Saines colères de Caroline ! À mettre en rapport, par exemple, avec une conférence d'Harold Pinter... Ou les effractions d'un auditeur qui revient sur les manipulations d'opinion au temps du référendum.
Sinon, je suis en train d'enregistrer d'autres débats, plus anciens, mais tout aussi vigoureux. Il s'agit de quatre heures de compilations d'émissions avec et sur Vercors, sur le canal web Les Chemins de la connaissance. On y entend successivement : Archives Politiques de 1946, la Tribune de Paris : l'heure du choix le 02/03/1948, La vie en rouge : la littérature engagée le 10/06/1954, Domaine de l'esprit le 14/06/1954, Carte blanche : les temps difficiles le 16/02/1967. Ça repassera demain, samedi et lundi de 1 à 5 heures du matin, vendredi et dimanche de 13 à 18 heures. Pas de stockage sur le site parce que ce sont des archives INA. La prochaine série sera consacrée à Paul Morand, à partir du 2 janvier. Une sorte de contraire de Vercors. C'est la pratique de l'alternance...

Grand soleil à Tokyo. Cependant, T. reste au lit la matinée, besoin de repos. Moi, je m'initie au Web 2.0, comme on dit. Où je vois moyen de rassembler plus vite de l'information pertinente, de la repartager, le cas échéant, de travailler en réseau plus efficacement qu'avec des attachements par courriel (oui, attachements, je sais...).
C'est ainsi que je crée — c'est une première pour moi — un document de traitement de texte basé sur le web, avec Writely, dans lequel deux étudiantes dont j'entre les adresses de courriel pourront écrire leur part au fur et à mesure jusqu'en février et que je corrigerai de mon côté pour que cela serve aux deux.

Et puis je lis des tas de choses en mangeant des financiers, même dans le bain. La décadence, quoi...

« J'aurai bientôt soixante ans. Delphine aussi. Si nous avions dîné un soir à Vienne chez Freud, qu'aurait-il dit après notre départ ? « Tous deux ont de fortes tendances sadiques » ? Aurait-il précisé : « L'homme n'est pas dépourvu de nets désirs masochistes » ? Au Grand Siècle, qu'aurait-on pensé de nous ? Des courtisans nous auraient vus passer dans les jardins de Versailles : « Voyez cette Princesse déjà sur l'âge et son époux suranné.» La première fois que j'ai lu cette phrase, j'étais collégien et je l'ai appliquée à mes parents. Je ne sais plus de qui elle est.
Lorsque mon père mourut, ma mère avait l'âge qui est aujourd'hui provisoirement le mien. [...] »
(François Weyergans, Trois Jours chez ma mère, Grasset, 2005, p. 16)

Même si ce n'est pas désagréable à lire, ces enfilades de considérations banales, c'est plutôt écrit avec les pieds. L'impression vive d'un manque de tenue, d'un négligé dans la plume, ne vient pas sans une certaine méfiance : que ça pourrait être un effet ménagé dans un certain but. Mais on peut sauter quarante pages plus loin, c'est pareil. Donc, c'est la base de l'écriture. Le style, et peut-être même l'homme, pour donner à mon tour dans un panneau. On n'y coupera pas, ça aura toujours cet air d'une conversation de café, un peu arrosée mais pas trop. On enchaîne les sujets, on les enroule pour les faire repasser et sur le long terme ça raconte une vie et même plusieurs. J'en connais en effet qui appellent ça de la littérature.
L'association sadique et masochiste, ce n'est pas du cliché, ça ?! Et faux, en plus ! Et même la construction de la phrase est bancale : « n'est pas dépourvu » qui euphémise, pour dire qu'il en est quelque peu pourvu, ce n'est pas compatible avec « nets » qui surdétermine. D'ailleurs en quoi des tendances et des désirs de ce genre sont-ils intéressants pour des lecteurs qui viennent de commencer. Qu'on se reporte ne serait-ce qu'à l'Histoire de l'œil de Bataille pour voir ce que ne pas perdre son temps veut dire — et passer directement à l'action, sadique ou masochiste, zou.
Donc, c'est quelqu'un qui digresse, qui prend son temps — et le nôtre. La quatrième de couverture parle d'un « homme très perturbé » mais il me semble que Beckett ou Pinget plantaient l'homme perturbé dès les premières lignes d'un texte, en déstabilisant le lecteur, le mettant mal à l'aise.
D'ailleurs Séréna ou Sevestre, pour prendre des S contemporains présents à mon esprit, distillent assurément mieux le mal à l'aise et l'homme perturbé.
Je passe page 100, par hasard : « Je voudrais tout planter là et partir en voyage.» On croit à de la colère. On voudrait un coup d'éclat, une action extrême, que quelqu'un casse quelque chose, ou se casse vraiment. Mais ce qui suit c'est : « Le voyage ! Quel mot entraînant ! Dès qu'on le prononce, on ne voit pas un mot qui soit plus beau [...] », et ça continue en comparant voyageur et romancier, cette tarte à la crème ambulante. Ce livre serait-il un centon de clichés ?
Je vais continuer quand même, c'est ma semaine de bonté.