dimanche 19 mars 2006
Sa Pénélope tout de go
Par Berlol, dimanche 19 mars 2006 à 23:20 :: General
Car on ne retrouve pas sa Pénélope tout de go en descendant
d'un avion. Il y a un apprêt de soi, corps et esprit, il y a une distance
intérieure pour recoller à soi-même qui ne se gèrent
pas dans l'arrivée directe, l'immédiateté d'un retour.
Un lavage des pieds, la mémoire d'un chien, la mesure et l'élimination
des adversaires : exemples paraboliques d'obstacles médiateurs
entre soi et l'être aimé, c'est-à-dire ajustement entre
deux estimes d'image, celle de soi laissée au départ et celle
à se forger dans le retour pour que le passage de l'une à l'autre
soit comme invisible — regarde, malgré le temps passé-perdu
à ne pas être ensemble et la mémoire incommune des choses
faites séparément, c'est bien le moi que tu connais qui reviens...
Le tri et le rangement des affaires du voyage, la bonne odeur d'une lessive qui sèche dans le vent, la première séance au centre de sport — seul lieu où achever décemment Ravel — m'occupent jusqu'à l'heure de prendre le train de Tokyo et retrouver T.
« Procédant à mains nues, on lui scie la boîte
crânienne pour en isoler le volet frontal droit qu'on retire, puis
on ouvre transversalement la dure-mère
afin d'examiner comment ça se passe à l'intérieur. On
tombe sur un cerveau légèrement affaissé à gauche
mais plutôt normal, sans aspect de ramollissement particulier même
si les circonvolutions, pas trop atrophiées non plus, sont séparées
par de l'œdème. Ne découvrant aucune tumeur, on ponctionne
la corne ventriculaire pour en faire sortir un peu de liquide, celui-ci n'apparaissant
que si l'on presse la zone considérée. On y injecte un peu
d'eau plusieurs fois dans l'espoir d'une dilatation : le cerveau se
gonfle mais se dégonfle aussitôt, l'atrophie cérébrale
paraît irréversible, bref on n'est pas très avancé.»
(Jean Échenoz, Ravel, p. 122-123)
Tout le monde a lu ou entendu de ces journalistes altiers (tel Claude Imbert dans Le Point), munis d'une balance étalon qu'ils croient parfaite même par gros temps, qui fustigent et dénigrent le pouvoir de la rue — opposé à celui des urnes, censément plus démocratique. Ils reprochent aux manifestants d'être victimes d'instincts grégaires ou de pulsions festives ou destructices, toujours stupides, déballant à démontrer cela leur psychologie à trois francs.
Pour ma part, je crois que les populations qui s'activent actuellement contre une méthode de gouvernement à la hussarde (on connaît les propos écrits d'un de Villepin comparant la France à une fille à prendre par surprise et rapidement) sont intelligentes — et résignées à faire ce qu'elles font. Car il y a déjà eu deux élections et un référendum dont les résultats ont été anticonstitutionnellement zappés par ces gouvernants, fort peu démocrates pour donner des leçons...
Z'avez vu ? J'étais pas trop branché, depuis un mois... Et quand même, j'avais bon, pour le Prix du livre France Culture / Télérama. Bégaudeau a été un des seuls que j'ai commenté pendant tout ce temps ! Je viens d'enregistrer l'émission des Matins de FC du 16 avec lui.
Et déjà mes yeux se ferment (décalage horaire).
Alors, pour ne pas avoir un cerveau comme celui de Ravel qui dormait si peu et si mal...
Le tri et le rangement des affaires du voyage, la bonne odeur d'une lessive qui sèche dans le vent, la première séance au centre de sport — seul lieu où achever décemment Ravel — m'occupent jusqu'à l'heure de prendre le train de Tokyo et retrouver T.
« Procédant à mains nues, on lui scie la boîte
crânienne pour en isoler le volet frontal droit qu'on retire, puis
on ouvre transversalement la dure-mère
afin d'examiner comment ça se passe à l'intérieur. On
tombe sur un cerveau légèrement affaissé à gauche
mais plutôt normal, sans aspect de ramollissement particulier même
si les circonvolutions, pas trop atrophiées non plus, sont séparées
par de l'œdème. Ne découvrant aucune tumeur, on ponctionne
la corne ventriculaire pour en faire sortir un peu de liquide, celui-ci n'apparaissant
que si l'on presse la zone considérée. On y injecte un peu
d'eau plusieurs fois dans l'espoir d'une dilatation : le cerveau se
gonfle mais se dégonfle aussitôt, l'atrophie cérébrale
paraît irréversible, bref on n'est pas très avancé.»
(Jean Échenoz, Ravel, p. 122-123)Tout le monde a lu ou entendu de ces journalistes altiers (tel Claude Imbert dans Le Point), munis d'une balance étalon qu'ils croient parfaite même par gros temps, qui fustigent et dénigrent le pouvoir de la rue — opposé à celui des urnes, censément plus démocratique. Ils reprochent aux manifestants d'être victimes d'instincts grégaires ou de pulsions festives ou destructices, toujours stupides, déballant à démontrer cela leur psychologie à trois francs.
Pour ma part, je crois que les populations qui s'activent actuellement contre une méthode de gouvernement à la hussarde (on connaît les propos écrits d'un de Villepin comparant la France à une fille à prendre par surprise et rapidement) sont intelligentes — et résignées à faire ce qu'elles font. Car il y a déjà eu deux élections et un référendum dont les résultats ont été anticonstitutionnellement zappés par ces gouvernants, fort peu démocrates pour donner des leçons...
Z'avez vu ? J'étais pas trop branché, depuis un mois... Et quand même, j'avais bon, pour le Prix du livre France Culture / Télérama. Bégaudeau a été un des seuls que j'ai commenté pendant tout ce temps ! Je viens d'enregistrer l'émission des Matins de FC du 16 avec lui.
Et déjà mes yeux se ferment (décalage horaire).
Alors, pour ne pas avoir un cerveau comme celui de Ravel qui dormait si peu et si mal...