Pour les bilans de l'an, il y en a partout. En revanche, chacun peut avoir de temps en temps une vision transversale, quand s'associent des pièces qui n'ont à première vue rien à faire ensemble...
On (l'Europe, je le fais exprès) vient de lancer la première étape de Galileo, pour assurer une complémentarité avec le GPS — comprendre pour concurrencer ce 'tain de moyen de domination nord-américain. En ce moment, on relève des falsifications d'images chez Google Earth — pour qu'on ne voie pas chez certaines personnes (devinez lesquelles...). À combien se montera bientôt le ticket d'invisibilité ? Très loin, dans un pays déjà invisible (où le tsunami n'est pas entré ?), déménagement militarisé de la capitale birmane — un régime qui s'enfonce dans son erreur bien au-delà du doigt international. Heureusement, la Belgique, qui cherche paraît-il sa cohésion nationale, envoie paradoxalement de la bonne belgitude partout (« La France est aujourd'hui un pays plat, renfermé sur lui-même, épuisé, sarkozien, passéiste et anti-européen, alors que la Belgique est planétaire », dixit Patrick Roegiers, en fin d'article).
Dans le temps, je ne sais pas, mais dans la géographie, ça bouge !

Nous aussi, on bouge, aujourd'hui. Pourtant, ça avait très mal commencé. Je ne parle pas du temps, qui est au beau fixe. Pendant que je ne me réveillais pas, le mal de tête diffus d'hier soir s'était transformé en une sorte de flêche plantée dans le haut du front, traversant l'arrière de l'œil et ressortant près des cervicales en embrochant un bout d'omoplate. J'avais beau faire des points de compression partout sur la circonférence du plan de coupe, rien n'y faisait. J'ai préparé le thé sans y croire, pour T. Un Alka-Seltzer, qui a quand même dû servir à quelque chose. Cependant, maintien du plan de vol : on va au centre de sport.
Et grand bien m'en a pris. L'air frais d'abord (5 ou 6 °C), les étirements ensuite, vélo (ai bien avancé dans ma lecture) et machines enfin, me dégagent de la broche de douleur. Sauna et bain font le reste.
Puis, à Tokyu Bunkamura, on a acheté deux pyjamas pour T. Et une poêle WMF, diamètre 28 cm, fond épais, acier inoxydable sans revêtement, garantie dix ans.
Le soir, après cette débauche d'énergie, on dîne au Saint-Martin pour réessayer avec succès du pâté chaud de chevreuil — et ça ferme jusqu'au 10 janvier...

« Boulevard de Rochechouart, la Jaguar plane dans les airs, pique du nez, amorce une chute, rencontre, s'abat, rejoint la rame du métro aérien, qui l'emporte plusieurs secondes au-dessus des boutiques, de la rue. Défilent par le carreau de la portière les immeubles à hauteur des enseignes des magasins et même des fenêtres des premiers étages.» (Alain Sevestre, Revolver, p. 74)

Si vous avez du mal à visualiser, ne vous inquiétez pas, c'est normal. Il faut lire la suite, les témoignages, le ralenti — mais en fait, c'est bien ce que vous venez de lire. L'écriture sobre, volontiers elliptique ou axiomatique malgré l'errance, déboussole et ravit. Ça va vite, c'est vivant, jamais vulgaire, toujours contemporain.

« Ils tournaient un film, remballaient.
— Mais vous avez rangé les barrières de protection avant le tremplin, c'est ça que ça veut dire ?
Le régisseur l'admet.»
(Ibid., p. 76)

Et puisqu'on s'apprête à faire naître la nouvelle année, la mettre sur orbite, têtes raides ou pas, voici un clip Fragile que les chaînes de télé ont refusé. Franchement, je ne vois pas ce qu'il y a à censurer de ces pudiques parturitions ! Ces médias sont-ils à ce point en régression qu'ils ne voient pas les aubaines qu'ils offrent au réseau ?