Même dans le plus mauvais livre, on trouvera d'excellentes paroles.
Plus j'avance dans celui-ci, plus je m'y ennuie. Un épisode de secte était un peu plus animé mais il s'est achevé sans suite ni résultat. Le décousu du personnage est tellement pathétique que je ne lis plus que pour savoir ce qu'il peut y avoir de pire — littérairement parlant. Dire que ce truc risque d'avoir le Goncourt, c'est dire le total discrédit de ce jury. Avec aussi de la franche immoralité, qui ne date pas d'aujourd'hui : il y a un siècle, ce prix était conçu pour aider un nouvel auteur, prometteur et plutôt dans le besoin...
Bien sûr, si Toussaint l'a, je dirai que c'est un jury intelligent. Même Weyergans...

« Je me sentais de plus en plus mal à l'aise : on m'avait souvent parlé show-business, plan médias, microsociologie aussi ; mais art, jamais, et j'étais gagné par le pressentiment d'une chose nouvelle, dangereuse, mortelle probablement ; d'un domaine où il n'y avait — un peu comme dans l'amour — à peu près rien à gagner, et presque tout à perdre.» (Michel Houellebecq, La Possibilité d'une île, p. 153-154)

J'ai dû ressentir ça quand j'avais treize ou quatorze ans. Bienvenue au club.

Je ne suis pas non plus très emballé par l'Histoire de la lecture qu'essaie de nous conter Alberto Manguel. Dissertations d'érudit à déguster dans un bon fauteuil cuir, avec des glaçons sucés et resucés. Mauvais départ : tout de suite centré sur l'Occident, Saint-Augustin et tout ça... Tel que c'est parti, ça va être une histoire de la lecture humaniste et bourgeoise. Trop peu pour moi. Je n'ai rien contre l'humanisme mais ce n'est pas objectif. La lecture, ça commence avec des traces d'oiseaux dans la neige, des couleurs de nuages, des bornages de terrains, des barres griffées à des troncs pour compter des bêtes...

Non, je n'ai pas mauvais caractère. Mais mon temps est compté. Avec un mal de tête. Et des travaux juste devant nos fenêtres. Je sors me promener un peu dans l'après-midi. Je marche jusqu'à l'hôtel Edmont, dans ce quartier en totale modernisation depuis trois ou quatre ans, bureaux et administrations, et où la vie commence à s'étoffer. M'assied sur un banc pour préparer un peu mon cours de demain. Prends quelques photos. Dont celle de ces bureaux où, à chaque étage, trônent des portraits de personnages mêmement disposés, sans doute importants pour l'entreprise ou la famille, mais pas les mêmes...
Remonté au hasard jusqu'à la station Suidobashi, j'entre dans l'enceinte du Tokyo Dome, immense stade couvert entouré d'un parc de loisir et d'attractions foraines. Pas de match aujourd'hui, c'est relativement calme, c'est-à-dire tout de même très animé. La grande roue est vraiment haute et permet sans doute de voir loin, jusqu'au Mont fuji, et toute la mégapole de Tokyo. Elle n'a pas d'axe, la grande roue, pas de rayons, alors on y a fait passer des montagnes russes qui traversent aussi un bâtiment, derrière.

C'est à ce moment que David m'appelle, me rappelle plutôt puisque j'avais essayé de le joindre en début d'après-midi. Je voulais lui dire que le document de l'Ambassade au sujet de l'ilotage de secours des Français en cas d'extrême nécessité (séisme ou autre), trouvé dans un recoin du site web de ladite ambassade par le pugnace Christian, ne mentionnait que le Japon de l'Est (la Circonscription consulaire de Tokyo). David me confirme que Nagoya fait partie de l'ouest, doit donc être géré par le Consulat à Osaka. Mais pas de lien web de Tokyo à Osaka ! Sur cette page, on parle bien d'Osakaka (kaka, si, si !), mais pas de lien vers là-bas. Trop loin, sans doute. On n'a pas leur adresse web. Si mes parents me cherchaient par exemple, dans l'urgence d'une catastrophe, il faudrait déjà qu'ils aient un mode d'emploi du Japon ! (L'autre bout du Japon, il est là !, avec des infos périmées, d'ailleurs...)

Après cet intermède, je reprends ma promenade, au hasard, comme Lol dans les rues de S. Tahla. Oui, parce que je continue à lire, de temps en temps... Vers le nord du Tokyo Dome, je ne suis jamais allé à pied à la station de Korakuen. J'y suis déjà passé en métro. C'est même pas loin de là, dans le quartier de Koishikawa, un peu plus au Nord de Korakuen, qu'il y a treize ans et quelques mois, mon ex (qui n'était pas encore mon ex) et moi avions été logés par l'université qui m'invitait au Japon. Sur les lieux de ce passé, j'avance toujours prudemment. Mais rien n'est reconnaissable. Il y a maintenant un immense centre commercial en bordure du parc d'attraction, mêlé à lui et à la station de métro. S'appelle LaQua. Décline le thème de l'eau... Du bon boulot. Je ramasse des infos pour de futures promenades avec T. car après tout ce n'est jamais qu'à vingt minutes à pied de chez nous, si l'on vient directement ; ça en fait le centre commercial le plus proche.

Voilà, Lola, je rentre, je fais la sieste, je dîne et je suis à toi...