Autre chose, et rarement
Par Berlol, samedi 10 décembre 2005 à 23:45 :: General :: #97 :: rss
Lever tranquillement à 7 heures, comme jamais un samedi depuis le
cours sur Duras — puisque c'est le dernier. Il restait assez peu de texte
à voir. J'étais prêt hier soir.
[RLVS-13] « Harassé, au bout de toutes mes forces, je lui demande de m'aider :
Elle m'aide. Elle savait. Qui était-ce avant moi ? Je ne saurai jamais. Ça m'est égal.
Après, dans les cris, elle a insulté, elle a supplié, imploré qu'on la reprenne et qu'on la laisse à la fois, traquée, cherchant à fuir de la chambre, du lit, y revenant pour se faire capturer, savante, et il n'y a plus eu de différence entre elle et Tatiana Karl sauf dans ses yeux exempts de remords et dans la désignation qu'elle faisait d'elle-même — Tatiana ne se nomme pas, elle — et dans les deux noms qu'elle se donnait : Tatiana Karl et Lol V. Stein.» (Marguerite Duras, Le Ravissement de Lol V. Stein, p. 188-189)
Pour le retour à T. Beach, lieu du traumatisme originel, tout est marqué en clair dans le texte : la mémoire qui revient (173-175) dans le train, dans les rues, au Casino, et les vertus positives de cette remémoration accompagnée. Qu'il fallait être accompagnée de Jacques Hold, sur qui elle compte (to hold) — et elle ne peut compter que sur lui, puisque son mari la prend pour une irresponsable et Tatiana pour une dingue (163).
Également écrit que ce mouvement de la mémoire n'est bon qu'en lui-même, au présent de sa psyché, que matériellement il n'apportera rien (qu'on ne revit ni ne répare le passé). Depuis Proust, on sait qu'on ne retrouve jamais le temps perdu. Au mieux on construit autre chose, et rarement.
Après ces lumières (joie et lumière sont valorisées, 165, 169, 176), la fatigue, la sieste sur la plage (183), le creux de mer basse avant de reprendre le collier des jours, la fin probable (184). Mais Jacques a ce geste mental de nier cette fin logique pour appeler l'inconnu, pour revendiquer pour Lol et pour lui le droit à la liberté de la fin non écrite, de « la fin sans fin » (184).
Et voilà justement qu'on invente qu'il faut passer la nuit ensemble, se déshabiller et entrer dans le même lit. Le choc est rude, pour Lol, de pouvoir aller au bout de ce que l'on veut quand tous vous en empêchaient depuis dix ans ! Alors, miracle littéraire, Jacques comme Duras, retirent les certitudes, comme la mer retire son eau, et laissent un texte ambigu, d'une beauté, d'une suggestivité que les lecteurs questionneront des siècles durant.
« Elle m'aide », écrit-il, mais à quoi faire ? « Elle savait », oui, mais quoi ? Est-on dans le registre mental de la gestion d'une crise de nerfs, de folie douce, ou dans un lit où l'amant découvre la science de son amante (savante) ? Être reprise ou laissée, fuir ou se faire capturer, sont-ils des verbes métaphoriques pour un esprit qui déraille, ou décrivent-ils très prosaïquement un certain goût pour les jeux érotiques — dans lesquels Jacques retrouverait à sa grande surprise une sorte de Tatiana, sans le remords qui accompagne cette dernière dans l'adultère ?... N'est-elle pas ravie, Lol, elle qui n'était jamais là, d'y être enfin doublement, là ? À la fois elle-même et sa rivale, fusion ou alternance des complémentaires à la mode extrême-orientale, qui dépasse l'antagonisme, ce concept bêtement occidental. [/RLVS-13]
En complément de programme, il nous reste juste assez de temps pour voir Nuit noire Calcutta, le court film de Marin Karmitz écrit par Duras alors qu'elle était en train de composer le Ravissement (1963-1964)... Et puis c'est l'heure du déjeuner à la Brasserie de l'Institut. Chacun(e) y va de sa thèse sur Lol : restera folle, sera guérie, restera folle, sera guérie. Chacun se fait sa conviction intime, ou l'a déjà depuis longtemps, mais tout le monde est d'accord pour dire que le texte est beau, émouvant, subtil, à jamais ouvert et accueillant. On ne s'est pas levé pour rien dix samedis de suite aux aurores...
Repos jusqu'au départ de T. pour une réunion de chercheurs, puis lecture de la presse littéraire, de mes blogs amis... Au moment de démarrer Composants de Thierry Beinstingel (Fayard, 2002), je vois que c'est l'heure d'aller faire des courses et, sortant, je tombe sur Laurent qui venait me saluer. Aller-retour ensemble pour du pain et des jus de fruits (carburants pour vitaminer demain) puis copie de quelque 200 récentes émissions de France Culture sur un dévédé réinscriptible qu'il a amené avec lui. Enfin dîner au Saint-Martin, renouer avec l'agneau et le bordeaux. Entre autres sujets, on parlera d'Alain Finkielkraut dont je lisais tout à l'heure qu'il a (sans doute été poussé à faire savoir qu'il avait) renoncé à se rendre à Lyon, aux rencontres de la Villa Gillet sur la laïcité la semaine prochaine (il y aurait une pétition qui circulerait contre lui, pour une suspension de l'émission Répliques — quels que soient mes désaccords avec ses idées, je ne signerai pas une telle pétition).
Ce jeune garçon de Dushanbe, qui semble si attentif, si
soigneux, deviendra-t-il photographe à son tour ? Ou quel métier ?
Il revient peut-être du lycée, il admire les photos de territoires
vus du ciel. Il s'étonne sans doute des formes et des couleurs. Il
acquiert une idée de la distance, de la distanciation, de la taille
de la planète, de sa diversité géographique et aussi
de l'unité que nous formons tous à sa surface.
D'une certaine façon, il nous rejoint dans une conscience globale qui est exigée de nous, qui nous rapproche tous et qui est aussi en train de nous rendre ronflants d'idéalisme planétaire et malheureux d'impuissance devant la dégradation, la pollution...
L'exposition des photos de Yann Arthus-Bertrand sur les grilles d'un parc tadjik reprend le principe d'exposition-promenade des grilles du Luxembourg. C'est peut-être la première fois dans ce pays. Merci à notre Bikun d'avoir capté cette expression qu'il n'expose pas dans son blog mais dans son site professionnel.
[RLVS-13] « Harassé, au bout de toutes mes forces, je lui demande de m'aider :
Elle m'aide. Elle savait. Qui était-ce avant moi ? Je ne saurai jamais. Ça m'est égal.
Après, dans les cris, elle a insulté, elle a supplié, imploré qu'on la reprenne et qu'on la laisse à la fois, traquée, cherchant à fuir de la chambre, du lit, y revenant pour se faire capturer, savante, et il n'y a plus eu de différence entre elle et Tatiana Karl sauf dans ses yeux exempts de remords et dans la désignation qu'elle faisait d'elle-même — Tatiana ne se nomme pas, elle — et dans les deux noms qu'elle se donnait : Tatiana Karl et Lol V. Stein.» (Marguerite Duras, Le Ravissement de Lol V. Stein, p. 188-189)
Pour le retour à T. Beach, lieu du traumatisme originel, tout est marqué en clair dans le texte : la mémoire qui revient (173-175) dans le train, dans les rues, au Casino, et les vertus positives de cette remémoration accompagnée. Qu'il fallait être accompagnée de Jacques Hold, sur qui elle compte (to hold) — et elle ne peut compter que sur lui, puisque son mari la prend pour une irresponsable et Tatiana pour une dingue (163).
Également écrit que ce mouvement de la mémoire n'est bon qu'en lui-même, au présent de sa psyché, que matériellement il n'apportera rien (qu'on ne revit ni ne répare le passé). Depuis Proust, on sait qu'on ne retrouve jamais le temps perdu. Au mieux on construit autre chose, et rarement.
Après ces lumières (joie et lumière sont valorisées, 165, 169, 176), la fatigue, la sieste sur la plage (183), le creux de mer basse avant de reprendre le collier des jours, la fin probable (184). Mais Jacques a ce geste mental de nier cette fin logique pour appeler l'inconnu, pour revendiquer pour Lol et pour lui le droit à la liberté de la fin non écrite, de « la fin sans fin » (184).
Et voilà justement qu'on invente qu'il faut passer la nuit ensemble, se déshabiller et entrer dans le même lit. Le choc est rude, pour Lol, de pouvoir aller au bout de ce que l'on veut quand tous vous en empêchaient depuis dix ans ! Alors, miracle littéraire, Jacques comme Duras, retirent les certitudes, comme la mer retire son eau, et laissent un texte ambigu, d'une beauté, d'une suggestivité que les lecteurs questionneront des siècles durant.
« Elle m'aide », écrit-il, mais à quoi faire ? « Elle savait », oui, mais quoi ? Est-on dans le registre mental de la gestion d'une crise de nerfs, de folie douce, ou dans un lit où l'amant découvre la science de son amante (savante) ? Être reprise ou laissée, fuir ou se faire capturer, sont-ils des verbes métaphoriques pour un esprit qui déraille, ou décrivent-ils très prosaïquement un certain goût pour les jeux érotiques — dans lesquels Jacques retrouverait à sa grande surprise une sorte de Tatiana, sans le remords qui accompagne cette dernière dans l'adultère ?... N'est-elle pas ravie, Lol, elle qui n'était jamais là, d'y être enfin doublement, là ? À la fois elle-même et sa rivale, fusion ou alternance des complémentaires à la mode extrême-orientale, qui dépasse l'antagonisme, ce concept bêtement occidental. [/RLVS-13]
En complément de programme, il nous reste juste assez de temps pour voir Nuit noire Calcutta, le court film de Marin Karmitz écrit par Duras alors qu'elle était en train de composer le Ravissement (1963-1964)... Et puis c'est l'heure du déjeuner à la Brasserie de l'Institut. Chacun(e) y va de sa thèse sur Lol : restera folle, sera guérie, restera folle, sera guérie. Chacun se fait sa conviction intime, ou l'a déjà depuis longtemps, mais tout le monde est d'accord pour dire que le texte est beau, émouvant, subtil, à jamais ouvert et accueillant. On ne s'est pas levé pour rien dix samedis de suite aux aurores...
Repos jusqu'au départ de T. pour une réunion de chercheurs, puis lecture de la presse littéraire, de mes blogs amis... Au moment de démarrer Composants de Thierry Beinstingel (Fayard, 2002), je vois que c'est l'heure d'aller faire des courses et, sortant, je tombe sur Laurent qui venait me saluer. Aller-retour ensemble pour du pain et des jus de fruits (carburants pour vitaminer demain) puis copie de quelque 200 récentes émissions de France Culture sur un dévédé réinscriptible qu'il a amené avec lui. Enfin dîner au Saint-Martin, renouer avec l'agneau et le bordeaux. Entre autres sujets, on parlera d'Alain Finkielkraut dont je lisais tout à l'heure qu'il a (sans doute été poussé à faire savoir qu'il avait) renoncé à se rendre à Lyon, aux rencontres de la Villa Gillet sur la laïcité la semaine prochaine (il y aurait une pétition qui circulerait contre lui, pour une suspension de l'émission Répliques — quels que soient mes désaccords avec ses idées, je ne signerai pas une telle pétition).
Ce jeune garçon de Dushanbe, qui semble si attentif, si
soigneux, deviendra-t-il photographe à son tour ? Ou quel métier ?
Il revient peut-être du lycée, il admire les photos de territoires
vus du ciel. Il s'étonne sans doute des formes et des couleurs. Il
acquiert une idée de la distance, de la distanciation, de la taille
de la planète, de sa diversité géographique et aussi
de l'unité que nous formons tous à sa surface.D'une certaine façon, il nous rejoint dans une conscience globale qui est exigée de nous, qui nous rapproche tous et qui est aussi en train de nous rendre ronflants d'idéalisme planétaire et malheureux d'impuissance devant la dégradation, la pollution...
L'exposition des photos de Yann Arthus-Bertrand sur les grilles d'un parc tadjik reprend le principe d'exposition-promenade des grilles du Luxembourg. C'est peut-être la première fois dans ce pays. Merci à notre Bikun d'avoir capté cette expression qu'il n'expose pas dans son blog mais dans son site professionnel.
Commentaires
1. Le samedi 10 décembre 2005 à 11:09, par k :
moi la photo d'aujourd'hui elle me fait penser à lui, l'amant, le chinois, il aurait regardé longtemps pris quelque note, et puis il re retour, va vers sa voiture, dès commme on en voit plus maintenant, le chauffeur l'attends, lui, en face se trouve son lyvée, à elle.
elles sortent dans cette agitation d'adolescente, le rire au lèvre, ne voyant rien, ne pensant qu' à la douceur du soleil sur la peau, l'éxitaton de pouvoir être sortie sans être vue, elle et l'autre (pour moi tatiana plus grande), elles rient, pouff, comment des enfants qu'elles sont encore, des femmes déjà qu'elles ne savent pas, attirant le regarde des hommes, qui les font rire. Lui, sur le trottoir d'en face, les regarde, c'est elle qu'il voit , parce qu'au contraire de l'autre, elle ne sait pas encore ça,, elle ne sait pas encre, le pouvoir de cette chose, et puis c'est comme une évidence pour lui, cest elle.
Il se renseignera, demandant à son chauffeur de savoir qui elle. Dans sa voiture noir, des comme on en voit plus, il les suivra, durant des semaines, et puis un jour, il prendra ce bac...........^
ce bac, ou aurait pu avoir lieu, ou il aurait du avoir lieu, ou il y a , et ou restera cette photographie absolue..................
le temps perdu n'existe pas, c'est un leurre,une ineptie.
moi l'odeur de mes madeleines que me ramené ma grand mère je l'ai là sous mon nez, je la mange et j'ai à nouveau 12 ans,
comme avec lui l'homme A quand il est revenu ce 17 Avril 2005, nous n'étions plus le 23 Mars 1991, et pourtant nous y étions encore, parce que cela n'ai jamais mort en nous, tu vis tout brule, c'est impensable, et pour tant nous étions encore dans ce temps hors du temps, suspendu .............
en dehors de ce monde
k
2. Le samedi 10 décembre 2005 à 15:25, par Berlol :
L'IP 82.224.126.36 s'est amusé à se faire passer pour quelqu'un d'autre et pour moi-même, sans connaître d'ailleurs les mails associés. C'est gros et ça se voit de loin... Ça pourraît être marrant sauf que ça implique quelqu'un qui n'a plus la possibilité de participer. Donc, j'ai effacé tout cela et je prie IP 82.224.126.36... de garder le fictif dans le fictionnel.
3. Le samedi 10 décembre 2005 à 20:33, par IP 82.224.126.36 :
Oui, merci d'avoir effacé.
J'étais un peu inquiet ce matin en me réveillant des implications de ce coup tordu et qui ne faisait rire sans doute que moi.
4. Le samedi 10 décembre 2005 à 21:44, par Bikun :
Merci Berlol pour cette petite note. Je pense que l'exposition a eu un franc succès, pas forcément financier, mais simplement le fait qu'elle ait eu lieu à cet endroit ou la culture telle que nous l'entendons, nous français, est quasi inexistante. J'ai plusieurs témoignages de gens travaillant dans des Organisations qui se plaignent de l'attitude du gouvernement voire parfois des pressions qu'il exerce sur les ONGs surtout celles qui travaillent de près ou de loin avec les médias et divers autres sujets "chauds".
Merci.
Au passage, il y a quelques erreurs dans ce reportage comme l'année affichée sur les photos mais n'ayant pas d'accès rapide à internet pas facile de retélécharger toute les photos.
5. Le samedi 10 décembre 2005 à 21:46, par Bikun :
Au passage, tu as trouvé l'unique photo de moi sur mon site...! Chapeau!
6. Le dimanche 11 décembre 2005 à 03:36, par FB :
au passage, pour Bikun, tu crois toujours que c'est la peine de saboter chaque photo par le cartouche auteur en transparence au milieu ? le © berlol n'est pas très discret non plus sur les siennes _ il me semble qu'il n'y a pas grand risque que ça finisse chez Paris Match, et au contraire les emprunteurs tiennent en principe à faire un lien ?
7. Le dimanche 11 décembre 2005 à 03:57, par Berlol :
T'as pas tort. Mon "© Berlol" est de l'ordre de la convention de genre, dans un coin. Pour Bikun, je crois que ça fait partie d'une autre convention, celle de la crédibilité professionnelle... Tant pis pour nous. Mais je vais quand même faire sa promo... ça me plaîrait bien qu'il en vive un jour, de sa photo.
8. Le dimanche 11 décembre 2005 à 04:38, par k :
oui, c'est beau, je suis tombée sur des jeunes filles chinoise, dans une chaise à porteur rouge, ça m'a fait pnsé à lol, le scénario perdu de lol v Stein, j'en mettrai un bout ce soir, ,j'aime lire quand vous parlez de lol, si vous avez des note berlol, pensez à moi, j'aime ça lire se que voous en dites, moi je ne sais pas faire cela. bon, programme chargé pas trop de temps, à ce soir donc, mais vous dormiez surement.........
9. Le dimanche 11 décembre 2005 à 07:50, par Bikun :
Pour FB, tu as raison dans un sens, ce cartouche "sabote" un peu la photo, mais, et Berlol l'a très bien deviné, en ce qui me concerne il ne s'agit pas uniquement de "protéger" la photo, car effectivement il y a peu de chances que cela arrive chez Paris Match. Hormis ce cartouche de toutes façons, il n'y a aucune façon de protéger une photo. Il n'y a aucune technologie actuelle qui permet de protéger une photo et peut-être que quelque part c'est mieux ainsi.
Je pense que j'arriverais un jour à en vivre...la route est longue mais je suis confiant. Merci Berlol.
10. Le dimanche 11 décembre 2005 à 07:51, par Berlol :
En tout cas, je remets ça dans le billet du jour... Allez, je vais me coucher.
11. Le lundi 9 janvier 2006 à 08:06, par sabrina :
Moi c'est le passage de la page 186 qui m'intrigue, une Lol qui a repris sa mémoire se place devant la mer, et moi j'y ai vu une image de ce qu'elle vient de vivre ou de ce qu'elle va vivre dans ce "La mort des marécages emplit Lol d'une tristesse abominable, elle attend, la prévoit, la voit. Elle la reconnaît." p. 186
Le passé est mort, dans un sentiment de tristesse elle s'en est débarassé, ça va pour une première lecture, mais si on met ce passage au regard de la fin d'India Song, n'est-ce pas un suicide qui est ici évoqué, (Lol comme double d'Anne Mrie Stretter finalement)?? ça c'était ma première lecture....
La suite n'est qu'un appendice qui dit que tout continue et que c'est à nous de faire de Lol, ce que nous voulons............?
En tous cas merci pour les remarques très sensibles et très intéressantes sur RLVS!
Sabrina
12. Le dimanche 15 janvier 2006 à 17:01, par Berlol :
Chère Sabrina, pardon de n'avoir pas répondu plus tôt à votre commentaire et surtout merci d'avoir lu attentivement l'ensemble des séquences [RLVS]. Outre les commentateurs "habituels", vous êtes la première personne à avoir voulu discuter d'un point de vue littéraire...
Pour le passage que vous évoquez, mon interprétation comme la vôtre sont possibles, ou disons recevables. Mais j'attire votre attention sur la chronologie. Quand Duras écrit et publie RLVS, elle n'a aucune idée de ce qu'elle va écrire après, ou très vaguement. On sait qu'elle travaille souvent à partir de l'insatisfaction vis-à-vis de ce qu'elle a écrit avant. De plus RLVS est en rupture (stylistique et ontologique) avec les oeuvres précédentes. Donc c'est un peu un OLNI (objet littéraire non identifié).
Qu'elle y repense, retravaille, pour plus tard répéter, compléter, s'écarter, faire écho, etc., c'est bien sûr normal. Mais l'autonomie du RLVS me paraît importante.
Marécages : eaux et terres prises ensemble, la terre n'y tient plus, l'eau y circule mal. Cage de la mer. La petite Donnadieu a connu ça, voyant sa mère ravagée par l'escroquerie de sa concession indochinoise. Au début des Chants de Maldoror, aussi, il est question de marécage. On n'y peut rien cultiver, on n'y peut pas baser sa vie.
"marécages bleus du ciel", métaphore pour les flaques d'eau et les laisses de la plage dans lesquelles le ciel se reflète.
"la mer monte enfin, elle noie les marécages bleus les uns après les autres, progressivement et avec une lenteur égale ils perdent leur individualité et se confondent avec la mer, c'est fait pour ceux-ci, mais d'autres attendent leur tour. La mort des marécages emplit Lol d'une tristesse abominable, elle attend, la prévoit, la voit. Elle la reconnaît."
Mais c'est tout de même une image du changement et de la réalité. Et pour Lol, c'est nouveau. Et on ne sait pas ce qui va se passer après, les perspectives de Lol sont à nouveau ouvertes et Duras n'a pas voulu imaginer ce qui pourrait lui arriver parce que ce n'est plus le sujet.
Mais s'agit-il de la disparition des marécages (mort des marécages), considérés comme marécages de sa mémoire, où sa vie était embourbée, coincée, et que le "traitement" aurait fait disparaître — après quoi on peut regarder les larges perspectives de la plage, de la mer, de la vie à vivre ? Ou de "prévoir", "voir" sa propre mort ? Et y a-t-il vraiment analogie perçue par Lol entre la plage et sa vie ? Ce "symbole" des marécages n'est-il pas avant tout un piège pour attrapper les lecteurs...
Donc, de mon point de vue, pas de suicide possible. La possible déception de Lol vient de ce retour à la banalité (après la maladie, la vie n'est pas spécialement plus belle...).
Au plaisir de vous lire, en courriel ou en commentaires.
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