L'horreur du bon vieux temps
Par Berlol, samedi 11 février 2006 à 23:38 :: General :: #172 :: rss
Avons reçu par la poste l'Artamène
concocté par Claude Bourqui et Alexandre Gefen (merci à tous
les deux !). Il s'agit véritablement d'un OLNI* : roman du XVIIe
siècle en extraits et en poche, relié à un site web absolument exhaustif (voir
ce que Claude Bourqui en disait
au colloque de Cerisy il
y a tout juste six mois — comme le temps passe ! C'est pour mieux
t'enterrer, mon enfant...). Mais pas encore le temps de le lire, trop
d'autres choses. Juste sortis pour déjeuner au Saint-Martin (oui,
poulet rôti).
* OLNI : Objet Littéraire Non Identifié. L'apparition de ce sigle n'est pas précisément datée, mais je ne suis pas sûr qu'on le trouverait antérieurement à l'année 2000 (par exemple ici).
Rime interne :
Assermentation — « Il ment sous serment !... », disait, de Fabrice Burgaud, Daniel Legrand fils.
Mais à quoi sert le serment, sinon à jouir un jour de mentir sous serment ? Le faire passer à l'as...
« [...] l'Ecole nationale de la magistrature (ENM) serait-elle une fabrique de techniciens robotisés ? », s'interroge Jacqueline Coignard dans Libération du jour.
Il a beaucoup été question de technique, à la commission d'enquête parlementaire d'Outreau. Plus précisément, de la technique apprise à l'école des juges, comme ensemble de textes et de gestes, de procédures et d'actes écrits automatiquement mis en œuvre selon des schémas de situation. Le juge Burgaud dit avoir bien fait, techniquement, son travail. Et cela est fort possible. Son effroi quand, à l'orée de son premier poste, il découvre le panorama des crimes sexuels qu'il doit juger, sans expérience, ne peut être jugulé que par l'édification d'un mur de technique derrière quoi ne pas entendre les cris du cœur — ceci pour le cas où il en aurait un.
Cela ne rejoint-il pas ce que disaient les fonctionnaires judéocides
de la Collaboration ? Comme tous ceux qui se retranchent derrière
un : « moi, je fais ce qu'on me dit de faire »,
sans avoir à penser, ailleurs résumé en « jugulaire,
jugulaire »... Car, de la technicité d'aujourd'hui
à l'aveugle et zélée obéissance hiérarchique
d'hier (type Affaire Dreyfus), il n'y a pas l'espace d'un pas : c'est pareil.
En écoutant le 7e épisode de Monsieur du Paur, le feuilleton de France Culture adapté du roman et du personnage de Paul-Jean Toulet, on entendra, s'il était besoin, que les sévices sexuels ne sont pas propres à notre temps, pour ceux qui le croiraient — je pencherais même à croire qu'ils étaient pires quand le père ou le seigneur avait droit de vie (et de mort) sur sa famille ou sa seigneurie (relire alors la Barbe-bleue comme un cas isolé de dévoilement progressif — « poudroie... verdoie... dragon... mousquetaire... » — de l'horreur du bon vieux temps, sans doute parce que la fin en est positive et morale...).
Claude Simon en Pléiade ! Je savais que c'était en préparation... Mais ne sera-ce qu'une compilation de ce que je connais déjà fort bien, ou y aura-t-il dossiers et notes pour de nouvelles nourritures ?
Mince !... Toussaint à Toulouse !... D'Orléans, ça ne va pas être facile ! Y'a pas photo : l'aller-retour au BOOK ne se fait pas dans la journée...
Re-mince !... Je ne savais pas que (lire) Baudrillard, c'était si mal ! Moi qui y voyait souvent de l'humour dans le politiquement incorrect... Heureusement, Thomas Florian m'a apporté la bonne parole !
Mais (de nous deux) qui est-ce qui ne sait pas lire ?
* OLNI : Objet Littéraire Non Identifié. L'apparition de ce sigle n'est pas précisément datée, mais je ne suis pas sûr qu'on le trouverait antérieurement à l'année 2000 (par exemple ici).
Rime interne :
Assermentation — « Il ment sous serment !... », disait, de Fabrice Burgaud, Daniel Legrand fils.
Mais à quoi sert le serment, sinon à jouir un jour de mentir sous serment ? Le faire passer à l'as...
« [...] l'Ecole nationale de la magistrature (ENM) serait-elle une fabrique de techniciens robotisés ? », s'interroge Jacqueline Coignard dans Libération du jour.
Il a beaucoup été question de technique, à la commission d'enquête parlementaire d'Outreau. Plus précisément, de la technique apprise à l'école des juges, comme ensemble de textes et de gestes, de procédures et d'actes écrits automatiquement mis en œuvre selon des schémas de situation. Le juge Burgaud dit avoir bien fait, techniquement, son travail. Et cela est fort possible. Son effroi quand, à l'orée de son premier poste, il découvre le panorama des crimes sexuels qu'il doit juger, sans expérience, ne peut être jugulé que par l'édification d'un mur de technique derrière quoi ne pas entendre les cris du cœur — ceci pour le cas où il en aurait un.
Cela ne rejoint-il pas ce que disaient les fonctionnaires judéocides
de la Collaboration ? Comme tous ceux qui se retranchent derrière
un : « moi, je fais ce qu'on me dit de faire »,
sans avoir à penser, ailleurs résumé en « jugulaire,
jugulaire »... Car, de la technicité d'aujourd'hui
à l'aveugle et zélée obéissance hiérarchique
d'hier (type Affaire Dreyfus), il n'y a pas l'espace d'un pas : c'est pareil.En écoutant le 7e épisode de Monsieur du Paur, le feuilleton de France Culture adapté du roman et du personnage de Paul-Jean Toulet, on entendra, s'il était besoin, que les sévices sexuels ne sont pas propres à notre temps, pour ceux qui le croiraient — je pencherais même à croire qu'ils étaient pires quand le père ou le seigneur avait droit de vie (et de mort) sur sa famille ou sa seigneurie (relire alors la Barbe-bleue comme un cas isolé de dévoilement progressif — « poudroie... verdoie... dragon... mousquetaire... » — de l'horreur du bon vieux temps, sans doute parce que la fin en est positive et morale...).
Claude Simon en Pléiade ! Je savais que c'était en préparation... Mais ne sera-ce qu'une compilation de ce que je connais déjà fort bien, ou y aura-t-il dossiers et notes pour de nouvelles nourritures ?
Mince !... Toussaint à Toulouse !... D'Orléans, ça ne va pas être facile ! Y'a pas photo : l'aller-retour au BOOK ne se fait pas dans la journée...
Re-mince !... Je ne savais pas que (lire) Baudrillard, c'était si mal ! Moi qui y voyait souvent de l'humour dans le politiquement incorrect... Heureusement, Thomas Florian m'a apporté la bonne parole !
Mais (de nous deux) qui est-ce qui ne sait pas lire ?
Commentaires
1. Le samedi 11 février 2006 à 09:22, par alain :
oh! très bien, très bien, je ne sais qui est Thomas Florian, mais le lien que tu fournis et qui présente son livre propose des pistes sérieuses pour déboulonner ce qui ne l'était pas, ces sortes de vieux penseurs qui nous tartinent de vide avec aplomb.
2. Le samedi 11 février 2006 à 09:28, par l'ennuyeux :
chez Toussaint, ce sont ses films quand même.
Non ?
J'aimerais bien avoir un éclairage sur le sujet.
C'est juste parce qu'il en est parlé plus haut. Sinon, je veux bien parler d'autre chose.
Même tout seul.
Oh oui, comment il s'appelle, son comédien, un chanteur, un grand, il a un frère (qui chante aussi), celui qui occupe le rôle du narrateur dans les films, une catastrophe pour l'empathie ?
3. Le samedi 11 février 2006 à 19:59, par grapheus :
Il y a quand même des petits "mecs" aigres qui éprouvent le besoin de se faire lire sur les textes des autres.
4. Le samedi 11 février 2006 à 21:04, par Berlol :
"Déboulonner ce qui ne l'était pas", bien dit ! En effet, Baudrillard ne s'est jamais prétendu philosophe ou sociologue. Certains l'ont dit de lui et lui ont préparé des voyages, des conférences, des tournées, des unes de presse, etc., qu'il était dans son cynisme de ne pas refuser, tout en reprécisant les choses à chaque fois (j'ai vu ça à Tokyo il y a quelques années). Je crois que son "œuvre" et sa "pensée" (le vieux style !...) ne sont pas réfutables parce qu'elles n'ont aucune méthode ni système. Banalités, paradoxes, apories, aphorismes s'y cotoient dans une débauche esthétique et littéraire d'autodérision. Ce n'est pas ce que je préfère et je ne prendrais pas sa défense mais vouloir le flinguer comme ça, voilà qui est un peu étrange, et indigne (à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire...), et révélateur d'un nouveau puritanisme du langage (qu'aucun mot ne laisse traîner ses sens, policez-vous !).
5. Le dimanche 12 février 2006 à 03:56, par Sz :
Orléans 8h00 -> Austerlitz 9h00 -> Orly 10h00 -> navette Blagnac 11h00 -> expo Toussaint - > 12h00 || + cassoulet || Blagnac 16h -> navette Orly 17h -> Austerlitz 18h -> Orléans 19h
ce qui est étonnant, et même comparant à Claude Simon photographe, considéré comme auteur professionnel et photographe amateur, c'est que dans cette expo Toussaint on ne dit pas "voilà l'auteur qui installe, peint, photographie et filme", on dit voilà Toussaint, et ce qu'il est inclut le livre et tout ce qu'il y a autour, un livre s'appelle L'Appareil Photo et voilà les photos de Tokyo faites en même temps que le livre
ceci dit indépendamment de ce qu'il présente, ai hâte en fait connaître ces photos
"catastrophe pour l'empathie" je comprends pas trop mais ça lui va bien à JPT
6. Le dimanche 12 février 2006 à 06:02, par alain :
j'efface ce que j'ai dit.
7. Le dimanche 12 février 2006 à 07:29, par Berlol :
Alain, c'est une figure de rhétorique, ou un performatif ? Tu reviens par l'esprit sur ce que tu croyais avoir lu sur Baudrillard, ou tu me demandes d'effacer effectivement ton message de ce matin ? Je penche pour la première solution. Mais ce qui fait de ce que tu écris une parole littéraire, c'est bien que les deux sens sont frappés d'indécidabilité, ou de polysémie, verrouillée par la formulation lapidaire. Voilà bien le type de parole qu'aucun ordinateur ne pourra traiter...
Merci pour le plan de vol, Sz. Je vais voir si je me laisse tenter... Cet "en même temps" de Toussaint que tu pointes, c'est justement ce qu'il développait dans la conférence donnée le 19 mai 2005 à ma fac, photos à l'appui.
8. Le dimanche 12 février 2006 à 09:07, par vinteix :
Alain, vous me semblez etre un grand effaceur de vos propres paroles.. .est-ce la le signe d'une "parole litteraire" ?!? je n'en suis pas sur... loin de la.. .ce qui est ecrit est ecrit.. en tout cas quand il s'agit du livre... Qu'on revienne dessus, bien sur... on est toujours dans l'inachevement... mais qu'on se contente d'"effacer", c'est un peu court, non...
9. Le dimanche 12 février 2006 à 09:42, par Sz :
merci pour lien conférence
curieux de relire le JLR à un an de distance (le mois entier doit s'afficher pour avoir accès au 19...) - vous y faites déjà le publiciste de Baudrillard et Finkelkraut : opiniâtre -
il n'y a pas extrait audio envisageable de la conf JPT ?
10. Le dimanche 12 février 2006 à 17:01, par Berlol :
Pour la vidéo, je vais voir avec l'intéressé. S'il est disponible... Pour le lien vers le 19 mai 2005, il faut attendre que la page se charge, ensuite ça se positionne directement sur le 19, non ? Je viens d'essayer, et ça marche. Ceci dit, ça n'empêche pas de relire le mois si on a envie !
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