Grrrrr... ! Je suis furieux. Contre eux. Contre moi. Comment ai-je pu être assez bête pour croire un instant que Bernard Stiegler serait là, à Tokyo, pour cette seule demi-journée à la Maison franco-japonaise ? Comment ai-je pu être assez négligent pour ne pas m'enquérir d'autres dates éventuelles, ici ou là ? Faut-il vraiment que j'aie la tête ramollie par la fin de l'année ? Ou l'horizon de pensée réduit à la modération des commentaires du JLR ?
Nom d'un petit bonhomme ! Je me souviens bien qu'à une époque je remuais web et mail pour avoir toutes les dates, et qu'ensuite je courriélais ça à une douzaine de personnes en sus de la chronique du GRAAL. Les trois ou quatre personnes à qui j'aurais pu demander cela étaient bien là aujourd'hui, notamment Corinne, Gabriel et surtout Patrick De Vos, celui par qui j'ai connu François Bon il y a six ou sept ans. Depuis des mois, il m'envoie des messages qui lui reviennent, bad adress, que ça dit.
Enfin voilà, dès le début, quand je suis arrivé dans l'auditorium de la MFJ pour voir le film The Ister, vers 14h45, j'ai trouvé le maître d'œuvre du colloque, Hidetaka Ishida, qui m'a dit qu'il y avait eu séminaire avant-hier et journée publique hier à Todai. Alors que je n'ai même pas pu jouer au ping-pong ! Déconfiture et morsures de poings...

Le film était très intéressant. Franchement, je n'ai pas vu passer les trois heures. Les interviews de Stiegler, Nancy et Lacoue-Labarthe, entrelacées à la remontée du Danube (Ister est son ancien nom) contemporain, passant par Vukovar de triste mémoire, détour par Mauthausen, fin sur la cabanne de Heidegger et les sources du Danube, l'officielle et l'officieuse, sans oublier le substrat poétique de Hölderlin que Heidegger lit à la toute fin.
C'était la première au Japon d'un film qui, si j'ai bien compris, a fait l'objet d'une soirée spéciale à Beaubourg en janvier dernier.
Après cela, connaissant ma petite nature fragile, postérieur et dos déjà bien moulus par des chaises tout de même pas au top de l'ergonomie, j'avais les pires craintes sur ma capacité à supporter stoïquement un débat de quatre-vingt-dix minutes...
Là aussi, bonne surprise car de la clarté avant toute chose. De gauche à droite : Hidetaka Ishida, Osamu Nishitani, Bernard Stiegler et Moriaki Watanabe. Avant comme après le débat et bien que je fusse seul au premier rang, je n'ai pas cherché à approcher les conférenciers. Il y avait trop de monde, plus de cinquante présents, surtout des étudiants japonais. J'ai appris aussi par Gabriel que la plupart des œuvres de Stiegler sont traduites ou en cours de traduction. Cela signifie sans doute pour les années à venir une vague de stieglerisme dans les mémoires de troisième cycle nippons. Et quelques autres voyages pour un philosophe dont la pensée le mérite largement.
Je ne voudrais pas m'avancer et je vais vérifier précautionneusement (en réécoutant mon enregistrement), mais je crois avoir enfin compris les grandes lignes, les contradictions et les limites de la philosophie heideggerienne. Pourquoi il est important, incontournable, malgré ce que l'on peut lui reprocher. Cette révélation est sans intérêt pour l'humanité, mais c'est un grand pas pour moi.
(Je recopierai plus tard quelques extraits parce qu'il est déjà tard.)