Subrepticement, T. finissait sa nuit, je me suis levé aux aurores — huit heures — pour lire le flot de commentaires qui continuaient d'arriver. Drôle d'exutoire — qui prouve que le pire et le meilleur ne sont pas séparables, que la plaie mal nettoyée se réinfecte toujours.
Je me suis habillé en sportif et suis allé courir au soleil pour tester ces nouvelles chaussures. Le pied trouvait un soutien parfait, un excellent rebond du talon, l'espace suffisant pour l'étalement plantaire, une grande réussite. Je courais comme un dieu entre des cadres s'ajustant la cravate, trottinant vers le métro, des mères blondes emmenant leur progéniture au Lycée franco-japonais et des troupeaux de voitures paisibles et puantes. Vers Ichigaya puis l'allée piétonnière vers Iidabashi et retour par l'Institut. Juste vingt minutes pour vérifier qu'aucune douleur n'osait se pédifester (formé comme manifester, la fête des mains, on applaudit !).

Après, c'est plus trivial, moins prouesse. T. ayant à faire à la banque en matinée et le partage matrimonial étant ce qu'il est, j'ai étendu le linge, passé l'aspirateur, fait la vaisselle et arrosé les plantes. Notre citronnier entame son deuxième hiver et n'a pas trop bonne mine. En revanche, les pensées fleurissent — comme ici.


[RLVS-11] « Or, convoquer en ces termes le romanesque — le mourir d'amour, l'être fou de désir — c'est mettre en jeu des poncifs, des idées reçues, des habitudes de récits, des automatismes d'associations, bref tout un intertexte qui, d'être maintenu diffus, fonctionne bientôt comme une sorte de « savoir » infus, primordial car consensuel ; et c'est tabler, par suite, sur une lecture des affects : une lecture qui affecte. Duras, ici encore, a une visée qui se trouve aux antipodes du « Nouveau Roman » : là où celui-ci cherche à susciter chez le lecteur la compréhension des montages textuels et des mécanismes de la fiction, elle requiert une adhésion qui tient de l'hypnotisme, et un bouleversement de l'émotivité.
[...] En pratique, toutefois, Duras rejoint le « Nouveau Roman » car ce bouleversement de l'émotivité qu'elle requiert ne va pas, dans ses livres, sans le chamboulement des protocoles narratifs convoqués. Davantage : le retrait qu'elle prône vis-à-vis d'une écriture de la raison théorique, apparaît bientôt, dans cette perspective, comme partie prenante d'une stratégie propre. Opter, en effet, contre la mise à plat des archétypes, pour leur réactivation sur la scène des affects et des significations, c'est opter non pas pour une exigence moindre mais pour la plus grande tension : celle qui écartèle l'écrit entre l'attente suscitée et ce qui est / n'est pas donné à lire ; celle qui mime, délite le sens, et toute raison.»
(Mireille Calle-Gruber, « L'Amour fou, femme fatale, Marguerite Duras : une réécriture sublime des archétypes les mieux établis en littérature », in Le Nouveau Roman en question ; 1. « nouveau Roman » et archétypes, Paris : Minard, avril 1992, p. 16-17)

« Première règle [du sublime] : le roman qui vise à entraîner le lecteur dans un bouleversement pathétique et la plus grande folie, sans arrière-pensée, sans calcul, doit se doter de l'adéquate stratégie ; en l'occurrence, celle d'une écriture hors de ses gonds (logiques et syntaxiques) qui s'efforce au dévergondage des significations et de la lecture.» (Ibid., p. 19) [/RLVS-11]

À la médiathèque de l'Institut pour rendre et emprunter livres et dévédés. Je trouve L'Affectation, d'Alain Sevestre. Puis le GRAAL, centré sur le deuxième chapitre de l'Histoire de l'œil de Georges Bataille : « L'armoire normande.»
On verra ça demain...