Chaque matin depuis une semaine, T. et moi nous préparons et allumons l'ordinateur par lequel nous regardons le journal de France 2 de la veille au soir en nous demandant combien de voitures ? Sous-entendu et quoi d'autre ? jusqu'à quand ? comment en sortir ? etc. Comme presque tout le monde qui est d'abord effaré par ce qui se passe. La colère, le raisonnement, l'espoir ou le dépit, viennent après, je crois.
Je sais qu'il faudrait que je fasse l'effort d'écouter des émissions d'analyse de tout cela, de lire des articles de la presse nationale, régionale et internationale pour me faire une idée de ce qu'on en pense un peu partout. Je vais sûrement le faire dans la semaine. Mais à tort ou à raison, j'ai l'impression de savoir déjà tout ce que l'on peut en dire (du déjà-dit et du prêt-à-dire).
Le tissu social paraît tellement abîmé que je ne vois pas comment le repriser. On risque plutôt d'en élargir encore les trous... L'incommunicabilité et la déprédation de n'importe quoi sont le résultat de décennies de mépris et d'hypocrisie.

Lorsqu'une réaction en chaîne a atteint son point de non-retour, l'explication des causes n'a plus d'utilité. Avant, si, celle d'éviter d'atteindre ce point. Or, je ne peux savoir si ce point a été atteint ou pas.

Matinée boulot.
Pause lecture Sevestre.
Déjeuner Saint-Martin (T. roti de porc à l'orange ; moi navarin d'agneau).
Suite boulot (T. promenade Jimbocho sans moi).
Préparation dernière séance GRAAL Djebar.
Séance moitié prix littéraires (Weyergans, Bouraoui) et attente autres prix ce soir, moitié Djebar...

La nouvelle intitulée Femmes d'Alger dans leur appartement est une superbe composition musicale. Les instants de vie des personnages s'y succèdent et s'entrelacent, laissant de chacune et de chacun une trace identitaire qui va se précisant de façon apparemment désordonnée et comme sans le vouloir. Le pays libéré et modernisé forme des jeunes qui ne mesurent pas les sacrifices et les douleurs qu'ont vécus leurs parents ; parents qui ne savent pas facilement partager leur mémoire des combats ou des tortures subies. Une jeune femme venue de France pour se suicider trouvera le réconfort, un jeune homme d'Alger, aux parents prestigieux, erre incompréhensiblement vers le rejet, d'anciens militants s'entraident, des femmes au bain explorent leur liberté de parole et de mouvement. Le seul constat négatif c'est que les hommes et les femmes sont toujours séparés, malgré la libération, malgré la modernisation.

En rapport, par coïncidence, j'ai écouté ce matin avec beaucoup d'intérêt l'émission Culture d'Islam d'hier intitulée le fantasme du Japon, ou : comment et pourquoi ce petit pays d'Asie a réussi par deux fois à se développer et à devenir une grande puissance, alors que nombre d'autres pays, notamment l'Égypte (selon les propos de l'émission), n'arrivent pas à décoller de cette façon... Intéressant questionnement, en effet.

Je réponds à un courriel de Jean-Philippe Toussaint sur le regret exprimé dans le JLR de vendredi qu'il n'ait pas eu le Goncourt. Une demi-heure après, re-courriel quand je découvre qu'il a le Médicis ! Youpi ! Enfin une bonne nouvelle ! Accompagnée d'une autre : le Femina à Jauffret.
Finalement, les quatre prix de cette année, on pouvait toujours faire mieux, mais je suis plutôt d'accord. Ces quatre livres-là, je les lirai. D'ailleurs, j'en ai déjà deux.