Plusieurs blogs s'en font l'écho et un message l'annonce sur Litor : « seuls des amoureux du livre parviendront à faire de bons outils numériques » (dans le domaine littéraire). C'est la phrase-clé, pour moi, dans le très intéressant entretien que Constance Krebs a accordé au blog Nouvolivractu. Même qu'elle a cité le coup du berlik-berlok !... (On pourrait juste reprocher à l'auteur du blog, mais gentiment, de ne pas avoir mis de liens hypertextes dans son billet — un comble, tout de même !)
Ah, Constance... J'ai dû être parmi les premiers, mais sans doute pas le seul, il y a sept ou huit ans, à titiller 00h00.com sur des détails éditoriaux, le fonctionnement du site, ce qui était gratuit et ce qui ne l'était pas. Et j'ignorais totalement la galère que c'était de l'autre côté, pour elle : au jour le jour, tenter de promouvoir l'édition électronique dans un milieu fièrement conservateur qui n'en voulait ouvertement pas (et qui n'en veut toujours pas, d'ailleurs).
Le 26 août 1998, 00h00.com était alors en plein développement, elle nous envoyait le message suivant :
« Monsieur,
j'ai visité votre site "Hubert de Phalèse" avec beaucoup d'intérêt. Il semble que votre équipe travaille sur l'étude des textes littéraires grâce aux outils informatiques depuis plusieurs années et veille depuis le début à appliquer cette recherche à des objectifs précis.
Les éditions 00h00.com (zéro heure), maison d'édition en ligne qui propose des œuvres au format numérique (PDF) et au format papier, souhaiteraient enrichir de plus en plus les versions numériques des œuvres publiées.
Nous travaillons notamment à une collection scolaire pour les textes au programme du bac.
Cet enrichissement peut exister soit en ligne, soit hors ligne — ce qui toutefois sous-entend une certaine légèreté puisqu'il s'agit finalement de fichiers PDF téléchargés par le lecteur client, avec une taille maximale limitée.
L'équipe de 00h00 pourrait-elle vous rencontrer afin de mieux connaître vos travaux et envisager éventuellement des développements en commun ?
Avec mes félicitations pour ces recherches »

Étant au Japon, j'avais transmis à mes collègues de Paris 3 et elle a été associée à notre équipe. Après, je ne sais pas comment ça s'est passé, ni s'il y a eu quelque chose en terme de « développements en commun », sinon un compagnonnage intellectuel sur le chemin de Litor et d'Hubert. On la voit de temps en temps, Constance, sur la droite de l'image ou derrière un ordinateur pendant la très intéressante intervention d'Émilie Groshens au séminaire, résumant sa maîtrise, Émilie, consacrée à Érik Orsenna et Cytale (qu'allait-il faire dans cette galère ?) — il faudra que je consacre un prochain billet à cette maîtrise puisque T. utilise La grammaire est une chanson douce dans un cours de... grammaire.
En fait, je ne l'ai rencontrée que bien plus tard, Constance — Émilie, pas encore (peut-être le 28 février, si je peux aller au séminaire écouter Alexandre Gefen...) — et il m'a fallu attendre Cerisy, l'été dernier, pour que nous ayons vraiment le temps de discuter — et que je comprenne mieux son parcours, son excellence et sa tranquille pugnacité, à Constance...

Ça y est, soulagé des corrections de copies et dans l'attente de l'audition du juge Burgaud, Fabrice, sur France Info parce que j'imagine que LCP sera bloquée par l'afflux de demande (et c'est même pas sûr, parce que là, à 22 heures, heure japonaise, le site de Radio france est inaccessible...), dans l'attente, donc, comme promis, Belfond, Pierre Belfond :

« Au bout d'un an [après avoir créé la collection Poche Club], je me suis dit mais enfin, ça, c'est pas de l'édition, c'est de la réédition — remarquez, je ne dis pas de mal de la réédition, on en reparlera peut-être — mais ce qu'il faut c'est quand même publier des nouveautés. Et alors, à peine avais-je pensé, que le lendemain matin, le facteur dépose rue Guizard [?], où nous étions à ce moment-là, un paquet venant de Rabat. J'ouvre. Un roman, d'un inconnu, bien évidemment, qui s'appelait Gilbert Toulouse, le titre : Un Été au Mexique. On reçoit notre premier livre, d'un inconnu, par la poste — je me demande comment Gilbert Toulouse avait entendu parler de notre existence, ça paraît impossible, je pense qu'il avait déjà fait toutes les maisons et qu'on lui avait refusé son roman, mais bon, c'est un détail — en tout cas, moi, je m'assois et en... quoi, en trente secondes, au bas de la première page, je savais que j'avais un auteur génial, que c'était un chef-d'œuvre, un ouvrage sublime. Et télégramme — à l'époque il n'y avait pas d'e-mail — "Acceptons votre roman... Lettre suit, chèque suit. Contrat suit..." Et notre premier livre original [1964] dans la collection de poche, tiré à 20.000 exemplaires, vous vous rendez-compte, une folie douce... Et on a fini par tous les vendre. Mais surtout, nous avons une presse monumentale ! Les plus grands noms. Euh... attention, la moitié, on a été traînés dans la boue — je n'ai pas su à l'époque que les éreintements, c'était encore meilleur que de dire du bien d'un livre. Et je me suis fâché, j'ai envoyé des lettres d'horreur. À François Nourissier, à Kléber Haedens, qui avaient dit que c'était... que ce genre de Nouveau Roman, cette littérature ésotérico-philosophico-robbe-grilletesque... Voilà, n'importe quoi, mais peu importe. C'était extraordinaire ! Et notre maison est devenue un peu connue grâce à Gilbert Toulouse parce que c'était quand même très courageux de publier un roman inédit, d'avant-garde, excessive même...» (Pierre Belfond, extrait du second entretien À Voix nue avec Philippe Garbit, diffusé le 24 janvier 2006)

Ésotérico-philosophico-robbe-grilletesque — pas mal, non ?