lundi 30 janvier 2006
Ambiguïtés et ambivalences de la virtuosité
Par Berlol, lundi 30 janvier 2006 à 23:59 :: General
Quand Pierre Assouline dégoise contre Le Clézio et Sollers, c'est
tellement mieux que d'habitude qu'on dirait presque un blog !
De l'usage de l'astérisque dans Google. Il semblerait que ce soit nouveau. Je me souviens d'avoir essayé il y a deux ou trois ans, sans résultat. Mais aujourd'hui, sur une brève de Zorgloob, je viens d'essayer une structure phrastique historique : "A sera X ou ne sera pas", résultat : 141.000 occurrences.
On s'amusera aussi de cette formulation hugolienne...
Essayez et si vous trouvez des requêtes édifiantes, donnez-les-nous !
Ai reçu ce matin copie du message suivant, relatif à la plainte déposée par le Mouvement de protestation contre les propos du maire de Tokyo, M. Ishihara, concernant la langue française. Je ne pense pas pouvoir y aller, le 3, mais je soutiens et diffuse, en rappelant que le calamiteux ambassadeur de France, remplacé depuis peu, avait veulement refusé de s'y associer :
« La troisième audience du procès que nous avons intenté au maire de Tokyo — nous sommes aujourd'hui 35 plaignants Japonais et Français — aura lieu le vendredi 3 fevrier 2006 à partir de 10 heures au tribunal de Tokyo et si vous souhaitez y assister sentez-vous libre de le faire puisque ce n'est pas à huis clos.
Les deux premières audiences se sont avérées positives et nous avons pu exposer nos griefs de façon très précise. Les juges — au nombre de trois — se sont montrés très attentifs. Lors de la deuxième audience, le juge principal a demandé aux avocats de M. Ishihara à quel titre il avait tenu ses propos concernant la langue française et à quel titre les avocats de monsieur Ishihara assuraient sa défense : en tant que maire de Tokyo ou en tant que personne privée. Les avocats du maire de Tokyo ont demandé un delai de réponse et nous savons désormais que M. Ishihara a "soi-disant" tenu ces propos à titre privé et que sa défense sera donc assurée dans ce sens par ses avocats. Quant à nous, nous trouvons très étrange que la mairie de Tokyo se soit fait le relais des propos racistes et insultants de M. Ishihara, puisque la vidéo dans laquelle ce dernier s'essuyait les pieds sur la langue francaise est restée visible sur le site officiel de la mairie pendant plus de huit mois. Ce site est mensuellement visité par environ 700.000 personnes, et la salle de conférence où M. Ishihara a tenu ses propos est également une salle de la mairie de Tokyo.
Comme vous l'avez peut-être constaté, notre site internet n'a pas été tenu à jour ces dernières semaines. Nous sommes désolés de ce contretemps et vous prions de bien vouloir nous en excuser. Nous veillerons dorénavant à ce que toutes les informations concernant l'évolution de ce procès soient sans délai accessibles à tous. Nous vous remercions de votre soutien et vous prions de croire à notre total dévouement à la cause de la langue francaise.»
Adresse du tribunal : 1-1-4 Kasumigaseki,
Chiyoda-ku, Tokyo
(Sortie A1 du métro Kasumigaseki)
Salle : 627
Aidant T. à des détails de sa bibliographie, je tombe par hasard sur un site jusqu'ici inconnu (malgré tout ce que je brasse !), qui se révèle être une mine, que dis-je, une caverne d'Ali Baba, un Eldorado culturel : Canal Académie. Je n'ai pas souvenir d'aucune présentation de ce site...
Il s'agit en fait d'une compilation d'interventions dans le cadre de l'Académie des Sciences Morales et Politiques, qui est une des honorables branches de l'Institut de France. Je me suis inscrit au Salon de discussion et m'y suis trouvé seul devant un unique sujet (Quel avenir pour la recherche en sciences humaines et sociales ?). J'ai tenté d'y déposer le message suivant mais n'ai pas obtenu de retour après le clic sur envoi... Est-ce soumis à modération ? Est-ce perdu ? Eh bien non, puisque c'est ici :
« Dans une fiction futuriste en ligne, Jean Baubérot s'amuse à stigmatiser les blocages institutionnels en l'an 2106 : "Le plus considérable d’entre eux est sans conteste la réunification de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes et de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales en une Ecole Sociale et Pratique des Hautes Etudes Scientifiques (ESPHES), ce sigle simplificateur ayant été trouvé au bout de seulement dix années de travail acharné." Pour ma part, très surpris de découvrir ce site asmp.fr et la radio CanalAcadémie, je me permettrais seulement de vous demander ce que vous avez fait pour faire connaître ces extraordinaires ressources — que je vais m'empresser de faire connaître avec mes moyens, notamment par la liste de discussion LITOR...»
Qui a dit que nos académies sont désuètes ou obsolètes ? Si elles se proposent à nous dans les atours des nouvelles technologies, il y aura bien des préjugés à revoir ! Et de nouvelles façons de nous y investir.
GRAAL sur Weyergans...
Aujourd'hui, je souhaitais que nous parlions de la virtuosité. Plus exactement, des ambiguïtés et ambivalences de la virtuosité. Tout d'abord, l'établir, pour Weyergans, en s'accordant sur une définition, celle du TLF : la « maîtrise parfaite d'une technique instrumentale.»
Exemple, dans Trois Jours chez ma mère, les pages 76-82 (prises comme exemple car on la trouverait à peu près partout). 1. Convocation pour les impôts et difficulté d'y être avant seize heures. 2. Saint du jour (à entendre aussi seins du jour, pour la suite), la Saint-Juste. 3. Association lexicale avec Bouvard et Pécuchet (Juste et François). 4. Souvenir d'une fête boulevard Bourdon, d'y avoir dragué une styliste danoise qui ne connaissait ni Dreyer, ni Kierkegaard. 5. Draguer en parlant d'Andersen le fait passer pour immature. 6. Anecdotes sur les écarts d'âge entre le narrateur, homme à femmes, et ses jeunes conquêtes. 7. Aux impôts, il est reçu par une belle fonctionnaire qui le trouble fort et l'amène à signer n'importe quoi. 8. Il écrit une pseudo-fiction pour raconter qu'il voulait faire un chèque à ses « seins triomphants » (Baudelaire), et qu'en appeler à Kant pour juger d'une belle femme n'était guère efficace. 9. Souhait d'envoyer son prochain livre à la belle fonctionnaire mais certitude de devoir la revoir avant. 10. Achat de fleurs pour sa femme à qui il rêve d'offrir une maison, s'il avait de l'argent alors que la littérature ne rapporte guère. 11. Exemples spirituels de brefs messages écrits que sa femme lui destine, dont un qui reprend le thème du lève-tard par lequel s'ouvre le passage...
L'observation de ces digressions successives, qui sont en fait très maîtrisées, amène à constater la virtuosité, associée aux dilemmes de l'homme à femmes qui aime sa femme, de l'homme de goût tirant le diable par la queue, et de l'homme qui écrit le livre qu'il n'arrive pas à écrire.
Et l'on aime beaucoup, sur six pages. Mais répétitivement, sur la longueur, c'est lassant. Enfin tout cela reste très ludique, sans pathos, n'arrive pas à nous toucher (humainement, je veux dire) — or l'auteur ne veut peut-être pas nous toucher, dans ce sens pathétique, qu'il méprise. Il y réussit, donc.
Car la virtuosité pour elle-même est stérile. Il le sait, sans doute. Mais la virtuosité au service d'une cause est... servile. Être un virtuose amusant ET antipath(ét)ique, ou être un bon ouvrier servile du roman contemporain, Weyergans a choisi son camp. Et le Goncourt vient compléter son diallèle : il peut maintenant l'acheter, sa maison.
De l'usage de l'astérisque dans Google. Il semblerait que ce soit nouveau. Je me souviens d'avoir essayé il y a deux ou trois ans, sans résultat. Mais aujourd'hui, sur une brève de Zorgloob, je viens d'essayer une structure phrastique historique : "A sera X ou ne sera pas", résultat : 141.000 occurrences.
On s'amusera aussi de cette formulation hugolienne...
Essayez et si vous trouvez des requêtes édifiantes, donnez-les-nous !
Ai reçu ce matin copie du message suivant, relatif à la plainte déposée par le Mouvement de protestation contre les propos du maire de Tokyo, M. Ishihara, concernant la langue française. Je ne pense pas pouvoir y aller, le 3, mais je soutiens et diffuse, en rappelant que le calamiteux ambassadeur de France, remplacé depuis peu, avait veulement refusé de s'y associer :
« La troisième audience du procès que nous avons intenté au maire de Tokyo — nous sommes aujourd'hui 35 plaignants Japonais et Français — aura lieu le vendredi 3 fevrier 2006 à partir de 10 heures au tribunal de Tokyo et si vous souhaitez y assister sentez-vous libre de le faire puisque ce n'est pas à huis clos.
Les deux premières audiences se sont avérées positives et nous avons pu exposer nos griefs de façon très précise. Les juges — au nombre de trois — se sont montrés très attentifs. Lors de la deuxième audience, le juge principal a demandé aux avocats de M. Ishihara à quel titre il avait tenu ses propos concernant la langue française et à quel titre les avocats de monsieur Ishihara assuraient sa défense : en tant que maire de Tokyo ou en tant que personne privée. Les avocats du maire de Tokyo ont demandé un delai de réponse et nous savons désormais que M. Ishihara a "soi-disant" tenu ces propos à titre privé et que sa défense sera donc assurée dans ce sens par ses avocats. Quant à nous, nous trouvons très étrange que la mairie de Tokyo se soit fait le relais des propos racistes et insultants de M. Ishihara, puisque la vidéo dans laquelle ce dernier s'essuyait les pieds sur la langue francaise est restée visible sur le site officiel de la mairie pendant plus de huit mois. Ce site est mensuellement visité par environ 700.000 personnes, et la salle de conférence où M. Ishihara a tenu ses propos est également une salle de la mairie de Tokyo.
Comme vous l'avez peut-être constaté, notre site internet n'a pas été tenu à jour ces dernières semaines. Nous sommes désolés de ce contretemps et vous prions de bien vouloir nous en excuser. Nous veillerons dorénavant à ce que toutes les informations concernant l'évolution de ce procès soient sans délai accessibles à tous. Nous vous remercions de votre soutien et vous prions de croire à notre total dévouement à la cause de la langue francaise.»
Adresse du tribunal : 1-1-4 Kasumigaseki,
Chiyoda-ku, Tokyo
(Sortie A1 du métro Kasumigaseki)
Salle : 627
Aidant T. à des détails de sa bibliographie, je tombe par hasard sur un site jusqu'ici inconnu (malgré tout ce que je brasse !), qui se révèle être une mine, que dis-je, une caverne d'Ali Baba, un Eldorado culturel : Canal Académie. Je n'ai pas souvenir d'aucune présentation de ce site...
Il s'agit en fait d'une compilation d'interventions dans le cadre de l'Académie des Sciences Morales et Politiques, qui est une des honorables branches de l'Institut de France. Je me suis inscrit au Salon de discussion et m'y suis trouvé seul devant un unique sujet (Quel avenir pour la recherche en sciences humaines et sociales ?). J'ai tenté d'y déposer le message suivant mais n'ai pas obtenu de retour après le clic sur envoi... Est-ce soumis à modération ? Est-ce perdu ? Eh bien non, puisque c'est ici :
« Dans une fiction futuriste en ligne, Jean Baubérot s'amuse à stigmatiser les blocages institutionnels en l'an 2106 : "Le plus considérable d’entre eux est sans conteste la réunification de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes et de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales en une Ecole Sociale et Pratique des Hautes Etudes Scientifiques (ESPHES), ce sigle simplificateur ayant été trouvé au bout de seulement dix années de travail acharné." Pour ma part, très surpris de découvrir ce site asmp.fr et la radio CanalAcadémie, je me permettrais seulement de vous demander ce que vous avez fait pour faire connaître ces extraordinaires ressources — que je vais m'empresser de faire connaître avec mes moyens, notamment par la liste de discussion LITOR...»
Qui a dit que nos académies sont désuètes ou obsolètes ? Si elles se proposent à nous dans les atours des nouvelles technologies, il y aura bien des préjugés à revoir ! Et de nouvelles façons de nous y investir.
GRAAL sur Weyergans...
Aujourd'hui, je souhaitais que nous parlions de la virtuosité. Plus exactement, des ambiguïtés et ambivalences de la virtuosité. Tout d'abord, l'établir, pour Weyergans, en s'accordant sur une définition, celle du TLF : la « maîtrise parfaite d'une technique instrumentale.»
Exemple, dans Trois Jours chez ma mère, les pages 76-82 (prises comme exemple car on la trouverait à peu près partout). 1. Convocation pour les impôts et difficulté d'y être avant seize heures. 2. Saint du jour (à entendre aussi seins du jour, pour la suite), la Saint-Juste. 3. Association lexicale avec Bouvard et Pécuchet (Juste et François). 4. Souvenir d'une fête boulevard Bourdon, d'y avoir dragué une styliste danoise qui ne connaissait ni Dreyer, ni Kierkegaard. 5. Draguer en parlant d'Andersen le fait passer pour immature. 6. Anecdotes sur les écarts d'âge entre le narrateur, homme à femmes, et ses jeunes conquêtes. 7. Aux impôts, il est reçu par une belle fonctionnaire qui le trouble fort et l'amène à signer n'importe quoi. 8. Il écrit une pseudo-fiction pour raconter qu'il voulait faire un chèque à ses « seins triomphants » (Baudelaire), et qu'en appeler à Kant pour juger d'une belle femme n'était guère efficace. 9. Souhait d'envoyer son prochain livre à la belle fonctionnaire mais certitude de devoir la revoir avant. 10. Achat de fleurs pour sa femme à qui il rêve d'offrir une maison, s'il avait de l'argent alors que la littérature ne rapporte guère. 11. Exemples spirituels de brefs messages écrits que sa femme lui destine, dont un qui reprend le thème du lève-tard par lequel s'ouvre le passage...
L'observation de ces digressions successives, qui sont en fait très maîtrisées, amène à constater la virtuosité, associée aux dilemmes de l'homme à femmes qui aime sa femme, de l'homme de goût tirant le diable par la queue, et de l'homme qui écrit le livre qu'il n'arrive pas à écrire.
Et l'on aime beaucoup, sur six pages. Mais répétitivement, sur la longueur, c'est lassant. Enfin tout cela reste très ludique, sans pathos, n'arrive pas à nous toucher (humainement, je veux dire) — or l'auteur ne veut peut-être pas nous toucher, dans ce sens pathétique, qu'il méprise. Il y réussit, donc.
Car la virtuosité pour elle-même est stérile. Il le sait, sans doute. Mais la virtuosité au service d'une cause est... servile. Être un virtuose amusant ET antipath(ét)ique, ou être un bon ouvrier servile du roman contemporain, Weyergans a choisi son camp. Et le Goncourt vient compléter son diallèle : il peut maintenant l'acheter, sa maison.