Je ne fais pas les mêmes vœux à la ville et au monde
Par Berlol, lundi 2 janvier 2006 à 23:58 :: General :: #124 :: rss
« Il faut pourtant encore l'imaginer dégainant ses
'culés pour taxer tout ce qui bouge et ne bouge pas. D'ailleurs, il
fouille l'appartement, lit la carte postale d'un certain Hoqwartselo, de
passage à New York, qui embrasse Hélène et revient le
26, allume l'ordinateur, tape http://idolplanets.kitone.com/ sur Internet
qui le conduit directement à l'adresse d'un site d'idoles japonaises,
copie et colle quelques photos de jeunes femmes en bikini qu'il compose en
mosaïque sur l'écran trop petit, cliquant sur Miyuki
Fujimori ou sur Yuko
Aoki pour la faire revenir en entier, se branlant tout en même
temps difficilement, à mesure fermant l'une après l'autre les
fenêtres pour ne conserver que Reiko
Kato, en slip de bain vert,
à gauche, et Reiko Kato, en maillot orange,
à droite, dont la beauté simple, lointaine, céleste,
familière, les poses moins provocantes que celles d'Eiko
Koike, d'Otoha,
de Yuri
Kishi (bien qu'attachée), ou encore celles de Harumi
Nemoto ou de Noriko
Hamada, ne sabordent pas d'emblée l'espoir d'une rencontre.»
(Alain Sevestre, Revolver, p. 95)
Lisant ces lignes, je ne pouvais pas ne pas les citer. Le JLR était fait pour elles (les lignes) ! D'abord parce que c'est la première fois que je trouve ainsi inséré dans un roman français chez Gallimard une adresse web pour des pages érotiques japonaises — que l'adresse soit valide ou non (elle ne l'est pas, ou plus), il y a un effet de réseau. Bravo pour cela ! Mais surtout pour avoir le plaisir de créer moi-même des liens, donnant ainsi au texte une dimension littéréticulaire (passant de l'effet à l'état), avec les couleurs en gras comme chez Phil...
C'est par ailleurs une épreuve de vérité pour le texte, car on peut en vérifier les assertions sur photo, voire douter du nom copié, comme dans le cas de Yuri Kishi... Ou être surpris, comme dans le cas de Noriko Hamada pour qui le premier lien photo est une affiche contre les essais nucléaires, en français, sur un site qui en contient des dizaines d'autres, ce qui nous renvoie aux débuts de la Chiraquie.
Aux grognons lecteurs ou aux grognones lectrices qui n'apprécieraient pas la performance littéréticulaire du jour, je sussurerai que pour ma part, du sexe ou de la guerre, je sais ce qui est condamnable...
Nous sommes dans les effets. Toute la littérature y est. Et dans des effets personnels avant tout, que l'on suppute reproductibles et partageables, ce que rien ne prouve. C'est l'aporie de la critique littéraire, même universitairement scientifique (rires). Avançant aussi dans Trois Jours chez ma mère, la fluidité weyergansienne assouplit quelque peu mon jugement temporaire. Je me suis rappelé que j'avais eu la même difficulté dans les premiers chapitres D'Amour de Danielle Sallenave (avant de m'y faire tout en sachant que ce n'est pas de la littérature comme je l'aime). Je m'en étais souvenu la semaine dernière mais n'avais pas osé l'écrire avant d'avoir suffisamment avancé pour savoir si cela servirait à quelque chose. Et la réponse est oui.
Il faut donc admettre qu'il y a un genre monologue relâché, qui peut ainsi se fixer des objectifs de biographie discontinue et digressive (il pourrait s'en fixer d'autres), et dont la principale caractéristique est de vouloir forcer la connivence du lecteur par un ton familier et par l'obligation de suivre le relâché sans y chercher d'ordre logique (il n'est pas caché, il n'y en a pas). Il ne s'agira pas alors d'un effet de réel, ni d'un effet de dramatisation, ni d'un effet de langage, mais d'un effet de familiarité (ton badin, bons mots faciles, sujets familiaux, mises en perspectives des vies des uns et des autres, commisération, aveux, etc.).
Cependant tout cela n'empêche pas que l'auteur veuille aller quelque part (et que son travail d'écriture de plusieurs années ait été précisément de créer ce genre, ce ton, ces sujets et objectifs à courte vue) — c'est-à-dire nous mener quelque part où nous n'imaginions pas aller, accompagnés de ce rideau de fumée opaque et empathique. Il y a là bien des choses qui me déplaisent, à commencer par la familiarité, ou qu'on me somme de m'apitoyer, ou de sourire à grand clins d'yeux appuyés, mais je suis piqué au vif de savoir où cela mènera. Et si ce n'est nulle part, ou nulle part d'intéressant, je le ferai savoir bruyamment...
Aujourd'hui, pluie fine et froide. Je ne mets pas le nez dehors. De son côté, T. a une ou deux courses à faire. Je prépare ma page de vœux et commence les envois de courriers, toujours individuels et renvoyant à la même page de vœux dont je ne donne pas l'adresse ici.
Car je ne fais pas les mêmes vœux à la ville et au monde, moi. (Et je dis cela, hi hi !, le jour du centenaire de l'ouverture des tabernacles, inventaire afférent à la loi de 1905 dite de séparation des Églises et de l'État...)
Distinguant de la sorte mes proches à qui je courrielle (presqu'à reculons, tant l'exercice prend de temps — et je ne suis pas le seul à qui ça pèse) de celles et ceux qui ne me connaissent que dans la sphère publique, notamment par les billets du JLR.
Demain, je sortirai.
Lisant ces lignes, je ne pouvais pas ne pas les citer. Le JLR était fait pour elles (les lignes) ! D'abord parce que c'est la première fois que je trouve ainsi inséré dans un roman français chez Gallimard une adresse web pour des pages érotiques japonaises — que l'adresse soit valide ou non (elle ne l'est pas, ou plus), il y a un effet de réseau. Bravo pour cela ! Mais surtout pour avoir le plaisir de créer moi-même des liens, donnant ainsi au texte une dimension littéréticulaire (passant de l'effet à l'état), avec les couleurs en gras comme chez Phil...
C'est par ailleurs une épreuve de vérité pour le texte, car on peut en vérifier les assertions sur photo, voire douter du nom copié, comme dans le cas de Yuri Kishi... Ou être surpris, comme dans le cas de Noriko Hamada pour qui le premier lien photo est une affiche contre les essais nucléaires, en français, sur un site qui en contient des dizaines d'autres, ce qui nous renvoie aux débuts de la Chiraquie.
Aux grognons lecteurs ou aux grognones lectrices qui n'apprécieraient pas la performance littéréticulaire du jour, je sussurerai que pour ma part, du sexe ou de la guerre, je sais ce qui est condamnable...
Nous sommes dans les effets. Toute la littérature y est. Et dans des effets personnels avant tout, que l'on suppute reproductibles et partageables, ce que rien ne prouve. C'est l'aporie de la critique littéraire, même universitairement scientifique (rires). Avançant aussi dans Trois Jours chez ma mère, la fluidité weyergansienne assouplit quelque peu mon jugement temporaire. Je me suis rappelé que j'avais eu la même difficulté dans les premiers chapitres D'Amour de Danielle Sallenave (avant de m'y faire tout en sachant que ce n'est pas de la littérature comme je l'aime). Je m'en étais souvenu la semaine dernière mais n'avais pas osé l'écrire avant d'avoir suffisamment avancé pour savoir si cela servirait à quelque chose. Et la réponse est oui.
Il faut donc admettre qu'il y a un genre monologue relâché, qui peut ainsi se fixer des objectifs de biographie discontinue et digressive (il pourrait s'en fixer d'autres), et dont la principale caractéristique est de vouloir forcer la connivence du lecteur par un ton familier et par l'obligation de suivre le relâché sans y chercher d'ordre logique (il n'est pas caché, il n'y en a pas). Il ne s'agira pas alors d'un effet de réel, ni d'un effet de dramatisation, ni d'un effet de langage, mais d'un effet de familiarité (ton badin, bons mots faciles, sujets familiaux, mises en perspectives des vies des uns et des autres, commisération, aveux, etc.).
Cependant tout cela n'empêche pas que l'auteur veuille aller quelque part (et que son travail d'écriture de plusieurs années ait été précisément de créer ce genre, ce ton, ces sujets et objectifs à courte vue) — c'est-à-dire nous mener quelque part où nous n'imaginions pas aller, accompagnés de ce rideau de fumée opaque et empathique. Il y a là bien des choses qui me déplaisent, à commencer par la familiarité, ou qu'on me somme de m'apitoyer, ou de sourire à grand clins d'yeux appuyés, mais je suis piqué au vif de savoir où cela mènera. Et si ce n'est nulle part, ou nulle part d'intéressant, je le ferai savoir bruyamment...
Aujourd'hui, pluie fine et froide. Je ne mets pas le nez dehors. De son côté, T. a une ou deux courses à faire. Je prépare ma page de vœux et commence les envois de courriers, toujours individuels et renvoyant à la même page de vœux dont je ne donne pas l'adresse ici.
Car je ne fais pas les mêmes vœux à la ville et au monde, moi. (Et je dis cela, hi hi !, le jour du centenaire de l'ouverture des tabernacles, inventaire afférent à la loi de 1905 dite de séparation des Églises et de l'État...)
Distinguant de la sorte mes proches à qui je courrielle (presqu'à reculons, tant l'exercice prend de temps — et je ne suis pas le seul à qui ça pèse) de celles et ceux qui ne me connaissent que dans la sphère publique, notamment par les billets du JLR.
Demain, je sortirai.
Commentaires
1. Le lundi 2 janvier 2006 à 10:12, par k :
66.249.93.104/search?q=ca...
2. Le mardi 3 janvier 2006 à 00:33, par Berlol :
Merci pour ce bon gâteau. Je crois que je vais aller chercher une galette des rois demain... et vous ?
3. Le mardi 3 janvier 2006 à 00:49, par Philippe De Jonckheere :
Patrick
Ben oui l'idée pour un romancier d'insérer une url dans son roman, je n'ai toujours pas compris pourquoi on ne le rencontrait pas plus souvent (en fait on ne le trouve pas du tout), alors je ne résiste pas à t'envoyer un extrait de mon dernier roman, "une Fuite en Egypte" ( www.desordre.net/textes/r... ) :
je l'avais prise au mot et depuis quelques temps j'avais pris le parti de tenir ce journal en ligne ; c'est-à-dire sur internet ; je ne feindrais pas de vous apprendre que cela s’appelle un blog dans cette terminologie stridente du monde connecté ; à ce sujet c'était consternant comme faisant aussi peu d'efforts que possible pour rendre ce journal attrayant ; sa lecture semblait au contraire attirer des lecteurs nombreux ; pas loin d'une cinquantaine par jour ; d'autant plus affligeant ; et je n'en avais rien dit à Suzanne ; que le journal que je tenais était une sorte de fantaisie ; un journal imaginaire ; le journal inventé d’une vie rêvée ; une vie dans la-quelle elle ne serait pas morte ; et tout ce que j'y consignais ap-partenait à une vie qui n'existait pas ; qui n’avait jamais été ; cette existence n’était même pas celle qu’elle et moi avions eue jusque là ; avant qu’elle ne meure ; et comment j’aurais pu ; d’une certaine façon ; la prolonger artificiellement ; par écrit ; ce n’était pas davantage celle que nous aurions pu avoir si elle n’était pas morte dans un accident de voiture et que nous nous soyons rabibochés en quelque sorte ; cette vie chimérique était celle d'un homme vivant avec sa femme et ses enfants dans un petit village de l'Oise que j'avais choisi pour être Puiseux-en-Bray ; c'est-à-dire le village où vivait sa mère et duquel elle revenait en voiture quand elle a eu cet accident qui lui prit la vie ; nous aurions eu deux enfants qui s’appelaient Madeleine et Nathan ; Madeleine cela me faisait penser à ma tante Madeleine ; et Nathan parce que cela aurait dû être le prénom d’Émile si elle n’avait pas changé d’avis au dernier moment ; nous aurions vécu de la sorte dans le pays d’origine de sa mère ; je nous inventais une existence paisi-ble ; pour beaucoup faite de contemplation de la nature nous en-tourant ; nous aurions eu un grand jardin très ombragé ; je prêtais à ces enfants imaginaires les traits et les espiègleries de Zoé et d’Émile ; je m’efforçais au réalisme ; à tout décrire ; même l’ennui d’un après-midi à écouter de la viole de gambe ; en buvant du thé et regardant ; par la fenêtre ; la pluie battre les feuilles lourdes de l’érable du jardin ; j’écrivais des passages de cette existence fabriquée dans lesquels nous faisions l’amour un peu à la va-vite profitant que les enfants jouaient au jardin ; je nous inventais des disputes ; de ces querelles que nous arrivions à surmonter cahin-caha ; le récit de nos vacances rêvées demeurait encore la partie dans laquelle je prenais le plus grand plai-sir d’écrire ; par ailleurs je me décrivais moi-même écrivant des romans ; qui ; certes ; n’étaient pas publiés ; pas encore publiées ; aurait-elle dit ; elle qui les aurait lus avec attendrissement et en m’encourageant en dépit des lettres de refus des éditeurs ; j’aurais déjà écrit trois romans ; mais où allais-je puiser tous ces détails ; pourquoi trois romans ; pourquoi pas un seul ; et j’étais résolu que le quatrième serait l’écriture de ce journal en ligne ; je me disais même que si d’aventure il devenait publiable en somme ; j’en terminerais l’écriture par une histoire inventée ; elle mourrait dans un accident de voiture ; du bonheur mièvre de cette vie à la campagne le récit basculerait dans le malheur et le deuil acca-blants ; et je me demandais même ; tandis que je tenais scrupu-leusement à jour ce journal ; jour après jour ; quelle serait la date à laquelle j’aurais le courage d’inventer ; au même titre que j’avais inventé toute cette vie rêvée au faible relief ; le même relief vague que je prêtais aux plaines alentour ; à quel moment aurais-je le courage d’interrompre assez sèchement ce récit mièvre du quoti-dien bienheureux de ce couple et de ses deux enfants ; avec l’accident de voiture mortel qu’elle aurait eu un soir en revenant de l’université de Cergy-Pontoise où je me plaisais à croire qu’elle suivait des études de lettres modernes ; c’était là une vie décidé-ment fade ; mais c’était là celle dont je rêvais pour moi-même désormais ; je tenais ce journal tu et secret de Suzanne dont je pouvais facilement m’imaginer qu’elle n’en aurait pas goûté la lecture ; ma vie était-elle devenue à ce point le désordre ; comme si plusieurs existences s’étaient chevauchées et superposées im-parfaitement ; celle de tous les jours ; celle dont les enfants étaient le centre ; celle avec Suzanne ; deux vies qui n’étaient pas très étanches l’une de l’autre ; cette existence nocturne qui était la mienne en proie aux visiteuses et leurs visions souvent terrifiantes et désormais cette existence rêvée ; construite de toutes pièces par moi ; et comme il me plaisait d’emprunter des morceaux d’existence à ces vies différentes ; et de les ranger ; en quelque sorte ; dans un ordre différent ; comme ; en somme ; un roman-cier ; j’imagine ; je ne suis pas romancier ; adapte à son récit quelques uns des ingrédients de son quotidien ou du cours de son existence ; j’avais d’ailleurs résolu de donner un titre à ce journal inventé ; le bloc-notes du désordre ; tant le désordre m’apparaissait avoir pris possession de tout ; je vous en donne tout de même l'adresse www.desordre.net/bloc/ voyez pour vous-même ;
4. Le mardi 3 janvier 2006 à 05:43, par Berlol :
Merci, Philippe. D'autant que le lien du haut de ton commentaire mène à l'intégralité du texte. C'est précieux. Si je me débrouille bien, je pourrais lire cela en février, en alternance avec Molloy, pendant ma fuite en France...
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