Ne pas regarder ? Et pourquoi ? Pour protester contre la surmédiatisation ? Par snobisme, plutôt, non ?...
Nous devrions au contraire nous féliciter que la télévision, cette merveilleuse technologie que nous avons tendance à croire dépassée, puisse servir à autre chose qu'à nous vendre des boîtes de lessive et des séries américaines. Citoyens, nous devons nous faire un devoir de profiter de ces possibilités de comprendre nos institutions théoriquement démocratiques et garantes de notre liberté — dans un temps où certains veulent multiplier et verrouiller des procédures expéditives de nature anti-démocratique au nom de la sacro-sainte sécurité (des personnes, du territoire, de l'emploi, etc.).
Je parle bien sûr de la commission parlementaire sur l'affaire dite d'Outreau, retransmise sur LCP, et notamment à l'audition du juge Burgaud, hier, également retransmise par d'autres chaînes de télévisions, et qui avait lieu, pour moi, durant l'intégralité de la nuit.
Et pourtant, j'ai dormi... En fait, ayant posté mon JLR, j'ai apprêté deux ordinateurs, l'un branché sur France Info, l'autre sur LCP, ça marchait, et j'ai mis en route Total Recorder sur chacun. Et advienne que pourra, j'ai suivi la première heure et puis au lit ! Et ce matin, tout ayant bien fonctionné, j'avais plus de 100 Mo de chaque côté, dont je n'ai actuellement écouté que des bribes.

Or, en écoutant, encore actuellement, l'audition de Gérald Lesigne, Procureur de la République (rediffusion ce soir à partir de 23h30, heure française), autrement plus passionnante que celle du juge Burgaud devenu un petit enfant craintif et capricieux (montagne... souris...), je me rends compte que les parlementaires ont eux-mêmes à faire d'énormes efforts pour comprendre non pas cette erreur judiciaire-là, en particulier, mais comment fonctionne en détail l'institution judiciaire elle-même. En principe, on est loin de celle du temps de Balzac... Basée dans les textes sur la présomption d'innocence, la nécessité du doute et la collégialité des décisions, on découvre — en fait, on le savait déjà mais on pensait que c'était infondé... — que la justice, au quotidien, beaucoup l'ont répété, ne fonctionne pas du tout comme cela.
Moi, je trouve que c'est bien de le savoir ! De savoir par exemple que si vous avez chez vous un ou deux sous-vêtements olé-olé, ne serait-ce qu'une cassette porno et, allez, un godemiché ou un ou deux ustensiles un peu spéciaux... et que par hasard vous avez regardé de travers un ou une enfant qui va donner votre nom ou votre signalement à un policier, vous risquez à tout instant de vous retrouver en détention provisoire — et il y a dans ce domaine du provisoire qui dure !
Il n'y a pas si longtemps, on a vu un poète devenir prisonnier d'un engrenage horrible parce qu'il avait exercé son droit de citoyen en demandant à des policiers pourquoi ils tabassaient un homme déjà à terre... On a constaté alors que la parole des policiers était réputée vraie (assermentation, esprit de corps et solidarité institutionnelle) quand la parole de leur contradicteur, individu lambda, était d'emblée réputée fausse. D'où mon titre du 28 janvier, tiré d'un article de Florence Aubenas : c'est à l'accusé d'apporter la preuve de son innocence...

Titre que personne n'a discuté (et comme ça, je change de sujet, hop !).
D'ailleurs, je vois cela d'une manière générale depuis quelques mois, les commentaires des blogs sont de moins en moins fournis. Comme si la possibilité de commenter, de discuter, n'était plus jugée intéressante. Ou bien parce que les lecteurs n'ont plus le temps de laisser des commentaires... Possible effet pervers des flux RSS et des agrégateurs : on consomme une quantité d'informations d'autant plus importante qu'elle arrive toute seule et l'on ne peut plus dégager le temps de la discussion... Pourvu que je me trompe. Sinon, pauvres de nous !

Entre les deux séances de la commission, je suis allé effectuer trois surveillances de concours d'entrée à l'université, suivies d'une séance au centre de sport. Oui, quand même, j'avais ma journée à faire. Alors que dire de nouveau de ces surveillances dont j'ai déjà parlé en 2004 et 2005 ? Allais-je encore faire la sociologie des montres ou des chaussures ? Non, je me suis efforcé à l'encéphalogramme plat, zen, pendant presque cinq heures... Et c'est comme malgré moi que j'ai quand même compté quatre gauchers, trois garçons et une fille, sur les quarante six candidats surveillés... Et aucun enrhumé.