« Il faut pourtant encore l'imaginer dégainant ses 'culés pour taxer tout ce qui bouge et ne bouge pas. D'ailleurs, il fouille l'appartement, lit la carte postale d'un certain Hoqwartselo, de passage à New York, qui embrasse Hélène et revient le 26, allume l'ordinateur, tape http://idolplanets.kitone.com/ sur Internet qui le conduit directement à l'adresse d'un site d'idoles japonaises, copie et colle quelques photos de jeunes femmes en bikini qu'il compose en mosaïque sur l'écran trop petit, cliquant sur Miyuki Fujimori ou sur Yuko Aoki pour la faire revenir en entier, se branlant tout en même temps difficilement, à mesure fermant l'une après l'autre les fenêtres pour ne conserver que Reiko Kato, en slip de bain vert, à gauche, et Reiko Kato, en maillot orange, à droite, dont la beauté simple, lointaine, céleste, familière, les poses moins provocantes que celles d'Eiko Koike, d'Otoha, de Yuri Kishi (bien qu'attachée), ou encore celles de Harumi Nemoto ou de Noriko Hamada, ne sabordent pas d'emblée l'espoir d'une rencontre.» (Alain Sevestre, Revolver, p. 95)

Lisant ces lignes, je ne pouvais pas ne pas les citer. Le JLR était fait pour elles (les lignes) ! D'abord parce que c'est la première fois que je trouve ainsi inséré dans un roman français chez Gallimard une adresse web pour des pages érotiques japonaises — que l'adresse soit valide ou non (elle ne l'est pas, ou plus), il y a un effet de réseau. Bravo pour cela ! Mais surtout pour avoir le plaisir de créer moi-même des liens, donnant ainsi au texte une dimension littéréticulaire (passant de l'effet à l'état), avec les couleurs en gras comme chez Phil...
C'est par ailleurs une épreuve de vérité pour le texte, car on peut en vérifier les assertions sur photo, voire douter du nom copié, comme dans le cas de Yuri Kishi... Ou être surpris, comme dans le cas de Noriko Hamada pour qui le premier lien photo est une affiche contre les essais nucléaires, en français, sur un site qui en contient des dizaines d'autres, ce qui nous renvoie aux débuts de la Chiraquie.
Aux grognons lecteurs ou aux grognones lectrices qui n'apprécieraient pas la performance littéréticulaire du jour, je sussurerai que pour ma part, du sexe ou de la guerre, je sais ce qui est condamnable...

Nous sommes dans les effets. Toute la littérature y est. Et dans des effets personnels avant tout, que l'on suppute reproductibles et partageables, ce que rien ne prouve. C'est l'aporie de la critique littéraire, même universitairement scientifique (rires). Avançant aussi dans Trois Jours chez ma mère, la fluidité weyergansienne assouplit quelque peu mon jugement temporaire. Je me suis rappelé que j'avais eu la même difficulté dans les premiers chapitres D'Amour de Danielle Sallenave (avant de m'y faire tout en sachant que ce n'est pas de la littérature comme je l'aime). Je m'en étais souvenu la semaine dernière mais n'avais pas osé l'écrire avant d'avoir suffisamment avancé pour savoir si cela servirait à quelque chose. Et la réponse est oui.
Il faut donc admettre qu'il y a un genre monologue relâché, qui peut ainsi se fixer des objectifs de biographie discontinue et digressive (il pourrait s'en fixer d'autres), et dont la principale caractéristique est de vouloir forcer la connivence du lecteur par un ton familier et par l'obligation de suivre le relâché sans y chercher d'ordre logique (il n'est pas caché, il n'y en a pas). Il ne s'agira pas alors d'un effet de réel, ni d'un effet de dramatisation, ni d'un effet de langage, mais d'un effet de familiarité (ton badin, bons mots faciles, sujets familiaux, mises en perspectives des vies des uns et des autres, commisération, aveux, etc.).
Cependant tout cela n'empêche pas que l'auteur veuille aller quelque part (et que son travail d'écriture de plusieurs années ait été précisément de créer ce genre, ce ton, ces sujets et objectifs à courte vue) — c'est-à-dire nous mener quelque part où nous n'imaginions pas aller, accompagnés de ce rideau de fumée opaque et empathique. Il y a là bien des choses qui me déplaisent, à commencer par la familiarité, ou qu'on me somme de m'apitoyer, ou de sourire à grand clins d'yeux appuyés, mais je suis piqué au vif de savoir où cela mènera. Et si ce n'est nulle part, ou nulle part d'intéressant, je le ferai savoir bruyamment...

Aujourd'hui, pluie fine et froide. Je ne mets pas le nez dehors. De son côté, T. a une ou deux courses à faire. Je prépare ma page de vœux et commence les envois de courriers, toujours individuels et renvoyant à la même page de vœux dont je ne donne pas l'adresse ici.
Car je ne fais pas les mêmes vœux à la ville et au monde, moi. (Et je dis cela, hi hi !, le jour du centenaire de l'ouverture des tabernacles, inventaire afférent à la loi de 1905 dite de séparation des Églises et de l'État...)
Distinguant de la sorte mes proches à qui je courrielle (presqu'à reculons, tant l'exercice prend de temps — et je ne suis pas le seul à qui ça pèse) de celles et ceux qui ne me connaissent que dans la sphère publique, notamment par les billets du JLR.
Demain, je sortirai.