vendredi 13 janvier 2006
Ne pas ouvrir...
Par Berlol, vendredi 13 janvier 2006 à 23:49 :: General
Occupé avec Chabert, pas le temps d'écrire autre chose.
Si l'on est quand même arrivé là, si l'on a quand même ouvert le fil RSS qui portait ce titre (subodorant une feinte), on en sera pour ses frais. Mais bon, un tuyau : écouter les Vendredis de la philo de tout à l'heure avec Bayard, Marx et Ruffel, c'est ce que j'ai entendu de mieux à la radio depuis le début de l'année !
Ma journée, je la ferai demain...
Le lendemain. Donc...
Au lieu du journal de France 2, je petit-déjeune avec Arrêt sur Image qui fait le bilan des médias sur le tsunami de décembre 2004 à décembre 2005. Intéressantes remarques sur l'inadéquation entre le temps médiatique (rapide, d'une exigeance parfois inquisitoriale) et le temps logistique (urgence vite parée puis projets de longue haleine). Et toujours cette incroyable différence de ton entre TF1 (dramatisant, racolleur, premier degré, du terromédia) et France 2 (pince-sans-rire jusqu'à l'irrespect, du raillomédia).
Je fignole une enveloppe pour la France (je n'en envoie presque
plus) et j'arrange les timbres pour qu'ils mettent en abyme la situation
actuelle du courrier postal. Puis je vais au sport pour le rituel triptyque
de mise en forme (vélo, fontes, bain). En trois minutes, je sue déjà,
c'est que ça marche bien...
« La Spezia. À bout, Hélène descend de voiture devant l'arsenal, doit téléphoner, pénètre dans une cabine. Aussitôt Lucas se met au volant, mais ne s'en va pas, réflechit, revient à la place passagère. De son côté, Hélène, silencieuse au combiné, dos tourné, regarde avec effroi devant elle, n'importe quoi, un groupe de touristes qui franchit devant les soldats la porte de l'arsenal. Elle attend quelque chose. Elle raccroche, ne reprend aucune carte ni monnaie. Elle n'appelait personne. Elle se retourne, aperçoit Lucas à travers le pare-brise. Il ne s'est pas enfui. Elle sourit. Oui, elle a un portable comme il le lui fait remarquer, mais elle ne peut pas appeler de l'étranger.» (Alain Sevestre, Revolver, p. 120)
Combien sont prêts pour l'épreuve de vérité ? Tout laisser dans les mains de l'Autre, qui peut s'enfuir...
Et si ce n'était pas si loin que ça du drame du colonel Chabert !, me disais-je dans le shinkansen avant de piquer du nez. Car il avait tout réussi, l'enfant trouvé. Monté en grade par sa bravoure, marié à cette fille du pavé à qui il laisse tout, état et fortune, pour aller au taff napoléonien. Et elle, dès qu'il paraît mort et que le vent tourne, elle recommence avec un autre — sans hésiter. La confiance...
Ce soir, je prépare l'explication de texte du long entretien Derville-Chabert, contenant cet étonnant passage du pas-tout-à-fait-mort à Eylau qui se remue dans le charnier — mot que Balzac ne connaît pas —, écarte les chairs et les membres des morts pour remonter à la surface, dans le noir, au travers de tout ce qui coule et de tout ce qui pue. Il ne doit pas y avoir beaucoup de narrations de ce type, dans la littérature, surtout avant les guerres mondiales du XXe siècle. Il se peut même que la force évocatrice de ce texte soit plus grande après 1945 qu'elle ne l'était dans les années 1830-40. Et le ton sans emphase, juste descriptif, que Balzac prête à Chabert, presque celui d'un Primo Levi, contraste étonnamment avec les fleurs de rhétorique qu'il sème lourdement dans le portrait rembranesque du balafré, quelques pages juste avant.
C'est quoi, l'identité de Chabert ? C'est du dehors et du dedans. Du dedans amoché, à moitié congelé mais encore là pour dire son nom. Mais du dehors qui n'est plus d'accord, qui n'accepte pas ce corps étranger. Dans un monde de la Restauration (1818) où l'affairisme et l'industrie dictent déjà les nouvelles lois, celles qui valent encore aujourd'hui, celles du capital, le mot rente devient bien plus utile que le mot bravoure.
Si l'on est quand même arrivé là, si l'on a quand même ouvert le fil RSS qui portait ce titre (subodorant une feinte), on en sera pour ses frais. Mais bon, un tuyau : écouter les Vendredis de la philo de tout à l'heure avec Bayard, Marx et Ruffel, c'est ce que j'ai entendu de mieux à la radio depuis le début de l'année !
Ma journée, je la ferai demain...
Le lendemain. Donc...
Au lieu du journal de France 2, je petit-déjeune avec Arrêt sur Image qui fait le bilan des médias sur le tsunami de décembre 2004 à décembre 2005. Intéressantes remarques sur l'inadéquation entre le temps médiatique (rapide, d'une exigeance parfois inquisitoriale) et le temps logistique (urgence vite parée puis projets de longue haleine). Et toujours cette incroyable différence de ton entre TF1 (dramatisant, racolleur, premier degré, du terromédia) et France 2 (pince-sans-rire jusqu'à l'irrespect, du raillomédia).
Je fignole une enveloppe pour la France (je n'en envoie presque
plus) et j'arrange les timbres pour qu'ils mettent en abyme la situation
actuelle du courrier postal. Puis je vais au sport pour le rituel triptyque
de mise en forme (vélo, fontes, bain). En trois minutes, je sue déjà,
c'est que ça marche bien...« La Spezia. À bout, Hélène descend de voiture devant l'arsenal, doit téléphoner, pénètre dans une cabine. Aussitôt Lucas se met au volant, mais ne s'en va pas, réflechit, revient à la place passagère. De son côté, Hélène, silencieuse au combiné, dos tourné, regarde avec effroi devant elle, n'importe quoi, un groupe de touristes qui franchit devant les soldats la porte de l'arsenal. Elle attend quelque chose. Elle raccroche, ne reprend aucune carte ni monnaie. Elle n'appelait personne. Elle se retourne, aperçoit Lucas à travers le pare-brise. Il ne s'est pas enfui. Elle sourit. Oui, elle a un portable comme il le lui fait remarquer, mais elle ne peut pas appeler de l'étranger.» (Alain Sevestre, Revolver, p. 120)
Combien sont prêts pour l'épreuve de vérité ? Tout laisser dans les mains de l'Autre, qui peut s'enfuir...
Et si ce n'était pas si loin que ça du drame du colonel Chabert !, me disais-je dans le shinkansen avant de piquer du nez. Car il avait tout réussi, l'enfant trouvé. Monté en grade par sa bravoure, marié à cette fille du pavé à qui il laisse tout, état et fortune, pour aller au taff napoléonien. Et elle, dès qu'il paraît mort et que le vent tourne, elle recommence avec un autre — sans hésiter. La confiance...
Ce soir, je prépare l'explication de texte du long entretien Derville-Chabert, contenant cet étonnant passage du pas-tout-à-fait-mort à Eylau qui se remue dans le charnier — mot que Balzac ne connaît pas —, écarte les chairs et les membres des morts pour remonter à la surface, dans le noir, au travers de tout ce qui coule et de tout ce qui pue. Il ne doit pas y avoir beaucoup de narrations de ce type, dans la littérature, surtout avant les guerres mondiales du XXe siècle. Il se peut même que la force évocatrice de ce texte soit plus grande après 1945 qu'elle ne l'était dans les années 1830-40. Et le ton sans emphase, juste descriptif, que Balzac prête à Chabert, presque celui d'un Primo Levi, contraste étonnamment avec les fleurs de rhétorique qu'il sème lourdement dans le portrait rembranesque du balafré, quelques pages juste avant.
C'est quoi, l'identité de Chabert ? C'est du dehors et du dedans. Du dedans amoché, à moitié congelé mais encore là pour dire son nom. Mais du dehors qui n'est plus d'accord, qui n'accepte pas ce corps étranger. Dans un monde de la Restauration (1818) où l'affairisme et l'industrie dictent déjà les nouvelles lois, celles qui valent encore aujourd'hui, celles du capital, le mot rente devient bien plus utile que le mot bravoure.