Lancez Google, ça rebondit.
« Le magazine Livres Hebdo a publié aujourd’hui que Google aurait numérisé des centaines d’ouvrages français, sans aucune autorisation des maisons d’éditions. [...] Les œuvres "pillées" appartiendraient aux éditeurs Gallimard, Grasset, Hachette ou Fayard, et antérieures à 1970, les auteurs étant Albert Camus, Paul Valéry, André Malraux, André Gide ou André Breton.» (chez OpenFiles.com)

On peut aussi ne pas faire de carrière du tout !
C'est la réflexion que je me suis faite après être sorti du Petit Lieutenant (2005), film de Xavier Beauvois (il faut l'avoir vu pour comprendre). Ce film est une pure merveille (il y a des avis différents), une étude de moeurs qui est une fiction sans effet de fiction, ni musique d'accompagnement, ni jeu d'acteur qui montrerait qu'on joue (Beauvois s'est donné un rôle d'extrême-droite...). Au début, d'ailleurs, voyant Jalil Lespert, je me croyais dans Ressources humaines... La même caméra qui observe le monde autour de lui, comme si ce n'était pas pour faire un film, découvrant en même temps que lui son nouvel univers de travail, la police judiciaire de Paris. Et il ne se passe pas grand chose. De fil en aiguille, même quand il y a un cadavre, on ne se croit pas dans un film policier. Nathalie Baye et Jacques Perrin sont excellents dans leur retenue, les quelques mots qui disent tout le passé, la rémanence du passé dans le présent qui donne du poids aux personnages. Et quand elle tire, en légitime défense, ça dure trois secondes et le type est mort. Et puis tout est fini, elle marche sur la plage, on la suit en travelling en gros-plan, pendant deux bonnes minutes, et tous les sentiments qu'on peut prêter à son visage sont justes.
Je suis à l'Institut franco-japonais. Il y a du soleil. Je prends un café. Le réseau sans fil fonctionne bien. Je poste maintenant et je complèterai plus tard.

Intermède entre deux films. Déposer mon portable à la maison, aller chercher du pain et du fromage à Miyura-ya, revenir manger un morceau de gâteau offert à T. par une relation de famille venue chercher les cannes à pêche de son père...

Le deuxième film que je vois, je me demande même si l'on peut dire que c'est un film. Je veux dire que je m'interroge (positivement) sur le statut de ce cinéma. Ça innove dans le genre aujourd'hui comme Jean Rouch pouvait innover dans les années 50-60. Pendant 2h40, on suit ce qui se passe pour un groupe de Noirs arrivés du Congo, comment ils sont isolés dans l'aéroport, confinés dans une cellule, car il n'y a pas d'autre nom pour ce lieu, comment ils sont rapidement traités comme des animaux, insultés, empêchés de toilettes ou de boire par des policiers filmés en gros plan pour que l'on voie bien qu'ils sont apparemment comme tout le monde — mais qu'ils ont dû être spécialement triés ou formatés pour travailler là car ceux qui ne seraient pas racistes à la base ne pourraient pas rester dans ce métier. Ensuite on essaie de nuit de les remettre dans un avion, ils s'accrochent, crient, se laissent traîner, l'une est blessée par la porte d'un bus qu'on ne veut pas rouvrir, ça prend du temps, les passager réguliers vont arriver, mieux vaut cacher ces mauvais traitements — qui, tant qu'ils ne sont pas constatés, n'existent pas. C'est un peu Guantanamo, à Roissy. Justement, un agent du MAE (pour une fois, bénir ce ministère), passe « incidemment » dans ce couloir retranché de l'aéroport (c'est le mot qu'emploiera son supérieur), constate la présence de ces gens, leur air hagard, l'évidence des mauvais traitements, faxe des noms au ministère car les demandes d'asile ne peuvent pas être refusées — si elles sont reçues (en traitant ces êtres humains comme des animaux, les policiers peuvent ne pas entendre les demandes d'asile politique...).
Après, c'est le squat, l'interdiction de travailler contradictoire avec la nécessité de survivre en attendant que les autorités statuent sur la demande d'asilestatuer qui veut parfois dire attendre deux ou trois ans que ces gens meurent, s'entretuent ou soient pris à travailler, trafiquer ou je ne sais quoi d'interdit.
Blandine, que l'on suit depuis le début, 2h10 avant de la voir sourire !... La dignité, c'est quand même un peu comme le foie : dans de bonnes conditions, ça se reconstitue.
Pas de musique d'accompagnement du confort du spectateur, de longs plans fixes pour bien voir la déréliction et l'ignoble, des bouches qui s'ouvrent après beaucoup d'hésitation pour raconter chacune son drame personnel, les raisons de l'exil, de la transplantation de leur vie dans un autre continent, de la croyance en une hospitalité qui n'est pas au rendez-vous.
Car La Blessure (2004) de Nicolas Klotz est un film librement inspiré de L'intrus de Jean-Luc Nancy.
En tout cas, je ne verrais plus Roissy du même œil. Et les gens en uniforme, dans l'aéroport... Leur mutique service cache-t-il ce que je crains de maintenant savoir ?

Je franchis de nuit des continents et deux rues où la neige reste étonnamment blanche — ça gèle — pour rentrer dîner et voir à la télé une émission où l'on explique scientifiquement pourquoi les nabés aident à soigner le rhume — voilà pourquoi le mien a si vite passé !