Cours Chabert, 14 inscrits, record pour ce créneau samedimatinal. En plus, il fait un temps de chien, 3 ou 4 degrés et la pluie qui menace. Si cet épisode, l'entrevue Derville-Chabert, se caractérise par le contraste entre le style contourné du narrateur et la prosodie factuelle de Chabert, je repense à la scène introductive, qui est encore d'une autre nature. Ou de plusieurs — et je n'avais pas le temps de m'y attarder la semaine dernière. Dans une vue narrative étriquée, on pourrait même se demander à quoi sert cette cacophonie des clercs sous la dictée tandis que Chabert traverse la cour pour monter. Or, non seulement cette scène est fort utile pour donner un aperçu d'un certain mode de vie professionnel de ce temps-là, miel de sociologues, voire d'anthropologues, mais de plus elle est d'une maestria discursive digne de l'arrivée en classe de Charbovari. Sans que le lecteur le sache encore (prolepse), le texte dicté est directement en rapport avec le futur cas Chabert, puisqu'il s'agit de l'ordonnance royale de 1814 relative à la restitution des biens confisqués aux nobles par la Révolution et l'Empire. Cette dictée pleine de zèle perlocutoire (plaire au Palais, gagner les causes) est trouée de commentaires insolents, révélateurs d'un avis sans doute partagé dans la maison — dans la profession — quant à la haute valeur politique du dix-huitième Louis, ce qui aidera à comprendre comment Derville pourra s'intéresser à Chabert alors qu'il est déjà overbooké : l'Ancien Régime rhabillé en vitesse ne faisait plus guère illusion en 1816-1818 (Balzac hésite visiblement sur la date de la scène). C'est en substance ce que le romancier veut dire aux lecteurs de 1832 ou 1835 (feuilleton puis livre), notamment à ceux qui y ont cru, vingt ans avant (et dont il était peut-être bien...). C'est un peu comme si on daubait aujourd'hui sur le premier gouvernement Mitterrand en relisant le programme commun de la gauche — pour lequel on aurait eu voté.
Donc, au passage, s'il vous plaît, arrêtons avec cette histoire de Balzac vieillot et inutile, qui aurait été la cible des discours nouveaux-romanciers, ceux-ci ne visant en réalité pas directement Balzac mais des bien-vivants des années 1950 qui continuaient, avec l'onction académique, dans le balzacoïde pas fatigant et qui rapporte (et ça continue, puisque le bon peuple a besoin de romance).

Ça faisait un moment que je la gardais dans ma manche, cette sortie-là...
Est-ce l'effet des pancakes que T. a eu la gentillesse de confectionner ce matin, ou du poulet-frites du saint-Martin, le premier de l'année, pris en compagnie de Katsunori, tout juste remis du cours, et de Laurent, fraîchement revenu à Tokyo après des congés parisiens ? Je ne sais, mais il allait encore me falloir de l'énergie et du courage, avant d'un jour pouvoir m'asseoir dessus...
En effet, la semaine dernière, comme ça, après des années à y penser sans trop le dire, T. et moi avons franchi une sorte de limite en allant de nous-mêmes demander des informations sur un canapé qui nous plaisait. Juste des informations... Puis T. a googlé tout ça à la maison et trouvé un lieu de soldes de Francebed, importateur de plusieurs marques européennes, précisément et seulement ce week-end. Et je m'étais engagé à y aller voir, au cas où ce serait moins cher...
Sauf que là, quand on sort du Saint-Martin et que je dois aller seul à Asakusa, il tombe des seaux d'un liquide à 3 degrés qui donne plutôt envie d'aller se recoucher, ou lire des blogs...

Mission accomplie. Métro ligne Oedo puis Asakusa. Magasin trouvé du premier coup, à 300 mètres du métro, malgré obstruction visuelle du parapluie. Fiche d'inscription dûment remplie en japonais. Survol des sofas et canapés (c'est quoi la différence ?), en slalomant entre des familles nippones visiblement heureuses à l'idée d'abandonner les stoïques futons — « L'habitude de la peine physique l'avait doué de l'impassibilité stoïque des vieux soldats de 1799 » (Balzac, Le Cousin Pons, 1847, p. 110, cité dans le TLF.)
S'il y a des trucs en cuir d'épaisseur micrométrique à des prix défiant toute concurrence, la qualité reste chère (on s'en serait douté, rient sous cape mes détracteurs). Notamment, le même que celui vu la semaine dernière à Mitsukoshi, de marque Erpo, au même prix. Donc, mieux vaut passer par Mitsukoshi, ce que je téléphone à T. avant de prendre le chemin du retour. Zou...