À Suzanne Jamet, Sereine Berlottier et Philippe Vasset.

Alors que j'allais voir le prix de l'intégrale du Ring (par Pierre Boulez et Patrice Chéreau en 8 dévédés — 84,16 €) recommandée hier soir par Jeanne-Martine Vacher dans le second Décibel sur Richard Wagner avec Bruno Lussato, il y avait un petit message en rouge dans ma page Amazon pour m'informer que Bandes alternées, le nouveau livre de Philippe Vasset, n'était plus disponible — alors qu'il était à paraître le 4 janvier quand je l'ai sélectionné en décembre.
Je google alors [Vasset "bandes alternées] et trouve qu'il était invité à La Suite dans les idées du 28 décembre — et Sylvain Bourmeau dit bien, car on peut encore l'écouter, qu'il a effectivement eu, lu le livre... — avec Nathalie Heinich, une des seules pages que je n'avais pas ouvertes la semaine dernière ! Il ne faut donc rien laisser passer...
L'essentiel est sauf. Ça va s'arranger, patientons. D'ailleurs l'émission est excellente, je l'ai enregistrée..

Sur le site de Fayard, quand on cherche les nouveautés, on trouve la page qui donne les livres à paraître jusqu'au 5 janvier, et Vasset n'est pas dedans. Tiens, tiens... Descendant dans la page d'à côté, il y a un menu Janvier 2006 / Littérature française dans lequel se trouve quand même Vasset — Tiens !, il y a aussi Sereine Berlottier... (Et ce lien qui ne tient pas, qui repasse à 2005 à chaque coup, que l'on peut bloquer si l'on clique très vite sur le bouton stop — pour les amateurs de jeux vidéos...)

Ça dit (sans italiques aux titres, sauf le premier) :

« Philippe VASSET, Bandes alternées, roman
Attachée de presse : Suzanne Jamet
Philippe Vasset, 31 ans, est rédacteur en chef d’Africa Energy Intelligence, publication spécialisée dans le renseignement industriel et politique. Il a été lauréat du Prix du Jeune écrivain 1993, organisé par le journal Le Monde et le ministère de la Culture. Il est l’auteur chez Fayard de Exemplaire de démonstration (2003) et Carte Muette (2004).
De jeunes adultes consacrent leur temps libre à faire de leur quotidien une œuvre d’art. Chez eux, tout est prétexte à sculptures en pâte à sel, diaporamas sophistiqués et pièces de théâtre amateur. Des références communes, en particulier le rejet de l’Industrie culturelle, tel est le ciment d’une communauté soudée et inventive. Un marginal, voisin voyeur et solitaire, le narrateur du roman, les observe sombrer peu à peu dans l’enfermement. Ce qui n’est au départ qu’un moyen artisanal et sympathique de s’approprier la réalité qui les entoure tourne bientôt au langage unique, à l’obsession communautaire. L’autarcie vire à l’autisme, la création dérive en sécession. Ils finissent par déserter leurs maisons-ateliers pour envahir la cité et s’y engloutir, perdus à jamais dans un monde qui leur est désormais étranger.
À travers cette histoire dérangeante, Philippe Vasset s’interroge sur la création et l’enfermement, sur les résistances possibles à l’industrie du divertissement. Ce roman incisif et cruel, dont l’atmosphère évoque le Huysmans d’À Rebours, met autant en cause le milieu artistique alternatif que les productions culturelles standardisées.»


À la place de Suzanne Jamet ou de Philippe Vasset, j'aurais fait mettre le premier paragraphe en dernier.
Le sens du premier paragraphe en premier, c'est que des éléments sociétaux font autorité (rédacteur en chef, lauréat) et tentent de faire passer l'individu en force, comme caution ou faire-valoir pour son livre. Moi, ce genre de message, ça me fait gerber. Et si je ne connaissais pas déjà les deux premiers livres de Philippe Vasset, je n'irais pas plus loin.
Le sens du premier paragraphe en dernier, c'est que la description du contenu du livre (qui serait alors en premier) peut instantanément marquer l'esprit, du fait que le sujet est très intéressant, le transir même, tellement c'est fort. Et puis qui c'est, l'auteur ?, ah oui, c'est intéressant, ça ajoute, ça renchérit, mais de toute façon, je le veux, ce livre, qui qu'en soit l'auteur. Voilà comment ça devrait se passer.
Je vois qu'il en va de même avec tous les auteurs de la page, et peut-être tous ceux de chez Fayard — site dont j'avais d'ailleurs failli rater l'entrée car la première page, que j'allais fermer, la page d'accueil, ne contient que Houellebecq, sous le nom de l'éditeur en gros (en fait, c'est là qu'il faut cliquer). Cette réclame qui trompe est d'ailleurs tout à fait insultante pour les autres auteurs, je ne sais pas ce qu'en pensent Suzanne Jamet, Sereine Berlottier et Philippe Vasset, puisque, moi, ce sont eux qui m'intéressent, c'est à eux que je demande ce qu'ils en pensent. Qu'est-ce que vous en pensez, vous, d'une page d'accueil qui ne cite qu'un auteur ?, qui plus est morbide, l'auteur ?, avec sur les côtés Joyeux Noël et Bonne Année 2006 et deux fois la même petite branche de houx, inversée et mal pixélisée — on dirait de l'humour noir, mais il faudrait alors que le concepteur de la page ait lu la Possibilité d'une île — que je n'ai pas encore réussi à finir tellement c'est ennuyeux...
Mais peut-être qu'il en va maintenant de même chez la plupart des grands éditeurs, comme on dit. On pourrait dire gros, d'ailleurs, ce serait plus juste. À savoir que l'identité des auteurs, leur visibilité sociale, est plus importante que les livres qu'ils écrivent. Avec des textes de présentation qui ont l'outrecuidance d'inclure un jugement laudateur, argument de vente prémâché pour presse fainéante, paragraphes que l'on sait bientôt clonés tels quels sur des dizaines de sites de pseudo-lectures avec liens cliquables pour rapporter 1 centime.
Que la mondanité — auctoriale ou éditoriale — soumette la littérarité, c'était ce que l'on pouvait craindre dans les conversations bien arrosées, entre amis, collègues, partisans, etc., c'était ce qu'il fallait accepter dans les choix critiques de certains journaux, Le Figaro et L'Humanité ne sélectionnant pas les mêmes ouvrages, et selon des critères rarement littéraires, c'était encore ce que l'on devait supporter chez certains distributeurs, les commerçants voulant des gros vendeurs en tête de gondole, mais on n'imaginait pas que les éditeurs eux-mêmes prendraient les devants, transformeraient eux-mêmes les livres, les merveilleux livres, en boîtes de soupe instantanée, en supports de marques.
C'est peut-être pour ça que des artistes sont « perdus à jamais dans un monde qui leur est désormais étranger »...

Je suis quand même sorti, dans le froid, avec Chabert et crayon à portée de main pour le trajet en métro. Pour aller chez le coiffeur, « itsumo yori sukoshi mijikaku onegaishimasu...» (un peu plus court que d'habitude, s'il vous plaît). On regardait un match de foot en même temps, ça a duré trente minutes chrono. Bikun, ça doit te rappeler quelque chose ? Comme je suis bon client depuis quatre ou cinq ans, le coiffeur m'offre une belle brosse. Puis à Ikebukuro, traversée de Tobu et Seibu, où il n'y a pas trop de monde, des kilomètres de rayons à la recherche d'une galette des rois, que je prends finalement chez Lenôtre — chez les autres on dirait des miniatures. Elle était à 2100 yens ; je me demande si je ne m'étais pas trompé en 2004...