mardi 10 janvier 2006
Où le wagon est nu, l'homme est plié.
Par Berlol, mardi 10 janvier 2006 à 23:46 :: General
Dans le JR vers la gare centrale de Tokyo, je passe d'un wagon à l'autre
et débouche dans celui dont tous les sièges se relèvent
aux heures de pointe, de sorte que le wagon est nu. D'origine, les trains
ont été conçus avec des sièges (et d'autres moyens
de transport avant les trains étaient conçus comme ça
aussi...). Pour que des êtres humains s'y assoient, au minimum. Et
quand il y a du monde, beaucoup restent debout, mais ceux qui sont assis
sont la preuve et l'horizon, le recours en cas de besoin.
Or, on reconnaît un wagon à bestiaux, ou un container, à ce qu'il n'est pas pourvu de sièges. Que l'on ait pu convevoir des wagons dont les sièges se rétractent, disparaissent, même pour des trajets courts (mais beaucoup y restent 60 ou 90 minutes chaque jour), revient à accepter (et à avoir sciemment conçu) une idée escamotable de l'être humain — par pragmatisme économique, dit-on. Et je pense que c'est différent du fait d'avoir des pousseurs en gants blancs.
Or, je ressens que cet aspect pliable de la dignité humaine, petit pli fait chaque jour à la dignité de chacun des voyageurs entassés, qui devient faux pli permanent et invisible de l'identité de chacun, puis de la condition de tous, cet aspect pliable de la dignité humaine, donc, qui semble être dans l'air de notre temps, ne me paraît pas si éloigné de l'insulte permanente aux droits de l'homme et à la Convention de Genève que représentent les détentions à Guantanamo, et une bonne part de tout ce qui les entoure, où des droits reconnus sont pourtant escamotés (puisqu'il faut mettre les points sur les i, saquerlotte !).
Or, disant cela, passerais-je si près d'une certaine comparaison heideggerienne entre chambres à gaz et agriculture mécanisée ? J'espère bien que non. La technique qui nous en imposerait n'est pas mon coupable. Mon coupable, c'est l'ambition et l'illusion humaines, et clairement condamnables, et hélas répandues à tous les étages de la société, de la valorisation aveugle, et libérale, et égoïste, du gain — au détriment, au mépris même de l'équilibre. Gain de temps, de place, et d'argent, bien sûr — tout le reste y est sacrifié, dévalorisé, dignité comprise.
Bien sûr l'équilibre — humain avant tout — a aussi ses promoteurs, qui ne sont point dans les rappels des bons temps de ceci ou de cela, ni dans l'autoritarisme dont il faudrait faire preuve ici ou là — mais dans une intégration différente des techniques et des technologies dans la vie de chacun, basée avant tout sur le refus de la priorité du gain (non pas le refus du gain, souhaitable dans beaucoup de cas, mais le refus de la priorité du gain).
Pleine forme pour formes pleines. Shinkansen avec trois paquets de copies à corriger.
Dernier retour au fourneau pour qu'une fournée d'étudiants sortent bientôt du four de 1ère année, celui de la première cuisson du biscuit linguistique, avant peinture ou émail de 2e année...
Après le four, la presse (et puis au lit)...
« J'ai comme l'impression que Donnedieu s'est fait déborder par certains ultras de son ministère à l'heure de rédiger la première mouture de la loi. Et que maintenant, il est sincèrement prêt à équilibrer la balance et à entendre les arguments du camp d'en face, ne serait-ce que pour sauver sa peau.»
C'est de Vincent des Interprétations diverses. J'ai du mal à y croire... mais bon, je prends date — et je ne suis pas le seul.
Or, on reconnaît un wagon à bestiaux, ou un container, à ce qu'il n'est pas pourvu de sièges. Que l'on ait pu convevoir des wagons dont les sièges se rétractent, disparaissent, même pour des trajets courts (mais beaucoup y restent 60 ou 90 minutes chaque jour), revient à accepter (et à avoir sciemment conçu) une idée escamotable de l'être humain — par pragmatisme économique, dit-on. Et je pense que c'est différent du fait d'avoir des pousseurs en gants blancs.
Or, je ressens que cet aspect pliable de la dignité humaine, petit pli fait chaque jour à la dignité de chacun des voyageurs entassés, qui devient faux pli permanent et invisible de l'identité de chacun, puis de la condition de tous, cet aspect pliable de la dignité humaine, donc, qui semble être dans l'air de notre temps, ne me paraît pas si éloigné de l'insulte permanente aux droits de l'homme et à la Convention de Genève que représentent les détentions à Guantanamo, et une bonne part de tout ce qui les entoure, où des droits reconnus sont pourtant escamotés (puisqu'il faut mettre les points sur les i, saquerlotte !).
Or, disant cela, passerais-je si près d'une certaine comparaison heideggerienne entre chambres à gaz et agriculture mécanisée ? J'espère bien que non. La technique qui nous en imposerait n'est pas mon coupable. Mon coupable, c'est l'ambition et l'illusion humaines, et clairement condamnables, et hélas répandues à tous les étages de la société, de la valorisation aveugle, et libérale, et égoïste, du gain — au détriment, au mépris même de l'équilibre. Gain de temps, de place, et d'argent, bien sûr — tout le reste y est sacrifié, dévalorisé, dignité comprise.
Bien sûr l'équilibre — humain avant tout — a aussi ses promoteurs, qui ne sont point dans les rappels des bons temps de ceci ou de cela, ni dans l'autoritarisme dont il faudrait faire preuve ici ou là — mais dans une intégration différente des techniques et des technologies dans la vie de chacun, basée avant tout sur le refus de la priorité du gain (non pas le refus du gain, souhaitable dans beaucoup de cas, mais le refus de la priorité du gain).
Pleine forme pour formes pleines. Shinkansen avec trois paquets de copies à corriger.
Dernier retour au fourneau pour qu'une fournée d'étudiants sortent bientôt du four de 1ère année, celui de la première cuisson du biscuit linguistique, avant peinture ou émail de 2e année...
Après le four, la presse (et puis au lit)...
« J'ai comme l'impression que Donnedieu s'est fait déborder par certains ultras de son ministère à l'heure de rédiger la première mouture de la loi. Et que maintenant, il est sincèrement prêt à équilibrer la balance et à entendre les arguments du camp d'en face, ne serait-ce que pour sauver sa peau.»
C'est de Vincent des Interprétations diverses. J'ai du mal à y croire... mais bon, je prends date — et je ne suis pas le seul.