Les pigeons déplumés, les foulards sales
Par Berlol, dimanche 15 janvier 2006 à 23:58 :: General :: #144 :: rss
Offrez-vous un nuage !
Le
mien me plaît bien ? Il est vraiment génial, ce Jean Véronis !
(Et s'il arrive jusqu'ici, en remontant des flux, qu'il trouve mes remerciements
et toute mon admiration.)
Avec la poêle à fond épais, T. a remis ça, ce matin. Pancakes de dorure parfaite, gonflés à petit feu, que nous couvrons de beurre puis de sirop d'érable, celui qu'une de mes étudiantes m'a ramené d'un voyage au Québec. Ça ou la nouvelle raquette ? Quel est le plus apte à expliquer que j'aie pris une manche à Hisae, pour la première fois ? Par 14 à 12, alors que je me plaignais d'avoir un corps qui ne faisait pas ce que la tête lui demandait — smasher au lieu d'amortir, orienter la raquette 5° plus haut, me repositionner plus vite, etc. Évidemment, après ça, piquée au vif, elle s'est concentrée, a servi court pour frapper mes retours, est passée haut la main. Mais personne n'est dupe, la couronne vacille...
Après le déjeuner avec Katsunori (que je n'ai pas pu battre), je retourne donc au magasin Mitsukoshi de Nihombashi pour le canapé de nos rêves — nos rêves, à T. et à moi. Il sera livré la veille de notre anniversaire de mariage...
« Un titre qui arrive trop tôt, ce n'est pas une aide. Le titre se met à tout régenter. les titres devraient être trouvés à la fin et par quelqu'un d'autre. Avec Trois jours chez ma mère, je ne savais pas ce qui m'attendait. Trois jours, c'était la durée trop courte dont ma mère ne voulait pas entendre parler, et la mère, qui serait celle du personnage que j'allais inventer, devenait inexorablement pour tous ceux à qui je demandais leur avis sur ce titre, la mienne...» (François Weyergans, Trois Jours chez ma mère, p. 111)
« Là où les autres élèves avaient foncé tête baissée dans l'éloge conventionnel du dialogue, je m'étais lancé dans l'éloge dithyrambique du monologue et j'avais obtenu dix-neuf sur vingt.» (Ibid., p. 125)
« On croit toujours que c'est moi dans mes livres. même Delphine ignore qui je suis parfois.» (Ibid., p. 131)
J'hésite entre puéril et sénile. On sourit à chaque page, mais d'un amusement qui est aussi une forme de compassion, comme devant un illusionniste dont tous les trucs sont éventés, les pigeons déplumés, les foulards sales.
Pertinemment, François Bon demande : « Pourquoi le traitement de texte est-il le logiciel qui a le moins évolué, voire même a régressé par rapport à sa ductilité des années 80 ? »
Ma réponse : parce qu'on n'en a (presque) plus besoin. Je ne m'en sers plus qu'une ou deux heures par semaine. Le traitement de texte servait à préparer des textes imprimables, pour être transmis, imitant la lettre manuscrite (en-têtes), la revue (colonnes), le journal, le rapport, le livre (édité par soi-même), etc., tout ce qui formait le monde de l'imprimé et que l'on pouvait imiter — que ce soit pour y entrer ou pour le refuser. Or, il en est de moins en moins question : si j'imprimais mon JLR pour le diffuser, il n'aurait que cinquante lecteurs par an, alors que dématérialisé comme ceci il en a au moins cinquante par jour. Il reste des usages professionnels du traitement de texte, mais ils disparaîtront vite, d'ici cinq ans. Par contre, ses fonctions principales s'intègreront dans de nouveaux outils en ligne (exemple actuel : Writely).
Avec la poêle à fond épais, T. a remis ça, ce matin. Pancakes de dorure parfaite, gonflés à petit feu, que nous couvrons de beurre puis de sirop d'érable, celui qu'une de mes étudiantes m'a ramené d'un voyage au Québec. Ça ou la nouvelle raquette ? Quel est le plus apte à expliquer que j'aie pris une manche à Hisae, pour la première fois ? Par 14 à 12, alors que je me plaignais d'avoir un corps qui ne faisait pas ce que la tête lui demandait — smasher au lieu d'amortir, orienter la raquette 5° plus haut, me repositionner plus vite, etc. Évidemment, après ça, piquée au vif, elle s'est concentrée, a servi court pour frapper mes retours, est passée haut la main. Mais personne n'est dupe, la couronne vacille...
Après le déjeuner avec Katsunori (que je n'ai pas pu battre), je retourne donc au magasin Mitsukoshi de Nihombashi pour le canapé de nos rêves — nos rêves, à T. et à moi. Il sera livré la veille de notre anniversaire de mariage...
« Un titre qui arrive trop tôt, ce n'est pas une aide. Le titre se met à tout régenter. les titres devraient être trouvés à la fin et par quelqu'un d'autre. Avec Trois jours chez ma mère, je ne savais pas ce qui m'attendait. Trois jours, c'était la durée trop courte dont ma mère ne voulait pas entendre parler, et la mère, qui serait celle du personnage que j'allais inventer, devenait inexorablement pour tous ceux à qui je demandais leur avis sur ce titre, la mienne...» (François Weyergans, Trois Jours chez ma mère, p. 111)
« Là où les autres élèves avaient foncé tête baissée dans l'éloge conventionnel du dialogue, je m'étais lancé dans l'éloge dithyrambique du monologue et j'avais obtenu dix-neuf sur vingt.» (Ibid., p. 125)
« On croit toujours que c'est moi dans mes livres. même Delphine ignore qui je suis parfois.» (Ibid., p. 131)
J'hésite entre puéril et sénile. On sourit à chaque page, mais d'un amusement qui est aussi une forme de compassion, comme devant un illusionniste dont tous les trucs sont éventés, les pigeons déplumés, les foulards sales.
Pertinemment, François Bon demande : « Pourquoi le traitement de texte est-il le logiciel qui a le moins évolué, voire même a régressé par rapport à sa ductilité des années 80 ? »
Ma réponse : parce qu'on n'en a (presque) plus besoin. Je ne m'en sers plus qu'une ou deux heures par semaine. Le traitement de texte servait à préparer des textes imprimables, pour être transmis, imitant la lettre manuscrite (en-têtes), la revue (colonnes), le journal, le rapport, le livre (édité par soi-même), etc., tout ce qui formait le monde de l'imprimé et que l'on pouvait imiter — que ce soit pour y entrer ou pour le refuser. Or, il en est de moins en moins question : si j'imprimais mon JLR pour le diffuser, il n'aurait que cinquante lecteurs par an, alors que dématérialisé comme ceci il en a au moins cinquante par jour. Il reste des usages professionnels du traitement de texte, mais ils disparaîtront vite, d'ici cinq ans. Par contre, ses fonctions principales s'intègreront dans de nouveaux outils en ligne (exemple actuel : Writely).
Commentaires
1. Le dimanche 15 janvier 2006 à 21:35, par Bikun :
Entierement d'accord avec toi Berlol, pour la disparition du traitement de texte...mais dans les pays developpes. Pour les autres, soi-disant a la traine...il faudra un peu plus de temps. Et le web remplacera tout cela, meme en intranet je pense. Ce qui sous-entend que tout le monde sera "connecte". On utilisera des "applications" internets, plus rien sur l'ordinateur...mais est-ce mieux? Est-ce qu'on sera plus productif? Est-ce que notre "production" sera de meilleure qualite? J'aurais tendance a penser que tout ceci n'est que foutaise. Encore un gadget de plus (et que je serais un des premiers a utiliser) pour "polluer" la terre. Je ne me leurre pas. Toutes ces avancees technologiques ne resolvent pas les problemes fondamentaux de la planete, nous consommons toujours autant meme de plus en plus puisque les pays en voie de developpement s'y mettent (et c'est normal, eux aussi veulent manger a leur faim, boire quand ils le veulent, avoir une maison avec l'electricite, une tele avec des programmes varies, une voiture par foyer, et pouvoir consommer des produits et services quand bon leur semble.) J'aimerais bien developper plus mais pas aujourd'hui, je dois "acheter" de l'eau en bouteille, toute la ville est privee d'eau depuis 24h...
2. Le dimanche 15 janvier 2006 à 21:49, par Berlol :
Salut Bikun, En effet, il y a des décalages spatio-temporels qui conditionnent les usages nationaux ou catégoriels, et tu fais bien de relativiser — et d'aller chercher de l'eau. La discussion continue chez FB...
3. Le lundi 16 janvier 2006 à 01:30, par vinteix :
Rien a voir, pardon... Mais je viens d'ecouter la derniere de l'emission "Du jour au lendemain" avec le Pere Sollers... Franchement, quelle pretention ! Toute l'emission durant, il ne cesse de repeter que quasiment personne ne comprend et n'a compris Nietzsche... sans apporter lui-meme un seul commentaire pertinent de sa supposee veritable/veridique/vraie/authentique (?) lecture... meme si au passage, il revendique un certain usage de la citation qui me convient assez bien.
Mais sa pretention ne cesse de transparaitre, jusqu'a l'identification finale avec Nietzsche... avec au passage des raccourcis caricaturaux, alors que lui-meme se pose en champion d'une lecture authentique du philosophe allemand, comme ce raccourci quand il evoque le dernier combat de Nietzsche contre Wagner... C'est se laisser berner et s'arreter a un premier degre negatif des reflexions emportees du philosophe, contre quoi Thomas Mann mettait deja en garde dans "Considerations d'un Apolitique", qualifiant d'epouvantablement ridicule, bornee et grossiere une lecture de Nietzsche qui ferait de lui un anti-wagnerien.
Enfin, Monsieur Sollers est fidele a lui-meme et a son miroir.
4. Le lundi 16 janvier 2006 à 15:37, par Berlol :
Non, non, tu as raison d'en parler. Je vais l'aller écouter...
5. Le lundi 16 janvier 2006 à 17:21, par Acheron :
Oula !
Le traitement de texte, c'est encore le logiciel que j'utilise le plus, juste derrière mon navigateur ! Comment ferais-je pour écrire mes articles, mémoires, thèse etc. sinon ? Heureusement qu'il demeure des outils d'écriture très complets comme Nisus, ou, dans le pire (le pire, hein !!!) des cas Word. Je me verrais mal rédiger des dizaines de pages sur un éditeur de texte html et les relire sur mon seul écran !!! Et cela me ferait assez mal de retourner à une utilisation "stylo-bic"… trop lointaine derrière moi : je n'ai plus l'habitude. A l'université, sans traitement de texte, je serais bien malheureux…
C'est comme photoshop. Son utilité ne va pas disparaître sous prétexte que les gens n'impriment plus leurs photos. Ils n'impriment plus autant qu'avant : ils n'impriment que les bonnes. Pour le traitement de texte, je pense que c'est pareil. Avec internet, les gens impriment moins de lettres (peut-être), mais les documents importants à la mise en page complexe (note, header, footer, biblio), toujours. Pour ensuite les repasser dans un logiciel de mise en page (genre InDesign), puis les réimprimer à nouveau, pour de bon cette fois-ci.
Donc le traitement de texte est toujours utile à ceux qui en font une véritable utilisation, et qui en ont toujours fait une véritable utilisation. Ceux qui écrive peu et simplement, certes, passeront à autre chose. Le traitement de texte redeviendra un outil pour les "pro" (je mets des guillemets, hein, je parle de l'intensité et de la quantité. Il n'y a pas de "faux" utilisateurs, bien sûr.) de l'écriture et de la pagination quoi.
Mais il sera toujours bien là !
6. Le mardi 17 janvier 2006 à 08:25, par grapheus tis :
On l'écoute comment Sollers ?
J'aimerais bien savoir comment il définit ses usages de la citation.
"ILLUMINATONS" m'interroge toujours autant ! Lire ce bouquin c'est jouer à "Où est caché l'auteur ?"
Il a sans doute raison de s'offrir un tel culot. Quoiqu'il remercie avec prudence en page de garde les maisons d'éditions.
"Nous ne faisons que nous entregloser". Non ?
7. Le mardi 17 janvier 2006 à 08:51, par arte :
Non.
8. Le mardi 17 janvier 2006 à 15:54, par Berlol :
Si, si. Allons, Arte, ne fais pas la forte tête. Qu'est-ce que t'as ? T'as mal dormi ? Pis, ça faisait longtemps. T'étais où ?
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