En lisant, en hibernant.

Une brève du Monde des livres sur Volodine en page 4. Ça craint.
« NOS ANIMAUX PRÉFÉRÉS, d’Antoine Volodine. Des mots. Beaucoup, beaucoup de mots dont certains plutôt beaux et bien agencés, mais après ? On ne peut se défaire d’un sentiment de vide et de frustration en lisant le dernier livre d’Antoine Volodine. Les aventures de l’éléphant Wong (qui refuse « d’engrosser » une femme au motif qu’elle « sent la crotte ») ou du roi Balbutiar et des sirènes sont censées avoir une portée politique et peut-être métaphysique, croit-on comprendre. L’ensemble ressemble plutôt à un jeu pas très drôle, joué par un auteur dont la virtuosité pourrait trouver de meilleurs exutoires. R. R. Seuil, coll. Fiction & cie, 152 p., 16 €.»
C'est suivi de deux pages cocorico sur la pensée française qui refleurirait aux States. Pourquoi pas. Mais, très franchement, si une pensée française méritait d'exister et si elle parvenait jamais aux États-Unis, il n'y aurait ni Bush ni Guantanamo, non ?...

Je sors brièvement pour acheter du pain, du fromage. Et je me fais arnaquer : Miuraya propose des Petit Pont-L'Évêque, vendus par moitié, sous film plastique local, remis dans la boîte. Le prix indiqué n'est donc pas celui de la boîte mais celui de la moitié, avec ou sans la boîte. Donc, je paie double...
Pas envie de protester. Ne pas se laisser déconcentrer (ou déconcerter, dans ce cas, c'est pareil).

Film à l'Institut, faisant partie de la sélection proposée par Arnaud Desplechin : License to live de Kurosawa Kiyoshi (2000). Déjà vu il y a quatre ans, je crois, au même endroit. Comme le personnage qui sort de dix ans de coma, je me souviens du film au fur et à mesure... Quelle identité pour un enfant soudain adulte, coincé dans un hiatus du temps, incapable de revenir en arrière, de trouver son temps véritablement perdu, ni d'avoir l'âge mental de ses artères ? Et si peu d'aide d'une famille décomposée, d'un lieu à l'abandon, d'une caméra jamais lyrique. Le coma comme envers du voyage dans le temps m'interroge sur mon propre changement durant ces quatre années — j'ai l'impression de comprendre exactement la même chose mais je suis sûr que c'est une illusion.
Écrasé par une camionnée de vieux frigos qui auront sa peau, je croyais que l'intempestif demandait : « 運命ですか » (unmei desu ka, « Est-ce que c'est le destin ? »), alors qu'en fait, j'auto-corrige juste après, il demandait : « 夢ですか » (yume desu ka, « Est-ce que c'est un rêve ? », « Je rêve, ou quoi ? »).

Finalement, pas de rendez-vous avec Au fil de l'O, pas encore revu depuis des mois qu'il est revenu au Japon ! Il a rencontré par hasard quelqu'un d'autre à Shinjuku... Dieu que Tokyo est petit !
Achat de tomates, de clémentines et de bananes séchées. Et retour au livre.
Un quart d'heure très Toussaint avec David en webcam mais sans son, problème technique entre Mac et PC. On se fait des gestes, on écrit des petits messages dans la fenêtre, on ouvre pour rien des boîtes d'aide technique. Et puis on refait des grands gestes désolés.

« Grâce à ces rendez-vous qui le faisaient se retrouver seul, Marc avait pu établir que le temps, dès qu'il n'est plus asservi par un « emploi du temps », est la générosité même. Il avait chaque fois été accueilli, ou plutôt recueilli par le temps et il avait enfin pu se promener en échappant à la règle qui consiste à n'entretenir avec le temps que des rapports désagréables.» (François Weyergans, Je suis écrivain, Gallimard, 1989, p. 62)