Journal LittéRéticulaire

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mardi 28 février 2006

Lectures littéréticulaires, et leurs produits dérivés

Un jour comme on n'en a que tous les quatre ans, fallait que je bouge. (Note du surlendemain : en fait, je me suis gouré, c'est pas une année bissextile... Donc, trois ans sur quatre...)
J'étais venu l'an dernier voir spécialement à quoi ressemblait la gare d'Orléans, histoire de m'y repérer cette année. Mais la gare est complètement détruite ! On entre par les gravats et les guichets sont sur le côté d'un quai...
Train Orléans-Paris pendant que Ravel... — syntopie. Flocons de neige suivis de soleil, ça giboule à donf, aujourd'hui.

« Quant au paquebot France, deuxième de ce nom, à bord duquel Ravel va s'en aller vers l'Amérique, il a encore neuf ans d'activité devant lui avant d'être vendu aux Japonais pour démolition.» (Jean Echenoz, Ravel, Paris : Editions de Minuit, 2006, p. 33 — tellement up to date, Jean ! les jeux sur les biographies incluent même l'actu du Clémenceau !)

Dans mes pas d'août avec T., je retourne d'abord au centre Italie 2, chez Aigle, pour acheter une laine polaire qui s'adapte à l'intérieur de la veste que j'ai depuis trois ans (au Japon, Aigle utilise d'autres fermetures-éclair, ça ne s'adapte pas). Je me souviens que Pierre Michon avait la même, dans un autre coloris : il était en photo avec dans un dossier du Magazine littéraire ou de Lire, je ne sais plus, c'était quelques mois avant qu'il vienne au Japon.

Rendez-vous avec Cécile au pied du pot de fleur beaubourgeon (est-il prévu que quelque chose y pousse, un jour ?). Comme je suis en avance, je pars à la chasse photographique. Je tourne autour à la recherche d'angles photographiques — trouve des reflets avec la librairie fermée (le mardi). On se reconnaît sans difficulté (on s'est vu la dernière fois à Cerisy).
On avait le choix des crêpes, vue la date, mais on va chez Joe Allen, ça faisait une éternité... La salade aux artichauts est un peu trop sucrée. En revanche, le rosbif froid aux endives braisées est impeccable.

Je ne connaissais pas encore le sourire et les traits mobiles de Cécile. On discute sans ordre parce qu'il y a trop à dire. Tous ces points communs, toutes ces connivences par les lectures littéréticulaires, et leurs produits dérivés. J'en apprends de belles.
Puis on marche, entre les giboulées et les convois de CRS — et malgré un doigt de pied qui saigne à cause de l'ongle que j'ai coupé trop court avant-hier, imbécile que je suis. Châtelet, Notre-Dame, derrière la cathédrale, l'Île Saint-Louis, rue Monge, Arènes de Lutèce. Elle n'est pas frileuse, Cécile.

Fuck the CPE.

Censier est tenu par ses étudiants. Michel m'avait dit qu'ils nous laisseraient passer. Pour un séminaire, tel était notre sésame — et la vérité. On est bloqué, une AG qui aurait voté d'interdire aussi ce qui était autorisé ce matin. Cécile s'amuse bien, elle n'avait rien prévu de tel. Moi non plus, d'ailleurs. On a plus de chance par l'entrée centrale, une militante plus fragile, à qui j'en impose.
Et hop, nous voilà au 5e étage, installés par Michel dans la salle du séminaire d'Hubert de Phalèse une heure avant l'heure. L'occasion de poster le journal d'hier, et ses photos, que j'avais mis sur ma clé USB en prévision.
18 heures. Huit personnes ont pu passer les contrôles estudiantins, dont Constance, Isabelle, Henri, etc., et le conférencier du jour, Alexandre Gefen, qui nous présente l'état et l'avenir du web 2.0 — audio en ligne quand j'arriverai à le télécharger sur mon serveur (je préviendrai).

Joviales pizzas ensemble et pas virtuelles, et puis c'est mon heure de retour. Austerlitz trois minutes trop tard, je dois attendre une heure le train de 22h53, d'où je trouve un M. Chat très mal éclairé... Et je débarque à Orléans une minute avant minuit, juste avant la citrouille pour appeler T. et lui faire mon rapport. Comme ça, elle ne s'inquiète pas.

Pour la route, pour la nuit, pour Alain...
« D'un geste familier comme s'il avait toujours été près d'elle, Ravel éteint la lampe de chevet puis, lui qui cherche toujours le sommeil jusqu'à l'aube pour finir par n'en décrocher qu'un d'occasion, de seconde main, de qualité médiocre voire n'en trouver aucun, il est à peine dix heures qu'il s'endort comme une pierre dans un puits.» (Jean Echenoz, Ravel, p. 33)

lundi 27 février 2006

Hôtel Groslot. Et le toucher.

Chaque jour bien baisés
embauches ou embûches —
moi, je parie sur la durée
chaque mot bien pesé
dans dix ans, un minerai, un gisement

Rebrancher la turbine, direction la fac, bus 20. Bibliothèque des sciences, vingt-cinq courriels en attente, trois jours de journal à poster après recherche de liens pertinents. Je m'en tire avant midi. Aucune faim. Mon collègue peut aller au resto U. Comme ça, on laisse les ordinateurs en place. Vers une heure, je vais à la fac des Lettres et Langues, voir l'exposition sur les camps de déportation du Loiret. Les panneaux sont poussés dans un coin, n'importe comment, sans espace de circulation entre eux, d'ailleurs en quelque sorte invisibles pour les étudiants pleins de vie et d'assurance qui vont, viennent, discutent.
Rencontres dans le hall. Une de nos étudiantes de 3e année, revenue étudier en solo, déjà excellente. Super, Emi ! Deux étudiants de japonais dont Olivier qui nous assiste depuis une semaine pour faire découvrir Orléans à notre groupe — et pratiquer le japonais. Je monte voir où est le bureau du professeur Bergounioux, il n'y est pas. Je téléphonerai. Retour à la bibliothèque après un sandwich et avoir fait le point au bureau du SRI (Service des Relations Internationales) — jusqu'ici, tout va bien.

16h, groupe en formation pour se rendre en tram à la réception officielle de la mairie, Hôtel Groslot. Et le toucher. Nous y pavaner. Mémorable séance de photos, plus d'appareils que de japonaises, la plupart inconscientes de la valeur historique d'où elles sont. Savent se tenir pendant les discours, quand même. Moi itou. Ces ors, ces écus, ces cuirs de Cordoue. Un roi y est mort, blessure en tournoi, l'oreille infectée, la faute à sa mère — alors qu'elle avait Ambroise Paré sous la main...
Il assure, le collègue, pour traduire au pied levé l'adjointe au maire. Puis le directeur du SRI. Enfin, c'est l'heure des boissons. Je m'enquiers des meilleurs restaurants. Les Toqués, me dit-on, et moins guindé que les Antiquaires.
Missionné par T., je parle Mazarinades, car il y en a des célèbres, d'Orléans. Mais c'est un peu comme si je parlais chinois. Quand je prononce le mot, je vois qu'il n'a aucun référent. L'histoire de la subversion n'est pas à l'ordre du jour. S'adresser ailleurs.

Plus tard. Grosse émotion — et timidité — d'entendre la voix d'Alain Sevestre au téléphone. Pas longtemps mais tout de même. Quelqu'un dont je connais le ton, la finesse. Mais pas la voix. Peu après, j'appelle Cécile, comme promis. Encore une voix inconnue (et douce, et posée) bien qu'on se soit déjà vu deux ou trois fois.

dimanche 26 février 2006

Relâche orléane

Relâche orléane. Déjà une semaine.
Ne rien faire, et n'être pas connecté. Luxe d'invisible.
Partir une heure dans un livre ou dans une rue.

Sortie par fort vent froid. Bords de Loire, quai du Châtelet, aucun intérêt. Mais les ruelles derrière, si. Nombreuses vieilles maisons, églises aussi, plus ou moins bien restaurées. Rue Saint-Flou, rue des Africains, rue des Sept-Dormants.
Puis jusqu'à la place du Martroi, totalement déserte à 14h30 ! À côté des Halles, qui ne sont pas les mêmes que les Halles Châtelet, un bloc entier a été transformé en complexe de salles Pathé. Un pâté de maisons disparues, surmonté d'un parc paysager. Comme ça fait plus d'une heure que je marche et que le froid commence à gagner les couches profondes de l'organisme, je m'invite au cinéma et me paie une place pour Fauteuils d'orchestre.
Au moment de me faire déchirer le ticket, le gorille me dit que je ne peux pas entrer avec mon appareil-photo — que j'ai gardé autour du cou. Que je peux le laisser au guichet, qu'il y a un coffre. Mais je réponds que je ne me sépare pas de mon appareil, que je n'ai pas l'intention de prendre de photo. Devant son inflexibilité (le réglement, c'est le réglement), je retourne au guichet pour me faire rembourser. Le caissier doit appeler son chef pour accord, il me répète qu'il y a un coffre. Je lui dis que je n'ai pas plus confiance en eux qu'eux en moi, et que par ailleurs n'importe qui peut avoir un appareil-photo dans son sac. Que le fait que le mien soit visible devrait au contraire... On appelle. Le chef est d'accord et je reçois mes neuf euros. Je repars. D'ailleurs, il est trop cher, ce cinéma.
Tout ça, très poli, très rapide, moins de deux minutes en tout. Le ton n'est monté à aucun moment.
L'abhorrable, c'est l'implicite antinomique du client contrevenant, base d'un régime de terreur douce et acceptée. En effet, chaque client — loué soit son argent ! — est en même temps suspecté de vouloir enfreindre le réglement — un réglement d'ailleurs variable à chaque endroit et que le client est toujours censé connaître. Cela autorise n'importe quel employé à exercer un pouvoir non pas discrétionnaire, qui serait de l'ordre de l'incident, mais un pouvoir réglementaire.
L'aveuglement devant l'incohérence du réglement garantit le système en faisant la démonstration qu'il ne faut pas (le) penser, personne — ça rappelle des choses, hein...

Revenu chez moi, j'utilise l'ordinateur pour enfin me donner le Coup de torchon. Grand film ! Peinture de mœurs coloniales avant guerre, bien plus intéressant que Pépé le moko, par exemple.
Dîner au Brin de zinc avec mon collègue, rue Charles Sanglier.
De retour encore, c'est sur Arte l'heure de la Cité de Dieu (2001), puis du Casanova de Fellini (1976) sur la 3. Un festival ! Pas le temps de m'ennuyer, à Orléans. Et sans payer. Et personne ne m'interdit de photographier la télévision ou l'écran de mon ordinateur — et si ce n'est pas interdit, pourquoi le ferai-je ?

samedi 25 février 2006

Bout d'ouest huppé et piétonnier

Matinal marché des bords de Loire. M'avait été recommandé pour ses chalands de toutes tailles, ses prix raisonnables, ses fromages fermiers. Je savais où était la Loire, mais pas le marché. Et ça ne se voyait pas de loin. Paraît d'ailleurs que c'est un sujet de dispute, cet emplacement du marché des bords de Loire...
Ayant descendu le boulevard Saint-Euverte jusqu'au square Charles Péguy, capuche serrée sous le nez par deux degrés, pas rassuré, j'ai suivi quelqu'un qui portait un cabas vide jusqu'à ce qu'un deuxième cabas vide lui emboîte le pas. En file indienne tous les trois, rue de l'Abreuvoir pour découvrir le quai du Roi — et le marché, en effet, sur une centaine de mètres de long. Merci, les gars.
De la mâche, des radis roses, du persil, du steack haché et du cervelas de cheval, du foie gras et des rillettes de canard, du fromage blanc et du pain — et quelques photos, voilà ma récolte.

Promenade post-prandiale. La rue de Bourgogne telle qu'elle évolue, de son bout d'est un peu déglingué qu'animent des pubs anglais à son bout d'ouest, huppé et piétonnier. Repérages de quelques restaurants, une crêperie, un brocanteur, des palissades couvertes d'affiches. Dont une qui attire mon regard. Je la connais. Ou plutôt, je connais le dessin qui a été utilisé, détourné, sur lequel on a imprimé en rouge sur fond noir les infos d'un concert, et qui représente Hitler et Eva se suicidant. J'ai un livre de cet artiste nippon dont toutes les œuvres sont aussi impressionnantes, colorées et morbides, mais son nom m'échappe, là, ce soir... (Ajout de lundi : Maruo Suehiro, attention, ça décoiffe !) Peut-être son seul dessin qui ne soit pas du domaine culturel et graphique japonais.

Au marché couvert des Halles Châtelet, rencontre de deux étudiantes qui me demandent où trouver des toilettes. Eh, oui... ça, c'est une des vraies surprises pour les Japonais(es) en France : il n'y a pas de toilettes accessibles dans les magasins. Je leur recommande d'aller au café, de commander quelque chose, un café, par exemple, pour avoir le droit d'utiliser les toilettes, qui ne seront peut-être pas très propres, ça dépendra des fois. Je suis étonné que cela ne leur ait pas été dit dans les séances de préparations du voyage.
On se fait des photos. Puis je vais chez Bouchara, où je trouve des torchons à vaisselle à... 3 euros les 3 ! Ai bien fait de ne pas craquer hier...

Place du Martroi. Je vais prendre un café... pour aller aux toilettes. Si, si, moi aussi. Pendant ce temps, la manif se forme, contre le CPE et les délocalisations du Loiret, une centaine de personnes tout au plus. Je les suis jusqu'à la FNAC, où je cherche le film de Chris Marker (Chats perchés), qui n'y est pas. En revanche, je ne peux pas laisser passer l'Abécédaire de Gilles Deleuze (3 dévédés), le Journal de l'année 2005 de Reporters sans frontières (une mine pour le cours de conversation de 3e année), Inside Deep Throat, le documentaire explosif sur l'odyssée du film "Gorge profonde", qui ne servira sans doute pas à des cours..., et, Oh, surprise !, Coup de torchon (Tavernier, 1981) à moins de dix euros alors qu'il était à plus de vingt depuis au moins deux ans (que je le surveille via Amazon). Auquel s'ajoutera Intolerance, le film de Griffith (1916), offert avec le Monde du week-end.

Cinéma : Syriana. Grand spectacle spectaculairement despectacularisé. Tout est feutré, conversations, malversations, corruption, demi-aveux. C'est bien joué mais mal mis en scène. Malgré l'horreur politique, on peut très souvent s'endormir. Le film articule les relations difficiles entre divers personnels américains alliées contre le reste du monde et pour la possession sans partage des ressources pétrolières. Ces trois populations sont : des fonctionnaires et des politiques qui tirent des ficelles sans quitter le territoire américain, des cadres des compagnies pétrolières privées qui font sans vergogne tout ce qui peut maximiser et pérenniser leurs gains, des agents d'état infiltrés sur place et qui sont manipulés tant qu'ils n'arrivent pas à doubler les autres (Clooney moyennement réussi en hybride de naïf et de barbouze). Le reste des humanidés n'existe à peu près pas...
Dînette et télé au studio. Soirée de remise des Césars, ma première depuis quinze ans. Des vannes pas très bonnes, Valérie Lemercier mal inspirée. De battre mon coeur s'est arrêté, que j'avais admiré en mars dernier, ramasse huit Césars, mais Romain Duris se fait doubler par Michel Bouquet pour son rôle de Mitterrand. Je trouve cela injuste, la composition de Duris étant beaucoup plus approfondie, graduée et risquée que celle de Bouquet, monochrome par insuffisance du film de Guédiguian.

vendredi 24 février 2006

Nous vieillirons tous ensemble

À la banque pour déposer les paiements des téléphones portables (que j'avais avancé pour simplifier). Il y a un peu de soleil, timide, le premier depuis que nous sommes arrivés. Et un chat ange perché en face de la gare, sur la droite.
Invitation à lever la tête et à se demander quel pourrait être le message (quand tant de messages sont effacés par leur évidente clarté), ces chats perchés — Chris Marker l'expliquait bien dans son film — sont des indices de liberté, de largeur d'esprit et de curiosité. Peut-on ne pas y voir un message politique ?...

« Il voulait parler littérature, elle voulait parler politique.» Phrase d'une grande justesse et qui me rappelle qu'autrefois j'achetais L'Autre Journal et j'y lisais en direct ces entretiens entre Marguerite Duras et François Mitterrand... Quand je n'étudiais pas Claude Simon, aujourd'hui en pléiade. Nous vieillirons tous ensemble. Nous irons rechercher les paquets de journaux dans des cartons.

« Mitterrand fait la moue, Duras revient à la charge une fois, deux fois et, finalement, le sujet occupe la totalité du dernier entretien. « Moi, j'aime l'Amérique, je suis reaganienne.» Mitterrand : « Je crois m'en être aperçu ». Duras : « (Reagan) incarne une sorte de pouvoir primaire, presque archaïque.» C'est après cette ultime discussion que Mitterrand, excédé, décida d'arrêter les frais, tandis que Michel Butel, fondateur de l'Autre Journal et maître d'oeuvre des entretiens, s'en prit dans les colonnes de son hebdomadaire au proaméricanisme compulsif de l'intervieweuse de luxe. Pour ou contre l'Amérique, pour ou contre les bombardements : vingt ans plus tard, ce point de cassure résonne avec une familiarité presque effrayante.»

Installé à la bibliothèque des sciences (où je compterai dans l'après-midi une quarantaine d'ordinateurs portables connectés, alors que c'est la semaine des vacances — Qu'est-ce que ça va être, la semaine prochaine !), j'arrive enfin à reprendre la lecture de mes fils rss de blogs et de médias sur Bloglines. Surtout, j'ai l'esprit dégagé parce j'ai pu, grâce au commentaire d'Arnaud Boudou hier, installer Spamplemousse et voir rapidement que cela bloquait en effet les commentaires indésirables chez moi (ajout de lundi matin : il y a 27 commentaires bloqués selon critères de filtrage, donc efficacité max.).
On finira patchés et plug-inés partout, ma parole !
Quelques courriers, aussi, et enregistrement de la semaine des Chemins de la connaissance sur la technique (hier avec Bernard Stiegler).

En rentrant, je me suis trouvé dans le tram près d'étudiantes qui m'ont demandé de les accompagner visiter la maison de Jeanne d'Arc, place du Général De Gaulle. Elles ont une carte d'invitation pour visiter les monuments et c'est gratuit pour l'accompagnateur...
Il y a une animation à suivre, qui est en fait un jeu d'éclairage d'une maquette en écoutant une narration des jours de Jeanne à Orléans, où elle fit la preuve de qui elle était en cassant le siège des Anglais.

En venant ce matin, j'ai acheté trois magazines : Netizen, le Matricule des anges et La Presse littéraire. Ça me fera le week-end. En attendant, dînette de gars bien fatigué, avec un épisode de PJ, désolé... — en attendant le rare Quignard sur Arte !

jeudi 23 février 2006

Jouer à chat avec les chats perchés

Déjà des habitudes se prennent. Celle du froid. Celle du petit déjeuner, au second étage de la résidence où nous habitons, celle du bus ou du tram selon la destination, celle de nous installer à la bibliothèque des sciences pour travailler, celle de retrouver nos étudiants pour déjeuner.
Sans compter celle d'avoir à virer les commentaires — j'aurais plus vite fait de virer automatiquement tout ce qui est en anglais...

Et puis des choses uniques, comme aller à la poste avec mon collègue pour qu'il demande un chéquier à livrer à Orléans, passer à la librairie Les Temps modernes pour commander trois livres qui n'y sont pas : les livres déjà mentionnés de Sereine Berlottier, Philippe Vasset et Dany Laferrière. Et commencer à photographier les chats...

Pendant que je m'occupe du JLR et du courrier, enregistrement de trois émissions Du jour au lendemain, avec Antoine Volodine (du 15), François Bégaudeau (du 16) et Philippe Forest (le 17) — excellent triplé, pour mon redémarrage radiophonique.

Dans une boutique des arcades, je trouve des torchons à vaisselle, mais à près de 7 euros chaque. On verra ailleurs, un autre jour. Faudrait que j'aie le temps d'aller à Carrefour...

Le soir, dîner chez Claude Mouchard, professeur de thèse de mon collègue. Sentiment d'un moment exceptionnel et merveilleux dans ces conversations, et dans un lieu magnifique.
Propos tantôt littéraires, sur Flaubert notamment puisqu'il prépare actuellement un séminaire sur Bouvard et Pécuchet, mais aussi sur le fait que Claude Mouchard était au colloque évoqué à la première page du JLR, le 19 novembre 2003, quand j'étais allé écouter Olivia Rosenthal, Tiphaine Samoyault et Laurent Jenny à Hongo (et donc aussi sur ces personnes que nous connaissons diversement).
Propos tantôt orléaniens, les contrôles musclés dans le tram, comme une volonté politique de spectaculariser la sécurité, mais aussi... la librairie évoquée plus haut puisqu'elle appartient... à la soeur de notre hôtesse, par ailleurs fille de Jean Zay — et qui nous dit connaître l'auteur des chats perchés...
Alors là ! Suis abasourdi devant telle quantité de points communs et convergences avec ce qui me meut ! Rentrant à pied par grand froid, j'articule tout de même audiblement de vifs remerciements à mon collègue pour m'avoir mené où je devais aller sans l'avoir su.

mercredi 22 février 2006

Prise de tête avec la notice

Encore un jour bien chargé. Dont je ne peux éviter la trivialité. Tout juste la taire...

Connexion plus facile depuis un bureau de la fac d'Orléans où nous sommes accueillis.
Beaucoup de commentaires à virer, faux compliments, toujours en anglais, accompagnant une adresse peu recommandable. Je vais consulter les pages d'explications du plug-in de blocage, y apprends qu'il faut s'y faire (le fatal y tasse...) et ajouter régulièrement des expressions à bloquer (ce qui ne sert visiblement à rien...). Cette forme de spam est bien pire que celle du courrier. En effet, elle ne reste pas dans le privé harassant des messages à détruire, mais elle se répand automatiquement dans tous les ordinateurs qui récoltent le fil rss, même si chaque commentaire est effacé dès que posté, tuant à échéance l'intérêt d'une telle collecte des pages actualisées.
C'est bien parce que la malfaisance est humaine (et non technique), et qu'elle accompagne toujours chaque évolution technique, qu'il ne peut être question de progrès, que ce concept même de progrès ne peut plus faire l'objet d'un espoir, d'une philosophie ou d'une construction sociale — mais seulement d'une utopie, ou d'une u-ontologie (uontologie).

Agence de téléphone portable.
Pendant que les étudiants sont en cours, j'y passe deux heures entières, dirigeant de près les opérations d'attribution des appareils, contrôlant les gestes techniques et commerciaux (acquisition du numéro, activation de la puce et de la recharge d'appels, facturation) — observant aussi la diversité des situations de tous les clients qui passent pendant ce temps et qui requiert des employés polyvalence et sang-froid comme on n'imagine pas quand on ne fait que passer...
Enfin, encadré par mon collègue et un étudiant de japonais, Olivier, qui nous a déjà aidés les jours précédents, le groupe arrive vers 16h15 pour la distribution, qui s'effectue par la porte pour ne pas envahir l'agence. L'an dernier, David avait emporté lui-même toutes les boîtes, mais cette fois l'horaire ne s'y prêtait pas — et puis je ne me voyais pas avec mes 22 paquets dans le tram...
En tout cas, ce soir, en famille, c'est prise de tête avec la notice !

Mon collègue et moi sommes invités — par un froid de canard — pour dîner dans une des familles d'accueil. Y retrouvons les plaisirs d'une certaine hospitalité, joviale et gratuite, qui n'existe pas au Japon. Je n'ai pas peur de le dire puisqu'en 14 ans passés dans ce pays (en soi hospitalier, au demeurant), je pourrais compter sur les doigts d'une seule main — c'est du vécu — les invitations chez quelqu'un, et sur les doigts des deux mains les invitations qui n'étaient pas liées à une obligation professionnelle, que ce soit chez quelqu'un ou à l'extérieur. Je précise qu'il en va à peu près de même entre les Japonais. Il ne s'agit pas d'une volonté dirigée contre un étranger, ou les étrangers, en général, mais bien plutôt d'une structure profonde de la culture et de la société japonaises, une de ces différences culturelles dont on ne peut accuser personne. Il se peut aussi que cela ne touche que les populations que j'ai fréquentées, enseignants, chercheurs et étudiants, puisqu'au fond, je ne connais que cela, du Japon...

Et T., bien sûr. Qui travaille très bien, sans moi, ces jours-ci. Je lui téléphone à minuit, heure française, pour lui souhaiter une bonne journée de travail...

Ai vu presque entièrement le film Le Trio infernal de Francis Girod (1974) à la télé, avec Michel Piccoli et Romy Schneider. Tout à fait étonnant dans la mise en scène de la criminalité et du vice, qu'ils soient froidement assumés par le personnage masculin ou traumatiquement vécus par les deux soeurs. Les plans de vidange de la baignoire dans laquelle deux corps ont été dissous à l'acide sulfurique sont particulièrement difficiles à suivre. Pas sûr que le cinéma d'aujourd'hui s'autorise une telle franchise — et sans vouloir nous faire croire à une quelconque folie des personnages.

mardi 21 février 2006

Leur réussite suppose notre passivité

« On s'en veut quelquefois de sortir de son bain. » — écrit Échenoz en ouverture de Ravel... Même sous la douche, ce luxe de prendre son temps et d'y songer languissamment, je me l'offre ce matin.

Choses à faire ensuite : signer nos contrats de location des studios pour un mois, vérifier à la boutique de téléphone si tous nos portables seront prêts demain et obtenir le vrai numéro du portable de mon collègue recopié hier avec une erreur par l'employé, aller déjeuner avec nos étudiants pour savoir comment se sont passés les premiers cours et les informer pour demain, nous installer pour la première fois dans la bibliothèque des sciences et y connecter nos ordinateurs portables avec câble LAN (le protocole http passe très bien mais rien à faire pour les ftp et smtp ; heureusement pour moi, je peux gérer mon courrier via l'accès web à mon domaine, idem pour Litor), récupérer les étudiantes qui veulent changer des travelers et les accompagner à la grande poste d'Orléans — émotion de les voir tendues avant leur premier acte linguistique qui ne soit factice, elles nous savent derrière, en cas de besoin, mais que leur réussite suppose notre passivité. Et puis rentrer chez nous, nous reposer.
Passage au théâtre pour savoir s'il reste des places pour la pièce du 4 mars, mais la politique de priorité aux abonnés rend impossible de savoir combien de places il restera pour les gens de passage comme moi — politique discriminatoire !
Passage à la supérette pour du shampoing et des serviettes en papier — toujours pas de torchon à vaisselle.
Dîner au restaurant chinois, l'Impérial d'Arc, devant la gare. Pas mal, surtout le nom.

Un détail extraordinaire me revient (je me relève pour le noter) : dans un reportage sur le locked-in syndrom, Jean-Jacques Beineix parlant de Jean-Dominique Bauby qui lui disait, un jour de tournage, par les lettres clignées des yeux, le simple mot raccord — à savoir que sa taie d'oreiller n'était pas la même que celle de la veille.

lundi 20 février 2006

Mode d'emploi à la troupe humide

Le jour le plus long. Tant long que ce matin semble être déjà la semaine dernière !
Sur le papier, c'était 9h réunion étudiants et visite du campus, 11h30 déjeuner resto U, 13h30 préparation et visite d'Orléans, 17h réception à la présidence de l'université.

Dans les détails, mon collègue et moi devions nous inscrire à la SEMTAO avant d'utiliser nos abonnements (ce que j'ignorais hier...), donc aller à la gare avant d'aller à l'université. Partis tôt en prévoyant large, nous nous sommes retrouvés sur le campus avec une heure d'avance, après un voyage ultra rapide dans le bus de la ligne 20. En semaine de vacances, c'est pas très animé, un campus, à 8 heures du matin... On découvre les lieux qui nous ont été dépeints par David (Dabichan). Sauf que le lac n'est pas gelé.

Puis les étudiants commencent à arriver, excités de se revoir et de se raconter leur dimanche, pas traumatisés par ces premières 24 heures sans filet japonais sous eux. La réunion apporte son lot d'informations de cadrage du stage, aboutissement aussi du travail efficace de deux stagiaires, satisfaites de voir pour qui elles ont travaillé. Entre familles d'accueil et université, tout est tellement bien pris en charge que mon collègue et moi nous faisons l'effet de pompiers sur la touche (ne pas confondre avec plombiers sous la douche), dans l'attente d'une urgence que personne ne souhaite.
Mais ce n'est qu'une impression, nous trouverons bientôt à nous occuper... Ne pouvant connecter mon ordinateur portable au réseau sans fil, on me permet de squatter un bureau pendant 15 minutes, ce qui me permet de survoler mon courrier, de copier-coller mes deux jours de JLR — dont une photo de ce superbe papier de boucherie chevaline —, de voir le commentaire de David (merci de penser à nous et de réagir tout de suite) — et d'enlever les promotions de sites pornographiques que de fausses identités roumaines ont la stupidité d'insérer en commentaires depuis une semaine.

Promenons-nous
sous la pluie
Mouillons bottes
et parapluies


Marche forcée, presque, par les flaques et les gazons marécageux, pour apercevoir quelques cubiques bâtiments... Le mieux étant d'aboutir avant 11h30, au restaurant universitaire, le seul ouvert durant cette semaine de vacances, pour en expliquer le mode d'emploi à la troupe humide (plateau, nombre d'articles, choix à lire, ticket à donner).
Plus tard, pendant que les groupes s'organisent pour la visite d'Orléans, je m'éclipse pour d'autres affaires. Bus de retour en ville. Passage à notre résidence pour régler quelques petits problèmes et prendre les copies des passeports des étudiants, pour le cas où la boutique de téléphone disposerait d'un stock de 27 portables standards. En effet, les étudiants ont en majorité choisi d'en disposer — et nous ne sommes pas contre puisque cela favorise une part non négligeable de la communication en français, avec les familles d'accueil notamment (qui auront la charge d'en expliquer le fonctionnement avant de pouvoir joindre leurs adoptés temporaires).
Chez Bouygues, pour marcher sur les brisées de l'an dernier en me rendant pour la première fois dans une maison de maçon, on ne disposait pas de tout ça, quelqu'un se souvenait d'ailleurs d'un précédent en 2005... Bref, tout sera prêt mercredi, on va organiser ça dans l'après-midi — sauf pour moi qui m'en suis pris un tout de suite.

Et la littérature, dans tout ça ? Justement. Libéré assez tôt de ma mission de gros, je déguste les Temps modernes. Quatre ouvrages convoités (le Ravel d'Échenoz, La Tentation des armes à feu de Patrick Deville, et deux Volodine, Nos Animaux préférés et Bardo or not bardo) et question en les apportant à la caisse. On me répond que non, on ne s'appelle pas Jacqueline, qu'il y en a eu une qui a travaillé ici il y a très très longtemps... Mais qu'on est très amusée de mon histoire, qu'on aimera me revoir pour en connaître la suite, à l'occasion.

La réception à la présidence est très agréable, ambiance bon enfant, juste deux minutes de solennel discours et une bonne heure de palabres brassées familles enseignants étudiants, des moments photo (avec mise en abyme, ci-contre), des petits fours salés puis sucrés, j'en promène un plateau, comme un accessoire pour visiter des groupes (à mille lieues de croire cela humiliant, pour un professeur, de porter un plateau... Puisqu'on m'a posé la question ; assumer une part de ridicule est un moyen pédagogique et même un liant social...).
Obligeamment ramenés en ville en voiture, nous renonçons finalement à sortir dîner. Courses dans une supérette et dîner au calme en regardant Le Temps de la désobéissance, téléfilm moyennement intéressant sur France 2, et achever ce jour le plus long — qui finit quand même.
Demain, je commencerai à téléphoner...

dimanche 19 février 2006

Orléans hésitamment pluvieux

Le jour se lève. Et le service baisse, en effet. Mon collègue n'a ni télévision ni téléphone (il y a les prises mais pas les appareils), alors que moi oui. Mais mon téléphone n'est pas autorisé — et ne le sera pas avant lundi. Incroyable. Et puis pas de service de petit déjeuner car... c'est dimanche, ce dont personne ne nous avait prévenu (pas que c'est dimanche, ça, on le savait !).

Dans Orléans hésitamment pluvieux, rien n'est ouvert, ni près de la cathédrale, ni place du Martroi, ni devant la gare. Rien, absolument rien, aucun café, et il est presque neuf heures. Ah, si, sur le côté Est, un café, Le Tramway, où l'on accepte de nous servir boissons chaudes et croissants.
Allons sans nous presser aux Halles Chatelêt (quel nom !), seul endroit où je sache que des commerçants sont ouverts. Quelques courses (carottes rapées, haricots verts, radis roses, endives, fromage de chèvre, saucisson de cheval, steak dans l'onglet, thé goût russe, pain), donc, et une première rencontre d'une de nos étudiantes avec quelqu'un de sa famille d'accueil...

J'en rencontrerai une autre rue Jeanne d'Arc, après avoir déjeuné, fait une petite sieste, être ressorti seul pour acheter un plan de la ville, constater que l'Office de tourisme est fermé le dimanche, et avant de remonter sur la gare, via la moderne médiathèque, pour acheter des abonnements à la SEMTAO et voir Les Bronzés 3 — où comment rire des décatis pathétiques dont je ne suis pas tout à fait sûr qu'ils jouent, pas certain qu'ils composent différemment de ce qu'ils sont (et trop lourd à mon goût, le dernier gag, si on peut l'appeler comme ça, avec nos touristes raflés au petit matin sur la plage italienne en même temps que d'illégaux migrants nord-africains...)

À prévoir : série de photos des chats perchés d'Orléans. En ai déjà repéré trois, dont un vers la rue Charles Sanglier, un aviateur visible de la librairie Les Temps modernes, un tableau de groupe vers la rue du Pot-de-fer. Y en a-t-il d'autres ? Sans doute. Ce sera pour faire suite au film de Chris Marker...

samedi 18 février 2006

Où le service baisse quand la sécurité augmente

Voilà ce qu'on gagne à attendre le dimanche soir pour écrire ce qui s'est passé samedi matin à 10.000 km d'ici : je manque totalement d'inspiration. À moins que ce soit le trop plein. Ou la fatigue... Je vais essayer quand même. Sinon, c'est de la mémoire qui se volatilise.

Après avoir respecté à la minute près mon plan de départ de la maison, d'arrivée à l'aéroport, puis le plan collectif de prise en charge des étudiants (un pack de 30) et l'acheminement jusqu'à l'avion, nous avons eu un vol très calme — nonobstant les gloussements dans nos rangs au moment du décollage, puis d'une descente bosselée de nuages avant l'atterrissage mouillé : la majorité de nos ouailles n'avaient encore jamais pris l'avion.
À Roissy, un gros autocar nous attendait pour aller directement à Orléans. Chateau d'eau et éolienne furent les deux mots de ce trajet, répétés à l'envi par les quatres étudiants de la baie frontale.
Devant la présidence universitaire, presque dans les bois, nous vîmes une bonne vingtaine de voitures de familles d'accueil déjà stationnées. Les autres arriveraient peu après, entre chien et loup, pour un étonnant comptoir de retrait — le moment de vérité, quitter le cocon japonais que mon collègue et moi représentons encore...

Nous voilà momentanément délivrés de notre pesant fardeau. Revenons en ville, le car nous dépose place du 6-juin-1940, où, transformés en espions, mon collègue et moi devons composer un code d'entrée, monter au deuxième étage pour composer un autre code à la porte d'un coffre dans lequel nous trouvons des enveloppes à nos noms, avec une lettre et une clé pour les studios que nous avons loués... Bienvenue en France, le pays où le service baisse quand la sécurité augmente.

vendredi 17 février 2006

La boucler

Répétition générale : je vais en visite à l'aéroport Centrair. Et pour savoir qu'il me faut 1h15 pour y parvenir...
J'y flâne un peu, visitant les galeries commerciales plus nombreuses qu'à Narita, car plus proches de la ville de Tokoname.
J'ai quelques petites photos, mais pas le temps de les mettre (on dirait Bikun...).

De retour à la fac pour faire passer un examen à une étudiante absente la semaine dernière. Dépôt de l'ensemble de mes feuilles de notes.

Aux impôts avec David — et heureusement, parce que l'emplacement des bureaux a été déplacé de plusieurs kilomètres. Traitement assez rapide.

De retour au bureau pour ranger mon courrier, sauver les documents essentiels sur disque amovible. Côté JLR, sans doute une mise à jour qui n'aura lieu que lundi ou mardi...

Enfin, à la maison, après être allé acheter deux paquets de hokarons.
Dîner, ranger, la boucler...

jeudi 16 février 2006

Son ordre inclut son désordre

En réel, en virtuel, je me déplace.
Parti à reculons, sous une vraie pluie. Une fois dans le train, on se dit qu'il vaut mieux regarder devant... Dormir un peu. En finir avec Les Manœuvres d'automne, de Guy Dupré, comme j'avais définitivement fermé Trois Jours chez ma mère, pour ranger. Une autre p(l)age de lectures va commencer, avec Beckett (relire Molloy pour préparation de cours à l'Institut d'avril à juin), et puis dès dimanche, si je les trouve à Orléans, Volodine et Laferrière pour le GRAAL, Échenoz pour le plaisir, et d'autres sans doute...

À la fac, que des choses à finir — c'est le thème de la semaine.
Ai commencé à me déplacer virtuellement à Orléans, avec la SEMTAO et son superbe réseau interactif... Ça prend forme, avec des idées de distances, de temps de transport en commun, de zones urbaines privilégiées. Cette façon de préparer un voyage (avec des obligations qui ne me permettent pas de partir en dilettante comme je le ferais sinon) était encore impossible il y a trois ans. Alors qu'aujourd'hui, différents types d'administrations et de services privés ont des sites web performants ; il n'y a qu'à croiser les informations et imprimer les données essentielles.

Dernier passage au centre de sport. Programme habituel : vélo pour mise en route et transpiration, machines pour entretien musculaire, bain et sauna pour déstresser.
« D'ailleurs, ne prenons pas ces choses-là au sérieux. Il y a, paraît-il, de tout dans la nature et les lusus y abondent.» (Samuel Beckett, Molloy, Ed. Minuit, coll. Double, p. 17)
Mais c'est quoi, au juste, des lusus ?
Anomalies morphologiques... Donc, il y a de tout, même de l'imprévu et du monstrueux... Justement, je viens de voir Mimic, à la télé. C'est nul (mais ça fait peur quand même). Pour Beckett, ça veut dire quoi ? Que la nature a son ordre qui inclut son désordre... Que le narrateur connait des mots rares alors qu'il s'exprime de façon familière...

Allez, il faut que je me lève tôt et j'ai encore du linge à étendre...

mercredi 15 février 2006

Filigrane, le compte à rebours

Préparatifs pour quatre semaines d'absence — période cruciale pour T., qui devra finir sa rédaction de thèse sans mon soutien moral... Bien qu'elle ne fasse rien pour me culpabiliser, je me sens oppressé, hagard, alenti dans mes gestes comme pour repousser à plus tard ceux du départ. Mais rien n'y fera, demain dès l'aube, je partirai en shinkansen, puis samedi matin je prendrai l'avion avec un collègue et une cargaison de 30 étudiants.

Nous réfléchissions, T. et moi, à ces étranges mouvements de la conscience, freinante jusqu'à la séparation et qui, en un instant, s'accélèrera par l'investissement dans diverses activités, avec, jour après jour plus transparent filigrane, le compte à rebours des retrouvailles. D'expérience, nous savons que pour des années de futurs souvenirs, ce que nous avons à faire maintenant chaque jour aura le goût de cette attente discrète et fébrile.

Pour me changer les idées, je navigue sur le site de France 2 et m'aperçois que, sans annonce tapageuse, comme si trop en parler risquait de nuire, on trouve de plus en plus d'émissions disponibles en vidéo. J'ai regardé un sujet d'Envoyé spécial sur les préparatifs de l'audience du juge Fabrice Burgaud, puis j'ai trouvé l'émision À vous de juger du 26 janvier sur le passé colonial. Là, c'est quand même 2 heures et 32 minutes de débat ! Il va falloir que je réorganise mon emploi du temps... Ceci dit, en fond sonore... Idem pour Mots croisés et J'ai rendez-vous avec vous... Bref, presque toute l'info de France 2 est disponible !

Déjeuner chinois, pour changer, et promenade au soleil de mai. Suite par du rangement de courrier. Pause, c'est l'heure de Demonlover (2002). Vierge d'information (je n'ai absolument rien lu sur ce film d'Olivier Assayas), je découvre une œuvre à la fois dérangeante et inaboutie, c'est-à-dire qui met mal à l'aise physiquement — surtout par les excès de mouvements de caméra en gros plan — mais qui n'y arrive pas pleinement par son sujet. Il y a des meurtres, de la torture et de l'esclavage sexuel, on y voit l'endroit et l'envers des sites de mangas animés érotiques, des négociations glauques et des pratiques peu légales sur trois continents. De quoi les avoir à zéro ! Et pourtant non. Il y a dans la première demi-heure un climat de film de mœurs à la française, vaguement comique, un peu comme la première demi-heure d'un film avec Belmondo, qui empêche le spectateur de croire à tout ce qui peut arriver d'horrible après.
Surprise dans les scènes tournées à Tokyo : y joue, et plutôt bien, notre animatrice de l'Espace Images de l'Institut, Abi Sakamoto. Elle traduit en réunion, cornaque en boîte de nuit et ne quitte la chambre de Charles Berling qu'au petit matin... C'est probablement le même hôtel que dans Lost in Translation, d'ailleurs.

mardi 14 février 2006

Plus intransitif tu meurs

écrire à...
écrire pour...
écrire malgré...
écrire sans...
écrire en...
écrire du...
écrire contre...
écrire quand...
écrire de la...
écrire sur...
impossible de seulement écrire
sinon son beau fantasme, sa cible
vrai pour — seul — je deviens
— plus intransitif tu meurs

*  *
*

« Vous avez déjà un peu appris les triangles ?
— Non, on a juste commencé. Là, je dois apprendre les quatre triangles, pour lundi.
— Tu te souviens ce que c'est, une ligne brisée ?
— C'est une ligne... heu... qui change de direction.
— Oui, mais comment ?
— En faisant des angles.»
(dialogue entre la petite Marie et son père, dans Le Livre de Marie, film d'Anne-Marie Miéville, 1984, en première partie du dévédé de Je vous salue, Marie de Jean-Luc Godard)

À nos bureaux tout le jour.
Sommes sortis déjeuner au Saint-Martin. Agneau et raie. Marche digestive jusqu'en haut de Kagurazaka, soleil et tiédeur comme en avril. Plus tard, je passe à l'Institut, rendre des livres et emprunter deux dévédés, Je vous salue, Marie, que je viens de voir, et Demonlover, d'Olivier Assayas, dont il a été question au dîner d'hier (et que je verrai demain).
Du Godard, j'apprécie la lumière sur les corps nus, une douceur, les intermèdes aussi, prairies vertes ou jaunes, la station essence à diverses saisons. Je goûte peu la fable biblique, en général, et m'amuse bien d'en retrouver tous les éléments transposés et naturalisés, jusqu'à l'âne, un vrai âne. Et les rois mages ? Sont-ce ces trois pingouins dessinés sur une tasse ?... Belle audace !

Claude Simon dans Mémorables, ça se laisse déguster. Même si on le connaît déjà — comme par cœur... Se dire que ça a trente ans, ces paroles-là !

Là, comme ça, tout de suite, je ne voudrais pas être sur le siiiiièèèèège du juge ! Carrément, ça fait peur.
Moins risqué et puisqu'on était dans la physique, pourquoi pas participer à la redéfinition du kilogramme, du kelvin, de la mole et de l'ampère. On a jusqu'en 2011 !

lundi 13 février 2006

Glace brisée, au champagne

On me signale — je ne sais pas si ça va durer — que le JLR se trouve dans les liens relatifs à une brève du site Les Chroniques.ca sur la vague de froid en Russie... grâce à Chabert !
De la façon dont il en est revenu, je ne suis pas sûr qu'il fasse une très belle enseigne. Ah, si l'armée napoléonienne avait été équipée de hokarons, elle eut pu vaincre. Des hokarons, je vais en mettre plein dans ma valise. Si quelqu'un veut voir ça de près...

Laurent m'appelle pour me suggérer d'annuler le GRAAL puisqu'il n'y aura presque personne... Dommage, je voulais en rajouter une dernière couche sur Weyergans (une couche à nouveau bicolore puisque l'ambivalence de mes réactions n'a fait que s'amplifier ces derniers jours, après la lecture de Macaire le Copte et de Je suis écrivain). OK, on annule. En même temps, ça m'arrange puisque T. et moi sommes invités à dîner chez le Conseiller culturel.

En fait, nous sommes les invités de l'invité principal, qui n'est autre que notre ami Kiriu Kazuo, le balzacien numériseur de la Comédie humaine, participant au colloque de Cerisy et (surtout) du dernier plateau de Double Je l'automne dernier. C'est bien sûr pour honorer sa francophilie et son dévouement à la cause balzacienne, et nous sommes très heureux de partager ce moment avec lui. D'autant que la réception n'est en rien mondaine, comme on peut toujours le craindre dès que le mot ambassade est prononcé. Une dizaine de convives, moitié de balzaciens, deux tiers de Japonais, un cinquième du beau sexe — et T., qui a consenti à quitter son bureau de thésarde, est la seule adepte de l'autre Balzac, Guez. Une fois la glace brisée, au champagne, la conversation roule, comme on dit, de la baisse du français dans les universités japonaises au scandale de Livedoor, en passant par les prochaines commémorations francophones de mars, l'embargo japonais sur la charcuterie française, le bon usage des statistiques dans les études littéraires sur corpus numérisé, etc. Personne ne monopolise la parole ni ne cherche à imposer ses vues — de la conversation réussie, ce qui ne trompe pas T., qui en revient enchantée...

Donc, à la place du GRAAL annulé, quelques weyerganseries :
« À la gare, en achetant les journaux, il avait amassé un tas de prospectus publiés par le département de l'Isère, où, apprit-il, on élevait des autruches (www.autruches.net). Des bandes d'autruches envahiraient-elles bientôt les stations de sports d'hiver, encombrant les pistes avant de squatter les téléphériques pour y couver leurs œufs ? Les autruches skieuses seraient une attraction pour les touristes : après d'impeccables descentes en slalom, elles avaleraient d'un coup de bec les appareils photo des spectateurs. François aurait volontiers comparé son cerveau à l'estomac de l'autruche qui a besoin d'absorber n'importe quoi, des cailloux et du métal, pour mieux digérer les aliments. Lui, c'était sa mémoire qui réclamait des informations hétérogènes, déroutantes et périssables, pour réussir à digérer le fort peu digeste monde actuel.»
[...]
« Tout ce qu'il ne ferait pas après la parution de son livre ! Il rangerait sa pièce pour installer un rameur et ferait une heure de gymnastique chaque matin, il arrêterait de fumer, il irait enfin voir sa mère après tous ces mois où il avait dû se contenter de lui téléphoner et il l'emmènerait à Venise, la ville où elle avait tant de fois accompagné son mari au festival de cinéma — le père de François, comme son fils à qui il en avait donné le goût, avait été critique de cinéma —, il partirait à la découverte de l'Amérique centrale et de l'Amérique du Sud, ou bien il irait en Chine [...], il créerait un site Internet pour donner des informations enfin exactes sur ses films et ses livres [...] » (François Weyergans, Trois Jours chez ma mère, p. 190 & 197)

Malgré la double spécularité fictionnelle (personnage-narrateur écrivant ce que fait un personnage de roman), il ne fait aucun doute que Weyergans parle de lui-même. La comparaison avec l'estomac de l'autruche est d'une terrible justesse car l'autruche (ellipse) produit à peu près toujours le même œuf — relire Je suis écrivain comme feuilleter Franz et François donne d'ailleurs la même impression...
La présence d'une adresse web veut-elle faire branché — et serviable — ou au contraire son aspect tautologique vaut-il dénigrement ?
Enfin, en ce qui concerne le site web, nous sommes tout disposé, je crois, mais n'en avons pas encore vu la couleur...

Faut-il à nouveau recommander Arrêt sur images ? Cela va de soi, où il apparaît que les émissions politiques ne sont plus ce qu'elles étaient — les hommes non plus...

dimanche 12 février 2006

Coma comme envers du voyage

En lisant, en hibernant.

Une brève du Monde des livres sur Volodine en page 4. Ça craint.
« NOS ANIMAUX PRÉFÉRÉS, d’Antoine Volodine. Des mots. Beaucoup, beaucoup de mots dont certains plutôt beaux et bien agencés, mais après ? On ne peut se défaire d’un sentiment de vide et de frustration en lisant le dernier livre d’Antoine Volodine. Les aventures de l’éléphant Wong (qui refuse « d’engrosser » une femme au motif qu’elle « sent la crotte ») ou du roi Balbutiar et des sirènes sont censées avoir une portée politique et peut-être métaphysique, croit-on comprendre. L’ensemble ressemble plutôt à un jeu pas très drôle, joué par un auteur dont la virtuosité pourrait trouver de meilleurs exutoires. R. R. Seuil, coll. Fiction & cie, 152 p., 16 €.»
C'est suivi de deux pages cocorico sur la pensée française qui refleurirait aux States. Pourquoi pas. Mais, très franchement, si une pensée française méritait d'exister et si elle parvenait jamais aux États-Unis, il n'y aurait ni Bush ni Guantanamo, non ?...

Je sors brièvement pour acheter du pain, du fromage. Et je me fais arnaquer : Miuraya propose des Petit Pont-L'Évêque, vendus par moitié, sous film plastique local, remis dans la boîte. Le prix indiqué n'est donc pas celui de la boîte mais celui de la moitié, avec ou sans la boîte. Donc, je paie double...
Pas envie de protester. Ne pas se laisser déconcentrer (ou déconcerter, dans ce cas, c'est pareil).

Film à l'Institut, faisant partie de la sélection proposée par Arnaud Desplechin : License to live de Kurosawa Kiyoshi (2000). Déjà vu il y a quatre ans, je crois, au même endroit. Comme le personnage qui sort de dix ans de coma, je me souviens du film au fur et à mesure... Quelle identité pour un enfant soudain adulte, coincé dans un hiatus du temps, incapable de revenir en arrière, de trouver son temps véritablement perdu, ni d'avoir l'âge mental de ses artères ? Et si peu d'aide d'une famille décomposée, d'un lieu à l'abandon, d'une caméra jamais lyrique. Le coma comme envers du voyage dans le temps m'interroge sur mon propre changement durant ces quatre années — j'ai l'impression de comprendre exactement la même chose mais je suis sûr que c'est une illusion.
Écrasé par une camionnée de vieux frigos qui auront sa peau, je croyais que l'intempestif demandait : « 運命ですか » (unmei desu ka, « Est-ce que c'est le destin ? »), alors qu'en fait, j'auto-corrige juste après, il demandait : « 夢ですか » (yume desu ka, « Est-ce que c'est un rêve ? », « Je rêve, ou quoi ? »).

Finalement, pas de rendez-vous avec Au fil de l'O, pas encore revu depuis des mois qu'il est revenu au Japon ! Il a rencontré par hasard quelqu'un d'autre à Shinjuku... Dieu que Tokyo est petit !
Achat de tomates, de clémentines et de bananes séchées. Et retour au livre.
Un quart d'heure très Toussaint avec David en webcam mais sans son, problème technique entre Mac et PC. On se fait des gestes, on écrit des petits messages dans la fenêtre, on ouvre pour rien des boîtes d'aide technique. Et puis on refait des grands gestes désolés.

« Grâce à ces rendez-vous qui le faisaient se retrouver seul, Marc avait pu établir que le temps, dès qu'il n'est plus asservi par un « emploi du temps », est la générosité même. Il avait chaque fois été accueilli, ou plutôt recueilli par le temps et il avait enfin pu se promener en échappant à la règle qui consiste à n'entretenir avec le temps que des rapports désagréables.» (François Weyergans, Je suis écrivain, Gallimard, 1989, p. 62)

samedi 11 février 2006

L'horreur du bon vieux temps

Avons reçu par la poste l'Artamène concocté par Claude Bourqui et Alexandre Gefen (merci à tous les deux !). Il s'agit véritablement d'un OLNI* : roman du XVIIe siècle en extraits et en poche, relié à un site web absolument exhaustif (voir ce que Claude Bourqui en disait au colloque de Cerisy il y a tout juste six mois — comme le temps passe ! C'est pour mieux t'enterrer, mon enfant...). Mais pas encore le temps de le lire, trop d'autres choses. Juste sortis pour déjeuner au Saint-Martin (oui, poulet rôti).

* OLNI : Objet Littéraire Non Identifié. L'apparition de ce sigle n'est pas précisément datée, mais je ne suis pas sûr qu'on le trouverait antérieurement à l'année 2000 (par exemple ici).

Rime interne :
Assermentation — « Il ment sous serment !... », disait, de Fabrice Burgaud, Daniel Legrand fils.
Mais à quoi sert le serment, sinon à jouir un jour de mentir sous serment ? Le faire passer à l'as...

« [...] l'Ecole nationale de la magistrature (ENM) serait-elle une fabrique de techniciens robotisés ? », s'interroge Jacqueline Coignard dans Libération du jour.
Il a beaucoup été question de technique, à la commission d'enquête parlementaire d'Outreau. Plus précisément, de la technique apprise à l'école des juges, comme ensemble de textes et de gestes, de procédures et d'actes écrits automatiquement mis en œuvre selon des schémas de situation. Le juge Burgaud dit avoir bien fait, techniquement, son travail. Et cela est fort possible. Son effroi quand, à l'orée de son premier poste, il découvre le panorama des crimes sexuels qu'il doit juger, sans expérience, ne peut être jugulé que par l'édification d'un mur de technique derrière quoi ne pas entendre les cris du cœur — ceci pour le cas où il en aurait un.
Cela ne rejoint-il pas ce que disaient les fonctionnaires judéocides de la Collaboration ? Comme tous ceux qui se retranchent derrière un : « moi, je fais ce qu'on me dit de faire », sans avoir à penser, ailleurs résumé en « jugulaire, jugulaire »... Car, de la technicité d'aujourd'hui à l'aveugle et zélée obéissance hiérarchique d'hier (type Affaire Dreyfus), il n'y a pas l'espace d'un pas : c'est pareil.
En écoutant le 7e épisode de Monsieur du Paur, le feuilleton de France Culture adapté du roman et du personnage de Paul-Jean Toulet, on entendra, s'il était besoin, que les sévices sexuels ne sont pas propres à notre temps, pour ceux qui le croiraient — je pencherais même à croire qu'ils étaient pires quand le père ou le seigneur avait droit de vie (et de mort) sur sa famille ou sa seigneurie (relire alors la Barbe-bleue comme un cas isolé de dévoilement progressif — « poudroie... verdoie... dragon... mousquetaire... » — de l'horreur du bon vieux temps, sans doute parce que la fin en est positive et morale...).

Claude Simon en Pléiade ! Je savais que c'était en préparation... Mais ne sera-ce qu'une compilation de ce que je connais déjà fort bien, ou y aura-t-il dossiers et notes pour de nouvelles nourritures ?

Mince !... Toussaint à Toulouse !... D'Orléans, ça ne va pas être facile ! Y'a pas photo : l'aller-retour au BOOK ne se fait pas dans la journée...

Re-mince !... Je ne savais pas que (lire) Baudrillard, c'était si mal ! Moi qui y voyait souvent de l'humour dans le politiquement incorrect... Heureusement, Thomas Florian m'a apporté la bonne parole !
Mais (de nous deux) qui est-ce qui ne sait pas lire ?

vendredi 10 février 2006

Riz à la nuit tombante tue

Seconde journée de surveillance de concours. Même horaire, même amical partenaire, mais cette fois au gymnase, avec un secteur de 14×12 candidats.
R. A. S. — Seulement trois gauchers et trois gauchères...

J – 8 pour, de la France, montrer à nos étudiantes autre chose que Vuitton et Fauchon...

Je somnolais dans le shinkansen, entre les repiquages de riz à la nuit tombante tue... Fausse route textuelle : entre les repiquages d'émission MD>MP3, quand j'entendis ceci, qui me plut bien : « Pourquoi certains chemins qui n'ont été empruntés qu'une fois nous sont-ils plus familiers que des trajets répétés où l'on parvient encore à se perdre ? » (Éric Holder, La Correspondante, Flammarion : 2000, citée par Alain Veinstein en ouverture de son émission du 5 décembre 2000 — mais rien ne me dit que j'aimerais le livre).

J'aurais pensé que le blog de Netizen serait autre chose que du marketing.

Question de thon.

Et c'est tout.

jeudi 9 février 2006

Quatre gauchers... et aucun enrhumé

Ne pas regarder ? Et pourquoi ? Pour protester contre la surmédiatisation ? Par snobisme, plutôt, non ?...
Nous devrions au contraire nous féliciter que la télévision, cette merveilleuse technologie que nous avons tendance à croire dépassée, puisse servir à autre chose qu'à nous vendre des boîtes de lessive et des séries américaines. Citoyens, nous devons nous faire un devoir de profiter de ces possibilités de comprendre nos institutions théoriquement démocratiques et garantes de notre liberté — dans un temps où certains veulent multiplier et verrouiller des procédures expéditives de nature anti-démocratique au nom de la sacro-sainte sécurité (des personnes, du territoire, de l'emploi, etc.).
Je parle bien sûr de la commission parlementaire sur l'affaire dite d'Outreau, retransmise sur LCP, et notamment à l'audition du juge Burgaud, hier, également retransmise par d'autres chaînes de télévisions, et qui avait lieu, pour moi, durant l'intégralité de la nuit.
Et pourtant, j'ai dormi... En fait, ayant posté mon JLR, j'ai apprêté deux ordinateurs, l'un branché sur France Info, l'autre sur LCP, ça marchait, et j'ai mis en route Total Recorder sur chacun. Et advienne que pourra, j'ai suivi la première heure et puis au lit ! Et ce matin, tout ayant bien fonctionné, j'avais plus de 100 Mo de chaque côté, dont je n'ai actuellement écouté que des bribes.

Or, en écoutant, encore actuellement, l'audition de Gérald Lesigne, Procureur de la République (rediffusion ce soir à partir de 23h30, heure française), autrement plus passionnante que celle du juge Burgaud devenu un petit enfant craintif et capricieux (montagne... souris...), je me rends compte que les parlementaires ont eux-mêmes à faire d'énormes efforts pour comprendre non pas cette erreur judiciaire-là, en particulier, mais comment fonctionne en détail l'institution judiciaire elle-même. En principe, on est loin de celle du temps de Balzac... Basée dans les textes sur la présomption d'innocence, la nécessité du doute et la collégialité des décisions, on découvre — en fait, on le savait déjà mais on pensait que c'était infondé... — que la justice, au quotidien, beaucoup l'ont répété, ne fonctionne pas du tout comme cela.
Moi, je trouve que c'est bien de le savoir ! De savoir par exemple que si vous avez chez vous un ou deux sous-vêtements olé-olé, ne serait-ce qu'une cassette porno et, allez, un godemiché ou un ou deux ustensiles un peu spéciaux... et que par hasard vous avez regardé de travers un ou une enfant qui va donner votre nom ou votre signalement à un policier, vous risquez à tout instant de vous retrouver en détention provisoire — et il y a dans ce domaine du provisoire qui dure !
Il n'y a pas si longtemps, on a vu un poète devenir prisonnier d'un engrenage horrible parce qu'il avait exercé son droit de citoyen en demandant à des policiers pourquoi ils tabassaient un homme déjà à terre... On a constaté alors que la parole des policiers était réputée vraie (assermentation, esprit de corps et solidarité institutionnelle) quand la parole de leur contradicteur, individu lambda, était d'emblée réputée fausse. D'où mon titre du 28 janvier, tiré d'un article de Florence Aubenas : c'est à l'accusé d'apporter la preuve de son innocence...

Titre que personne n'a discuté (et comme ça, je change de sujet, hop !).
D'ailleurs, je vois cela d'une manière générale depuis quelques mois, les commentaires des blogs sont de moins en moins fournis. Comme si la possibilité de commenter, de discuter, n'était plus jugée intéressante. Ou bien parce que les lecteurs n'ont plus le temps de laisser des commentaires... Possible effet pervers des flux RSS et des agrégateurs : on consomme une quantité d'informations d'autant plus importante qu'elle arrive toute seule et l'on ne peut plus dégager le temps de la discussion... Pourvu que je me trompe. Sinon, pauvres de nous !

Entre les deux séances de la commission, je suis allé effectuer trois surveillances de concours d'entrée à l'université, suivies d'une séance au centre de sport. Oui, quand même, j'avais ma journée à faire. Alors que dire de nouveau de ces surveillances dont j'ai déjà parlé en 2004 et 2005 ? Allais-je encore faire la sociologie des montres ou des chaussures ? Non, je me suis efforcé à l'encéphalogramme plat, zen, pendant presque cinq heures... Et c'est comme malgré moi que j'ai quand même compté quatre gauchers, trois garçons et une fille, sur les quarante six candidats surveillés... Et aucun enrhumé.

mercredi 8 février 2006

Sa pugnacité, à Constance

Plusieurs blogs s'en font l'écho et un message l'annonce sur Litor : « seuls des amoureux du livre parviendront à faire de bons outils numériques » (dans le domaine littéraire). C'est la phrase-clé, pour moi, dans le très intéressant entretien que Constance Krebs a accordé au blog Nouvolivractu. Même qu'elle a cité le coup du berlik-berlok !... (On pourrait juste reprocher à l'auteur du blog, mais gentiment, de ne pas avoir mis de liens hypertextes dans son billet — un comble, tout de même !)
Ah, Constance... J'ai dû être parmi les premiers, mais sans doute pas le seul, il y a sept ou huit ans, à titiller 00h00.com sur des détails éditoriaux, le fonctionnement du site, ce qui était gratuit et ce qui ne l'était pas. Et j'ignorais totalement la galère que c'était de l'autre côté, pour elle : au jour le jour, tenter de promouvoir l'édition électronique dans un milieu fièrement conservateur qui n'en voulait ouvertement pas (et qui n'en veut toujours pas, d'ailleurs).
Le 26 août 1998, 00h00.com était alors en plein développement, elle nous envoyait le message suivant :
« Monsieur,
j'ai visité votre site "Hubert de Phalèse" avec beaucoup d'intérêt. Il semble que votre équipe travaille sur l'étude des textes littéraires grâce aux outils informatiques depuis plusieurs années et veille depuis le début à appliquer cette recherche à des objectifs précis.
Les éditions 00h00.com (zéro heure), maison d'édition en ligne qui propose des œuvres au format numérique (PDF) et au format papier, souhaiteraient enrichir de plus en plus les versions numériques des œuvres publiées.
Nous travaillons notamment à une collection scolaire pour les textes au programme du bac.
Cet enrichissement peut exister soit en ligne, soit hors ligne — ce qui toutefois sous-entend une certaine légèreté puisqu'il s'agit finalement de fichiers PDF téléchargés par le lecteur client, avec une taille maximale limitée.
L'équipe de 00h00 pourrait-elle vous rencontrer afin de mieux connaître vos travaux et envisager éventuellement des développements en commun ?
Avec mes félicitations pour ces recherches »

Étant au Japon, j'avais transmis à mes collègues de Paris 3 et elle a été associée à notre équipe. Après, je ne sais pas comment ça s'est passé, ni s'il y a eu quelque chose en terme de « développements en commun », sinon un compagnonnage intellectuel sur le chemin de Litor et d'Hubert. On la voit de temps en temps, Constance, sur la droite de l'image ou derrière un ordinateur pendant la très intéressante intervention d'Émilie Groshens au séminaire, résumant sa maîtrise, Émilie, consacrée à Érik Orsenna et Cytale (qu'allait-il faire dans cette galère ?) — il faudra que je consacre un prochain billet à cette maîtrise puisque T. utilise La grammaire est une chanson douce dans un cours de... grammaire.
En fait, je ne l'ai rencontrée que bien plus tard, Constance — Émilie, pas encore (peut-être le 28 février, si je peux aller au séminaire écouter Alexandre Gefen...) — et il m'a fallu attendre Cerisy, l'été dernier, pour que nous ayons vraiment le temps de discuter — et que je comprenne mieux son parcours, son excellence et sa tranquille pugnacité, à Constance...

Ça y est, soulagé des corrections de copies et dans l'attente de l'audition du juge Burgaud, Fabrice, sur France Info parce que j'imagine que LCP sera bloquée par l'afflux de demande (et c'est même pas sûr, parce que là, à 22 heures, heure japonaise, le site de Radio france est inaccessible...), dans l'attente, donc, comme promis, Belfond, Pierre Belfond :

« Au bout d'un an [après avoir créé la collection Poche Club], je me suis dit mais enfin, ça, c'est pas de l'édition, c'est de la réédition — remarquez, je ne dis pas de mal de la réédition, on en reparlera peut-être — mais ce qu'il faut c'est quand même publier des nouveautés. Et alors, à peine avais-je pensé, que le lendemain matin, le facteur dépose rue Guizard [?], où nous étions à ce moment-là, un paquet venant de Rabat. J'ouvre. Un roman, d'un inconnu, bien évidemment, qui s'appelait Gilbert Toulouse, le titre : Un Été au Mexique. On reçoit notre premier livre, d'un inconnu, par la poste — je me demande comment Gilbert Toulouse avait entendu parler de notre existence, ça paraît impossible, je pense qu'il avait déjà fait toutes les maisons et qu'on lui avait refusé son roman, mais bon, c'est un détail — en tout cas, moi, je m'assois et en... quoi, en trente secondes, au bas de la première page, je savais que j'avais un auteur génial, que c'était un chef-d'œuvre, un ouvrage sublime. Et télégramme — à l'époque il n'y avait pas d'e-mail — "Acceptons votre roman... Lettre suit, chèque suit. Contrat suit..." Et notre premier livre original [1964] dans la collection de poche, tiré à 20.000 exemplaires, vous vous rendez-compte, une folie douce... Et on a fini par tous les vendre. Mais surtout, nous avons une presse monumentale ! Les plus grands noms. Euh... attention, la moitié, on a été traînés dans la boue — je n'ai pas su à l'époque que les éreintements, c'était encore meilleur que de dire du bien d'un livre. Et je me suis fâché, j'ai envoyé des lettres d'horreur. À François Nourissier, à Kléber Haedens, qui avaient dit que c'était... que ce genre de Nouveau Roman, cette littérature ésotérico-philosophico-robbe-grilletesque... Voilà, n'importe quoi, mais peu importe. C'était extraordinaire ! Et notre maison est devenue un peu connue grâce à Gilbert Toulouse parce que c'était quand même très courageux de publier un roman inédit, d'avant-garde, excessive même...» (Pierre Belfond, extrait du second entretien À Voix nue avec Philippe Garbit, diffusé le 24 janvier 2006)

Ésotérico-philosophico-robbe-grilletesque — pas mal, non ?

mardi 7 février 2006

Belle qualité naturellement floutée

Devinette du jour : de qui parle Guy Dupré dans la première partie de cet extrait ?
« À son côté Vautrin en rouflaquettes de ses années galériennes avait succédé le côté buste romain — qu'il eût fallu voir seulement de profil, car le sourire gâtait tout sur des dents qui ne donnaient pas faim. Une poitrine à bréchet due selon certains au port d'un gilet pare-balles, quand on aurait plutôt pensé au rembourrage d'ouate thermogène popularisée par l'affiche de Capiello où l'on voit un diablotin vomir des flammes, encore que ce ne fût ni Dieu, comme on le surnommait par dérision, ni diable, mais un rescapé de la drôle de guerre et de la drôle de Résistance qui débinait Henri Barbusse parmi les derniers de la « der des der ». « Ce que je reprocherais à Barbusse, disait-il en s'adressant à Lapoisse, hein, ce n'est pas d'avoir recomposé après coup, pendant sa convalescence, le journal d'une escouade, c'est d'avoir fait parler les soldats comme des voyous de barrière. Les soldats qui tenaient les tranchées étaient pour la plupart des agriculteurs, ils ne parlaient pas en argot, mais en patois...»» (Guy Dupré, Les Manœuvres d'automne, p. 128)

Encore une fois, l'Arrêt sur images de France 5 a été d'une exceptionnelle qualité. Tant pour les chroniques d'actualités (les caricatures montrées à la télé, les chiasmes de de Villiers, BHL en Amérique) que pour le dossier du jour (les risques du direct de la commission parlementaire d'Outreau).
Cela m'a éclairé la matinée, alors que j'avançais poussivement dans mes corrections de copies. C'est à ce moment-là que j'ai vu les groupes de lycéens commencer à entrer dans le campus, allant vers leurs épreuves de concours. Ils défilaient par contingents, une feuille à la main, canalisés depuis la station de métro, à cinq cents mètres de là, par des balises oranges et des agents de l'université. Ralentir le trafic routier troublerait l'ordre public...
J'ai tourné ma webcam et effectué une trentaine de prises de vue, toutes de cette belle qualité naturellement floutée qui m'évitera tout problème juridique. En fait on pourrait faire dire n'importe quoi à ces images...

Pour ne pas perdre de temps en sortant déjeuner, je me suis fait une soupe de nouilles au miso, achetée au convenience store. Avec un onigiri aux œufs de poisson (tarako) et quelques umeboshis, c'est parfait.
Sauf qu'après je m'endormais. Faut dire aussi que j'écoutais les archives INA avec Simenon, enregistrées sur le canal Chemins de la Connaissance de France Culture, et que c'était particulièrement soporifique. Simenon, voilà bien un écrivain qui ne m'a jamais intéressé. Il ne semble pas que cela doive commencer aujourd'hui.
Vers 15h30, alors que j'envisageais de plier bagages et qu'une fine bruine m'évitait l'humidificateur électrique — la bouilloire grande ouverte, d'habitude —, je les ai vus repartir. Entendus aussi, car s'ils étaient arrivés dans un silence quasi religieux, c'était maintenant le défoulement. Et des échanges de réponses, je suppose, sous les parapluies...

Je suis parti à l'Alliance française, vingt minutes de marche dans le froid qui fouette (et en écoutant Pierre Belfond, que je citerai demain). Rencontre de démonstration de la dernière méthode de français langue étrangère (FLE) des &e