De grandes plaines de retour
Par Berlol, vendredi 10 mars 2006 à 23:24 :: General :: #199 :: rss
Entre des arbres nus, quand le jour se lève, le Mont-Saint-Michel
se laisse deviner, à trois ou quatre kilomètres (l'été,
quand l'hôtel est plus cher, le feuillage doit empêcher de le
voir, c'est dommage...).Après un petit-déjeuner roboratif, la croisière repart, droit au Mont... pour d'ultimes photos. Les contrastes sans brume le rendent en effet plus pittoresque que jamais — à l'instar des étudiantes dont le maquillage est tout frais.
Route de la côte à vitesse d'escargot ; tout est à voir jusqu'à Saint-Malo. Au Vivier-sur-Mer, on traverse des parkings avec des bateaux à roues. Les mytiliculteurs éberlués, transformés en mollusques sur pattes, nous regardent passer comme les vaches des trains.
Un peu trop tôt pour une dégustation, heureusement. La moule ouvre tard.
Dix heures, Saint-Malo, Porte Saint-Vincent. Distribution de plans et énoncé des consignes : quartier libre Intra Muros jusqu'à 13h30, avec un questionnaire à remplir et à rendre au retour dans l'autocar. Nous itou — sauf le questionnaire. Direction, la cathédrale reconstruite, les tombes de Jacques Cartier et de Robert Surcouf, puis les remparts, vent debout, soleil aussi.
Fort de sa passion pour l'Histoire, mon collègue brave les
éléments pour monter au Grand
Bé,
en pélerinage. Il en rapportera l'épitaphe
de Chateaubriand,
vœu de et exhortation au silence — que tout homme congelé respecte
sans difficulté. Sur cette photo prise au Nikon (et pas au Canon...),
on le voit, mon collègue, pas Chateaubriand, minuscule point beige
à mi-pente...Le texte originel de Roger Vercel était un peu différent de celui qui a été gravé, va savoir pourquoi...
Un grand écrivain
français a demandé cette tombe.
Pour n' y entendre que la mer et le vent.
Passant, respecte sa dernière volonté.
Regarde et tais-toi.
Roger Vercel 1948
Capuche scratchée serrée jusqu'à la Porte
de Dinan, puis tête nue, je flâne par les rues avec notre coordinatrice,
du SRI de l'université d'Orléans. Il semble qu'aucun groupe
d'étudiants ne soit allé sur les remparts. En revanche, faisant
quelques boutiques, nous en rencontrons pas mal... J'achète notamment
de la soupe de poisson, des Brezoneg (pot de crêpes au Grand-Marnier)
et du sel de Guérande. Rendez-vous au Marché aux Légumes
pour retrouver mon collègue et déjeuner à la crêperie
Froment et Sarrazin (moules et pétoncles aux cèpes, suivies
d'une crêpe au Salidou, le tout arrosé de cidre brut — il est
déjà loin, le temps de la gastro !)Quand sonne l'heure, je traînasse encore un peu, seul, mèches au vent, place Chateaubriand, devant le château de la duchesse Anne. On recompte les étudiants, et en route !
Le malouin de plus loin...
Pendant que la Sorbonne s'occupe, nous traversons de grandes plaines de retour, faisons une pause à Chateaudun, essuyons un dernier grain de neige fondante. J'écoute la radio, par le baladeur mp3 dont le tuner n'est pas très puissant : je n'ai souvent le choix qu'entre RTL et France Info. Assez pour apprendre, Césaire !, et ne pas aimer.
Quand je ne capte plus rien, j'en reviens à Bégaudeau, que je citerai bientôt, ou je relis quelques pages de Ravel...
« Pendant les répétitions, il fait vive impression sur les instrumentistes en assortissant différemment, du jour au lendemain, les couleurs de sa chemise et de ses bretelles : une fois roses, une fois bleues. Tout marche encore très bien, du moins c'est ce qu'il lui semble, bien qu'il ne se demande pas si l'accueil qui lui est fait reflète exactement le sentiment de triomphe qui l'envahit depuis quatre mois. Sentiment tel qu'il en devient un peu nonchalant, de plus en plus désinvolte dans sa façon déjà fragile de toucher le piano. Il pense que cela ne se voit pas, d'ailleurs il n'y pense pas. Or cela s'est vu. Il ne le sait pas. Le saurait-il d'ailleurs qu'il s'en foutrait.» (Jean Échenoz, Ravel, p. 59)
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