« Elle avait fait glisser le lance-roquettes le long de son bras, et elle s'activait à présent sur le tube, comme pour en rendre le mécanisme offensif. Sans être expert en lanceur sol-sol, Wong comprit que la petite femme cherchait à débloquer un cran de sécurité. Ses gestes manquaient de précision, elle donnait surtout l'impression de s'affoler au-dessus d'une arme dont elle ne savait pas se servir, mais Wong estima que, affolement ou pas, elle était sur le point de lui tirer dessus. Il s'ébranla pour contre-attaquer, parcourut vivement la dizaine de mètres qui les séparaient, et il la renversa d'une gifle terrible de la trompe. La petite femme vola dans les broussailles. Il ne mit même pas une seconde à la rejoindre. Il posa sa patte sur l'arme que maintenant elle avait ramassée contre sa poitrine, en travers, comme pour se protéger, mais qu'à tout instant elle pouvait décider de pointer sur lui une nouvelle fois. Il posa sa patte à la fois sur l'arme et sur sa cage thoracique.
Puis, comme il fallait bien dénouer la situation, il appuya de tout son poids.»
(Antoine Volodine, Nos Animaux préférés, Paris : Éditions du Seuil, 2006, p. 15)

J'adore !
Légèreté (du ton), efficacité (narrative), humour du post-exotisme. Je l'avais remisé (par devers moi) pour un jour où je n'aurais pas le temps... de faire ma journée, sinon télégraphiquement : déjeuner avec Manu annulé ; j'accompagne T. au cimetière, nettoyage de concession familiale, nouvelles stelles de bois (卒塔婆, そとうば, du sanscrit stūpa) ; promenade entre cerisiers, tombes et pique-niqueurs. Frileux soleil, quand même.

Pendant ce temps, nos ministres font du (mauvais) théâtre de boulevard. Piteuse engeance !