Quatre gauchers... et aucun enrhumé
Par Berlol, jeudi 9 février 2006 à 23:56 :: General :: #170 :: rss
Ne pas regarder ? Et pourquoi ? Pour protester contre la surmédiatisation ?
Par snobisme, plutôt, non ?...
Nous devrions au contraire nous féliciter que la télévision, cette merveilleuse technologie que nous avons tendance à croire dépassée, puisse servir à autre chose qu'à nous vendre des boîtes de lessive et des séries américaines. Citoyens, nous devons nous faire un devoir de profiter de ces possibilités de comprendre nos institutions théoriquement démocratiques et garantes de notre liberté — dans un temps où certains veulent multiplier et verrouiller des procédures expéditives de nature anti-démocratique au nom de la sacro-sainte sécurité (des personnes, du territoire, de l'emploi, etc.).
Je parle bien sûr de la commission parlementaire sur l'affaire dite d'Outreau, retransmise sur LCP, et notamment à l'audition du juge Burgaud, hier, également retransmise par d'autres chaînes de télévisions, et qui avait lieu, pour moi, durant l'intégralité de la nuit.
Et pourtant, j'ai dormi... En fait, ayant posté mon JLR, j'ai apprêté deux ordinateurs, l'un branché sur France Info, l'autre sur LCP, ça marchait, et j'ai mis en route Total Recorder sur chacun. Et advienne que pourra, j'ai suivi la première heure et puis au lit ! Et ce matin, tout ayant bien fonctionné, j'avais plus de 100 Mo de chaque côté, dont je n'ai actuellement écouté que des bribes.
Or, en écoutant, encore actuellement, l'audition de Gérald Lesigne, Procureur de la République (rediffusion ce soir à partir de 23h30, heure française), autrement plus passionnante que celle du juge Burgaud devenu un petit enfant craintif et capricieux (montagne... souris...), je me rends compte que les parlementaires ont eux-mêmes à faire d'énormes efforts pour comprendre non pas cette erreur judiciaire-là, en particulier, mais comment fonctionne en détail l'institution judiciaire elle-même. En principe, on est loin de celle du temps de Balzac... Basée dans les textes sur la présomption d'innocence, la nécessité du doute et la collégialité des décisions, on découvre — en fait, on le savait déjà mais on pensait que c'était infondé... — que la justice, au quotidien, beaucoup l'ont répété, ne fonctionne pas du tout comme cela.
Moi, je trouve que c'est bien de le savoir ! De savoir par exemple que si vous avez chez vous un ou deux sous-vêtements olé-olé, ne serait-ce qu'une cassette porno et, allez, un godemiché ou un ou deux ustensiles un peu spéciaux... et que par hasard vous avez regardé de travers un ou une enfant qui va donner votre nom ou votre signalement à un policier, vous risquez à tout instant de vous retrouver en détention provisoire — et il y a dans ce domaine du provisoire qui dure !
Il n'y a pas si longtemps, on a vu un poète devenir prisonnier d'un engrenage horrible parce qu'il avait exercé son droit de citoyen en demandant à des policiers pourquoi ils tabassaient un homme déjà à terre... On a constaté alors que la parole des policiers était réputée vraie (assermentation, esprit de corps et solidarité institutionnelle) quand la parole de leur contradicteur, individu lambda, était d'emblée réputée fausse. D'où mon titre du 28 janvier, tiré d'un article de Florence Aubenas : c'est à l'accusé d'apporter la preuve de son innocence...
Titre que personne n'a discuté (et comme ça, je change de sujet, hop !).
D'ailleurs, je vois cela d'une manière générale depuis quelques mois, les commentaires des blogs sont de moins en moins fournis. Comme si la possibilité de commenter, de discuter, n'était plus jugée intéressante. Ou bien parce que les lecteurs n'ont plus le temps de laisser des commentaires... Possible effet pervers des flux RSS et des agrégateurs : on consomme une quantité d'informations d'autant plus importante qu'elle arrive toute seule et l'on ne peut plus dégager le temps de la discussion... Pourvu que je me trompe. Sinon, pauvres de nous !
Entre les deux séances de la commission, je suis allé effectuer trois surveillances de concours d'entrée à l'université, suivies d'une séance au centre de sport. Oui, quand même, j'avais ma journée à faire. Alors que dire de nouveau de ces surveillances dont j'ai déjà parlé en 2004 et 2005 ? Allais-je encore faire la sociologie des montres ou des chaussures ? Non, je me suis efforcé à l'encéphalogramme plat, zen, pendant presque cinq heures... Et c'est comme malgré moi que j'ai quand même compté quatre gauchers, trois garçons et une fille, sur les quarante six candidats surveillés... Et aucun enrhumé.
Nous devrions au contraire nous féliciter que la télévision, cette merveilleuse technologie que nous avons tendance à croire dépassée, puisse servir à autre chose qu'à nous vendre des boîtes de lessive et des séries américaines. Citoyens, nous devons nous faire un devoir de profiter de ces possibilités de comprendre nos institutions théoriquement démocratiques et garantes de notre liberté — dans un temps où certains veulent multiplier et verrouiller des procédures expéditives de nature anti-démocratique au nom de la sacro-sainte sécurité (des personnes, du territoire, de l'emploi, etc.).
Je parle bien sûr de la commission parlementaire sur l'affaire dite d'Outreau, retransmise sur LCP, et notamment à l'audition du juge Burgaud, hier, également retransmise par d'autres chaînes de télévisions, et qui avait lieu, pour moi, durant l'intégralité de la nuit.
Et pourtant, j'ai dormi... En fait, ayant posté mon JLR, j'ai apprêté deux ordinateurs, l'un branché sur France Info, l'autre sur LCP, ça marchait, et j'ai mis en route Total Recorder sur chacun. Et advienne que pourra, j'ai suivi la première heure et puis au lit ! Et ce matin, tout ayant bien fonctionné, j'avais plus de 100 Mo de chaque côté, dont je n'ai actuellement écouté que des bribes.
Or, en écoutant, encore actuellement, l'audition de Gérald Lesigne, Procureur de la République (rediffusion ce soir à partir de 23h30, heure française), autrement plus passionnante que celle du juge Burgaud devenu un petit enfant craintif et capricieux (montagne... souris...), je me rends compte que les parlementaires ont eux-mêmes à faire d'énormes efforts pour comprendre non pas cette erreur judiciaire-là, en particulier, mais comment fonctionne en détail l'institution judiciaire elle-même. En principe, on est loin de celle du temps de Balzac... Basée dans les textes sur la présomption d'innocence, la nécessité du doute et la collégialité des décisions, on découvre — en fait, on le savait déjà mais on pensait que c'était infondé... — que la justice, au quotidien, beaucoup l'ont répété, ne fonctionne pas du tout comme cela.
Moi, je trouve que c'est bien de le savoir ! De savoir par exemple que si vous avez chez vous un ou deux sous-vêtements olé-olé, ne serait-ce qu'une cassette porno et, allez, un godemiché ou un ou deux ustensiles un peu spéciaux... et que par hasard vous avez regardé de travers un ou une enfant qui va donner votre nom ou votre signalement à un policier, vous risquez à tout instant de vous retrouver en détention provisoire — et il y a dans ce domaine du provisoire qui dure !
Il n'y a pas si longtemps, on a vu un poète devenir prisonnier d'un engrenage horrible parce qu'il avait exercé son droit de citoyen en demandant à des policiers pourquoi ils tabassaient un homme déjà à terre... On a constaté alors que la parole des policiers était réputée vraie (assermentation, esprit de corps et solidarité institutionnelle) quand la parole de leur contradicteur, individu lambda, était d'emblée réputée fausse. D'où mon titre du 28 janvier, tiré d'un article de Florence Aubenas : c'est à l'accusé d'apporter la preuve de son innocence...
Titre que personne n'a discuté (et comme ça, je change de sujet, hop !).
D'ailleurs, je vois cela d'une manière générale depuis quelques mois, les commentaires des blogs sont de moins en moins fournis. Comme si la possibilité de commenter, de discuter, n'était plus jugée intéressante. Ou bien parce que les lecteurs n'ont plus le temps de laisser des commentaires... Possible effet pervers des flux RSS et des agrégateurs : on consomme une quantité d'informations d'autant plus importante qu'elle arrive toute seule et l'on ne peut plus dégager le temps de la discussion... Pourvu que je me trompe. Sinon, pauvres de nous !
Entre les deux séances de la commission, je suis allé effectuer trois surveillances de concours d'entrée à l'université, suivies d'une séance au centre de sport. Oui, quand même, j'avais ma journée à faire. Alors que dire de nouveau de ces surveillances dont j'ai déjà parlé en 2004 et 2005 ? Allais-je encore faire la sociologie des montres ou des chaussures ? Non, je me suis efforcé à l'encéphalogramme plat, zen, pendant presque cinq heures... Et c'est comme malgré moi que j'ai quand même compté quatre gauchers, trois garçons et une fille, sur les quarante six candidats surveillés... Et aucun enrhumé.
Commentaires
1. Le jeudi 9 février 2006 à 14:43, par caroline :
Et oui, je n'ai pas regardé ces audiences, n'ayant pas d'antenne branchée sur le meuble cathodique. Ceux qui m'en ont parlé, on relevé le côté petit enfant, premier de la classe du juge. Alors que je discutais avec une amie qui défendait le bien fondé de ce genre de spectacle télévisuel, en disant qu'on ne pouvait pas faire autrement que de réformer le système judiciaire après "ça", je suis restée beaucoup plus nuancée. Tout cela va retomber comme un soufflet, médiatisation ou pas. Est-ce mon pessimisme naturel qui parle ? Peut-être. Mais, quand on voit que le budget de la justice par habitant en France se situe à la 23è place dans l'Europe des 25, et le mode de recrutement des juges et leur formation, je me dis que nous venons de trop loin pour que la soit disant réforme consécutive à cette affaire, ne soit pas qu'un pansement sur une jambe de bois.
2. Le jeudi 9 février 2006 à 15:06, par Berlol :
Il est hélas bien possible que vous disiez vrai, j'en suis bien conscient. Néanmoins, au-delà de la rediffusion exceptionnelle par de grandes chaînes, l'existence de moyens d'information permanents comme LCP également disponibles par l'internet constituent un réel changement des conditions de la citoyenneté. Ceux qui, en plus grand nombre, désireraient s'informer pour mieux comprendre leurs institutions (alors que certaines d'entre elles sont historiquement mutiques quant à leur fonctionnement) pourraient peut-être ensuite voter correctement pour élire des personnes susceptibles de proposer des réformes...
3. Le vendredi 10 février 2006 à 00:46, par Arte :
Et non, je n'ai pas regardé non plus, et ne partage pas l'élan outré sur le dysfonctionnement de la justice, ni l'optimisme en une technologie télévisuelle citoyenne (pas plus qu'en internet).
Je n'ai pas la télévision... je n'ai JAMAIS vu le world trade center s'écrouler. Ni l'enfant Irakien amputé, ni Ben laden baragouiner, ni Houellebecq déprimer, ni les morts de Madrid ou de Londres, , ni Sarkozy çi, Sarkozy là, ni Bernadette inciter à voter OUI, ni, ni, ni ...
Ni LES débats de l'assemblée sur LCP sur l'état des prisons (ou "l'état des prisonniers" ? ) en France...
Je suis Snob ?
4. Le vendredi 10 février 2006 à 02:21, par caroline :
Snob de ne pas avoir la télé ? Certains me l'ont dit, avançant l'argument que je ratais plein de bonnes choses sur Arte (tiens !). J'en suis consciente. Pendant que je ne la regarde pas, donc, je fais autre chose. Ce n'est pas obligtoirement mieux. L'info internet n'est ni meilleure ni pire. Je lis plus, quantativement parlant. Rien de significatif. Mais, l'autre jour, quand j'ai chargé ma voiture de jeunes lycéens qui partaient à la manif contre le CPE, j'ai écouté leurs conversations. Deux d'entre eux n'avaient pas la télé. Ils étaient mieux informés sur ce qu'est le CPE, ils ont plus d'esprit critique. Ils ont une autre analyse de l'image. Les deux autres qui avaient la télé, n'en avaient entendu parler que par les copains et parfois au dernier moment. Quant à ceux qui ne sont pas venus à la manif, la majorité, ils ignoraient complètement de quoi il s'agissait. Alors, quand De Villepin dit qu'il entend ceux qui manifestent et aussi, ceux qui ne manifestent pas, il peut se réjouir que l'ignorance de la majorité le conforte dans ses principes.
Ne pas avoir la télé (j'ai une petite antenne qui est branchée après consultation dans le but de regarder une émission choisie sur le programme) est surtout bénéfique pour ma fille, une ado, qui a changé de vie depuis l'interruption volontaire de l'image.
5. Le vendredi 10 février 2006 à 04:42, par Berlol :
encore plus snob que tout à l'heure...
Heureusement, vous m'avez moi, qui n'en voit que des bouts webifiés, pour vous dire ce qui s'y passe de bien !
6. Le vendredi 10 février 2006 à 23:57, par grapheus tis :
Snob, sans doute ! Grognon, peut-être ! Caractériel, avec certitude !
D'accord avec Berlol sur les espaces citoyens qui s'ouvrent ici sur la Toile, là-bas dans les étranges lucarnes.
Il est vrai que j'ai "snobé" l'entretien avec le juge d'instruction parce que les chaînes qui voulaient faire de l'audience se sont précipitées "comme Pataud sur la galette", mais surtout parce que je voulais fuir les commentaires (et quels commentaires !) dont elles allaient enrober leur retransmission.
Il est vrai que la chaîne LCP n'est reçue que par les privilégiés abonnnés à X ou Y.
Nous sommes des impurs.
Mais, comme pour le "papier", le journal, le livre, nos sites, nos blogues, qui diffuse ?
J'ai quelque souci citoyen à cet endroit.
7. Le samedi 11 février 2006 à 00:57, par Berlol :
Non, mon ami ! la Chaîne parlemenaire est gratuite sur la TNT et accessible gratuitement dans le monde entier sur le site web www.lcpan.fr !
Les auditions y sont disponibles à la carte ! Courez-y ! C'est sans les commentaires baveux que vous redoutez justement ailleurs...
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