Plutôt repos... me disais-je, ce matin.

Sur le tempo gracquien de François, je poursuis vite mon idée de vitesse.
Chez Lionel, un petit amusement qui m'a attiré un message d'une bête méchanceté (la personne commence par citer mon jeu de mot à deux balles) :

« "Du français sans accents, c'est comme du café sans caféine, du coca sans cocaïne, de la fél sans féline..." Au risque de passer pour un attarde, a part la repetition des "ine" qui lui donne une touche aliterationnesque (barbarisme ? neologisme ? je vous laisse juge) je trouve cette reflexion bien indigne de vous cher maitre... En outre je ne sais pas ce qu'est une "fel", il est vrai que je ne possede pas de dictionnaire (et une fel sans accent doit sans doute etre loin d'avoir vos faveurs). Si vous voulez mon avis je trouve ces blogs d'erudits expatries chiants comme la pluie, et ceux qui touchent au Japon, pour une raison qui m'echappe encore, semblent l'etre plus encore. Lionel Dersot se regarde ecrire, c'est plus fort que lui (vous aussi du reste), et tous ces blogeurs du coin qui viennent se renifler sous la queue ! Vous trouvez pas que ca sent l'ecrivain refoule tout ca ? En cliquant "Berlol" sous votre commentaire je suis alle sur votre blog, puis votre site, puis en googlant votre nom j'ai finalement lu votre C.V. Pffuiiiit ! Mazette ! muscle du cerveau le gonze ! Et puis on vous la fait pas sur le Japon, vous devez desormais savoir aussi bien rouler les maki que les joints ! Vous en savez meme peut-etre plus sur le sumo que Chirac. Ahh ! Le Japon ! Je comprends qu'on puisse trouver ce pays fascinant. Ce raffinement a la lisiere du divin, cette merveilleuse culture envoutante, impenetrable, intemporelle; ses traditions seculaires, ses bateaux-usines a cetaces, ses historiens amnesiques... J'arrete ici, je vais deraper.»

À quoi j'ai répondu ce matin (moins la première phrase, en rapport avec l'identité de la personne) :

« [...] "fél", ça doit être une abréviation de fellation, j'imagine... Pas vous ? C'est un petit jeu de mot sans prétention. Pas vraiment besoin d'être musclé du cerveau, comme vous dites.
Vous avez droit à votre avis, même s'il est faux. Par exemple, je ne sais presque rien du Japon, je passe trop de temps à essayer de bien faire mon travail d'enseignant avec quelques dizaines d'étudiants qui pensent à tout autre chose qu'au français. Et puis à suivre l'actualité littéraire francophone et à relire quelques classiques, voir quelques films, avoir du bon temps avec quelques amis. Je ne suis pas du tout "japonisant", comme on dit ici.
Ainsi, si vous trouvez des blogs chiants, arrêtez de les lire, ou n'allez que sur ceux qui vous plaisent, ou faites-en un vous même. Et si tout vous emmerde, c'est que vous devez mal fonctionner de quelque part. Changez de vie. Partez. Ou suicidez-vous, que sais-je.
Et ne m'appelez pas "maître", on voit vos dents !
PS : pour les historiens amnésiques, je suis d'accord avec vous ; il y a des Japonais qui souhaitent ce travail de mémoire mais le pouvoir actuel serait plutôt du genre à réécrire l'Histoire. J'ai plusieurs fois protesté, dans ce JLR ou en classe, mais ce que dit un étranger leur est à peu près égal...»


Le fond, c'est donc qu'il existe des individus dits français et qui, parce qu'ils habitent aux États-Unis et sont plutôt pragmatiques, refusent d'écrire leur langue avec des accents. Outre le fait que le problème est anachronique, car cela fait bien dix ans qu'il existe des raccourcis clavier et cinq ou six ans qu'il existe un environnement multilingue permettant de changer de langue à condition de savoir où sont les cinq ou six signes utiles, ce qui en principe n'occupe pas beaucoup de mémoire humaine, ces personnes n'ont donc aucune conscience de la valeur historique de leur langue d'une part, ni aucune conscience de la guerre linguistique rampante entre l'anglais et les autres langues, dont le français, d'autre part. Je ne parle pas de ceux qui, passant par hasard dans un pays étranger et n'ayant que quelques minutes pour rédiger quelque chose le font sans accent, mais de ceux qui, y résidant en permanence, collaborent avec l'ennemi à l'éradication des langues au profit d'un sous-produit de l'anglais composé de cinq cents mots de moins de dix lettres.
Il y a dix ans, quand je disais à des collègues japonais qu'ils pouvaient avoir des accents aigus, graves, etc., ils invoquaient leur incompétence à comprendre ce qu'il fallait faire — et ils n'avaient pas tout à fait tort. Aujourd'hui, ils écrivent sans difficulté la langue de Molière, surtout avec le programme du clavier français canadien qui correspond au QWERTY de base qui sert au japonais. Et il m'arrive de temps en temps d'écrire du japonais avec mon clavier AZERTY — et un petit effort de mémoire. On appelle ça le respect mutuel.

Remontons à la surface. Il a fait beau et je n'ai pas eu mal aux dents, moi. Au saint-Martin, il restait une portion de boudin, que j'ai prise, avec des frites au lieu de la purée. T. a pris du roti de porc qui avait aussi l'air très bon. Je suis revenu et j'ai préparé le GRAAL sur Assia Djebar dans les bruits de travaux, ceux d'à-côté et ceux d'en-face.
Une fois à la Maison franco-japonaise, nous avons repris Femmes d'Alger dans leur appartement, en commentant la nouvelle la plus ancienne, Il n'y a pas d'exil, qui date de mars 1959. Une femme de 25 ans que sa famille veut remarier, les lamentations des voisines qui pleurent le fils mortellement accidenté le matin même, la situation de réfugiés, les paroles de femmes qui osent exposer leur conscience d'être à la fois femmes et algériennes, tout cela par touches, ambiances, petits mouvements et paroles apparemment anodines, sans volonté pédagogique, sans vouloir mettre la littérature au service d'un combat. La grande classe.
Ensuite, restaurant italien, un peu bruyant mais bon et sympathique, dans le quartier d'Ebisu. S'appelle Vacanza. On cause fort nous aussi. Laurent dit que Roméo et Juliette est une des plus profondes tragédies de Shakespeare. C'est vrai. Moi, je trouve regrettable que Roméo se tue alors que Juliette n'était pas vraiment morte, c'est tout.