Qu'il est lent
l'an qui commence
son blanc matin sans soleil
et sans coq
juste dans le lointain
un chien s'ébroue

Nos silences
l'absence d'un père
affleure le geste sans l'user
plaie sans dire
juste dans les agapes
un amer en écho


Sortie rituelle, histoire d'aller quelque part, jusqu'à l'Hôtel impérial, à Hibiya — mais en métro, l'absence de soleil rendant monotone la ballade. Sur plusieurs étages, les boutiques de luxe ou de semi-luxe sont ouvertes. Les fukubukuro (sacs-surprises) font la devanture, à tous les prix. Occasion d'un collier de perles baroques pour T., bon augure.

Nous regardions à la télévision une émission sur les engimono (縁起物, porte-bonheur) dans diverses provinces. Les rites ont au Japon une présence naturelle ; ils ne nécessitent même pas la croyance. Ils sont plutôt comme des petits gestes d'affection entre proches, voire entre inconnus.
Leur danger, cependant, est de laisser croire à leur suffisance pour vivre en société, laisser croire à la fatalité, et qu'il n'y a pas d'action politique requise de chacun, ni de conscience critique. Hosoki Kazuko, vieille peau ignare et réactionnaire que les chaînes de télé s'arrachent depuis des mois, incarne cette tendance techno-réactionnaire : elle dit la bonne aventure, sort des quatre-vérités à qui veut en entendre, féraille contre les nouvelles tendances, les femmes qui se veulent libres, etc. Elle distille surtout une obéissance à de vieilles lunes qu'il vaudrait mieux crever. Elle accompagne le droitisme nationaliste d'un Ishihara, maire gouverneur de Tokyo qui semble mettre lui aussi tout le monde dans sa poche. Ce n'est pas qu'il manque de gens pour mépriser ces personnes. C'est que même ceux qui les méprisent les respectent tout de même. Allez comprendre !

J'y reviendrai. À suivre...