Autant la métaphore que la métabole
Par Berlol, lundi 31 octobre 2005 à 23:59 :: General :: #56 :: rss
« Le fileur reste à trente mètres du lièvre.
Mais même à cette distance, il faut du sang-froid. On a peur,
vous verrez, d'être repéré. On a besoin de quoi sur le
type qu'on suit ? de connaître les horaires, de vérifier qu'il
va à son travail et non voir sa maîtresse, vérifier qu'il
a une voiture, se renseigner si elle est gagée ou non. Les gens mènent
leur vie, continuent de vivre une vie déjà commencée,
n'en changent pas souvent. Nous, on se limite à un aperçu.
On ne peut pas prendre en compte leur enfance. On véhicule des lacunes. On
s'en tient là, à l'immédiat. On ne veut pas les connaître,
on ne veut rien savoir, ou bien savoir le minimum, un nom, une adresse. Dès
qu'on connaît, on a pitié, on ne veut pas avoir pitié,
pas fraterniser. Les gens sont tous pareils, tous sauvables. Tous ont des
circonstances qui atténuent le délit. Ça a un côté
fumier, le contencieux.» (Alain Sevestre, Les Tristes, p.
100)
Est-ce que cela répondra pour les odeurs de pied ? Est-ce
que ce ne devrait pas être la solution par le vide pour tous les problèmes
de l'humanité ? Est-ce que donner le pouvoir à Sarkozy
et continuer la charité
avec les SDF est ce que l'homme a de mieux à faire ? Les
personnages de Sevestre ne pensent pas comme Sevestre (je crois), tout comme
Bouvard et Pécuchet ne pensent pas comme Flaubert (j'en suis sûr).
Ils expriment une virtualité paradoxale et sincère...
Ce que file le fileur, c'est autant la métaphore que la métabole.
« C'est l'époque où on quitte un petit peu le monde de la rédaction, à proprement parler. C'est-à-dire que l'exercice roi va soudain être l'explication de texte, et non plus la production de textes, de compositions françaises, comme c'était encore le cas à la toute fin du XIXe siècle. C'est une époque où on sent les choses basculer à l'école même. Par exemple, il ne s'agit plus d'imiter les écrivains, puisque c'était le principe de la composition — et on y revient maintenant, c'est tout à fait étonnant de voir comment l'histoire fait des boucles, des spirales, etc. C'était un exercice qui était très prisé à la fin du XIXe et qui cesse de l'être puisqu'on décide en gros que les écrivains n'ont plus à être imités, ils sont à part [...] » (Gilles Philippe dans l'émission Tire ta langue du 22 juin 2004.)
On y revient maintenant, dit Gilles Philippe. Certains ici en savent quelque chose !
Je le cite parce qu'il sera jeudi après-midi à l'université Aoyama Gakuin dans le cadre du colloque Sartre pour parler de la langue littéraire en France de Gustave Flaubert à Claude Simon : pour une autre histoire de la littérature française (1850-2000). Je tâcherai d'apporter de Nagoya son Sujet, verbe, complément (Gallimard, 2002) pour me le faire dédicacer... hé hé hé...
Ici, c'est le lieu du JLR, un des lieux où se croisent des gens qui lisent et des gens qui écrivent. Un lieu que je voudrais mieux cerner dans quelques jours. J'y réfléchis...
C'est aussi le lieu du GRAAL, investi ce soir par l'esprit des Goncourt vilipendant d'avance ces jurés qui ne reconnaissent que les valeurs établies, qui donnent de l'argent à ceux qui en ont déjà pour qu'ils en aient encore plus. Le Goncourt, c'est souvent des cons qui se gourent...
Et puis une belle discussion sur Assia Djebar. Et pourquoi elle est indispensable dans cette génération littéraire issue de l'Algérie de l'indépendance. Elle pose des ébauches de personnages, des situations floues, des paroles ambiguës. Le texte les tresse, les disperse et les rapproche. De ces interactions, l'espace lectural s'emplit et, selon les dispositions du lecteur, du sens se produit, plus volumineux que d'un texte narratif conventionnel. Ces façons d'être à part qu'ont ses femmes d'Alger (dans leur appar(jus)tement) donnent voix à leur diversité si difficilement transformable en une simple ligne politique. On en reparlera...
Est-ce que cela répondra pour les odeurs de pied ? Est-ce
que ce ne devrait pas être la solution par le vide pour tous les problèmes
de l'humanité ? Est-ce que donner le pouvoir à Sarkozy
et continuer la charité
avec les SDF est ce que l'homme a de mieux à faire ? Les
personnages de Sevestre ne pensent pas comme Sevestre (je crois), tout comme
Bouvard et Pécuchet ne pensent pas comme Flaubert (j'en suis sûr).
Ils expriment une virtualité paradoxale et sincère...Ce que file le fileur, c'est autant la métaphore que la métabole.
« C'est l'époque où on quitte un petit peu le monde de la rédaction, à proprement parler. C'est-à-dire que l'exercice roi va soudain être l'explication de texte, et non plus la production de textes, de compositions françaises, comme c'était encore le cas à la toute fin du XIXe siècle. C'est une époque où on sent les choses basculer à l'école même. Par exemple, il ne s'agit plus d'imiter les écrivains, puisque c'était le principe de la composition — et on y revient maintenant, c'est tout à fait étonnant de voir comment l'histoire fait des boucles, des spirales, etc. C'était un exercice qui était très prisé à la fin du XIXe et qui cesse de l'être puisqu'on décide en gros que les écrivains n'ont plus à être imités, ils sont à part [...] » (Gilles Philippe dans l'émission Tire ta langue du 22 juin 2004.)
On y revient maintenant, dit Gilles Philippe. Certains ici en savent quelque chose !
Je le cite parce qu'il sera jeudi après-midi à l'université Aoyama Gakuin dans le cadre du colloque Sartre pour parler de la langue littéraire en France de Gustave Flaubert à Claude Simon : pour une autre histoire de la littérature française (1850-2000). Je tâcherai d'apporter de Nagoya son Sujet, verbe, complément (Gallimard, 2002) pour me le faire dédicacer... hé hé hé...
Ici, c'est le lieu du JLR, un des lieux où se croisent des gens qui lisent et des gens qui écrivent. Un lieu que je voudrais mieux cerner dans quelques jours. J'y réfléchis...
C'est aussi le lieu du GRAAL, investi ce soir par l'esprit des Goncourt vilipendant d'avance ces jurés qui ne reconnaissent que les valeurs établies, qui donnent de l'argent à ceux qui en ont déjà pour qu'ils en aient encore plus. Le Goncourt, c'est souvent des cons qui se gourent...
Et puis une belle discussion sur Assia Djebar. Et pourquoi elle est indispensable dans cette génération littéraire issue de l'Algérie de l'indépendance. Elle pose des ébauches de personnages, des situations floues, des paroles ambiguës. Le texte les tresse, les disperse et les rapproche. De ces interactions, l'espace lectural s'emplit et, selon les dispositions du lecteur, du sens se produit, plus volumineux que d'un texte narratif conventionnel. Ces façons d'être à part qu'ont ses femmes d'Alger (dans leur appar(jus)tement) donnent voix à leur diversité si difficilement transformable en une simple ligne politique. On en reparlera...
Commentaires
1. Le lundi 31 octobre 2005 à 08:29, par Arte :
ok
2. Le lundi 31 octobre 2005 à 09:19, par Alain Sevestre :
Les personnages s'appelèrent Brécat et Pétapernal jusqu'à ce que Jacques Réda trouve que tout de même, oui, bien sûr, vous faites ce que vous voulez, mais tout de même, enfin comme vous voulez. Alors tout de même, l'hommage trop transparent eût viré à la citation.
Pour parler des noms.
À tout à l'heure. Je dois y aller.
3. Le lundi 31 octobre 2005 à 09:28, par vinteix :
Ouais, ok...
La question des "odeurs de pieds" est partie de ce mot d'Alain, si je suis bien : "l'enthousiasme, la générosité, la fraternité (des valeurs qui puent des pieds souvent)"... Quant a l'enthousiasme, je crois qu'il est a la base de bien des passions (seraient-elles negatives), des desirs, des elans, des decouvertes et que sans lui, tout ne serait qu'inertie. Il me semble d'ailleurs qu'il recouvre bien souvent les commentaires faits ici.
Les deux autres valeurs, bien sur, sont largement galvaudees dans la mixture indigeste des bons sentiments, masque de tant d'hypocrisies, lachetes et autres bassesses. Il n'empeche qu'on peut toujours y croire, tendre vers... c'est comme le beau, qui est improbable, la verite, qui n'existe pas, la justice, qui n'existe pas (mais qui peut pretendre renoncer a elle ?), l'amour infini, qui n'existe pas mais qui projette son infinite a l'infini... toutes choses qui, selon l'expression de Bernard Stiegler, n'existent pas mais consistent... ou encore, comme ce que disait Deleuze des revolutions ou plutot des gens qui liquidaient les revolutions dans les oubliettes de l'histoire en feignant plus ou moins de s'etonner de leur echec, comme si les revolutions ne devaient pas toujours echouer (encore cette confusion perenne entre l'histoire et le devenir).
Walter Benjamin disait (je cite de memoire, c'est-a-dire approximativement) que tant qu'il y aura un mendiant, il y aura de l'utopie.
Sans ce desir d'utopie, je ne croirais plus en la poesie... ni en la vie, meme si je ne crois plus guere en l'humanite.
Quant a l'ecriture, comme disait Celine, il s'agit d'abord de mettre ses tripes sur la table... ce qui n'est pas si courant.
4. Le lundi 31 octobre 2005 à 10:09, par vinteix :
... Mazette ! Je parlais de tripes... et j'ai bien failli vomir en venant d'ecouter a la fin du JT de 13 heures de France 2, interroge par un journaliste debile, un certain Charles Dantzig qui publie chez Grasset un "Dictionnaire egoiste de la litterature"! Une serie de propos baveux, racoleurs, vides, commercialement provocateurs, sous-alimentes intellectuellement... assenes avec une pretention proche du dogmatisme. Enfin, passons... il est vrai qu'il y a bien longtemps que la litterature n'existe plus a la TV (en France)... Entre parentheses, a-t-elle jamais existe au Japon ? Question sans importance, ceci dit.
Allez au lit...
5. Le lundi 31 octobre 2005 à 11:15, par Arte :
ok
6. Le lundi 31 octobre 2005 à 13:34, par alain :
L'enthousiasme...
Vinteix.
7. Le lundi 31 octobre 2005 à 19:12, par vinteix :
L'enthousiasme peut aussi bien être un moteur du OUI que du NON.
8. Le mardi 1 novembre 2005 à 00:56, par Arte :
OUI
9. Le mardi 1 novembre 2005 à 04:39, par Bartlebooth :
Et CocoRosie, c'était bien ? De l'enthousiasme ? Pas de panne de fischerprice ?
10. Le mardi 1 novembre 2005 à 07:54, par alain :
Coco Rosie, j'ai calé au dernier moment. Gratuit signifiait un monde. La dernière fois, c'était à la Fondation Cartier; réservation par téléphone; grosse file d'attente sous la pluie; arrivé devant la caisse, non, on n'a pas votre nom.
Je me suis fait raconter.
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