Tant pis, voilà quand même qu'un petit rhume s'est déclaré. Je le vois bien venir de samedi, jour d'abondante pluie froide où je suis allé jusqu'à Asakusa. Mais ça peut tout aussi bien venir de n'importe quel abruti qui a éternué près de moi sans mettre sa main, comme on dit par chez moi. Maintenant, c'est moi qui éternue.
Je suis quand même allé au sport et ai pu avancer de quelques pages dans Revolver. Je me demande si l'auteur n'a pas sciemment cherché à être ingrat, avec ce style sec et parataxique, ces personnages croqués et erratiques, odieux comme son Lucas déjanté, insupportable et quelque part attachant.

« Il lui renverse son plat de pâtes, la badigeonne, la salit. Elle le pousse, jette l'assiette de côté, tente de se dégager. Il revient vers elle, glisse sur du gras. Elle lève les mains pour l'aider, l'empêche de tomber. Lui, tête la première, se fiche l'œil sur son pouce. Borgne, il s'effondre comme foudroyé, ne se relève pas aussitôt. Étendu, face dans les nouilles, il prend son temps, ne se charge pas de colère, voudrait nager, disparaître dans le mouillé, atteindre un fond, patauge. Elle lui porte secours. Ils sortent dans les rues, maculés, dégoulinants de sauce tomate. Il se tient l'œil, d'une main rouge, achève de se barbouiller.» (Alain Sevestre, Revolver, p. 15)

À l'autre bout de l'échelle humaine, on trouve de ces gens qui ne vivent que de jeux financiers, de montages d'entreprises imbriquées et qui ne produisent quasiment rien que des services dans de la mode. Ce gros crétin de Horie, je le vois à la télé depuis plus d'un an et je sens qu'il pue le people et l'arnaque. Il suffit d'aller sur les pages de son portail, Livedoor, pour voir que tout y pue le clic à fric. Ceci dit, Rakuten ou Yahoo Japan, c'est à peu près la même engeance.
Ce qui est nouveau, c'est l'action-éclair de la police financière, débarquée dans tous les bureaux de la boîte lundi matin, saisissant tous les ordinateurs sur le champ — parce que chez ces adorateurs du baud d'or, les affaires secrètes ou illégales se discutent... par courriel !
Aujourd'hui, totale perte de confiance des investisseurs et des petits porteurs, massifs ordres de vente et... historique fermeture de la Bourse de Tokyo. Mort de rire ! J'écoutais ça de mon bureau, avant une réunion durant laquelle je savais que j'ouvrirai enfin Rancière... Pas de rapport ? À voir.

« Là où la philosophie rencontre la poésie, la politique et la sagesse des négociants honnêtes, il lui faut prendre les mots des autres pour dire qu'elle dit tout autre chose. C'est en cela qu'il y a mésentente et non pas seulement malentendu, relevant d'une simple explication de ce que dit la phrase de l'autre et que l'autre ne sait pas.» (Jacques Rancière, La Mésentente, Éditions Galilée, 1995, p. 14)

Ah ! Si Ghérasim avait connu Sereine !...