Deux jours que je ne faisais pas attention à cette douleur du côté de l'omoplate. Juste un ou deux moulinets pour se dire que ça va passer.
Et ce matin, au réveil, le torticolis bloquant. Celui qu'on ne sait pas comment se mettre, et ne surtout pas essayer de tourner la tête à droite ! D'ailleurs elle penche automatiquement sur la gauche, c'est pitoyable. Et T. qui n'est pas très en forme non plus, après des semaines d'accumulation de contrariétés. Nous voilà bien, tous les deux, pour Noël ! Au moins, on est tranquille. Pas de radio non plus, tout est plein de messes et de vœux pieux. Juste une petite ballade à Kagurazaka dans l'après-midi. Le mouvement me fait du bien, même dans le froid. Et puis le soir, ça va nettement mieux. Je fais une bohémienne des Carnets de cuisine de Léonce (Éd. Cousu Main). C'est de la ratatouille sans courgettes ni poivrons. C'est simple et ça marche très bien ! Il faudra le lui dire, Caroline ! Avec du jambon à l'os, c'est parfait. J'en ai marre des vins rouges et on ne voit pas pourquoi on irait sortir un champagne, le monde ne va pas si bien. Alors un sauternes, oui, une merveille, un Rayne Vigneau 2000, 1er cru classé, un verre midi et soir, c'est beau comme l'aurore.

J'ai commencé le Labyrinthe (merci de ton message, Christine, j'enverrai un rapport de liens cassés à l'occasion) mais ne puis rester trop longtemps devant l'ordinateur... Presque fini la mise à jour de l'index du JLR (les deux tiers, en fait). Téléphoné à mes parents pour leur dire que tout va bien, fors le cou.

« J'ai pris la mesure de mon travail et raccroché les persiennes en l'état mi-grattées mi-pas grattées. Allez, zou ! Je ne les avais pas numérotées et elles ne rentraient plus dans les gonds que je leur proposai. Mes zou s'altérèrent en ho hisse ! puis en putain de merde.
[...]
De retour du marché, un midi, elles me trouvèrent accroupi dans le jardin. Je réfléchissais à une espèce d'aspirateur pour feuilles mortes qu'emploient les jardiniers des parcs urbains mais il s'agissait peut-être d'un souffleur, ramassais des copeaux, mais je n'ai pas tout ramassé. Il doit en rester. Je disparus fin juillet.
Plus rien pendant un mois.
Un blanc.»
(Alain Sevestre, L'Affectation, p. 295 et 298)

La fin du roman est encore une belle surprise que je laisse aux futurs lecteurs, comme si le personnage et le style s'effritaient de concert, après on ne sait combien de jours passés au lit avec une conquête de hasard.
Et six ou sept ans plus tard, je m'en rends compte en lisant au bain, reviennent le thème du blanc et la mise en question de l'assiduité au travail, par la dilution de l'identité...

« T'as arrêté pion, t'es con, dit Chérif.
— J'ai pas arrêté, dit Lucas, je suis malade. Faut que j'aille voir un médecin pour un arrêt. Je reviens deux jours fin juin et vacances.
— Malade ? Encore ? Toute l'année, t'as été malade. T'as quoi ?
— J'ai des blancs.»
(Alain Sevestre, Revolver, Gallimard, 2003, p. 27)