Préparatifs pour quatre semaines d'absence — période cruciale pour T., qui devra finir sa rédaction de thèse sans mon soutien moral... Bien qu'elle ne fasse rien pour me culpabiliser, je me sens oppressé, hagard, alenti dans mes gestes comme pour repousser à plus tard ceux du départ. Mais rien n'y fera, demain dès l'aube, je partirai en shinkansen, puis samedi matin je prendrai l'avion avec un collègue et une cargaison de 30 étudiants.

Nous réfléchissions, T. et moi, à ces étranges mouvements de la conscience, freinante jusqu'à la séparation et qui, en un instant, s'accélèrera par l'investissement dans diverses activités, avec, jour après jour plus transparent filigrane, le compte à rebours des retrouvailles. D'expérience, nous savons que pour des années de futurs souvenirs, ce que nous avons à faire maintenant chaque jour aura le goût de cette attente discrète et fébrile.

Pour me changer les idées, je navigue sur le site de France 2 et m'aperçois que, sans annonce tapageuse, comme si trop en parler risquait de nuire, on trouve de plus en plus d'émissions disponibles en vidéo. J'ai regardé un sujet d'Envoyé spécial sur les préparatifs de l'audience du juge Fabrice Burgaud, puis j'ai trouvé l'émision À vous de juger du 26 janvier sur le passé colonial. Là, c'est quand même 2 heures et 32 minutes de débat ! Il va falloir que je réorganise mon emploi du temps... Ceci dit, en fond sonore... Idem pour Mots croisés et J'ai rendez-vous avec vous... Bref, presque toute l'info de France 2 est disponible !

Déjeuner chinois, pour changer, et promenade au soleil de mai. Suite par du rangement de courrier. Pause, c'est l'heure de Demonlover (2002). Vierge d'information (je n'ai absolument rien lu sur ce film d'Olivier Assayas), je découvre une œuvre à la fois dérangeante et inaboutie, c'est-à-dire qui met mal à l'aise physiquement — surtout par les excès de mouvements de caméra en gros plan — mais qui n'y arrive pas pleinement par son sujet. Il y a des meurtres, de la torture et de l'esclavage sexuel, on y voit l'endroit et l'envers des sites de mangas animés érotiques, des négociations glauques et des pratiques peu légales sur trois continents. De quoi les avoir à zéro ! Et pourtant non. Il y a dans la première demi-heure un climat de film de mœurs à la française, vaguement comique, un peu comme la première demi-heure d'un film avec Belmondo, qui empêche le spectateur de croire à tout ce qui peut arriver d'horrible après.
Surprise dans les scènes tournées à Tokyo : y joue, et plutôt bien, notre animatrice de l'Espace Images de l'Institut, Abi Sakamoto. Elle traduit en réunion, cornaque en boîte de nuit et ne quitte la chambre de Charles Berling qu'au petit matin... C'est probablement le même hôtel que dans Lost in Translation, d'ailleurs.