vendredi 25 novembre 2005
L'homothétie reste
Par Berlol, vendredi 25 novembre 2005 à 23:14 :: General
Imprévisible, le narrateur de Toussaint est arrivé dans l'église
pendant les funérailles pour en Fuir presque aussitôt.
On comprend que son épouse s'en offusque puis s'en inquiète
— et lui en garde rancune. D'abord lorsque revenus dans une chambre d'hôtel,
ils s'essaient à quelques attouchements, mais énervés
et agressifs, qui finissent un chapitre quand Marie lui donne «
un coup de chatte en pleine gueule.» La formule est faite pour
surprendre, voire choquer (comme autrefois, dans sa Salle de bains,
je crois, le doigt qui enculait une chevalière — je n'arrive
pas à remettre la main dessus...). Or, choqué, c'est précisément
ce que le narrateur est à ce moment-là. Ensuite, rancune encore
(?), en lui rendant la monnaie de sa pièce, quand elle nage jusqu'à
disparaître — trop longtemps...
« Je me tenais là, en vigie, devant la mer, les chaussures détrempées, qui prenaient l'eau sur les gros rochers glissants, mais je ne voyais pas Marie à l'horizon, et je compris alors ce que c'était que d'être abandonné, je compris le ressentiment de Marie à mon égard quand j'avais disparu cet après-midi, que je l'avais laissée plusieurs heures sans nouvelles, je compris son désarroi et son impuissance, son inquiétude immense, sans prise et sans recours. Je regardais la mer devant moi dans l'obscurité, les vagues qui se brisaient contre les rochers, je guettais l'arrivée de Marie, et je pensais qu'elle était peut-être sur le point d'arriver et que j'allais la voir apparaître d'un instant à l'autre derrière le cap rocheux qui se dessinait dans l'ombre. La nuit était tombée. Je ne pouvais plus attendre, je devais faire quelque chose, j'ôtai mes chaussures et je partis à sa rencontre dans la mer.» (Jean-Philippe Toussaint, Fuir, p. 182-183)
Quand on en est là, c'est presque fini, je ne dis pas comment. Je me suis endormi avec ça. Et réveillé aussi puisque après le petit déjeuner, j'ai recopié ce passage pour pouvoir ranger le livre sur mon étagère. Ce moment (après le sport et le déjeuner au Downey avec David), c'est celui de quitter le livre, de le mettre parmi les siens. Alors une pensée globale s'en forme. Avec, cette fois, un autre titre qui s'y associe, doucement d'abord, puis, informations comparées, franchement. C'est La Modification de Michel Butor, ce livre de 1957 (chez Minuit, en Double depuis longtemps) dans lequel un homme qui fait souvent Paris-Rome en train y est encore une fois pour aller dire à sa jeune maîtresse italienne qu'il va quitter sa femme, et qui change d'avis pendant le trajet, la nuit, très progressivement, pour finalement dire à la jeune Cécile qu'il la quitte pour mieux vivre avec son épouse. Fuir transpose, change d'échelle, de ton et de point de vue, l'homothétie reste.
Au sport, j'ai fait ma demi-heure de vélo sudatoire avec Molloy. Lui aussi, il a une bicyclette, qu'il refuse d'appeler vélo. Elle est acatène, sa bicyclette. Maintenant, c'est plus évolué, comme système, mais ça n'avance pas vraiment... Enfin, ça nous évite d'avoir les jambes raides. On n'a pas le même âge que lui, non plus.
Moi, mon vélo, le vrai, celui qui roule, il est crevé
à l'arrière. Ça fait trois semaines que je le regonfle
avant de l'enfourcher pour venir au centre de sport (où je fais du
vélo qui ne roule pas). Je crois bien qu'il y a un magasin de cycles
près de Yagoto. Faut que j'envoie un courriel à Clotilde pour
lui proposer de nous y retrouver mardi prochain, à 18 heures au lieu
de 19, comme ça on en profitera pour faire du shopping...
Il dit aussi, Molloy, qu'on ferait mieux « d'effacer les textes que de noircir les marges » et « que la connerie prenne son vrai visage, un non-sens cul et sans issue.» (Samuel Beckett, Molloy, Minuit, 1951, p. 16)
Mais on n'est pas obligé d'être d'accord avec lui.
Pour finir sur une affaire qui roule, voici l'envoi à Litor pour écouter les communications de l'Internet littéraire francophone à Cerisy. Nos belles voix, la campagne normande, l'été par la fenêtre, la mer, la mer... et toujours recommencer, tant que vous cliquerez dessus.
« Je me tenais là, en vigie, devant la mer, les chaussures détrempées, qui prenaient l'eau sur les gros rochers glissants, mais je ne voyais pas Marie à l'horizon, et je compris alors ce que c'était que d'être abandonné, je compris le ressentiment de Marie à mon égard quand j'avais disparu cet après-midi, que je l'avais laissée plusieurs heures sans nouvelles, je compris son désarroi et son impuissance, son inquiétude immense, sans prise et sans recours. Je regardais la mer devant moi dans l'obscurité, les vagues qui se brisaient contre les rochers, je guettais l'arrivée de Marie, et je pensais qu'elle était peut-être sur le point d'arriver et que j'allais la voir apparaître d'un instant à l'autre derrière le cap rocheux qui se dessinait dans l'ombre. La nuit était tombée. Je ne pouvais plus attendre, je devais faire quelque chose, j'ôtai mes chaussures et je partis à sa rencontre dans la mer.» (Jean-Philippe Toussaint, Fuir, p. 182-183)
Quand on en est là, c'est presque fini, je ne dis pas comment. Je me suis endormi avec ça. Et réveillé aussi puisque après le petit déjeuner, j'ai recopié ce passage pour pouvoir ranger le livre sur mon étagère. Ce moment (après le sport et le déjeuner au Downey avec David), c'est celui de quitter le livre, de le mettre parmi les siens. Alors une pensée globale s'en forme. Avec, cette fois, un autre titre qui s'y associe, doucement d'abord, puis, informations comparées, franchement. C'est La Modification de Michel Butor, ce livre de 1957 (chez Minuit, en Double depuis longtemps) dans lequel un homme qui fait souvent Paris-Rome en train y est encore une fois pour aller dire à sa jeune maîtresse italienne qu'il va quitter sa femme, et qui change d'avis pendant le trajet, la nuit, très progressivement, pour finalement dire à la jeune Cécile qu'il la quitte pour mieux vivre avec son épouse. Fuir transpose, change d'échelle, de ton et de point de vue, l'homothétie reste.
Au sport, j'ai fait ma demi-heure de vélo sudatoire avec Molloy. Lui aussi, il a une bicyclette, qu'il refuse d'appeler vélo. Elle est acatène, sa bicyclette. Maintenant, c'est plus évolué, comme système, mais ça n'avance pas vraiment... Enfin, ça nous évite d'avoir les jambes raides. On n'a pas le même âge que lui, non plus.
Moi, mon vélo, le vrai, celui qui roule, il est crevé
à l'arrière. Ça fait trois semaines que je le regonfle
avant de l'enfourcher pour venir au centre de sport (où je fais du
vélo qui ne roule pas). Je crois bien qu'il y a un magasin de cycles
près de Yagoto. Faut que j'envoie un courriel à Clotilde pour
lui proposer de nous y retrouver mardi prochain, à 18 heures au lieu
de 19, comme ça on en profitera pour faire du shopping...Il dit aussi, Molloy, qu'on ferait mieux « d'effacer les textes que de noircir les marges » et « que la connerie prenne son vrai visage, un non-sens cul et sans issue.» (Samuel Beckett, Molloy, Minuit, 1951, p. 16)
Mais on n'est pas obligé d'être d'accord avec lui.
Pour finir sur une affaire qui roule, voici l'envoi à Litor pour écouter les communications de l'Internet littéraire francophone à Cerisy. Nos belles voix, la campagne normande, l'été par la fenêtre, la mer, la mer... et toujours recommencer, tant que vous cliquerez dessus.