Il est entré dans ses desseins
Par Berlol, samedi 12 novembre 2005 à 23:24 :: General :: #68 :: rss
Lever à six heures pour finir de m'occuper de Lol et de son ravissement.
Du coup, en cours, je ne fais que la moitié du programme prévu.
Mais ce qui est fait est fait, comme dirait la dame
du Square...
[RLVS-8] Le narrateur se trouve quelque part dans le futur de mon point de projection dans la lecture (et loin dans le passé de la réalité de ma lecture). De là, il s'ingénie comme il peut pour me raconter sa Lol, pour se me la raconter. Ne jamais l'oublier. Il a collecté des témoignages à des moments qui nous sont rarement connus, il s'est au jour le jour forgé des hypothèses évolutives dont nous ne connaîtrons que la dernière version. S'efforçant tout de même de raconter la vie de Lol dans sa chronologie, il y a forcément un moment où il l'a rencontrée, où il est lui-même devenu personnage alors qu'avant ce moment ses intrusions étaient tolérées et proleptiques. L'instant de la (post-)synchronisation nous apporte son nom, celui du mari de Tatiana et quelques autres informations, un peu comme dans un film qui aurait commencé en noir et blanc et qui passerait à la couleur à l'entrée du personnage principal.
L'essentiel de son travail narratif consiste à battre en brêche le système de pensée de Tatiana, sa maîtresse, qu'il n'aime que pour son c... corps (p. 79, 81, 87, par exemple). « Tatiana, elle, s'inquiétait autrement que les autres à propos de Lol : qu'elle ait si bien recouvré la raison l'attristait. On devait ne jamais guérir tout à fait de la passion.» (76) Sympa, la copine d'enfance ! Si l'on ajoute que Tatiana considère que Lol a toujours été différente (comprendre : folle), cela donne que Lol est cinglée de naissance, Tatiana calamiteusement charnelle (79), la passion irrémédiable pour Lol mais inaccessible pour Tatiana, et que tromper son mari est plus normal que chercher l'amour fou... On peut ne pas être d'accord avec ce qui est sans doute la doxa de la bonne bourgeoisie de S. Tahla, mais on prend des risques à essayer de vivre autrement que ces gens-là.
Secondairement, mais de façon nouvelle et remarquable dans ce chapitre et dans le suivant, le narrateur montre la maestria de Lol, et la sienne puisqu'il est entré dans ses desseins. Comment elle promène son monde, comment elle leur ment, comment elle manipule Tatiana pour accéder à Jacques (83-84), comment elle fait sentir à Jacques qu'elle le veut (il en tombe des nues, page 78), comment elle les amène à venir chez elle. Et les jeux de regard qui sont déjà comme du billard (86, 88).
Le clou — martelé, pour le coup — c'est ce leitmotiv « on s'est trompé » (76, 78, 103), sorte de pointillé selon lequel redécouper l'histoire de Lol pour y voir autre chose que la version de la splendide et désespérée Tatiana (c'est peut-être elle, la malade...). On pourra lâcher les ciseaux à la page 137 et on en restera bouche bée...
J'ajoute que le verbe (se) tromper, infinitif et différentes formes conjuguées confondues, se trouve 36 fois dans le Ravissement, ce qui est assurément une fréquence très au-dessus de la moyenne — quelque chose à creuser dans cette direction, je crois... [/RLVS-8]
Mais qu'est-ce que j'ai eu chaud, dans cette salle de classe de l'Institut franco-japonais de Tokyo !
Une demi-heure après, je me remets au Saint-Martin, avec T., devant un verre d'excellent bordeaux que suit de près le poulet-frites.
Comme le 13 mars dernier, et quelques autre fois par le passé, nous allons, sur invitation, aux soldes du magasin Sun Motoyama dans un hall d'exposition de Yurakucho. Navigant entre les troupeaux de rombières friquées, T. trouve un pantalon, une jupe et des collants, moi deux pantalons d'hiver et une paire de bottines en cuir à semelles sport, chaque article étant soldé d'environ 50%.
Promenade dans Ginza pour profiter du soleil et des avenues fermées à la circulation automobile (un samedi, c'est étrange...), puis retour à la maison.
Fin du billet d'hier, qui était inachevé. Mieux vaut y refaire un tour, surtout pour la nouvelle fin.
En même temps, pour revenir sur tout ce dont il était question et bien au-delà, écouter d'urgence l'ensauvagement du monde, l'édition hebdomadaire de Répliques, avec Thérèse Delpech et Pierre Hassner.
Je quitte momentanément ce monde trivial pour aller relire L'Histoire de l'œil de Georges Bataille, dans la nouvelle Pléiade, toute belle et bellement illustrée.
[RLVS-8] Le narrateur se trouve quelque part dans le futur de mon point de projection dans la lecture (et loin dans le passé de la réalité de ma lecture). De là, il s'ingénie comme il peut pour me raconter sa Lol, pour se me la raconter. Ne jamais l'oublier. Il a collecté des témoignages à des moments qui nous sont rarement connus, il s'est au jour le jour forgé des hypothèses évolutives dont nous ne connaîtrons que la dernière version. S'efforçant tout de même de raconter la vie de Lol dans sa chronologie, il y a forcément un moment où il l'a rencontrée, où il est lui-même devenu personnage alors qu'avant ce moment ses intrusions étaient tolérées et proleptiques. L'instant de la (post-)synchronisation nous apporte son nom, celui du mari de Tatiana et quelques autres informations, un peu comme dans un film qui aurait commencé en noir et blanc et qui passerait à la couleur à l'entrée du personnage principal.
L'essentiel de son travail narratif consiste à battre en brêche le système de pensée de Tatiana, sa maîtresse, qu'il n'aime que pour son c... corps (p. 79, 81, 87, par exemple). « Tatiana, elle, s'inquiétait autrement que les autres à propos de Lol : qu'elle ait si bien recouvré la raison l'attristait. On devait ne jamais guérir tout à fait de la passion.» (76) Sympa, la copine d'enfance ! Si l'on ajoute que Tatiana considère que Lol a toujours été différente (comprendre : folle), cela donne que Lol est cinglée de naissance, Tatiana calamiteusement charnelle (79), la passion irrémédiable pour Lol mais inaccessible pour Tatiana, et que tromper son mari est plus normal que chercher l'amour fou... On peut ne pas être d'accord avec ce qui est sans doute la doxa de la bonne bourgeoisie de S. Tahla, mais on prend des risques à essayer de vivre autrement que ces gens-là.
Secondairement, mais de façon nouvelle et remarquable dans ce chapitre et dans le suivant, le narrateur montre la maestria de Lol, et la sienne puisqu'il est entré dans ses desseins. Comment elle promène son monde, comment elle leur ment, comment elle manipule Tatiana pour accéder à Jacques (83-84), comment elle fait sentir à Jacques qu'elle le veut (il en tombe des nues, page 78), comment elle les amène à venir chez elle. Et les jeux de regard qui sont déjà comme du billard (86, 88).
Le clou — martelé, pour le coup — c'est ce leitmotiv « on s'est trompé » (76, 78, 103), sorte de pointillé selon lequel redécouper l'histoire de Lol pour y voir autre chose que la version de la splendide et désespérée Tatiana (c'est peut-être elle, la malade...). On pourra lâcher les ciseaux à la page 137 et on en restera bouche bée...
J'ajoute que le verbe (se) tromper, infinitif et différentes formes conjuguées confondues, se trouve 36 fois dans le Ravissement, ce qui est assurément une fréquence très au-dessus de la moyenne — quelque chose à creuser dans cette direction, je crois... [/RLVS-8]
Mais qu'est-ce que j'ai eu chaud, dans cette salle de classe de l'Institut franco-japonais de Tokyo !
Une demi-heure après, je me remets au Saint-Martin, avec T., devant un verre d'excellent bordeaux que suit de près le poulet-frites.
Comme le 13 mars dernier, et quelques autre fois par le passé, nous allons, sur invitation, aux soldes du magasin Sun Motoyama dans un hall d'exposition de Yurakucho. Navigant entre les troupeaux de rombières friquées, T. trouve un pantalon, une jupe et des collants, moi deux pantalons d'hiver et une paire de bottines en cuir à semelles sport, chaque article étant soldé d'environ 50%.
Promenade dans Ginza pour profiter du soleil et des avenues fermées à la circulation automobile (un samedi, c'est étrange...), puis retour à la maison.
Fin du billet d'hier, qui était inachevé. Mieux vaut y refaire un tour, surtout pour la nouvelle fin.
En même temps, pour revenir sur tout ce dont il était question et bien au-delà, écouter d'urgence l'ensauvagement du monde, l'édition hebdomadaire de Répliques, avec Thérèse Delpech et Pierre Hassner.
Je quitte momentanément ce monde trivial pour aller relire L'Histoire de l'œil de Georges Bataille, dans la nouvelle Pléiade, toute belle et bellement illustrée.
Commentaires
1. Le samedi 12 novembre 2005 à 10:16, par alain :
Dis donc, quel beau blog que celui de Dominique Autié ! Les images, les textes survolés. Impressionnants.
Dommage que le "méchant" (pour reprendre un adjectif précis de Pierre Marcelle in Libération) Pivot cité pour le dialogue avec M.D. y tienne une telle place. Mais il faut noter ses sources, c'est vrai.
Vu L'Amante anglaise avec Gil (de la librairie Vendredi) dans un tout petit théâtre. C'était bien, très bien. Et le texte, le texte !
Ah oui! et puis Vincent Tholomé au Centre culturel suisse qui faisait le conférencier avec un collègue.
La vache, keskejesorscétempsci !
Tandis qu'on arrive aux Conséquences de Demain est écrit et qu'on attend des nouvelles de Fuir ici tous les jours pour partager des joies.
2. Le samedi 12 novembre 2005 à 15:11, par Bartlebooth :
57 % de ma personne interloquée à lu LolVStein dans un état dépressif
57 % de ma personne interessée s'en fout aujourd'hui
3. Le samedi 12 novembre 2005 à 16:22, par Berlol :
Je tablerai sur les 43 % non dépressif qui ne s'en fout pas...
4. Le samedi 12 novembre 2005 à 20:16, par Marie.Pool :
Avec l'écriture de Marguerite DURAS,on assiste à une enquête quasi-onirique sur le réel intérieur et extérieur. "Partout était le signifiant", en langage non lacanien,je pourrais dire qu'elle avait cette aptitude à prélever dans le réel ce qui pouvait faire signe,appel, amorce d'autre chose en mots, en images et en sentiments. Dans ces livres elle ne se préoccupe pas contrairement à ce qu'on peut imaginer, d'interprétation, un chat est un chat, une spoliation est une spoliation, une tromperie est une tromperie, un inceste est un inceste. Il n'y a pas d'écart entre ce qui est observé et ce qui est dit. Les fioritures sont parfois dans les décors, ces environnements artificiels qui ne peuvent que se déliter comme les fleurs fanées que Marguerite DURAS collectionne en vrai à Neauphle. Peur de manquer brutalement comme sa mère ruinée par malversation, Marguerite fait des réserves...Elle dit quelque part que 1+1 = 1 et elle rit ! Elle rit très bien Marguerite dans ses années d'éclosion maternelle. Ensuite elle explique comment elle range ses provisions : elle achète tout deux par deux, deux bouteilles d'huile, de sucre...etc... Et elle tempeste quand son fils ne tient pas compte de cette manie conservatoire... Avec ses personnages, je crois parfois qu'elle fait pareil, qu'elle les double volontiers, comme pour leur donner une apparence d'immortalité.La bouteille entamée se tient au même endroit que la bouteille pleine. "L'Alcool c'est Dieu!" dit elle pour dire très sérieusement finalement qu'il le remplace même si c'est pas vrai.Elle le sait. Elle sait pas mal de choses Duras. Elle dit même que quand on est intelligent on est intelligent sur tout...Et que ça peut devenir un supplice de tout comprendre en quelques secondes, dans la fulgurance d'un rendu de regard...S'apercevoir par exemple qu'on est aimé ou détesté, sans sommation.Uniquement dans la lecture d'un regard qui appuie ou qui s'éloigne. L'effleurement par le Désir ou le non Désir est le sujet principal de l'angoisse de cette femme attachante et lucide. Elle en parle simplement car elle observe avec acuité tous les indices de sincérité. Elle va même au-delà, jusqu'au délire ou au mensonge qui sont une autre forme de résistance aux blessures du réel. Elle peut se le permettre car elle est écrivain. Les livres ne sont pas le réel même s'ils se déguisent avec. Elle sait quand il y a un livre ou quand il y a un écrivain. Elle le pressent et elle le prétend entre deux soupes chinoises, entre deux confitures, entre deux cultures, entre la mort et la mendicité, entre le luxe et la désolation... Cette femme est profondément humaine et vulnérable et elle nous a fait le cadeau d'être aussi un écrivain incontournable pour comprendre la femme en général ( Je doute en effet qu'elle ait vraiment compris les motivations masculines autrement que dans leurs errances manifestes). Mais ce n'est qu'un point de vue partial.
Je pourrais en dire plus à ce sujet suite à ma lecture d'ASILES DE FOUS de Jauffret, livre que je trouve consternant de fabulations indigentes et de cynisme , un livre auprès duquel il vaut mieux se moucher que pleurer...La rhinite qu'il provoque est pour moi sans rémission . J'ai trop de respect pour les ouvriers du livre pour le jeter dans le caniveau, le rendre au libraire serait une offense, à l'éditeur une pichenette dans un océan d'indifférence marchande, à l'auteur serait le mieux mais il faut que je décolère complètement avant. La couverture crème est parfois un cache-misère qu'il faudrait avoir le courage de ne pas dupliquer. Mais je sais pourtant que mon grand déplaisir parmi d'autres va servir le livre, il sera lu simplement parce que certains l'auront trouvé très décevant.Ensuite on l'oubliera comme un mauvais film. On peut en faire un film remarquez ! Il sera à la couleur glauque des temps présents genre Bidochon fait sa psychothérapie familiale et un peu de plomberie aussi... Au secours les DARDENNE, "V'nez m'chercher....héhéhé... Car ici tout m'fait peur !" (Souchon Song ).
5. Le samedi 12 novembre 2005 à 22:16, par vinteix :
Pardon Marie-Pool, petit detail... mais il me semble qu'elle disait plutot : "L'alcool, c'est l'absence de Dieu"... ce qui certes, vu sous l'angle d'une theologie negative, revient a peu pres au meme.
6. Le dimanche 13 novembre 2005 à 04:01, par Marie.Pool :
Elle disait les deux je crois me souvenir . Cela revient au même en effet. Ce qui est marquant chez elle : la conviction qu'il n'y a pas d'autre vérité possible, d'autre alternative et cela donne quelque chose d'abrupt et de" sublime" à ses formulations. Le regard qu'elle avait sur les gens était d'une douceur et d'une brutalité implacables, y compris sur elle-même , comme les gens qui n'ont rien à perdre et qui attendent la fin posément malgré l'angoisse, les personnes âgées lucides peut-être.Ceux qui donnent gratuitement leurs sentences ou les retiennent sachant que cela ne retranchera rien au monde. Une sorte de majesté à la profération ou au silence que l'on peut facilement prendre pour de l'orgueil ou de la méchanceté. J'ai souvent essayé de comparer M. DURAS à N.SARRAUTE pour essayer de comprendre pourquoi j'aimais les deux écritures de façon irréversible. Le point commun que je retrouve encore aujourd'hui reste l'intransigeance habillée d'un sourire protecteur. C'est rare de nos jours. J'aime retrouver cela dans une écriture. Cela oblige à s'impliquer et à interroger le réel autrement lorsqu'on y retourne... Et l'on ne peut admettre assez vite que les acrobaties verbales ne sont que des exercices pour retarder l'exploit de vivre sans trop souffrir et de mourir sans trop paniquer. En tout cas, c'est comme çà que je lis toute sorte de livre, avec bienveillance et sévérité. Car Dieu n'existe pas et l'Alcool tue prématurément.
Contrairement au ping-pong qui conserve l'acuité visuelle et les muscles entre deux réflexions sur la littérature contemporaine.
7. Le dimanche 13 novembre 2005 à 05:05, par vinteix :
Dieu n'existe pas... ou est mort... mais ca n'empeche pas d'etre hante par son absence ou par ce que sa presence-absence a pu incarner... qu'on l'appelle de differents noms ne change rien a l'affaire. On pourra tout aussi bien parler de sublime... un desir d'elevation ou d'Autre chose quand etre homme c'est ne pas se contenter. Alors, dans ces conditions, l'alcool n'est pas un choix... Tous les grands ecrivains alcooliques sont plus ou moins des voyants, alors meme que, sans nul doute, manque la foi profonde en l'efficacite de ce recours.
De tout facon, la vie tue prematurement.
8. Le dimanche 13 novembre 2005 à 05:26, par Christian :
Bonsoir,
Berlol, aucun rapport avec la choucroute (d'aujourd'hui) mais tu as reparlé récemment de flux RSS (pratiques, les agrégateurs, hein!?).
J'ai trouvé cette liste de médias français:
miss-information.net/blog...
9. Le dimanche 13 novembre 2005 à 05:29, par Arte :
Bon, alors je tiens a faire remarquer que j'ai effacé la connerie que j'avais d'abord rédigée. Arnaud, vous ne m'en voulez pas trop ? (pas en général, hein, mais d'avoir effacé !). Non, parce que des fois il y a des gens qui disent :"si, mais vas-y, maintenant, dis-le !" et ils vous en veulent de ne pas dire, alors que vous, vous savez que si vous la dites, la connerie, ils vous en voudront aussi. Donc, je sais plus, tiens !
10. Le dimanche 13 novembre 2005 à 05:29, par Arnaud :
J'ai mis quelques liens sur le blog d'hier. Je ne voulais pas déranger ici. C'était juste pour information.
11. Le dimanche 13 novembre 2005 à 05:30, par Christian :
Au fait, merci de la visite sur mon "très cher blog"! Et en effet, j'ai vérifié, le tien ne vaut rien! Mais si tu reviens dans quelques semaines, je ne serais pas étonné qu'il ait pris beaucoup de valeur.
12. Le dimanche 13 novembre 2005 à 05:30, par Arte :
Finalement, c'est pas facile de discuter avec vous, pfff !
13. Le dimanche 13 novembre 2005 à 05:56, par Marie.Pool :
C'est troublant ce que vous dites Vinteix, non pas sur Dieu ( le besoin de spiritualité n'est pas le monopole des religions instituées) mais sur l'alcoolisme des "grands écrivains". Je serais tentée de dire, sans trop réfléchir, que l'alcool désinhibe et qu'il permet un passage plus facile de la censure que tout un chacun inflige à ses propres pensées conscientes mais surtout inconscientes ( en gros le magma de nos pensées de la nuit ou de l'ombre). Les écrivains qui ont pris l'habitude de recueillir cette manne pour des raisons qu'ils ne sont pas rares à ignorer , et qui l'ont longuement triturée pour qu'elle devienne lisible ne sont pas des extralucides, ils sont tout simplement des êtres "non coupés de leur vie intérieure" ( expression de Charles Juliet dont la démarche d'écriture m'est très proche). Mais je ne crois vraiment pas que l'alcool remplace le talent, je crois qu'il calme les angoisses et restaure une euphorie qui fait défaut dans la vie de celui qui écrit. Il comble un vide, une carence mais il le fait à crédit. L'addition de cette addiction est très lourde au final en termes de misères physiologiques et de dégradations somatiques. Il y a peut-être une oeuvre littéraire, mais il y a eu surtout un écrivain qui a mal traversé sa propre vie. Sans les nommer,j'ai envie d'évoquer des écrivains buveurs que j'ai rencontrés récemment. Je les trouve à la fois très intelligents et nom moins pathétiques.Ils doutent d'eux-mêmes de façon chronique et sont dans une quête d'amour incessante que pas grand monde ne peut combler. Même pas les lecteurs compatissants. L'alcool n'aide pas à être heureux, c'est une évidence . Il participe du suicide lent ou spectaculaire et on ne saurait cautionner un tel mépris de soi sous prétexte de littérature plus excitante. L'alcool est un médicament,il n'est pas un ami.
14. Le dimanche 13 novembre 2005 à 06:34, par vinteix :
S'ils boivent, c'est peut-etre, comme le disait Deleuze, parce qu'ils sont confrontes a quelque chose de trop grand, parce qu'ils ont entrevu quelque chose qui est trop lourd pour eux... mais bien sur, ce n'est surement pas ce qui leur donne ce talent.
15. Le dimanche 13 novembre 2005 à 06:49, par Marie.Pool :
Je ne sais pas Vinteix,je ne sais vraiment pas si ce que vous dites est plausible, sauf à diviniser à outrance un simple mortel. Pour moi tout être est un écrivain potentiel même dans le regard d'un autre. Il n'y a pas d'être supérieur. Il y a du vivant qui se fourvoie ou se sauve un peu mieux. Les grands textes sont des textes de haute solitude. Il n'y a aucun mérite à être volontairement ou non dans une telle position sociale. Idéaliser l'écrivain ne lui est pas utile, à nous non plus. Il est homme parmi les hommes et on oubliera ses paroles les bonnes comme les moins bonnes , ses écrits disparaîtront aussi. La vie est ainsi.
16. Le dimanche 13 novembre 2005 à 07:30, par Arnaud :
Arte, vous aviez écrit quelque chose pour moi, que vous avez effacé... ? Mais comment voulez-vous que je réagisse alors ?
Ceci-dit, si c'était une "conn*rie", peut-être que c'est mieux ainsi...
Bref, un peu de sérieux.
17. Le dimanche 13 novembre 2005 à 07:51, par vinteix :
Marie-Pool, il me semble que vous melangez l'approche litteraire et l'approche sociale ou biographique.
Si je suis pret a dire que tout homme est ou a ete poete parce qu'il a ete un jour enfant, dire que "tout etre est un ecrivain potentiel", j'en doute... et ce n'est pas une affaire de jugement ou de hierarchie entre les etres. Mais de nos jours, justement, tout le monde ou presque ecrit ou bavarde, mais de vraie litterature, j'en vois bien peu, desole. Et comme je l'avais deja dit une fois "ici", tous les gens qui ecrivent ne sont pas pour moi des ecrivains. La vraie litterature, c'est autre chose... mais la, ce serait trop long... je vous invite a reentendre par exemple "L'Abecedaire" de Deleuze que je revoyais ces jours-ci.
Ce n'est pas du tout idealiser ou diviniser ceux que j'aime, c'est plutot par amour de la litterature, ce qui n'a rien a voir avec "des etres superieurs" ! Ou avez-vous lu que j'ai ecrit cela ??? et je n'ai jamais dit que l'alcool valorisait ces ecrivains. Meme le respect est a mes yeux suspect. Arriere la guenille ! Arriere le respect ! Le respect mortifie, reduisant a l'insignifiance ceux qu'il pretend deifier. Accorde aux penseurs, aux ecrivains, aux artistes ou a un homme d'Etat, quant il n'est pas posthume, il n'est bien souvent qu'un empoisonnement, une erosion du scandaleux, une petrification des oeuvres derriere la figure statufiee de l'auteur - voir le mythe de Rimbaud. Il s'agit de retablir la souverainete du langage sur l'ecrivain, qui n'est rien face au livre. Je serais meme du cote de l'effacement, de l'anonymat et la plupart de mes ecrivains preferes sont des gens qui se sont effaces derriere leurs ecrits (attitude de plus en plus rare...)
Il s'agit d'une exigence par rapport a l'ecriture, qui n'existe que si l'on a un haut souci des possibles, des limites et de la destination du langage.
Et je suis desole mais les "grands textes" restent... datent-ils de plusieurs siecles, et heureusement qu'ils restent !
18. Le dimanche 13 novembre 2005 à 08:48, par vinteix :
"La main a plume vaut la main a charrue" (Rimbaud)
Mais tout le monde n'est pas ecrivain, de meme que tout le monde n'est pas philosophe, medecin, plombier, paysan ou je ne sais quoi... Tout le monde peut l'etre, peut-etre (?), mais ca ne se fait pas comme ca. La litterature, comme tant d'autres choses, reclame un vrai travail et un don de soi. Ce n'est pas un travail a temps partiel ou un hobby, une petite affaire de se chatouiller la plume... chaque week-end en ecrivant son roman ou son petit journal intime.
Apres, si tout le monde peut l'etre (?), il y a aussi une difference qui intervient, quelque chose qu'on appelait autrefois "le genie" (mot bien use et suspect), mais qu'on peut encore appeler par exemple "la grace" ou un je-ne-sais-quoi d'irrationnel qui entre en jeu... et qui fera la difference par exemple entre un Banville et un Rimbaud.
On n'ecrit pas pour ecrire... de meme qu'on n'ecrit pas pour devenir ecrivain. On ecrit, et la je cite Deleuze auquel je renvoyais precedemment, parce qu'on est traverse par quelque chose de plus grand que soi, quelque chose de puissant qui nous depasse, quelque chose de plus puissant que la vie personnelle. Ecrire, c'est creuser dans la langue une langue etrangere et porter tout le langage a une limite (toujours Deleuze).
Quant aux ecrivains buveurs dont nous parlions... l'alcool n'est certes pas un ami, mais il les aide parfois a supporter cette vision plus puissante qu'eux.
19. Le dimanche 13 novembre 2005 à 09:22, par Marie.Pool :
Pourquoi vous énervez-vous Vinteix ? L'écriture d'un grand écrivain est pour moi un prélévement sur le réel qui a pris une forme un peu plus visible et durable . Mais je persiste et signe à dire que l'écriture appartient à tous et les paroles de ma boulangère ,un jour où elle a décidé de faire connaître son intime conviction sur les événements de vie qui la concerne, m'intéresse tout autant que les beaux inventaires romancés genre péplum d'un auteur patenté. Je ne sais pas trop ce qu'est une "vision plus puissante" qu'eux, les auteurs auxquels vous vous référez et que vous ne nommez pas encore, ne sont peut-être pas, ceux que je lis et qui font l'intérêt de l'écriture pour moi. Il serait donc bien vain de me le reprocher. Je n'ai jamais écrit que vous qualifiez les grands écrivains" d'êtres supérieurs" c'est moi qui vous ai mis en garde contre ce risque que laisse filtrer votre propension à établir une hiérarchie que je récuse sans hésiter. Je me méfie de l'admiration et je ne sépare pas (vous l'avez noté) le texte de celui qui le produit.C'est un choix que j'assume. L'universalité est toujours relative même si elle est souhaitable pour que la littérature soit d'utilité plus générale. Mais je ne crois qu'à la singularité et à la fragilité des écritures.
C'est cela qui m'attire et me fait lire encore . Qu'un écrivain boive ne me gêne pas, qu'il en meure pour édifier une oeuvre me paraît beaucoup plus consternant. Et je pense aussi aux gens qui vivent à proximité, les proches , les enfants , je doute qu'ils aient envie d'idéaliser le génie littéraire ainsi arboré.
20. Le dimanche 13 novembre 2005 à 09:49, par vinteix :
Je ne m'enerve pas... mais je reagis avec passion... que voulez-vous... L'ecriture, a mes yeux, n'est surement pas "un prelevement sur le reel" ! Quelle horreur ! et quel aplanissement... Elle est quelque chose de plus ! On parle de creation, non ? Comme disait Borges, un livre n'est pas le miroir du monde, mais quelque chose d'ajoute au monde... comme l'imminence, inachevee et toujours manquee, d'une revelation, une approche de l'inconnu.
Quant a la boulangere du coin, moi aussi, elle peut m'interesser, a priori, comme tout etre humain... mais quel rapport avec la litterature ???!!!!!
Il faut se bruler, mettre ses tripes sur la table, comme disait Celine... sinon c'est la chansonnette.
Quant a "l'utilite" de la litterature... la aussi, pardon, mais quelle horreur ! Je ne pretends a aucune universalite, et pour moi aussi, la singularite prime, surtout dans notre monde ou regne la loi de l'uniformisation.
"Je ne sais pas trop ce qu'est une "vision plus puissante" qu'eux, les auteurs auxquels vous vous référez et que vous ne nommez pas encore".... puisqu'il vous faut des noms, en vrac, en voici quelques-uns parmi beaucoup d'autres : Shakespeare, Holderlin, Nerval, Rimbaud, Mallarme, Lautreamont, Kafka, Dostoievski, Daumal, Artaud, Lowry, Bataille, Blanchot, Chazal, Pessoa, Celan, Borges, Luca, Michaux, Fardoulis-Lagrange, etc. (ce ne sont peut-etre pas "les meilleurs", pardon...)
21. Le dimanche 13 novembre 2005 à 09:52, par vinteix :
Pour moi, en un mot, l'ecriture est un PAS AU-DELA... dans les deux sens de l'expression.
22. Le dimanche 13 novembre 2005 à 10:34, par Marie.Pool :
Euh... Vinteix j'ai eu une hésitation pour Chazal ( J'ai pensé Claire mais ce n'est sûrement pas çà) un Malcolm de... ? Excusez-moi mais, selon votre liste, pour faire un "pas au delà" qui soit tant soit peu remarquable il me semble qu'il faut être de sexe masculin. Et cela me chagrine un peu voyez-vous...
Je retourne illico à mes broderies mentales.
23. Le dimanche 13 novembre 2005 à 10:50, par cel :
et hop on y revient... dire que des hommes sont doués reviendrait à dire que les femmes brodent ? ça c'est de la galipette mentale mal assurée
24. Le dimanche 13 novembre 2005 à 11:03, par Marie.Pool :
Je lis ce qu'on me donne à lire et ça revient encore à çà ! Qu'y puis-je ? Je ne suis pas contre la broderie masculine et l'invention du métier à tisser mécanique est probablement une avancée pour la condition féminine... Quoique... en Albanie, pour exemple parmi tant... elles n'avaient pas l'air très heureuses les cocottes à s'user la pulpe des doigts et payées au lance-pierres...Excusez-moi mais , moi aussi je suis passionnée... d'équité ! Vous pouvez en remettre une couche si vous voulez, cela ne changera rien au bazar général. Je fais remarquer au passage que je lis des auteurs des deux sexes alors...
Venez pas me chercher ... Ca nous dépasse tout çà, hein ?
25. Le dimanche 13 novembre 2005 à 11:36, par cel :
Dites marie Pool, si on voulait retrouver une équité, en considérant l'histoire littéraire de plusieurs siècles puisqu'on s'en prend à la liste de vinteix qui ne se cantonne pas aux parutions de la dernière rentrée, on ferait comment ? c'est un fait qu'il y a eu peu d'écriture par les femmes durant une longue période, on va tout de même pas sucrer de bonnes choses pour arriver à un 50 / 50 % (allez, va pour un 57). Et l'albanie là dedans, ça rime à quoi, ah oui la broderie, le tissage, on emmêle tout et ça donne pieds dans le tapis, réflexions de bazar
26. Le dimanche 13 novembre 2005 à 12:36, par Marie.Pool :
Je ne sais pas ce que vous voulez prouver. Les exemples que je donne sont précis et je n'ai que faire des pourcentages. Ca vous ennuie que je ne dise que des choses vraies ? Suis-je obligée de lire des auteurs qui ne m'apportent pas ce que je cherche ? Si je pense ce que je pense , vous n'y pouvez rien. Je ne vous demande pas d'être d'accord avec moi.
27. Le dimanche 13 novembre 2005 à 13:41, par Bartlebooth :
"La flemme est l'avenir de l'homme"
(Louis Araglon)
28. Le dimanche 13 novembre 2005 à 17:37, par cel :
non, ce qui m'ennuie, c'est qu'une discussion sur l'écriture que je lisais avec intérêt soit encore une fois tranchée par votre obsession du sexe des auteurs (et je bèse mes mots)
29. Le dimanche 13 novembre 2005 à 17:41, par Bartlebooth :
Au fait, désolé pour les couilles
heureusement que je ne suis pas le seul en a avoir
30. Le dimanche 13 novembre 2005 à 17:42, par Bartlebooth :
Je voulais dire "coquilles", j'ai un problème avec le q et je ne suis pas concentré sur ma grappe
31. Le dimanche 13 novembre 2005 à 17:43, par Bartlebooth :
argh, il faut lire "ma frappe", bien sûr !
32. Le dimanche 13 novembre 2005 à 17:45, par cel :
sauf que c'était pas une coquine, c'était un lassus
33. Le dimanche 13 novembre 2005 à 17:47, par Bartlebooth :
j'ai la femme de me relire, faut pire
34. Le dimanche 13 novembre 2005 à 18:40, par Arte :
Ah ben voila, je m'absente, et je rate tout le débat sur le sexe. Pfffffff, pour une fois que c'était chaud !
35. Le dimanche 13 novembre 2005 à 18:43, par vinteix :
"il me semble qu'il faut être de sexe masculin." !!!??? Et voila, l'argument massue est tombe comme une sentence ridicule. J'avais pourtant pris soin de preciser que ma liste, bien sur, n'etait pas exhaustive... Au passage, le jeu de mots sur (Claire) Chazal etait hilarant ! J'aurais pu, pour vous faire plaisir, citer egalement Marina Tsvetaieva, Joyce Mansour, Unica Zurn, Suzanne Lilar... et alors ? Qu'est-ce que cela change ? La litterature est-elle affaire de quotas ? Comme le faisait remarquer Cel, avez-vous une idee claire de l'histoire litteraire ? Vous auriez pu tout aussi bien me dire que je citais beaucoup de morts... et alors ? Grace aux livres, qui RESTENT, ne sommes-nous pas les contemporains de Dante ou Baudelaire au meme titre que Michon ou Guyotat... Peu amateur de Top 50, j'arrete la les listes, bien que mon "pantheon personnel" soit assez loin d'un classement de ventes de patee pour chiens.
Aussi consternant : "Suis-je obligée de lire des auteurs qui ne m'apportent pas ce que je cherche ?" Parce que, vous, vous savez ce que vous cherchez dans la litterature ? Quelle assurance ! que n'ont pas la plupart des ecrivains que j'ai pu citer, etant plutot comme des archers qui tirent dans le noir. On n'ecrit pas sans inconnu devant soi. "L'or du temps" n'a decidement pas cours ici-bas.
"Un livre doit tout bouleverser, tout remettre en question" (Cioran).
Mais je reviens sur l'exemple de la boulangere, tant il est patent de notre misere symbolique actuelle, ce qui, oui, pour le coup, m'enerve, dans cette societe rompue a changer l'ivraie des anges en bons grains a cochons. Exemple typique de cet aplanissement consternant et largement repandu... car je crois en certaines choses (sans spiritualite) et ai une idee trop haute de la litterature et de l'ecriture (au-dela des ecrivains eux-memes)... question d'exigence et de passion.
La boulangere, donc... Tout le monde a une histoire... des idees... Toute vie est une histoire. Mais on n'ecrit pas un livre avec une histoire... mais avec des mots. La litterature n'est pas une petite affaire privee. C'est exactement ce que fustigeait Deleuze ! (Vraiment, Marie-Pool, je vous invite a decouvrir ce philosophe... lisez par exemple le premier chapitre de "Critique et clinique", qui jettera des lumieres inedites et une joie vivifiante sur votre vision de la litterature.) La reduction de la litterature a sa petite histoire personnelle... POUAH !
Votre chere Duras, quand elle ecrit par exemple "La maladie de la mort" est traversee par quelque chose de "plus grand", de "plus puissant" qu'elle... qu'elle ne parvient d'ailleurs pas a nommer explicitement.
Que chacun retourne a ses broderies... la boulangere a ses miches... et les moutons seront bien gardes.
On n'ecrit pas sans risque, sans necessite interieure, sans y etre contraint, comme disait Bataille, sans etre aimante par un inconnu, sans un manque irreductible a la vie... entre pari pascalien, denuement kafkaien et depense bataillienne.
36. Le dimanche 13 novembre 2005 à 18:47, par vinteix :
Au risque d'etre un peu long et d'en ennuyer plus d'un, je me permets toutefois de citer un petit extrait d'un article intitule "Pas au-dela de la misere symbolique", ecrit il y a environ un an et qui fait echo a certains propos enonces "ici"....
(...) On le voit donc aisément, la place du livre et de la littérature n’a jamais été aussi menacée qu’aujourd’hui, alors même qu’on n’a jamais tant publié de livres ; encore faudrait-il préciser ce qu’on entend par littérature et écriture. Comme la télévision, gouvernée par la loi de l’audimat, les productions de masse qui inondent la presse et l’édition supposent de façon phantasmatique un médiocre lecteur, postulé et programmé d’avance. Déjà, dans L’Entretien infini, Blanchot écrivait que l’époque du livre était finie. Menace aggravée par le leurre tenace d’une connexion entre la langue et le réel, alors que le langage comme le réel demeurent énigmatiques et qu’il y a un manque irréductible aux mots, que la langue est une limite, un assujettissement que la littérature met en jeu, pousse aux limites : comme l’écrit Christian Prigent, la littérature suggère, « entre autres choses, cette vérité qu’il n’y a pas vraiment de vérité dans ce qui croit pouvoir épuiser dans la positivité des formes familières du discours la complexité absolument étrangère du monde. » Menace aggravée par le besoin maladif d’une littérature qui soit de son temps, qui dise l’époque, illusion que le livre nous livre le monde et le clarifie, alors qu'aucun livre n’est le miroir du monde, mais une chose de plus ajoutée au monde. Menace aggravée aussi par l’obligation d’utilité faite au sens, ce qui rend le langage de plus en plus labile, asservi à ce que l’on appelle communément « communication », réduit aux complaisances et aux séductions du langage commun, ce que Flaubert appelait la bêtise, qui n’est autre qu’un assassinat tranquille. En réalité, écrire exige un geste réfractaire, loin des malentendus de la langue facile ou courante, opposé aux puissances carnivores de tous les conformismes rampants. « Ecrire, c’est récuser le monde » , écrit encore Christian Prigent, à l’appui de quelques exemples fameux : « Alfred Jarry n’était pas devenu écrivain pour nommer le monde et nous raconter sa vie – mais pour jeter le « merdRe » d’Ubu à la face du monde (qu’incarnait la mondanité d’un « public ») et pour faire un trou de paroles, un trou d’air, un trou d’R dans la matière immonde. Arthur Rimbaud n’était pas venu pour dire le monde mais pour créer « l’opéra fabuleux » qui affirme que « nous ne sommes pas au monde ». Beckett n’a pas écrit pour décrire un monde possible mais pour répondre, envers et contre toute aphasie, à l’insupportable nécessité, spécifiquement humaine, de parler et pour cerner, "issu de l’impossible voix, l’infaisable être". »
A l’opposé, une langue qui n’obéit qu’à des critères d’objectivité, de positivité et de réalisme n’est que mensongère. Les manœuvres de consensus organisées par une idéologie de la transparence font le jeu de la communication dans l’univocité d’un ordre de représentation, entretenu par les discours de pouvoir, le psittacisme ambiant et une écholalie généralisée. Monde grevé dont la langue cadavéreuse stigmatise la vacuité symbolique, monde de faux-semblants dominé par le phantasme de la transparence, monde de l’immédiat et de la clarté sans ombre, qui a peur de la Nuit, non pas la nuit de l’âme, mais le noir animal. Monde qui évacue l’incertain, l’improbable, l’énigme, l’obscur, l’inconnu, l’invisible, le néant, le vide, la mort, le sacré, l’invécu, l’inquiétude, l’ambiguïté, l’hétérogène, l’innommable, l’impossible, le non-savoir… Certes, il ne s’agit pas d’incriminer l’époque au nom de l’intemporel ; l’absolu qui hante le poète est sans doute un leurre… Le ciel est vide ; l’homme seul est habité, mais il dort. Malgré tout, et même si, ou plutôt parce que « la réalité a abîmé les yeux des enfants » , comme le chantait si douloureusement le poète portugais Al Berto, il s’agit plus que jamais de rester sur la brèche de l’avenir, de tout risquer dans l’aventure de l’incréé, en pariant sur les appels d’air de l’éveil dans les grands cimetières de l’esprit.
37. Le dimanche 13 novembre 2005 à 19:28, par Arte :
Vinteix, alors là, J'AIME !
Mais vous vous lasserez, comme beaucoup, vous verrez, elle est coriace !
38. Le dimanche 13 novembre 2005 à 20:15, par vinteix :
... et sourde ! Exemple : "Je lis ce qu'on me donne à lire et ça revient encore à çà !" !!!!!?????
Il y a toujours de ces gens qui lisent sans ouverture (d'esprit, de coeur...), selon le prisme etroit de leurs preoccupations du moment. Nulle difference entre cette reduction de la litterature a du militantisme... et du jardinage de beguines.
39. Le dimanche 13 novembre 2005 à 20:21, par vinteix :
... ou de la broderie.
40. Le dimanche 13 novembre 2005 à 22:20, par Marie.Pool :
C'est enthousiasmant finalement de voir à quel point mes interventions vous font réagir. Cependant vous tombez dans le même piège à chaque fois : croire que ce qu'un lecteur ou lectrice pense de la littérature engage d'autres que soi-même à l'instant où quelque chose est énoncé. Etre "coriace" dans ces conditions est la seule façon de résister à la pression de conformité. Si on vous lâche tous en volée de moineaux dans une bibliothèque nationale, je doute fort que vous vous dirigiez vers les mêmes rayonnages et les mêmes ouvrages. C'est çà aussi la littérature, la possibilité d'aller grappiller où bon nous semble. Je ne vous empêcherai jamais de le faire. Je vous répète simplement que j'ai le droit de lire ailleurs et autrement que vous ,en pensant que c'est tout aussi valable, notamment au niveau des livres écrits par des femmes. Je persiste et ris de bon coeur ( j'en ai un c'est la bonne nouvelle du jour) de vos mots d'escarmouche ( les douteux ... euh ! )L 'argumentation de Vinteix ne me rend pas sourde,simplement je préfère la danse au débat littéraire sans objet commun. Peut-être en trouverons-nous un ? Il faudrait aborder chaque auteur un à un et cela risque de nous prendre pas mal de temps. Votre temps est aussi précieux que le mien.
41. Le dimanche 13 novembre 2005 à 22:38, par Marie.Pool :
C'est enthousiasmant finalement de voir à quel point mes interventions vous font réagir. Cependant vous tombez dans le même piège à chaque fois : croire que ce qu'un lecteur ou lectrice pense de la littérature engage d'autres que soi-même à l'instant où quelque chose est énoncé. Etre "coriace" dans ces conditions est la seule façon de résister à la pression de conformité. Si on vous lâche tous en volée de moineaux dans une bibliothèque nationale, je doute fort que vous vous dirigiez vers les mêmes rayonnages et les mêmes ouvrages. C'est çà aussi la littérature, la possibilité d'aller grappiller où bon nous semble. Je ne vous empêcherai jamais de le faire. Je vous répète simplement que j'ai le droit de lire ailleurs et autrement que vous ,en pensant que c'est tout aussi valable, notamment au niveau des livres écrits par des femmes. Je persiste et ris de bon coeur ( j'en ai un c'est la bonne nouvelle du jour) de vos mots d'escarmouche ( les douteux ... euh ! )L 'argumentation de Vinteix ne me rend pas sourde,simplement je préfère la danse au débat littéraire sans objet commun. Peut-être en trouverons-nous un ? Il faudrait peut-être aborder chaque auteur un à un et cela risque de nous prendre pas mal de temps. Votre temps est aussi précieux que le mien. L'exaltation du lecteur est respectable, je m'accommode de la mienne au niveau où j'en suis. Je ne peux faire mienne la phrase qui prétendait "j'ai lu tous les livres", et je n'ai pas la certitude que "tout a été dit", je n'ai pas de mal à imaginer que bien souvent dans les mots lancés n'importe comment "la chair est triste" , mais cela demande une enquête littéraire complémentaire que je confierais volontiers aux... femmes. Ne m'en demandez pas davantage et gardez vos convictions sans rancoeur, elles sont sans doute légitimes et soucieuses de transmission. Je lis autrement pour l'instant.
42. Le dimanche 13 novembre 2005 à 22:46, par vinteix :
S'il n'y a pas "d'objet commun" dans ce que j'ai pu vous dire... et bien tant pis !
Dansez maintenant !
43. Le dimanche 13 novembre 2005 à 22:51, par Berlol :
Je pense qu'il n'est pas utile de vouloir rallier qui que ce soit à sa propre façon de penser. Que chacun ait la sienne et la fasse connaître, mais avec modération et sans prosélytisme. Certes, en tant qu'auteur du blog, j'ai une position un peu spéciale, mais guère plus que ceux qui y commentent, car tout un chacun peut cesser de me lire comme bon lui semble. Tout comme on peut sauter visuellement les commentaires de qui l'on veut (sauf moi qui, responsable vis-à-vis de la loi, ne puis m'abstenir de les lire tous...), surtout si l'on s'abonne au fil RSS des commentaires. Bien sûr, je suis intimement d'accord selon les cas avec tel ou tel des commentaires émis, et j'abonde ou proteste parfois, parfois à tort en m'y laissant aller, mais il ne s'agit jamais pour moi de dire qui est de mon côté ou de l'autre, de distribuer des bons points. Celles et ceux qui sont de connivence avec moi savent déjà tout cela depuis longtemps.
44. Le dimanche 13 novembre 2005 à 23:06, par vinteix :
Ah oui, surtout pas de proselytisme ! Quant a moi, je ne veux rallier personne... mais je m'emporte (encore cette passion du OUI et du NON) quand je vois une des seules choses en lesquelles je crois encore (la litterature) etre rabaissee a du bavardage sans grandeur ni sublime. Cela m'irrite autant que Stiegler s'emporte en entendant les propos de Patrick Le Lay, vendeur de "temps de cerveau disponible a Coca-Cola".
Apres, que Shakespeare, Rimbaud ou Kafka ne fassent partie de la bibliotheque de quelqu'un qui dit lire... et bien tant pis... Un peu etonnant tout de meme... et triste, non ?
45. Le lundi 14 novembre 2005 à 06:21, par Marie.Pool :
Je donne la priorité aux auteurs vivants et à quelques uns seulement. Je ne peux pas m'investir davantage .Je n'aime pas le coca-cola. Je n'ai pas d'attirance particulière pour l'un ou pour l'autre des auteurs que vous citez, hormis Blanchot peut-être , Michaux à petites doses et Hölderlin pour ses lettres . Je pourrais évoquer les auteurs que je lis mais ils n'auront jamais assez de prestige pour susciter autre chose que des "bavardages". Ce n'est pas triste, ni même étonnant. C'est le résultat de plusieurs siècles d'appropriation du fait littéraire par les hommes. Ca ne change pas assez vite à mon goût. Je reste optimiste cependant en lisant des bavardages poétiques de tout sexe.
46. Le lundi 14 novembre 2005 à 09:32, par Bartlebooth :
Tenez, Mary Pool, vous êtes lyonnaise, non ? Comme Louise Labé, vous connaissez, n'est-ce pas ? Ne croyez-vous pas qu'on peut dater de son époque, pour ce qui est de nos régions, "la fin de l'appropriation du fait littéraire par les hommes" ou qu'en tout cas il est moins exagéré ou moins faux de penser que Louise Labé (qui était d'un féminisme plus positif et moins arriéré que le vôtre) a marqué fortement le début de la fin de ce déséquilibre que, comme vous le faites, continuer à victimiser la femme en ce domaine ?
"Ca ne change pas assez vite à mon goût" : sans doute que, paradoxalement, vous avez le goût obsessionnel de croire que ça ne change pas.
"Etant le temps venu, Madamoiselle, que les sévères lois des hommes n'empêchent plus les femmes de s'appliquer aux sciences et disciplines, il me semble que celles qui ont la commodité doivent employer cette honnête liberté, que notre sexe a autrefois tant désirée, à icelles apprendre, et montrer aux hommes le tort qu'ils nous faisaient en nous privant du bien et de l'honneur qui nous en pouvait venir ; et si quelqu'une parvient en tel degré que de pouvoir mettre ses conceptions par écrit, le faire soigneusement et non dédaigner la gloire, et s'en parer plutôt que de chaînes, anneaux et somptueux habits, lesquels ne pouvons vraiment estimer nôtres que par usage. [...]"
(Louise Labé, Epitre dédicatoire à Mademoiselle Clémence de Bourges, 1555)
47. Le lundi 14 novembre 2005 à 11:25, par vinteix :
Ouais, continuez les bavardages de boulangerie...
48. Le mardi 15 novembre 2005 à 02:53, par Marie.Pool :
Ayez si vous voulez, comme le redit BERLOL , " de la peau de saucisson devant les yeux". Pourquoi cela vous gêne autant qu'une femme , qui n'a jamais fait partie de mouvements féministes, s'exprime en son intime conviction, comme je le fais ? Il n'y a pas de prosélytisme, juste un point de vue étayé par des faits.Ce n'est pas la peine de m'attaquer en tant que personne, vous vous offensez vous mêmes. Vous ne parviendrez pas à récuser ce que j'avance et qui n'est pas faux,quoiqu'il vous en coûte. D'ailleurs aucun n'a osé dire que ce que j'écris sur ces questions est inexact. Un témoignage comme celui-ci creuse là où ça fait mal, mais le déni ne fait pas avancer les choses, je pense que les récupérations d 'alibi religieux n'y sont pas pour rien. Là aussi, laissez vos yeux bien ouverts , regardez au-delà de la littérature et de l'hexagone. Vous manquez pour l'instant d'arguments tranquilles alors vous jetez des gravats. Je crains que vos mains si généreuses en projectiles en pâtissent un jour. Moi je préfère tremper les miennes dans le pétrin des boulanges qui nourrissent probablement davantage et plus nombreux les gens ordinaires. J'ignore encore si vous en côtoyez. Louise Labé ou la fin du déséquilibre ? Vous vous payez sa tête à elle aussi ? Pascal Quignard prépare un livre sur Louise Labé .Cela donnera peut-être de l'eau aux moulins et un peu plus de lucidité et de consistance au festin de mots. En vous lisant, certains, en "bavardant", je me rends compte à quel point le savoir sur les livres égare et éloigne de la vie réelle qui prévaut sur tout. Il arrive un moment où elle n'a plus sa place. C'est pourquoi, ne vous en déplaise, je préfère la vie aux livres, la gentillesse sincère à l'apologie d'une vulgarité méprisante ( Verrue bien implantée aussi récurrente qu'un spam ).
Je préfère lire un poète comme Rabindranath Tagore, qu'un lecteur qui (quelles que soient ses bonnes intentions de départ), veut m'imposer des lectures qui n'ont aucun effet sur la vie autour et qui se dit aujourd'hui :
"Ah ! que je voudrais aller là-bas à l'autre rive du fleuve,
On dit qu'il y a des mares curieuses cachées derrière ces hauts talus.
Là, des troupes de canards sauvages se réunissent après la saison des pluies, là, des fourrés de roseaux croissent au bord des étangs et les oiseaux aquatiques y déposent leurs oeufs.
Là, des bécasses aux queues frétillantes laissent l'empreinte de leurs petites pattes sur la boue molle et propre.
Là, les hautes herbes invitent les rayons de la lune à se laisser bercer sur les touffes ondulantes de leurs blanches fleurs."
[J'aimerais que des enfants puissent dire doucement, et modestement :
"Maman, si tu le veux bien, j'aimerais être le passeur du bac quand je serai grand. " ]
Le Jardinier d'amour - Gallimard -
49. Le mardi 15 novembre 2005 à 04:10, par vinteix :
Juste un petit mot, un dernier en tout cas adresse a vous, Marie-Pool... en ce qui me concerne, je ne veux rien vous imposer (lectures ou autres...)... au fond, je m'en fous. Je constate, c'est tout.
Mais nous n'avons apparemment ni la meme conception de la vie ni la meme conception de la litterature, c'est tout... ce n'est pas grave.
J'ai simplement dit et developpe que, pour moi, la litterature n'est pas une conversation de boulangerie.
"Vous ne parviendrez pas à récuser ce que j'avance et qui n'est pas faux,quoiqu'il vous en coûte. D'ailleurs aucun n'a osé dire que ce que j'écris sur ces questions est inexact. Un témoignage comme celui-ci creuse là où ça fait mal..."
- Vous ne me faites aucun mal.
- En ce qui concerne votre vision de la litterature, elle semble tellement partielle et partiale qu'il n'y a aucun travail a faire pour la "recuser". C'est au-dela d'une question de gouts (qui ne se discutent pas, parait-il), c'est une question de conscience.
Quant aux yeux ouverts, au prix de la vie, aux "gens ordinaires" et au regard au-dela de l'hexagone... ne vous inquietez pas... En ce qui me concerne, je vis d'ailleurs tres tres loin de l'hexagone.
50. Le mardi 15 novembre 2005 à 04:15, par vinteix :
... enfin, "le lecteur (qui veut m'imposer...)" n'est pas que lecteur... et les lectures dont j'ai pu parler ont PRECISEMENT un GRAND effet sur la vie... sur la mienne... et je pense sur la vie de beaucoup de gens qui les lisent.
Bataille sans "effet sur la vie autour" ? Blanchot, sans effet ? Dostoievski, sans effet ? Artaud, sans effet ? etc.
Bon, allez, j'arrete... CIAO
51. Le mardi 15 novembre 2005 à 04:17, par Marie.Pool :
Ne dites pas que j'écris hors sujet, Berlol, ça me vexerait... Nous sommes bel et bien dans la thématique de l'oeil et du regard et de là à en déduire qu'ils ont un sexe, je ne m'y risquerai plus longtemps, n'ayant pas l'autorisation de raisonner au delà du "bavardage". Assignation redoutable et tout à fait prévisible lorsqu'on a l'audace de ne pas devoir répondre aux injonctions de lecture préétablies . Surtout , rapprochez bien mes propos des affres de la Princesse privée de royauté par modernisme manifeste de la pensée du soleil levant. Les Princes Charmants sont eux aussi en voie de répartition et on dit qu'ils manquent un peu de classe parfois, élevés au corn-flakes ou au gingembre, leur vitalité dépasse de temps en temps leurs pensées ordinaires. Cela fait sourire , encore une fois, mais le numéro est trop usé pour que j'aie l'énergie de repriser le filet des patiences. Ce qui se passe sur votre site n'est pas assez souvent à la mesure de votre travail d 'écriture et de vos lectures. Je le regrette profondément.
52. Le mardi 15 novembre 2005 à 04:19, par Marie.Pool :
Vinteix, pour vous OUI ! Pour moi NON ! Où est le problème ?
53. Le mardi 15 novembre 2005 à 04:21, par vinteix :
"injonctions de lecture préétablies" ??????!!!!!!
Suffit ! En tout cas, moi, j'arrete.
54. Le mardi 15 novembre 2005 à 04:31, par vinteix :
Il n'y a pas de probleme... ou en tout cas, il n'a pas ete pose.
Mais personnellement, j'etais en forte contradiction avec vous sur des questions de litterature et de sa place dans/par rapport a la vie.
Mais vous deviez en subodorant (jugements largement hypothetiques) sur ma personne, ma vie personnelle, mes relations, etc. La, j'arrete.
55. Le mardi 15 novembre 2005 à 05:51, par Marie.Pool :
En lisant plus attentivement vous auriez pu vous apercevoir que je ne" subodore"rien vous concernant personnellement. Vous me dressez une liste d'auteurs incontournables et j'ai le malheur de ne pas y retrouver d 'auteurs femmes, ce qui ne manque pas de me troubler . Je vous pose la question et ça déclenche un flot de justifications et un reproche virulent sur ma façon d'aborder la littérature. Je ne vous pose plus de questions Vinteix, je ne suis pas vulcanologue... Le reste du débat n'est qu'une queue de comète aux éclats très peu éclairants. Vous avez mal lu l'une de mes réponses où je mentionnais dans "votre liste" des auteurs que je fréquente de temps en temps. Votre susceptibilité littéraire ne manque pas de m 'inquiéter, mais vous avez déclaré qu'il s'agissait de passion alors... Ca excuse de tout , y compris du manque de précision dans le propos et la hargne ? Je n'en sais rien Vinteix, vraiment je ne peux que dire stop. Votre colère n'a pas de sens pour moi. Vraiment.
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