Grand buffet de petit-déjeuner, en haut de l'hôtel Okura. Nous regardons des cyclistes sur les berges de la Kamogawa — souvenir d'avoir nonchalamment pédalé là il y a plus de dix ans, envie de le refaire (à programmer — en tout cas, ça nous donne l'idée de venir ici avec ma sœur fin décembre...).
Note payée à la réception, y laissons nos bagages et filons dans un taxi, billets d'exposition en main...
Exposition Léonard Foujita, ratée à Tokyo ce printemps. Superbe musée près du sanctuaire Heian, pas trop de monde. Beau rassemblement d'œuvres — jamais eu personnellement une image aussi complète de cet artiste — à l'heure où le Japon voudrait se le réapproprier, après l'avoir enrôlé de force, si je comprends bien, dans la représentation de la Seconde Guerre mondiale, puis l'avoir critiqué et rejeté dans les années 50-60. On s'accorde à louer ses recherches sur le blanc, T. apprécie tout spécialement ses chats, pour ma part je suis surtout sensible à la radiation des corps dans les toiles des années 1920-1930 : une fine ligne comme de crayon noir qui délimite le corps est redoublée d'une ou plusieurs épaisseur(s) de blanc isolant ou radiant — est-ce l'esseulement du corps dans son enveloppe, est-ce son aura magnifique ?
Par ailleurs, intéressante similitude entre sa façon de dessiner / peindre sa table de travail et le dessin de Claude Simon sur le même thème.

T. voulait qu'Alex lui montre où se trouve un certain magasin traiteur de konbu, algue que l'art culinaire japonais amène à un très haut niveau de raffinement. Le chauffeur de taxi connaît d'ailleurs tout près du lieu de rendez-vous, au carrefour Imadegawa-dori et Sembon-dori, une excellente préparation artisanale de sansho (山椒) aux feuilles de thé, mélange que l'on disposera par exemple sur du riz blanc. Il nous arrête devant, va saluer la patronne et nous introduire — sidérée, cette dernière a quand même le temps de noter le nom de son bienfaiteur — et on a le dernier paquet de la matinée
山椒は小粒でもぴりりと辛い, proverbe qui dit que c'est dans les petits sacs qu'on trouve les meilleures épices, ou que ce sont les petites têtes qui sont les mieux faites...
Chez le konbuyasan, T. fait une razzia, autant pour nous que pour faire des cadeaux à Tokyo. Autre magasin de tsukemonos, juste en face, encore quelques petits sachets. Le tout n'est pas très lourd quand même. Alex nous nous fait découvrir le Tofu Café où il vient souvent, excellent et léger.

Dernière promenade au sanctuaire voisin, le grand et beau Kitano Tenmangu, construit pour honorer posthume un personnage injustement banni (sur l'île de Kyushu), dont la mort avait été suivie de diverses catastrophes et que le pouvoir en place avait prudemment décidé de réhabiliter...
On transpire allègrement bien que le soleil soit voilé et qu'il y ait de temps en temps des averses orageuses, un temps rare pour Kyoto en juillet. Nous revenons près d'une grande avenue par la Kamishichiken (上七軒), une rue bordée de nombreux restaurants japonais chics et classiques et qui, le soir, paraît-il, s'emplit de promeneurs, de grosses voitures et de belles dames en kimono (maikos). Alex a l'art des transitions et prépare ainsi notre prochaine venue... Merci, T. est déjà d'accord, moi itou.

Train de retour, dont je descends à Nagoya tandis que T. y reste jusqu'au terminus.
Soirée de repos et de lecture.