De la même façon qu'elle avait dénoncé l'inhumanité du coupeur d'eau, je suis sûr que Marguerite Duras aurait dénoncé la criminalité de l'expulseur. Il y a quelques jours, un homme est mort de froid dans sa voiture en Haute-Saône, après trois semaines d'errance, suite à son expulsion manu militari la veille de la trêve hivernale. La veille, oui. Il habitait un hameau où les loyers sont ridicules en comparaison de ceux de Paris ou de Lyon.
Le policier applique la loi, le propriétaire se frotte les mains, le chômeur meurt.
La souplesse dans les relations sociales tend à disparaître.

Pendant ce temps, un intellectuel français, de ceux qui tiennent tribune et pupitre, se permet des propos intolérables qu'il tente de rétracter en accusant un journal étranger d'être fauteur d'amalgame. Regrettant à juste titre le communautarisme qui se pratique ailleurs et qui menacerait la France, il semblait vouloir qu'une communauté, une seule, ait tout de même la priorité dans la concurrence qui ne fait pas rage.
La plus mauvaise nouvelle, c'est qu'il y a maintenant deux Finkielkraut...

« Le personnage que désigne cet article m'inspire du mépris, et même du dégoût. Je ne suis pas ce frontiste excité nostalgique de l'épopée coloniale. J'essaie seulement de déchirer le rideau des discours convenus sur les événements actuels. Lui, c'est lui, et moi c'est moi. A ma grande stupeur, depuis mercredi, nous portons le même nom.» (in Le Monde du 26/11/2005 — je ne mets pas de lien parce que ce n'est pas pérenne...)

Même en ayant tort, il veut encore avoir raison.
Ou : comment celui qui s'estime être parmi les plus intelligents de son époque se trouve par amour-propre dans l'impossibilité de tout simplement s'excuser, sans argumenter, sans monter de baratin ou de mayonnaise. Juste reconnaître sa faute et se taire.
Ou agir. Je pose une question simple : le bon Finkielkraut a-t-il porté plainte contre le journal Haaretz pour avoir fabriqué le mauvais Finkielkraut ?

Au Japon, une chute de dominos est en cours dans une volumineuse escroquerie impliquant architectes, entrepreneurs immobiliers et pouvoirs publics. De nombreuses résidences récentes censées être aux normes anti-sismiques ne le sont pas. Des bâtiments devront être détruits et reconstruits, des propriétaires indemnisés, etc.
Des suicides ont lieu, d'autres se préparent.

C'est dans cet état d'esprit que je suis quand même allé à Shibuya retrouver mes pongistes dominicaux (et non les claudéliens, encore une fois). J'étais en retard, suite à une panne d'oreiller. Je ne suis pas sûr qu'il y ait eu un jour où j'aie aussi mal joué qu'aujourd'hui. C'était affligeant. Non, ce n'était pas moi, celui qui jouait si mal. Je n'ai pas à m'en prendre qu'à moi. Comme si mon bras n'était pas mon bras, ou ma main pas ma main, ou ma raquette une rape à fromage. Mon n'importe quoi a porté ses fruits malgré moi ; il a déstabilisé le jeu de Katsunori, qui a perdu une seconde manche 14 à 12, puis la troisième. Ainsi, c'est le jour où je n'étais pas moi que j'ai gagné.
Le limier qui m'habite est ensuite allé pister quelques centaines de modèles de chaussures de sport dans un magasin Asbee, jusqu'à trouver celles qui me permettraient de courir athlétiquement sans avoir mal aux pieds et sans trop me tasser la colonne. C'est une paire d'Adidas Fortitude 2 Wide noires qui l'a emporté ; la semelle me rappelait vaguement un titre de Le Clézio — que je n'ai pas lu, d'ailleurs.