Où la pression importe plus que la propreté
Par Berlol, mercredi 16 novembre 2005 à 23:47 :: General :: #72 :: rss
Des termes et expressions comme nettoyer au Karcher (où la
pression importe plus que la propreté), racaille (plus employé
que sauvageon en son temps, qui n'avait fait que ridiculiser son énonciateur),
mais aussi expulsion, privatisation, mondialisation,
etc., qui émaillent certains discours ministériels, officiels
et médiatiques n'ont-ils pas pour but d'assujettir l'ensemble de la
population par une recomposition des représentations mentales que
ces termes véhiculent en sous-main ? (La fausse monnaie serait donc
la vraie...)
Qui employait le verbe caillasser le mois dernier ? Strictement personne, sur aucune antenne, et ce après des années de jets de pierres (le verbe formé sur caillasse n'est d'ailleurs pas dans le TLF). En deux semaines, on l'a plus entendu qu'en cinquante ans. Quel a été le premier journaliste à l'employer ? Cela importe peu. Pourquoi ce succès ? Ça, c'est beaucoup plus important ; je ne vois que l'assonance avec racaille. Éh oui, la racaille caillasse, aïe aïe aïe ! Ça passe bien à l'antenne, non ?
Il faudrait étudier la valeur guerrière et incantatoire du phonème [ka] qui revient dans les trois mots Karcher, racaille et caillasser.
Attention ! Sarkozy vient de passer le relais, le micro, au tandem Larcher Accoyer ! Ceux-ci vont tenter de rallumer les voitures en train de s'éteindre à coup de polygamie et de figure paternelle ! Mesdames et messieurs, on les applaudit !...
(Ne comptez pas sur moi pour défendre ou accuser la polygamie, je ne fais que relever les sons de flûte censés diriger nos opinions publiques par le bout du nez — dis donc, Sarko, elle pue, ta flûte !).
Le programme Mozbot qui habille les résultats de Google permet de rechercher facilement les documents mis à jour depuis une semaine, un mois, un trimestre, un an, etc. Avec l'association racaille et caillasse, on trouve 307 documents dont 305 mis à jour depuis un mois — deux seulement étant plus anciens. Le mot racaille seul a 40.700 occurrences, dont 39.700 dans des documents des 30 derniers jours.
En même temps, je me demande quelle peut être la fiabilité de Google/Mozbot puisque caillasse a 3560 occ. — dont 3570 actualisées depuis moins d'un mois ! Encore le coup d'une partie plus grande que le tout, sans doute résultant d'un bug ou d'un trafic d'algorithme...
(À titre indicatif : sauvageon + sauvageons = environ 7000 occ.; racaille + racailles = 54.200 occ., y'a pas photo !)
Que l'on parle de propagation de masse comme le faisait Victor Klemperer dans sa Langue du IIIe Reich (à la façon du virus provoquant une mutation irréversible) ou que l'on parle de rythmes langagiers comme l'écrit Pascal Michon dans la dernière livraison de la revue Sciences humaines (n° 165, p. 38-41), il semble bien qu'un choix de mots et de profération, calibrés dans le temps et l'espace de l'information soit à la base même de nos modes de vie.
Et si c'était cela qui importait dans certaines nouvelles écritures (Bruce Bégout, François Bon, Jean-Charles Massera, Yves Pagès, Jean-François Paillard, Phillipe Vasset, etc.) ? Notations comme klempereriennes au jour le jour de ce que nous déversent les médias, élaborations fictionnelles par recyclages de fragments documentaires et publicitaires, enchevêtrements rythmiques mi-ironiques mi-lyriques de discours sociaux, etc. C'est toute une bribologie littéraire qui se met en place depuis une dizaine d'années, à la suite des recyclages du Nouveau Roman, eux-mêmes parents du bricolage levi-straussien.
Je boirai tout le Nil, si tu ne me retiens pas !
(D)ART(Y).
Après avoir fait calculer oralement des surfaces d'appartements pour connaître les prix à la location en euros et en yens, après avoir réparti à des groupes des tâches d'études relatives à la Francophonie et résumé au passage l'aventure du mot mousmé(e) à des étudiantes mi-incrédules mi-scandalisées, après une réunion, des corrections de copies et quelques autres bricoles, je me suis assis le soir venu devant une salade de carottes rapées à ma moulinette, quelques morceaux d'asperges nouvelles à point et un steak haché flanqué d'un œuf au plat — en regardant en dévédé la quintessence de la vraie fausse monnaie dénoncée ci-dessus, son icone même, kitschissime, Podium (Y. Moix, 2003-2004).
Malgré un goût évident pour la déconnade, Benoît Poelvoorde et son acolyte (Jean-Paul Rouve) sont en pleine philosophie vivante. N'ayant jamais souhaité devenir des stars par eux-mêmes (comme si ce statut n'était ni enviable ni souhaitable), ils ont organisé leur vie pour jouer et être (?) des sosies de stars — et réussir. Au point qu'à trop jouer le Claude François, on peut impromptu faire Julien Clerc... Très belle leçon de paradoxe et de bribologie (starisation du sosie, récupération d'objets sans valeur, habitat d'un pavillon-témoin, etc.). Qu'on me dise maintenant que c'est un mauvais film, je rétorquerai que là n'est pas la question (à ma connaissance, la pissotière de Duchamp n'est pas une belle pissotière). Par ailleurs, je n'ai jamais spécialement aimé Claude François.
Nous sommes tous des imposteurs, nous sommes tous des jouets. Ma scène culte du film sera celle de la chanson Cette année-là chantée et dansée par Bernard et ses Bernadettes sur un parking de centre commercial de banlieue, tous néons allumés, entre un Toy"R"Us et un Darty dont n'est cadré que le ART, chorégraphie parfaite, gratuité totale, 2003 reprenant 1976 qui reprenait 1962, on est dans le tube...
Qui employait le verbe caillasser le mois dernier ? Strictement personne, sur aucune antenne, et ce après des années de jets de pierres (le verbe formé sur caillasse n'est d'ailleurs pas dans le TLF). En deux semaines, on l'a plus entendu qu'en cinquante ans. Quel a été le premier journaliste à l'employer ? Cela importe peu. Pourquoi ce succès ? Ça, c'est beaucoup plus important ; je ne vois que l'assonance avec racaille. Éh oui, la racaille caillasse, aïe aïe aïe ! Ça passe bien à l'antenne, non ?
Il faudrait étudier la valeur guerrière et incantatoire du phonème [ka] qui revient dans les trois mots Karcher, racaille et caillasser.
Attention ! Sarkozy vient de passer le relais, le micro, au tandem Larcher Accoyer ! Ceux-ci vont tenter de rallumer les voitures en train de s'éteindre à coup de polygamie et de figure paternelle ! Mesdames et messieurs, on les applaudit !...
(Ne comptez pas sur moi pour défendre ou accuser la polygamie, je ne fais que relever les sons de flûte censés diriger nos opinions publiques par le bout du nez — dis donc, Sarko, elle pue, ta flûte !).
Le programme Mozbot qui habille les résultats de Google permet de rechercher facilement les documents mis à jour depuis une semaine, un mois, un trimestre, un an, etc. Avec l'association racaille et caillasse, on trouve 307 documents dont 305 mis à jour depuis un mois — deux seulement étant plus anciens. Le mot racaille seul a 40.700 occurrences, dont 39.700 dans des documents des 30 derniers jours.
En même temps, je me demande quelle peut être la fiabilité de Google/Mozbot puisque caillasse a 3560 occ. — dont 3570 actualisées depuis moins d'un mois ! Encore le coup d'une partie plus grande que le tout, sans doute résultant d'un bug ou d'un trafic d'algorithme...
(À titre indicatif : sauvageon + sauvageons = environ 7000 occ.; racaille + racailles = 54.200 occ., y'a pas photo !)
Que l'on parle de propagation de masse comme le faisait Victor Klemperer dans sa Langue du IIIe Reich (à la façon du virus provoquant une mutation irréversible) ou que l'on parle de rythmes langagiers comme l'écrit Pascal Michon dans la dernière livraison de la revue Sciences humaines (n° 165, p. 38-41), il semble bien qu'un choix de mots et de profération, calibrés dans le temps et l'espace de l'information soit à la base même de nos modes de vie.
Et si c'était cela qui importait dans certaines nouvelles écritures (Bruce Bégout, François Bon, Jean-Charles Massera, Yves Pagès, Jean-François Paillard, Phillipe Vasset, etc.) ? Notations comme klempereriennes au jour le jour de ce que nous déversent les médias, élaborations fictionnelles par recyclages de fragments documentaires et publicitaires, enchevêtrements rythmiques mi-ironiques mi-lyriques de discours sociaux, etc. C'est toute une bribologie littéraire qui se met en place depuis une dizaine d'années, à la suite des recyclages du Nouveau Roman, eux-mêmes parents du bricolage levi-straussien.
Je boirai tout le Nil, si tu ne me retiens pas !
(D)ART(Y).
Après avoir fait calculer oralement des surfaces d'appartements pour connaître les prix à la location en euros et en yens, après avoir réparti à des groupes des tâches d'études relatives à la Francophonie et résumé au passage l'aventure du mot mousmé(e) à des étudiantes mi-incrédules mi-scandalisées, après une réunion, des corrections de copies et quelques autres bricoles, je me suis assis le soir venu devant une salade de carottes rapées à ma moulinette, quelques morceaux d'asperges nouvelles à point et un steak haché flanqué d'un œuf au plat — en regardant en dévédé la quintessence de la vraie fausse monnaie dénoncée ci-dessus, son icone même, kitschissime, Podium (Y. Moix, 2003-2004).
Malgré un goût évident pour la déconnade, Benoît Poelvoorde et son acolyte (Jean-Paul Rouve) sont en pleine philosophie vivante. N'ayant jamais souhaité devenir des stars par eux-mêmes (comme si ce statut n'était ni enviable ni souhaitable), ils ont organisé leur vie pour jouer et être (?) des sosies de stars — et réussir. Au point qu'à trop jouer le Claude François, on peut impromptu faire Julien Clerc... Très belle leçon de paradoxe et de bribologie (starisation du sosie, récupération d'objets sans valeur, habitat d'un pavillon-témoin, etc.). Qu'on me dise maintenant que c'est un mauvais film, je rétorquerai que là n'est pas la question (à ma connaissance, la pissotière de Duchamp n'est pas une belle pissotière). Par ailleurs, je n'ai jamais spécialement aimé Claude François.
Nous sommes tous des imposteurs, nous sommes tous des jouets. Ma scène culte du film sera celle de la chanson Cette année-là chantée et dansée par Bernard et ses Bernadettes sur un parking de centre commercial de banlieue, tous néons allumés, entre un Toy"R"Us et un Darty dont n'est cadré que le ART, chorégraphie parfaite, gratuité totale, 2003 reprenant 1976 qui reprenait 1962, on est dans le tube...
Commentaires
1. Le mercredi 16 novembre 2005 à 10:28, par Arte :
polygame ? C'est un jeu vidéo ?
2. Le mercredi 16 novembre 2005 à 21:55, par vinteix :
Moi aussi très ébahi par la mousmé... "Shiranakatta" ! En regardant dans le Grand Robert, j'ai trouvé une occurrence chez Proust.
"Comme (...) je parlais (...) d'une des filles de la petite bande, plus menue que les autres, mais que je trouvais tout de même assez jolie : « Oui, me répondit Albertine, elle a l'air d'une petite mousmé ».
Proust, "A la recherche du temps perdu", t.VII, p.224.
"Nous sommes tous des imposteurs, nous sommes tous des jouets." Cela me rappelle aussi le film "On connaît la chanson" et, sur un autre registre, mais des parallèles sont tout à fait possibles entre les trois films (surtout avec l'histoire du fan qui se rend aveugle...) "Dolls" de Takeshi Kitano que je viens de voir hier soir. Terrifiant ! Autant de variations sur la même misère symbolique.
3. Le jeudi 17 novembre 2005 à 06:02, par Berlol :
Pas encore vu "Dolls". Mais si tu le recommandes...
Pour la "mousmé", il y aurait d'autres choses à dire, notamment que le mot serait arrivé aux oreilles de coloniaux dans des bordels du Tonkin ; on y aurait vanté les charmes de ces douces jeunes filles que leurs parents pauvres auraient vendues à des marchands. D'où les connotations. Je n'ai pas les sources en tête. Faudrait que je recherche dans ma bibliothèque. À moins que quelqu'un d'autre ne sache...
4. Le jeudi 17 novembre 2005 à 09:27, par Bartlebooth :
sur "la valeur guerrière et incantatoire du phonème [ka]", pas besoin de penser à Artaud chez qui le phonème est très présent, que ce soit dans ses incantations glossolaliques ou non, pour l'interpréter comme ayant un lien avec la fonction intestinale de rejet (caca). Cependant, et sans mettre Sarkozy et consorts sur le même plan, il me semble évident que ces mots "Karcher, racaille et caillasser" sont les symptômes d'un rejet pulsionnel. Je ne retrouve pas dans mes archives un texte qui, dans la revue TXT (encore Prigent), introduisait le n° spécial sur le caca : un extrait de Fonagy, "Les bases pulsionnelles de la phonation".
voir ici membres.lycos.fr/rascalpo... , le cas K chez Artaud, où est évoqué Fonagy.
-
Je suis étonné que dans ton chapitre sur la propagation de la langue du pouvoir, que tu apparentes de plus à un virus, et de l'utilisation qui peut en être faite par les écrivains, tu ne parles pas du tout des méthodes mises en place par Gysin et Burroughs : le cut-up et ses variantes, qu'on peut définir aussi justement comme des "élaborations fictionnelles par recyclages de fragments documentaires et publicitaires, enchevêtrements rythmiques mi-ironiques mi-lyriques de discours sociaux, etc".
Car j'ai l'impression que ce qui est fait par certains auteurs contemporains vient beaucoup plus à la suite des recyclages de Burroughs que de ceux du Nouveau Roman (et que ceux-ci ne portaient pas sur le langage). Et chez les auteurs récents (je ne comprends d'ailleurs pas trop à quoi exactement tu penses que les auteurs que tu cites participent), je citerais plus volontiers Olivier Cadiot, Christophe Hanna, Manuel Joseph, Julien d'Abrigeon, Jean-Michel Espitallier, Eric Sadin, etc, et tous ceux qui tournent autour d'Action-writing.
Ceci dit, très intéressant Klemperer, je connaissais pas.
5. Le jeudi 17 novembre 2005 à 09:32, par Bartlebooth :
oublié le lien www.20six.fr/action_writi...
6. Le jeudi 17 novembre 2005 à 09:42, par Arte :
sur Mousmé, rien de nouveau sans doute pour vous, mais je ne connaissais pas le site, qui semble Intelligent ET détendu ...
correcteurs.blog.lemonde....
7. Le jeudi 17 novembre 2005 à 16:03, par Berlol :
Cher Bartlebooth, si je ne parle pas de certains auteurs, c'est tout simplement que je ne les connais pas ou que je n'y ai pas pensé dans le temps imparti à la rédaction du billet... Pour cette fois, c'est surtout que je ne les connais pas, sauf Burroughs, Cadiot et Espitallier, mais trop peu pour les convoquer.
Que tu les nommes m'incite évidemment à les lire !
Par ailleurs, je ne voulais pas dire que des auteurs recyclent actuellement des textes du NR, mais que les types d'actions et d'exactions contre la langue, les conventions et doxas littéraires pratiquées par les auteurs dits du NR ont ouvert la porte à d'autres qui viendraient après eux faire autre chose, d'autres types de travaux, ce qui bien sûr n'empêche pas d'autres influences ou modèles comme le cut-up — ou le scratch et le sampling des musiciens, ou les installations des plasticiens, les programmations et combinatoires des informaticiens, etc.
8. Le jeudi 17 novembre 2005 à 17:58, par Arnaud :
Et ça a donné quoi, le résultat de ta recherche comparée sur le tarif de l'immobiler ? Je serais très très intéressé d'en lire un petit compte-rendu !
9. Le vendredi 18 novembre 2005 à 02:28, par Berlol :
Ça a donné que les étudiants savent maintenant lire un plan en français, dire que cette chambre fait 5 mètres sur 4, c'est-à-dire 20 m², que la cuisine, etc., la salle-à-manger, etc., et que l'appartement a une surface totale de 85 m², enfin qu'à raison de 10 ou 15 €/m², ça coûte 850 ou 1275 €/mois. Et que si l'euro est à 140 yens, etc. Tu vois le genre...
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