet appartement n'en a résonné.
Pour contextualiser un peu mieux Assia Djebar et son recueil de nouvelles, j'ai fait appel à deux ressources électroniques, aboutissements d'étonnantes entreprises humaines, de celles qui redonnent de l'espoir quand les guerres passées et à venir nous en privent : d'une part le dévédé d'Europe dont j'ai imprimé et photocopié deux articles d'un numéro de juillet-août 1976 dont il a déjà été question, d'autre part le fabuleux travail de Jean-Claude Bourdais autour du tableau de Delacroix qui intitule le recueil d'Assia Djebar : Femmes d'Alger dans leur appartement. Je montre plusieurs pages du journal de JCB en expliquant sa démarche, résumant ses explications, ses propositions. Il peut être fier de lui — et satisfait de notre bon escient.

Guerre à venir. Koizumi joue avec le feu, de façon de plus en plus ostentatoire. Hélicoptères ce matin, entendus malgré la grisaille, doute... Oui, c'est bien Koizumi, à moins de deux kilomètres, en visite officielle au temple de la guerre, Yasukuni, là où des criminels de guerre sont honorés en même temps que des victimes. Réactions instantanées de la Chine et de la Corée. Depuis sa victoire aux élections, Koizumi ne se sent plus, dictateur de jour en jour. Pire à craindre.

Tard, nous resteront à goûter, T. et moi, les délicieux sarments citron et orange au chocolat que Fumie nous a offerts. Merci !