Matinal, dûment chargé, le nouveau rasoir HQ 8140 fait son office. Plus léger et silencieux que son prédécesseur, il ne m'empêche pas d'entendre Christine Ockrent animer France Europe Express, sur l'après Sharon (déjà !), que France Info saucissonne de flashs — je n'aurais pas le temps de le suivre intégralement, de toute façon, parce que deux cours m'attendent : un groupe d'étudiants impatients de savoir ce qu'ils doivent réviser pour l'examen, puis un groupe plus restreint, plus mûr, dont quelques membres vont présenter des exposés sur la Francophonie.

Le soir.
Les exposés étaient intéressants mais qu'est-ce qu'on a pu avoir froid dans cette salle ! J'espère sincèrement avoir l'an prochain une classe avec l'internet et dans un autre bâtiment. Je l'ai demandé au Père Noël d'ici... M'aura-t-il entendu ?
Déjeuner de カレーうどん (des grosses pâtes dans une épaisse soupe au curry) pour me réchauffer. Ensuite, je fais serre — je sais faire — dans mon bureau, avec le climatiseur à fond et la bouilloire ouverte, pour travailler jusqu'à cinq heures et demi. — ça dégage les bronches et les virus tombent au sol où, négligemment, je les écrase en rangeant des papiers.
Puis, direct au centre de sport pour un tiercé classique : vélo (option Sevestre), machines et bain (supplément sauna).

« C'est un des plus beaux passages du livre, un des plus agréables à imaginer. Tout ce qui appartient au voyage est lié à ce départ, changement, aspiration, renouveau, découverte de la vérité (?), le soleil, la lumière, la mer sur la droite, étendue, claire, l'espoir qu'ils s'aiment, que Lucas comprenne. Les fenêtres sont ouvertes pratiquement sur tout le trajet. Une impression d'espace aussi. Hélène a conduit, puis Lucas. Une musique éthérée alterne avec une autre lourde, métallique mais connue, et l'impression de choc trash metal est consolée en impression de variété, de rebelle rentré dans le rang. Lucas gâche tout à un arrêt et ils se disputent à partir de cet arrêt.

Ils marchent dans un grand champ de fleurs bleues, un autre, rose. Hélène s'étend. Le champ préfigure celui de la fin. C'est le même type de champ. Ici, peut-être un pylône de haute tension. Il fait trop beau. Les couleurs, saturées, virent à l'ultraviolet et même les couleurs chaudes prennent des teintes froides, bleues, vertes. Lucas boit, pisse. Il n'y a pas de vue avec la voiture, ce genre d'angle poseur où l'homme crâne adossé à un pneu avec ses problèmes d'homme, déhanchements fatidiques et gravité culte. Ils se reposent. Il y a de la couleur. Ce serait plutôt la photo de Gombrowicz en deux-chevaux avec sa femme. Sauf qu'il y a de la couleur, que Lucas est beaucoup plus jeune. C'est la photo sans le sourire de la femme.»
(Alain Sevestre, Revolver, p. 113-114)

Déjà dans L'Affectation, il y avait une remarque sur un détail avec le numéro (exact) de la page où il se trouvait. Ici, c'est la fiction qui s'ouvre pour accueillir la désinvolture d'une instance narrative. Ça parodie du discours critique en lui donnant l'élégance d'un script, ça ironise tout en faisant des plans de cinéma... Et puis, ça me change de l'hiver.

Ping-pong neuronal (2)
Ils croyaient me connaître facilement parce qu'ils me croyaient
Ils croiraient que je croyais qu'ils me connaissent
Ils croyaient que je croirais facilement les connaître parce qu'ils croyaient me connaître
C'était si facile d'y croire
Ils n'apprendraient jamais