À la Médiathèque d'Orléans, de 10h30 à 15 heures sans bouger de ma chaise : courrier, distribution Litor, rédaction, recherche des liens et mise en ligne du JLR d'avant-hier. Une petite photo reçue du téléphone portable de T. et me donnant l'état des tulipes du balcon tokyoïte, voilà qui en dit long sur sa bonne forme... et me fait grand bien.
Dès midi, la salle de lecture du second étage est pleine, principalement d'étudiants et de lycéens. Malgré cela, la consigne de silence est à peu près respectée. Une belle discipline qui me fait repenser avec ce que j'écoutais de Bégaudeau hier. Je me demande si les établissements scolaires et universitaires d'Orléans ont des (ou suffisamment de) bibliothèques ouvertes le samedi... Je sens comme une carence, dans ce domaine.
Il y a dans l'ensemble une vraie demande de lieux d'étude, silencieuse, puissante, d'une jeunesse qui veut travailler et réussir sa vie, prendre sa place, son tour (si on les lui laisse, si leurs cinglés de parents veulent bien leur faire de la place, une place digne d'eux...). Et ça, c'est moins sexy pour les médias que les débordements constatés ici ou là (et qu'il faut continuer de traiter, bien évidemment) et moins vendeur que les crispations des aigris chez qui 68 sont des chiffres restés en travers.
Et à cette demande formidable et silencieuse, et admirable, des réponses comme le CPE ne sont assurément pas à la hauteur. On a d'un côté une demande et un désir d'intelligence et de l'autre une réponse de gestionnaire de bestiaux qui se prend pour Napoléon. De quel côté est la grandeur d'esprit ? (D'ailleurs dans de Villepin, le vil contredit le de...)

« [...] Un critère de classification a été de retenir les moments où ça ne marche pas. Les moments où ça dysfonctionne [à l'école]. Mais les moments de dysfonctionnement structurel et non pas de dysfonctionnement exceptionnel. C'est-à-dire que ce roman... de toute façon, j'en aurais été bien incapable, puisque je n'ai pas vécu ce genre de moment, mais quand bien même j'aurais été poignardé, je ne suis pas sûr que je l'aurais raconté, pour ne pas prêter le flanc à un certain nombre de discours, que je peux appeler réactionnaires, quand je suis de mauvaise humeur, et surtout parce que je voulais montrer le dysfonctionnement structurel, celui devant lequel on sera toujours pris, y compris le jour où il n'y aura plus de coups de couteaux. Voilà, le jour où il n'y aura plus de faits divers, plus d'insultes, plus de tutoiements, il y aura un dysfonctionnement de base qui est : un prof essaie de parler à ses élèves et ils ne se comprennent qu'à moitié.
[...]
Oui, cette langue-là, cette langue qu'on appelle
de banlieue, et qui elle-même souffrirait de nombreuses divisions internes, certains disent que c'est une langue à peine articulée qui ne mérite même pas le nom de langue et encore moins le nom de français, ça, je les laisse à leur jugement péremptoire, ce qui me frappe absolument dans cette langue, c'est à quel point elle est riche, elle est dense, et qu'elle mérite d'être prélevée en littérature, oui...
[...]
Me frappe toujours beaucoup... Mais ça, des philosophes l'ont dit avant moi : on s'étonne souvent que les gens se révoltent, on s'étonne beaucoup moins que si peu de gens se révoltent. Et me frappe... à l'heure où justement on a tendance à dire à diagnostiquer concernant la société française qu'elle est extrêmement chaotique, qu'elle se cherche, que les repères ont tous sauté... Moi, me frappe absolument à quel point, et notamment à l'école, à quel point ça continue à bien fonctionner — ça ne fonctionne pas dans le sens de l'ascenseur social, c'est vrai que l'école ne fait pas ce travail-là, on connaît les statistiques, je n'y reviens pas, mais en terme de simple exécution de la règle, c'est vrai que la transgression reste l'exception, et que globalement tous les élèves de France arrivent le matin à peu près à l'heure, s'assoient sur les chaises, y restent pendant 55 minutes, et quand ça sonne ils s'en vont, et puis ils rejoignent une autre classe, ils s'assoient et c'est reparti. Globalement, ça marche, quoi. Et je ne suis pas sûr qu'on doive s'en réjouir, d'une certaine manière. Si on est un peu anarchiste, par exemple. On devrait même s'inquiéter de ce qui reste, peut-être, de la grégarité. Voilà, je pose la question... »
(François Bégaudeau dans Du jour au lendemain le 16 février dernier. Frappant, non ?)

Aux Galeries Lafayette pour acheter deux chemises. En effet, il est plus simple d'en acquérir de nouvelles pour la dernière semaine que de trouver une teinturerie, y amener et y reprendre les miennes, avec l'emploi du temps chargé des derniers jours. Sans compter que je pourrais ne pas être satisfait du travail. Par ailleurs, les chemises sales, pliées un peu n'importe comment, prendront moins de place dans la valise que des chemises propres et emballées... Elles peuvent même servir de tampon ou de bouche-trou.

Moment rare à la télévision : une pièce de Roland Topor. L'Hiver sous la table, c'est tout un univers de tendresse et de précarité, de sous-location à la vodka et de foncière humanité — 100 % pur jus de Topor. Après ça, je dors comme un bébé...