L'étalement plantaire
Par Berlol, lundi 28 novembre 2005 à 23:50 :: General :: #84 :: rss
Subrepticement, T. finissait sa nuit, je me suis levé aux aurores
— huit heures — pour lire le flot de commentaires
qui continuaient d'arriver. Drôle d'exutoire
— qui prouve que le pire et le meilleur ne sont pas séparables, que
la plaie mal nettoyée se réinfecte toujours.
Je me suis habillé en sportif et suis allé courir au soleil pour tester ces nouvelles chaussures. Le pied trouvait un soutien parfait, un excellent rebond du talon, l'espace suffisant pour l'étalement plantaire, une grande réussite. Je courais comme un dieu entre des cadres s'ajustant la cravate, trottinant vers le métro, des mères blondes emmenant leur progéniture au Lycée franco-japonais et des troupeaux de voitures paisibles et puantes. Vers Ichigaya puis l'allée piétonnière vers Iidabashi et retour par l'Institut. Juste vingt minutes pour vérifier qu'aucune douleur n'osait se pédifester (formé comme manifester, la fête des mains, on applaudit !).
Après, c'est plus trivial, moins prouesse. T. ayant à faire à la banque en matinée et le partage matrimonial étant ce qu'il est, j'ai étendu le linge, passé l'aspirateur, fait la vaisselle et arrosé les plantes. Notre citronnier entame son deuxième hiver et n'a pas trop bonne mine. En revanche, les pensées fleurissent — comme ici.
[RLVS-11] « Or, convoquer en ces termes le romanesque — le mourir d'amour, l'être fou de désir — c'est mettre en jeu des poncifs, des idées reçues, des habitudes de récits, des automatismes d'associations, bref tout un intertexte qui, d'être maintenu diffus, fonctionne bientôt comme une sorte de « savoir » infus, primordial car consensuel ; et c'est tabler, par suite, sur une lecture des affects : une lecture qui affecte. Duras, ici encore, a une visée qui se trouve aux antipodes du « Nouveau Roman » : là où celui-ci cherche à susciter chez le lecteur la compréhension des montages textuels et des mécanismes de la fiction, elle requiert une adhésion qui tient de l'hypnotisme, et un bouleversement de l'émotivité.
[...] En pratique, toutefois, Duras rejoint le « Nouveau Roman » car ce bouleversement de l'émotivité qu'elle requiert ne va pas, dans ses livres, sans le chamboulement des protocoles narratifs convoqués. Davantage : le retrait qu'elle prône vis-à-vis d'une écriture de la raison théorique, apparaît bientôt, dans cette perspective, comme partie prenante d'une stratégie propre. Opter, en effet, contre la mise à plat des archétypes, pour leur réactivation sur la scène des affects et des significations, c'est opter non pas pour une exigence moindre mais pour la plus grande tension : celle qui écartèle l'écrit entre l'attente suscitée et ce qui est / n'est pas donné à lire ; celle qui mime, délite le sens, et toute raison.» (Mireille Calle-Gruber, « L'Amour fou, femme fatale, Marguerite Duras : une réécriture sublime des archétypes les mieux établis en littérature », in Le Nouveau Roman en question ; 1. « nouveau Roman » et archétypes, Paris : Minard, avril 1992, p. 16-17)
« Première règle [du sublime] : le roman qui vise à entraîner le lecteur dans un bouleversement pathétique et la plus grande folie, sans arrière-pensée, sans calcul, doit se doter de l'adéquate stratégie ; en l'occurrence, celle d'une écriture hors de ses gonds (logiques et syntaxiques) qui s'efforce au dévergondage des significations et de la lecture.» (Ibid., p. 19) [/RLVS-11]
À la médiathèque de l'Institut pour rendre et emprunter livres et dévédés. Je trouve L'Affectation, d'Alain Sevestre. Puis le GRAAL, centré sur le deuxième chapitre de l'Histoire de l'œil de Georges Bataille : « L'armoire normande.»
On verra ça demain...
Je me suis habillé en sportif et suis allé courir au soleil pour tester ces nouvelles chaussures. Le pied trouvait un soutien parfait, un excellent rebond du talon, l'espace suffisant pour l'étalement plantaire, une grande réussite. Je courais comme un dieu entre des cadres s'ajustant la cravate, trottinant vers le métro, des mères blondes emmenant leur progéniture au Lycée franco-japonais et des troupeaux de voitures paisibles et puantes. Vers Ichigaya puis l'allée piétonnière vers Iidabashi et retour par l'Institut. Juste vingt minutes pour vérifier qu'aucune douleur n'osait se pédifester (formé comme manifester, la fête des mains, on applaudit !).
Après, c'est plus trivial, moins prouesse. T. ayant à faire à la banque en matinée et le partage matrimonial étant ce qu'il est, j'ai étendu le linge, passé l'aspirateur, fait la vaisselle et arrosé les plantes. Notre citronnier entame son deuxième hiver et n'a pas trop bonne mine. En revanche, les pensées fleurissent — comme ici.
[RLVS-11] « Or, convoquer en ces termes le romanesque — le mourir d'amour, l'être fou de désir — c'est mettre en jeu des poncifs, des idées reçues, des habitudes de récits, des automatismes d'associations, bref tout un intertexte qui, d'être maintenu diffus, fonctionne bientôt comme une sorte de « savoir » infus, primordial car consensuel ; et c'est tabler, par suite, sur une lecture des affects : une lecture qui affecte. Duras, ici encore, a une visée qui se trouve aux antipodes du « Nouveau Roman » : là où celui-ci cherche à susciter chez le lecteur la compréhension des montages textuels et des mécanismes de la fiction, elle requiert une adhésion qui tient de l'hypnotisme, et un bouleversement de l'émotivité.
[...] En pratique, toutefois, Duras rejoint le « Nouveau Roman » car ce bouleversement de l'émotivité qu'elle requiert ne va pas, dans ses livres, sans le chamboulement des protocoles narratifs convoqués. Davantage : le retrait qu'elle prône vis-à-vis d'une écriture de la raison théorique, apparaît bientôt, dans cette perspective, comme partie prenante d'une stratégie propre. Opter, en effet, contre la mise à plat des archétypes, pour leur réactivation sur la scène des affects et des significations, c'est opter non pas pour une exigence moindre mais pour la plus grande tension : celle qui écartèle l'écrit entre l'attente suscitée et ce qui est / n'est pas donné à lire ; celle qui mime, délite le sens, et toute raison.» (Mireille Calle-Gruber, « L'Amour fou, femme fatale, Marguerite Duras : une réécriture sublime des archétypes les mieux établis en littérature », in Le Nouveau Roman en question ; 1. « nouveau Roman » et archétypes, Paris : Minard, avril 1992, p. 16-17)
« Première règle [du sublime] : le roman qui vise à entraîner le lecteur dans un bouleversement pathétique et la plus grande folie, sans arrière-pensée, sans calcul, doit se doter de l'adéquate stratégie ; en l'occurrence, celle d'une écriture hors de ses gonds (logiques et syntaxiques) qui s'efforce au dévergondage des significations et de la lecture.» (Ibid., p. 19) [/RLVS-11]
À la médiathèque de l'Institut pour rendre et emprunter livres et dévédés. Je trouve L'Affectation, d'Alain Sevestre. Puis le GRAAL, centré sur le deuxième chapitre de l'Histoire de l'œil de Georges Bataille : « L'armoire normande.»
On verra ça demain...
Commentaires
1. Le lundi 28 novembre 2005 à 10:22, par alain :
La fin de Fuir, maintenant j'y pense, me fait penser à un texte (lequel ?) de Julien Gracq.
Et aussi à L'Avventura d'Antonioni. L'eau, l'île, peut-être.
Mais Julien Gracq, je ne vois pas pourquoi.
C'était pour écrire en marge, faire celui qui n'aurait pas lu le billet mais tiendrait à dire présent.
2. Le lundi 28 novembre 2005 à 11:13, par k :
moi j'ailerai lire fuir, mais j'ai pas les sous pour me l'acheter
dommage
3. Le lundi 28 novembre 2005 à 11:16, par k :
Agrandir l'image
Le Sacrifice
Inclus bonus
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j'ai lancer ça comme idée de k'do pour noel à ma soeur quequ'un l'a vu, j'ai une émotion très grand de ce film, et là tout de suite j'ai envie de le voir, ça doit faire 15 ans que je ne l'ai pas revu, j'ai juste une idée floue, mais je pense qu'il afit parti de ces films qui ont influencé ma vie,cette émotion d'un coup, j'aimerai le revoir tellement maintenant, là
j'sais pas pourquoi, mais faisons confiance à nos instincts
4. Le lundi 28 novembre 2005 à 12:27, par Arte :
mmmmgmmmmmgmm
5. Le lundi 28 novembre 2005 à 12:41, par k :
mais non, rgneenznzjjhmememem
6. Le lundi 28 novembre 2005 à 15:41, par Arte :
:-))
7. Le lundi 28 novembre 2005 à 15:52, par Marcel Pagnol :
Ô collègue !
je met la main à la Plume pour te dire que j'avé pas remi la nouvel adrese de ton blaug. alors les troi visiteure qi son passet ché moi peuchère il risqué pas de te visité. mai cé réparer c'ait sa que je voulé te dire. si ils son pas venu, c'es aussi que jé rien mé rien come visite, même les littérère, comme Toi, jen n’ai pas prit deux, les profeçeurent non plus. mais il veau bien mieux quanmème mêtre la bone adrese, autrement quoi ?
Ton Lili pour la vie.
8. Le lundi 28 novembre 2005 à 20:49, par Bikun :
Arte on t'a reconnu...!
9. Le lundi 28 novembre 2005 à 21:59, par k :
moi je va mettre mon cachené ce matin, fait frisquet non, boujou
10. Le mardi 29 novembre 2005 à 03:28, par myriade :
Ce sera mon premier et dernier commentaire sur ce blog. Ma vision de Marie-Pool (et non mp, comme je ne dis pas non plus md) ne correspond pas du tout à la vôtre. Marie-Pool se questionne et questionne les autres. Les réponses qu'elle tente de donner ne sont pas des leçons. A un moment donné sur le forum de zazieweb, nous n'étions pas d'accord sur un livre d'art pour enfant. Ses questions m'ont permis d'affiner ma réflexion, de creuser un peu plus et d'argumenter point par point. Elle m'a appris à ne pas rester sur la mousse des choses mais à approfondir. Pour des universitaires, vous me semblez bien timorés et manquer énormément d'humour. Je n'attends pas de réponses.
11. Le mardi 29 novembre 2005 à 03:41, par Berlol :
J'en prends bonne note, merci.
12. Le mardi 29 novembre 2005 à 06:03, par Arte :
Approfondissez, quand vous en serez au pétrole, faites signe !!!
13. Le mardi 29 novembre 2005 à 06:54, par cel :
ah oui, moi aussi une fois je me rappelle j'avais argumenté point par point...
14. Le mardi 29 novembre 2005 à 07:03, par Bartlebooth :
Heureusement que les pétroleuses ont de l'humour : vivement qu'elles touchent le fond et qu'il soit bien noir, ça fera sortir le questionnement de l'abrutissement.
15. Le mardi 29 novembre 2005 à 10:49, par Marie.Pool :
Quelle haine !
C'est impressionnant...
16. Le mardi 29 novembre 2005 à 11:46, par Arte :
Vous vous souvenez de ce que disait Gide de la fin du jeune Werther ? Cela me fait penser à vous : Vous n'en finissez pas de partir.
17. Le mardi 29 novembre 2005 à 12:04, par k :
partir, revenir
18. Le mardi 29 novembre 2005 à 12:13, par Bartlebooth :
venir, repartir
ça devient salace, ça va plaire à mary pool
19. Le mardi 29 novembre 2005 à 12:39, par k :
par devant, par derrière
20. Le mardi 29 novembre 2005 à 13:41, par Arte :
Et si on s'enculait ?
21. Le mardi 29 novembre 2005 à 14:05, par Berlol :
Je l'attendais, celle-là. Au réveil, elle est bonne. Sommet d'humour pour les uns, irrecevable pour d'autres...
Au fait, z'avez vu que j'ai rajouté des liens et une image dans le billet lui-même ?
22. Le mardi 29 novembre 2005 à 16:04, par Marie.Pool :
Exutoire N°1 - Pardonnez Berlol Mon Lyrisme soudain , mais...
IL NE FAUT PAS SE TROMPER DE PORTE
Par une infime inattention des pans se déplacent
La neige n'a pas de réponse toute prête
D'une vague à l'autre à quelle humeur suspendre
L'interrogation des bourgeons
Certes la colline apprécie la distance
Par des conjugaisons de lierre ou de genêt
Mais il n'y a pas d'évidence clouée
Sur les murs des nostalgies hargneuses
Il n'y a plus rien à dire
Convergences des soirs trompés
Un cerne bleu constate un oeil d'une autre ville
On ne retient de l'heure que l'eau claire du puits
23. Le mardi 29 novembre 2005 à 17:41, par Berlol :
Très bien, ça. C'est de qui ?
On attend le N°2 avec impatience.
C'est Culioli qui disait que la communication réussie est une exception du genre...
Culioli, quel nom, tout de même...
24. Le mardi 29 novembre 2005 à 17:58, par Marie.Pool :
Le Clézio disait que la conversation était un luxe,je ne sais pas si j'ai les moyens,mais je vais quand même répondre ( mais pas le nom,vous avez qu'à chercher si cela vous intéresse ) :
Ce poème est écrit par un poète qui était assez apaisé côté libidinal . Je crois même qu'il utilisait un vocabulaire élégant pour parler de la vie et des relations amoureuses. Je trouve cela pas mal.
Et cela ne grève apparamment pas la qualité des orgasmes, comme quoi, on est pas obligés de donner dans l'outrance et la fange pour jouir honorablement et sans complication.
Question de regard sans doute. L 'oeil est un bien joli organe, souvent maltraité... dommage...
25. Le mercredi 30 novembre 2005 à 01:24, par Arte :
Ce n'est pas prouvé
Mais des feux brûlent sur la colline imaginaire
Il faut le savoir puis secouer la cendre
Devenir la pointe aiguë que la blessure protège.
26. Le mercredi 30 novembre 2005 à 09:38, par Marie.Pool :
Il y a des folies lucides
Prenant à contre-pied la cadence du feu
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