On dit que le pouvoir a ce pouvoir...
Par Berlol, mardi 14 mars 2006 à 23:58 :: General :: #203 :: rss
Dernière virée parisienne. Beau fixe. Vêtements chauds,
quand même. Mis en forme, encore, par Ravel dans le train, la mécanique
vide du Boléro...
En chemin vers la librairie Compagnie, rue des Écoles,
je repère que la rue Louis-le-Grand est fermée tout le long
de la Sorbonne par des cars de CRS et de nombreuses barrières. Pour
les livres, il faut faire un choix entre ceux dont j'ai l'impression d'avoir
besoin, au point de les porter dans mes bagages, vendredi, et ceux qui peuvent
attendre une commande qui arrivera directement au bureau, le mois prochain,
comme la Pléiade de Claude Simon ou le dernier Bégaudeau.
Finalement, je prends un Laferrière, Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer (1985), Antoine Volodine, Le Port intérieur (1995), pour compléter la préparation du GRAAL, et un François Bon que je n'avais pas encore : Calvaire des chiens (1990).
Puis je vais déjeuner avec lui chez Ernest, rue de Seine. Poulet au curry (je m'attendais à mieux, comme goût). Dédicace de son livre. Conversation sur le tumulte des vies et des écritures. Quelqu'un vient lui livrer un crâne, accessoire de futures performances.
Après, c'est comme un reportage, je l'accompagne aux Beaux-Arts
pour assister au début de son cours sur Kafka, y fais des photos, un
petit film, même, et l'enregistreur mp3 posé sur le bureau...
Je ne sais pas s'il l'a vu.
Ce qu'il livre à (ce dont il se délivre avec) deux dizaines d'étudiants attentifs, c'est sa façon personnelle et corporelle d'appréhender la littérature. Tendu et plissant les yeux pour bien choisir ses mots, sans notes et attrapant les livres comme des preuves vivantes de ce qu'il avance, François Bon propose un enveloppement historico-culturel de l'auteur et de certains de ses textes, une projection quasi holographique de Kafka vivant et écrivant. Au point que j'ai l'impression de déranger, avec mon appareil-photo et mes trucs électroniques... Je m'éclipse discrètement (alors que c'est la pleine lune, non ?).
Rendez-vous à Saint-Germain-des-Prés avec Cécile,
devant l'église, qui est à l'heure d'été.
Je passe prendre des macarons chez Gérard Mulot, puis on va se faire bronzer une petite heure au Luxembourg, sur un banc (pas un fauteuil de libre !). Au fond, au loin, rue Auguste Comte, derrière les grilles, on voit apparaître les manifestants, les banderoles. Puis ils disparaissent de là, reprennent sans doute le boulevard Saint-Michel (en provenance de la place d'Italie, où j'avais entendu à la radio qu'ils devaient assembler le cortège). Lorsque nous sortons, place Edmond Rostand, le défilé s'écoule tranquillement, festivement, les CRS à bonne distance, rue de Médicis, laissant le service d'ordre étudiant officier (rien à voir avec les images que l'on verra le soir, images nocturnes, d'ailleurs, d'affrontements avec des provocateurs... ni avec ce que Cécile m'écrira avoir vu après que nous nous serons quittés, vers 17h30).
Cécile et moi les regardons passer quelques instants puis allons prendre un thé pour continuer à parler d'Alain et d'Arte, de Duras et d'Angot. Nous sommes contre le CPE, évidemment, parce qu'il banalise la précarité en faisant croire à un bon petit arrangement avec le monde d'aujourd'hui, toujours cette démagogie du pragmatisme — il n'est même pas compréhensible qu'un type intelligent et cultivé comme de Villepin puisse croire à son truc, il doit être drogué ou quelque chose comme ça, on dit que le pouvoir a ce pouvoir...
À Censier, pour une raison que je ne m'explique pas, le seul cours qui soit autorisé par le piquet de grève à l'entrée du bâtiment, c'est le séminaire d'Hubert, le seul pour lequel on laisse entrer les phalésiens qui ont le mot de passe.
Aujourd'hui, l'invité est le fondateur du site d'édition ou de mise en ligne de textes In Libro Veritas. Ne sortant pas du sérail de l'édition, ni même du monde de l'université ou de la recherche, c'est avec la parole et l'esprit dégagés que Mathieu Pasquini présente l'esprit démocratique de son site. Coups de balai et de pied dans les pratiques éditoriales qui pourraient bien être la meilleure nouvelle de l'année dans ce domaine. Mise en ligne gratuite de textes nouveaux ou du domaine public, impression à l'unité ou en nombre, prix au détail et sans forfait, composition libre des contenus à imprimer à partir du catalogue, disponibilité des licences les plus novatrices, possibilité de gratuité ou non des pdf, verrouillés ou non, forum de commentaires, suggestion de corrections des fautes (ça me rappelle la fin de mon intervention de Cerisy...), etc., allez-y voir vous-même...
Amusante répétition historique : la liberté qu'offre Mathieu Pasquini et ses collaborateurs ressemble à s'y méprendre à celle qu'offrait à Rome autrefois la statue de Pasquin, qui donne son nom au pasquin, pamphlet satirique, ainsi qu'à la pasquinade, ancêtre de la mazarinade. Tout se tient. CQFD. Merci à lui et bon vent littéréticulaire au site, que nous allons suivre de près ! (là, tout de suite, faut que je file sur Orléans...)
En chemin vers la librairie Compagnie, rue des Écoles,
je repère que la rue Louis-le-Grand est fermée tout le long
de la Sorbonne par des cars de CRS et de nombreuses barrières. Pour
les livres, il faut faire un choix entre ceux dont j'ai l'impression d'avoir
besoin, au point de les porter dans mes bagages, vendredi, et ceux qui peuvent
attendre une commande qui arrivera directement au bureau, le mois prochain,
comme la Pléiade de Claude Simon ou le dernier Bégaudeau.Finalement, je prends un Laferrière, Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer (1985), Antoine Volodine, Le Port intérieur (1995), pour compléter la préparation du GRAAL, et un François Bon que je n'avais pas encore : Calvaire des chiens (1990).
Puis je vais déjeuner avec lui chez Ernest, rue de Seine. Poulet au curry (je m'attendais à mieux, comme goût). Dédicace de son livre. Conversation sur le tumulte des vies et des écritures. Quelqu'un vient lui livrer un crâne, accessoire de futures performances.
Après, c'est comme un reportage, je l'accompagne aux Beaux-Arts
pour assister au début de son cours sur Kafka, y fais des photos, un
petit film, même, et l'enregistreur mp3 posé sur le bureau...
Je ne sais pas s'il l'a vu.Ce qu'il livre à (ce dont il se délivre avec) deux dizaines d'étudiants attentifs, c'est sa façon personnelle et corporelle d'appréhender la littérature. Tendu et plissant les yeux pour bien choisir ses mots, sans notes et attrapant les livres comme des preuves vivantes de ce qu'il avance, François Bon propose un enveloppement historico-culturel de l'auteur et de certains de ses textes, une projection quasi holographique de Kafka vivant et écrivant. Au point que j'ai l'impression de déranger, avec mon appareil-photo et mes trucs électroniques... Je m'éclipse discrètement (alors que c'est la pleine lune, non ?).
Rendez-vous à Saint-Germain-des-Prés avec Cécile,
devant l'église, qui est à l'heure d'été.Je passe prendre des macarons chez Gérard Mulot, puis on va se faire bronzer une petite heure au Luxembourg, sur un banc (pas un fauteuil de libre !). Au fond, au loin, rue Auguste Comte, derrière les grilles, on voit apparaître les manifestants, les banderoles. Puis ils disparaissent de là, reprennent sans doute le boulevard Saint-Michel (en provenance de la place d'Italie, où j'avais entendu à la radio qu'ils devaient assembler le cortège). Lorsque nous sortons, place Edmond Rostand, le défilé s'écoule tranquillement, festivement, les CRS à bonne distance, rue de Médicis, laissant le service d'ordre étudiant officier (rien à voir avec les images que l'on verra le soir, images nocturnes, d'ailleurs, d'affrontements avec des provocateurs... ni avec ce que Cécile m'écrira avoir vu après que nous nous serons quittés, vers 17h30).
Cécile et moi les regardons passer quelques instants puis allons prendre un thé pour continuer à parler d'Alain et d'Arte, de Duras et d'Angot. Nous sommes contre le CPE, évidemment, parce qu'il banalise la précarité en faisant croire à un bon petit arrangement avec le monde d'aujourd'hui, toujours cette démagogie du pragmatisme — il n'est même pas compréhensible qu'un type intelligent et cultivé comme de Villepin puisse croire à son truc, il doit être drogué ou quelque chose comme ça, on dit que le pouvoir a ce pouvoir...
À Censier, pour une raison que je ne m'explique pas, le seul cours qui soit autorisé par le piquet de grève à l'entrée du bâtiment, c'est le séminaire d'Hubert, le seul pour lequel on laisse entrer les phalésiens qui ont le mot de passe.
Aujourd'hui, l'invité est le fondateur du site d'édition ou de mise en ligne de textes In Libro Veritas. Ne sortant pas du sérail de l'édition, ni même du monde de l'université ou de la recherche, c'est avec la parole et l'esprit dégagés que Mathieu Pasquini présente l'esprit démocratique de son site. Coups de balai et de pied dans les pratiques éditoriales qui pourraient bien être la meilleure nouvelle de l'année dans ce domaine. Mise en ligne gratuite de textes nouveaux ou du domaine public, impression à l'unité ou en nombre, prix au détail et sans forfait, composition libre des contenus à imprimer à partir du catalogue, disponibilité des licences les plus novatrices, possibilité de gratuité ou non des pdf, verrouillés ou non, forum de commentaires, suggestion de corrections des fautes (ça me rappelle la fin de mon intervention de Cerisy...), etc., allez-y voir vous-même...
Amusante répétition historique : la liberté qu'offre Mathieu Pasquini et ses collaborateurs ressemble à s'y méprendre à celle qu'offrait à Rome autrefois la statue de Pasquin, qui donne son nom au pasquin, pamphlet satirique, ainsi qu'à la pasquinade, ancêtre de la mazarinade. Tout se tient. CQFD. Merci à lui et bon vent littéréticulaire au site, que nous allons suivre de près ! (là, tout de suite, faut que je file sur Orléans...)
Commentaires
1. Le mercredi 15 mars 2006 à 05:50, par Manu :
Le Jamendo de la littérature ?
2. Le mercredi 15 mars 2006 à 17:36, par Dabichan :
Salut Berlol,
Belle photo du clocher de Saint-Germain sous un ciel d'un bleu azur digne de ma Côte natale du même nom... Que Paris sait être belle !
Piqué au vif ! Piqué au vif, j'ai été par ta formule "la démagogie du pragmatisme". Démagogie, il faut voir, mais à laquelle répond dans un écho assourdissant celle de "l'idéologisme". Idéologisme en effet d'une myriade de groupes et sous-groupes et autres groupuscules érigés par eux-mêmes détenteurs des valeurs justes, défenseurs des intérêts de tous (y compris contre leur gré), promoteurs des politiques à ne surtout pas changer pour conserver les acquis sociaux... Ça, c'est de la démagogie : la préservation des acquis sociaux. Ceux des nantis qui protégés par ceux-ci se soucient bien peu des conséquences macroéconomiques et par voie de conséquence sociales de leurs précieux acquis sociaux. Plus de 30 ans que ça dure, les structurations mentales post-soixante-huitarde.
À choisir entre deux démagogies, sans hésiter j'opte pour le pragmatisme. L'idéologisme dans les confortables amphis maoïstes de 68 et plus tard alors que la Révolution culturelle finissait dans l'absurdité la plus déconcertante d'achever ce que plusieurs millénaires d'Histoire et de culture avaient légué à la Chine, m'a toujours révulsé par son cynisme et sa mauvaise foi. Avec le pragmatisme, je sais au moins à quoi m'en tenir : ouvrir les yeux et regarder le monde tel qu'il est... c'est encore donner à tout le monde ! Le modèle social français que tout le monde nous envie (ça, c'est de la pub') maintient sur le carreau depuis 30 ans 2 millions de chômeurs et 5, 6, 7 millions de personnes dans un état de sous-emploi chronique. Voilà ce que j'appelle de la précarité qui dure. Ce n'est pas le CPE qui va la banaliser ! Elle n'est déjà que trop banalisée... par le discours anti-CPE lui-même. Celui des acquis sociaux... Les jeunes au chômage, ça c'est un bien triste acquis social !
Alors, Villepin et son CPE n'y pourront peut-être rien. Je doute en effet de l'efficacité de cette seule expérimentation. Mais doit-on jeter la pierre à un responsable politique qui essaie ? Si tous lui faisaient une part plus grande... Pourquoi, ces mesures fonctionnent-elles, non pas en Grande-Bretagne l'exemple n'aurait aucune valeur dans notre France des acquis sociaux, mais dans les pays scandinaves connus pour leurs sociétés providentielles qui ont relevé avec succès le défi de l'efficacité économique et de la sécurité sociale ?
Et puis, la précarité, la vie n'est-elle pas elle-même ce que nous avons de plus précaire. Décrétons aussi que la vie aussi est un acquis social et bannissons la mort ! Ce suppot du capitalisme impérialiste qui maintient la classe ouvrière dans une incertitude permanente du lendemain qui sera peut-être le dernier !
Alors moi, la démagogie du pragmatisme, j'en redemande... et à la louche en plus ! Et que Besancenot si frotte, lui qui fait la révolution après sa tournée dans les rues ultra-sécurisées de Neuilly. Qu'il demande sa mutation dans les banlieues, juste pour voir. S'il n'était pas fonctionnaire, aurait-il le temps et l'esprit libre pour divaguer dans des confins idéologiques nauséabonds ?
Sur ce coup de gueule, qui va me valoir une étiquette de sale bourgeois réac, bon voyage de retour !
PS: Si tu lis mon message avant ton départ, pourrais-tu me rapporter un prospectus ou des infos sur ta résidence ? Merci d'avance
3. Le jeudi 16 mars 2006 à 05:42, par arte :
Cécile, Patrick, avec tous mes regrets...
("Alain", tu veux dire le Philosophe, et "Arte", la chaine TV n'est-ce pas !!!)
4. Le jeudi 16 mars 2006 à 06:35, par Berlol :
Dabichan, total désaccord, tu t'en doutes ! On reprendra cette conversation bientôt... De là à te traiter de "sale bourgeois réac", tout de même... Cependant, ce que tu dis de Besancenot à Neuilly pourrait bien s'appliquer à toi... Ceci dit, en toute amitié.
Merci, Arte, ce n'est que partie (fine) remise. Ne sois pas modeste, tu sais bien qui étaient les Alain et Arte de mon coeur...
Manu, bonne comparaison, je pense. Je vais creuser la question à tête reposée... On déjeune ensemble la semaine prochaine ? (Si T. me laisse sortir...)
5. Le jeudi 16 mars 2006 à 13:08, par cécile :
Eh oui. Tout manqué, Arte. Alain, tout.
Pour la partie fine, pas dit que vous retrouverez des pigeons spécialistes en bondage avec cellophane aussi forts que ceux du Luxembourg avant-hier (las, Patrick a revendu les photos sur ebay). Faut aller au Japon maintenant.
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