Il neige...

Le soir.
Il a neigé comme ça par rafales et éclaircies à partir de 11 heures puis continûment en fin d'après-midi et jusqu'à maintenant. Les étudiants étaient beaucoup moins nombreux que d'habitude dans le campus. Des collègues des montagnes ont eu du mal à venir ; ils en auront encore plus à rentrer ce soir.
Au cours de lecture & prononciation, on a fait des charades. Ça leur a plu. Ça plaît toujours, les charades, une fois compris le principe, qui n'est pas toujours facile à faire comprendre.
Mon premier est une lettre grecque qui vaut 3,14159 ; mon second est la première lettre de l'alphabet ; mon troisième est comment les Anglais disent non, et Chopin excellait à mon tout.

Il y a maintenant dix centimètres partout. Plus un bruit.
La lumière et le silence sont les deux choses les plus étonnantes, avec la neige nocturne.

Que fait la neige
de tous ces bruits
qu'elle emprisonne ?

Tout à l'heure, avant une séance de photos, avec des temps d'exposition de 4 et 8 secondes, j'en ai pris deux fois sur la bordure du balcon, ai tassé un peu pour faire boule, deux fois de suite. Boules que j'ai lancées juste devant sur le toit des garages à vélo, sans objectif précis. Sans écho. Puis je me suis frotté les mains. Mais pas trace d'humidité.

Jeune neige
parfaits cristaux
qui ne lachent pas leur eau

J'ai un problème. Je suis complètement captivé par les extraits de Tuxedomoon découverts hier. J'ai essayé d'écouter d'autres choses, la radio, les lamentos de Kouki chez Jamendo pendant vingt minutes. Et puis aussi Populous, chez Morrmusic, grâce à Bartlebooth (accès par le menu Releases), qui m'a retenu nettement plus longtemps — quelque chose qui devrait aussi intéresser Manu, je pense. Mais je suis vite revenu à Misty Blue.
Docteur, que faire ?

« Ceux qui étaient invités n'étaient pas là. C'était une fête. Tous les éléments, musique, alcool, nuit, monde, répondaient à l'appel mais, hors le hall à filets, sous l'échafaudage de la mezzanine, dans les petites pièces, plus personne ne dansait et on passait son temps à se présenter. Plusieurs tours dans le lieu confirmèrent mes soupçons : étaient présents les conjoints, les potes, les collègues de ceux qui étaient attendus, des relations, des frères et sœurs, des gens croisés, des amants, des connaissances, des délégués, le veuf, l'héritier, un ayant droit, un garde-malade ou un adjoint. Peu sinon personne (moi) ne s'étaient déplacés en chair et en os. La plupart ne s'étaient jamais vus, ou de loin, ou par ouï-dire, quêtaient matière à sympathie, discutaient des absents, de ceux qu'ils remplaçaient, de la qualité, de l'étroitesse de leurs liens, reconstituaient les ramifications du baobab d'amis qu'ils formaient à eux tous et dont ils représentaient les greffes prometteuses, s'échangeaient déjà des bouts de papier noircis de leurs numéros bureau et maison, des cartes de visite dans le meilleur des cas.» (Alain Sevestre, L'Affectation, p. 246-247)

On voit que c'est Noël. A. S. se paie le luxe d'une sortie de diégèse, et pas du tout incontrôlée puisqu'à la page 239, il écrit que « Zwiertchlewski me l'avait tout bonnement dit page 156 », et qu'à la page indiquée, on apprend en effet ce que Zwiertchlewski lui avait dit...