Hier, je voulais finir (fuir ?) sur « les retrouvailles, la camionnette...», je trouvais ça beau, et il était minuit passé, du coup je n'ai pas parlé du film que j'avais vu et qui me laissait perplexe. D'un côté, Michel Bouquet et Jalil Lespert étaient convaincants dans leur rôle, de l'autre je n'avais ni appris ni ressenti quoi que ce soit d'humain ou de politique en suivant les derniers pas de ce Promeneur du Champ de Mars (2005).
Au point que j'allais l'oublier, s'il n'avait fallu que je rende le dévédé ce midi.
Guédiguian se serait-il planté ? Lui dont j'admire les précédents films, la série marseillaise. Je pense plutôt que la commande, à la base, était mauvaise, biaise. Dans l'entretien proposé avec le dévédé, Bouquet ressert — très bien — le Paradoxe sur le comédien de Diderot et Guédiguian essaie de faire croire que c'est un film de Guédiguian, que c'est de la fiction et pas du documentaire alors qu'il passe plus de la moitié du temps à parler des sources, de leur vérité, de la vérité des détails et de celle qui est derrière les apparences, etc. Qu'il ait été fasciné par le personnage de Mitterrand, soit. Qu'il ait eu besoin de se l'expliquer à lui-même après avoir été d'un autre bord en 1981, soit encore. Mais cette sélection d'instants et de propos redondants sur l'origine et la fin du règne, c'est indigne et inintéressant.

En revanche, Après la vie (2002), suite à Un Couple épatant et Cavale, soit la trilogie de Lucas Belvaux, donne une dimension supplémentaire au cinéma comme genre en réussissant à mettre strictement sur le même plan l'indépendance de chaque film ET l'interdépendance des trois. L'un est centré sur un hypocondriaque (et ce que son entourage s'imagine), le second sur un obsessionnel (et son combat obsolète), le troisième sur un introverti (et toute la misère du monde). Et l'on ne sait pas ce qui est le plus savoureux du plein de chaque œuvre ou des articulations du triptyque.

Trois cours, une réunion et quelques autres soucis freinent mon neurone et ma plume. J'ai su qu'il a fait beau mais n'ai pu en profiter. Je voyais des montagnes au loin mais inaccessibles. Il est tard, j'ai rangé tous mes compartiments. La nuit m'entoure, et le bruit du gaz de chauffage. Je vais finir Fuir au lit.