Journal LittéRéticulaire

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

dimanche 30 avril 2006

Pompon florentin

Cette année, pas de départ. Ni même nécessité familiale que l'an dernier d'aller à Beppu, hélas, ni même déplacement à Yokohama comme il y a deux ans pour rencontrer le père de T. Ces pages sont tournées. Et même pas le même même...
Des choses restent, pourtant, sans qu'on s'y attende, pour certaines. Tel pompon florentin d'un premier voyage, en 1996, n'avait pas la carrure, peut-être. Et pourtant, il a toujours été très coloré avec nous.

Allons au centre de sport de Shibuya. T. n'y est pas venue depuis quatre mois.
Rester en forme ? (Si cela a un sens.) Perdre du poids ? Ne pas laisser l'âge nous déformer ? (Et, même sans excès, bien manger). Rien d'extraordinaire. S'y ajoute, pour T., le plaisir de retrouver des personnes avec lesquelles elle a noué des liens de camaraderie au fil des quatre ou cinq dernières années — et avec lesquelles elle n'est tenue à aucune mondanité ni de famille ni de quartier ni d'université. Cette liberté réciproque est appréciée par tout Japonais qui fréquente de son plein gré un centre de sport de son choix (je précise, parce qu'il y a parfois des obligations professionnelles aussi dans le choix du centre de sport...).
Pour moi, on n'en parle même pas, je suis libre comme l'air (veux-je faire croire).
Je pédale quinze kilomètres virtuels en roulant sur les Bandes alternées de Philippe Vasset. C'est moyennement intéressant, pour l'instant. Ayant accomodé sur Volodine depuis plusieurs semaines, j'ai du mal à modifier mon regard textuel. Mon attention est retenue par une irritante systématicité du pluriel narratif, et le contrepoint d'une voix solitaire ne fait que le renforcer en le changeant de personne et de temps.

« L'absence de contrainte économique aurait dû nous pousser vers des expériences inédites. Mais on ne s'aventurait jamais très loin car la nouveauté ne nous intéressait pas vraiment. Une seule chose comptait : faire éprouver, à travers nos travaux, nos corps et nos vies, peindre des toiles chaudes comme des draps et chuchoter à l'oreille de nos proches des histoires interminables, chaque soir recommencées, pleines de digressions et de fous rires étouffés. Nos œuvres ne valaient rien par elles-mêmes, pensions-nous : elles n'étaient que les vecteurs de notre désir, impérieux mais confus, d'être ensemble, de former cercle.

Plus que tout, ils craignent le vide et le silence. Alors ils s'appellent, s'interrompent et se quittent pour, immédiatement, se renvoyer des messages. Du dehors, on entend un bourdon continuel, une rumeur de crabes ou d'insectes mais, même si l'on s'approche — je l'ai fait —, les conversations restent incompréhensibles [...] »
(Philippe Vasset, Bandes alternées, Paris : Fayard, 2006, p. 37-38)

T. a quelques courses à faire à Shibuya ; je passe à Book 1st et trouve le Manière de voir n°86 du Monde diplomatique (avril-mai 2006, Le Maghreb colonial) ainsi que le dernier Marianne, que je commence à lire dans la salle d'attente de l'ophtalmo où T. avait pris rendez-vous. Quelle horreur ! Marianne, pas l'ophtalmo... Ces nouvelles tape-à-l'œil, ces raccourcis désinformants. Au service de quoi ? Je m'informe dix fois mieux sur Rezo.net, par exemple.
Métro jusqu'à Mitsukoshi-mae où il y a beaucoup moins de monde qu'à Shibuya. Puis à pied vers Ginza, larges trottoirs, tiédeur de fin d'après-midi, jusqu'à Meidi-ya pour deux pots d'une nouvelle série de confitures, au buntan, cette fois (un pot pour nous et un pot pour Laurent qui nous l'a demandé hier).

samedi 29 avril 2006

J'ai simplement ratissé le gravier

Lisant que le 9 janvier 2004 une réunion entre de Villepin et Rondot, listes Clearstream, etc., etc., je me suis demandé ce que je faisais moi-même ce jour-là, dans l'idée d'une coupe synchrone du monde, photo donnant dans le geste suspendu une tranche, qui serait plus nette que ça. Éh bien, je suis assez fier de moi, et je n'ai rien sur la conscience...

Arrosage des pensées, ça tient. Les mille boutons roses du jasmin. Et le citronnier, tout hérissé de nouvelles pousses.
Dans la rue, c'est la semaine du mauve. Glycine et paulownia attendent la pluie. Nous, on ne le sait pas encore.

Déjeuner avec Laurent et T., au Saint-Martin, bien sûr.
L'addiction au poulet-frites, ça en amuse, mais moi je m'interroge sincèrement.
Par les fenêtres, je vois, de minute en minute, le grain arriver, la lumière baisser. La pluie vient juste quand on sort, bonne excuse pour s'engouffrer dans une boutique de cuirs, tout près du restaurant, en descendant vers Iidabashi. Laurent nous quitte pour aller au théâtre de Nô.

Retour. Travail. Radio, la semaine de feuilleton de Franck Venaille à récupérer... Une petite sieste. Travail encore. Je constate que mes pages sont inaccessibles, comme tout globat.com d'ailleurs, pendant quatre heures... et pas un message d'explications ou d'excuses sur le site.

Et puis Bouvard et Pécuchet chez nos contemporains.
Dominique Meens : « Ça part de mon expérience, telle que je l'ai indiquée au départ, je ne fais que ça. Je n'ai pas d'activité professionnelle, on me l'a d'ailleurs reproché. Je ne souhaite pas avoir d'activité professionnelle, on me le reproche. Je ne fais que ça. Donc, pour mon compte, écrire, c'est ma vie, c'est la vie telle que je la vis. C'est pas, comme disait Madame Duras, écrire ou vivre, pas du tout, pour moi, c'est la même chose. Donc, ça n'est pas une fonction parmi d'autres : c'est comme ça que je vis. Vous comprenez ?... Quand tout à l'heure, je disais que je n'ai que ça "à foutre". C'est quand je suis malheureux que je dis ça. C'est quand cette activité-là, qui est la mienne, qui est l'ensemble de mon activité, tourne autour de cette activité principale, quand elle me déçoit, quand j'en souffre, parce que c'est comme la vie, y'a du bon et du mauvais, je veux dire, c'est de bon sens, éh bien, je dis, ah oui vraiment, c'était terrible, j'ai toujours fait ça mais c'est parce que j'ai que ça à foutre... Enfin, c'est pas possible, on peut pas écrire pour s'occuper. C'est scandaleux, écoutez, franchement, c'est scandaleux, écrire pour s'occuper. S'occuper, c'est un scandale.
Bouvard ou Pécuchet — Vous voudriez vous désoccuper ?
Dominique MeensBien sûr, être occupé, c'est un scandale. Chaque fois qu'un pays est occupé, qu'est-ce qu'il fait ? Pour partie, parce que bien entendu, il y a des gens qui adorent ça, être occupés. Ils adorent ça, être occupés. Particulièrement en France, on adore ça, être occupé. Non, c'est vrai...
Bouvard ou Pécuchet — Alors, les questions vous occupent, comme un territoire ?
Dominique MeensExactement, et donc ce qu'il faut... quand je sens que cette occupation devient par trop une occupation, ça m'insupporte.
Bouvard ou Pécuchet — Et vous avez des moyens de lutter contre l'occupation ?
Dominique MeensBah là, par exemple, j'y réfléchis. Donc, je sais que je suis occupé. Si il y a un savoir, c'est celui-là. C'est pas deux plus deux égalent quatre. C'est en savoir un bout de l'occupant. Et donc, j'y ai remédié.
Bouvard ou Pécuchet — Mais est-ce qu'il n'y a pas des moyens, justement, de contrôler l'occupant ? Est-ce qu'il n'y a pas dans la maîtrise qu'on peut avoir de son écriture un moyen d'être plus fort qu'elle, d'une certaine manière ? Est-ce qu'on pourrait dire, par exemple, que les figures de rhétorique, ou les métaphores, c'est une arme contre l'occupant ? Par le pouvoir qu'elles nous donnent sur lui ?...
Dominique MeensNon, parce que justement, la rhétorique, c'est l'occupant. C'est la rhétorique qui est l'occupant. Donc...
Bouvard ou Pécuchet — Alors, y'a pas moyen de s'en sortir ?
Dominique MeensSi, si, bien sûr que si. Parce que justement... En tout cas, il y a une chose dont on ne peut pas se sortir, c'est du discours. Ça, c'est absolument clair. On ne peut pas se sortir du discours, même quelqu'un comme Piron, qui ne parlait pas, qui n'écrivait pas, qui faisait de la pantomime, sa pantomime était de l'ordre du discours. Donc on ne peut pas sortir du discours. Mais par contre, on peut, comment dire, examiner le discours dans lequel on est pris ou examiner le discours qui nous occupe. Et changer notre position par rapport à ce discours. Et là, effectivement, on va retrouver la rhétorique, où il faudra faire attention à ne pas être saisi par la rhétorique, mais, voyez, de la saisir, elle. Enfin, c'est un peu compliqué et hasardeux.
Bouvard ou Pécuchet — C'est pas l'écriture qui vous occupe, c'est le discours. Et l'écriture, ce serait plutôt l'arme pour lutter contre le discours.
Dominique MeensNon, parce que l'écriture n'est pas quelque chose qui serait en dehors des discours...
Bouvard ou Pécuchet — Non, mais ça pourrait en être la torsion, justement, le...
Dominique MeensC'est dans l'activité d'écriture qu'on peut faire toutes ces manœuvres internes aux différents discours. Ça oui, mais l'écriture est tout aussi bien l'arme du discours universitaire, du discours du maître...»
 
Le même, plus loin : « Moi, c'est pas vraiment la chose-même qui m'intéresse. C'est décrisper. Faire en sorte que les choses se remettent en mouvement. C'est remettre en mouvement. C'est de me permettre de me déplacer. De changer la situation dans laquelle je suis. Voilà, par rapport à cette chose. La chose-même, qu'elle se débrouille. D'ailleurs, la chose-même se débrouille. [...]
[Lacan] disait : "mais moi, j'ai simplement ratissé le gravier autour d'un certain nombre de choses qui se sont avérées des rochers", comme dans un jardin zen. Le rocher ne s'adresse à personne. Et les choses que Lacan a, comment dirais-je, signifiées, justement, en ratissant tout autour, elles ne s'adressent à personne. L'aigle ne s'adresse à personne. L'étourneau ne s'adresse à personne. Le chemin de la biche dans les bois ne s'adresse à personne. Mais le fait de ratisser autour, ça vous permet un peu plus de liberté. C'est-à-dire : la chose qui ne s'adresse pas à vous, elle n'a pas la main sur vous. Et vous, vous ne mettez pas la main sur elle non plus. Enfin, tout ça est un peu espagnol... [rires] »

vendredi 28 avril 2006

Les employées, pas mes chemises

Sur France 3, passionnante enquête dans Pièces à conviction, intitulée « Caricatures, les dessous d'un embrasement ».
J'interromps un moment pour aller chercher mes chemises à la teinturerie. Après dix minutes de recherches dans le stock de vêtements propres en attente de leur propriétaire, les deux employées reviennent sincèrement désolées, mais elles ne trouvent pas les vêtements que j'avais déposés il y a deux semaines... Elles ne comprennent pas ce qui a pu se passer, vont vérifier et téléphoner à l'usine, ou à l'atelier, je ne sais. Abasourdi, je remonte à la maison et reprends l'émission. C'est le moment où l'on parle de la photo d'homme à tête de cochon (qui vient d'une fête du cochon du Sud de la France, qui n'avait donc rien à voir avec les caricatures du prophète mais qui avait été jointe à un certain dossier avec une légende inventée dans le but de révolter n'importe quel musulman...). C'est à ce moment qu'on frappe à ma porte. C'est l'une des deux employées de la teinturerie qui vient m'apporter mes chemises, retrouvées quand je n'étais plus là pour les stresser (les employées, pas mes chemises). Comme j'avais donné mon adresse la première fois que j'y étais allé, pour avoir une carte de fidélité, le mois dernier, elle s'est dit que.
Allez, je reprends l'émission un quart d'heure et puis c'est l'heure de prendre mon vrai vélo pour faire du vélo sans roues. Du coup, j'ai encore une petite moitié à voir. Demain...
En y allant, je repensais aux deux dames de la teinturerie. J'aurais bien voulu y être quand, après un quart d'heure à tout fouiller les penderies et vérifier les noms et les chiffres, l'une a dû se figer, saisir, brandir en criant à l'autre : « Attaaaa ! » (あった!) = j'ai trouvé !

Langage — symptôme.
« Sarkozy a mis une balle dans la tête de Villepin. Il veut lui en mettre une seconde tout de suite, pour être sûr qu'il soit vraiment mort. Villepin lui, estime qu'il est loin d'être fini et veut mettre deux balles en plein coeur de Sarko.»
Selon Le Parisien du jour, c'est Jean-Louis Debré qui aurait tenu ces propos plutôt... distrayants. Est-ce que c'est grave, docteur, quand on en arrive à ce type de langage au plus haut niveau de la représentation nationale ?
Au fait, Clearstream, quand on traduit en français, ça fait « ruisseau clair » ou « eaux claires » — de l'antiphrase ironique, alors !

Tout ça est un peu espagnol...

Dans le métro et dans le train, avant d'aller dîner d'excellents sushis avec T., je réécoutais deux émissions chargées dans mon baladeur i-iver. Il y en a plus d'une quinzaine d'assez nouvelles, mais je réécoute toujours les deux mêmes, ces temps-ci. D'une part, sur la métaphysique de la jalousie chez Proust, un Vendredi de la philosophie avec Nicolas Grimaldi ; d'autre part, le troisième volet du Bouvard et Pécuchet veulent écrire un livre pour Surpris par la nuit, déjà signalé. Les propos des écrivains y sont succulents. Et plus encore leurs interactions, produites par le montage. Dans la tête, ça fait comme des feux d'artifices.
Mais à réécouter tout cela, deux personnes, deux discours se détachent de plus en plus de la masse des autres, quelqu'intéressants qu'ils soient aussi. Dominique Meens et Pierre Bergounioux. Il faudrait citer aussi Dominique Fourcade. De toute façon, je n'ai pas le temps de transcrire ce soir... Demain, peut-être, c'est férié et il n'y a pas de cours — Molloy a congé.

jeudi 27 avril 2006

Vivre ailleurs et autrement

Un courrier postal de Cerisy m'annonçait le décès de Maurice de Gandillac.
Je ne l'ai vu qu'à deux occasions, lors des colloques sur Henri Meschonnic (2003) et de l'Internet littéraire francophone (2005), et je me souviens qu'il était particulièrement attentif, assis dans le premier sofa devant l'estrade, qu'il semblait parfois dormir dans la torpeur de l'été — on aurait aimé faire comme lui — mais qu'il posait parfois à la fin une question des plus pertinentes.
Cependant, l'image qui domine dans mon souvenir est celle de sa curiosité à l'égard de T., voulant savoir ce qu'elle pouvait bien faire avec ce petit ordinateur et ses mazarinades numérisées...
De ses recherches, publications, influences, et de sa longue vie d'autres parleront mieux que moi.

À propos de sofa, il était question d'une revue de ce nom dans les infos de Fabula. Ça nous changera des dernières nées...
Dans celui de mon bureau, de sofa, je me suis affalé une bonne demi-heure avant le déjeuner et les cours de l'après-midi en écoutant Jefferson Airplane, un album bluffant que je ne connaissais pas, Takes off.

Au séminaire, on a regardé la seconde moitié des Poupées russes. J'avais apporté le câble de branchement électrique de mon ordinateur portable et j'ai ainsi pu constater que le transfert vidéo de l'ordinateur vers un projecteur pompait pas mal d'énergie. En effet, cette semaine l'image était fluide alors que la semaine dernière, quand je n'avais pas le câble secteur, l'image était en permanence légèrement hachée, pas de façon gênante pour comprendre mais suffisamment pour empêcher un visionnement dégagé de toute considération technique.
Bien que la salle que j'utilise soit équipée d'un lecteur de dévédé de zone 2, je suis obligé de prendre mon portable car en sus du problème de zone, il y a toujours l'incompatibilité entre les standards vidéo NTSC et PAL. Et dire qu'on veut encore nous rajouter des lois...

Cette seconde moitié du film est quand même moins bonne que la première. On y voit surtout la rivalité entre deux femmes dans l'esprit dérangé d'un garçon surmené par les tâches alimentaires. L'une à Londres, l'autre à Paris. Avec l'une pour écrire un scénario de trahison amoureuse, avec l'autre pour une biographie alors qu'elle n'a que 24 ans (aberration du star system). Comme souvent, l'alimentaire finit par régurgiter sur l'essentiel : la trahison bas de gamme pourrit la fin'amor juste entamée et toute la suite est pour se faire pardonner (Wendy achève son puzzle d'une femme adoubant son chevalier servant), sur fond de mariage réunissant tous les amis de l'Auberge espagnole.
Au lieu de faire fonctionner le groupe et ses complexes mécanismes, ce qui avait fait une bonne partie du succès du premier film, cette suite cinq ans après ne montre qu'un étoilement de relations bilatérales, qui ont certes leur intérêt mais qui ne produisent pas la catalyse amusante de Barcelone. C'est qu'à la curiosité d'un vivre ailleurs et autrement, grande affaire des 18-25 ans qui n'ont pas encore le pied à l'étrier, a succédé l'obsession de se fixer avant 30 ans. D'où les multiples déplacements (Paris, Londres, Saint-Pétersbourg, Moscou) que la caméra et le montage rendent nerveusement. Bien sûr, le tout est emballé dans un dernier Paris-Londres dans lequel notre héros est en train d'écrire son histoire, comme le remarquait avec dépit Arte la semaine dernière.
Le fait que le film ne soit pas excellent, cinématographiquement parlant, ne me dérange pas. Les puristes peuvent continuer leur entreprise de démolition. Cela me facilite même la tâche pour en faire un objet pédagogiquement efficace. Car si les thèmes sociaux et les structures narratives évoqués sont utiles à la formation intellectuelle des étudiantes (et il faudra quelques semaines pour les dégager et les exprimer en français), je ne désespère pas de les entendre émettre quelques réserves critiques pour la formulation desquelles elles auront à puiser en elles, un peu plus profond que le tatemae conventionnellement requis par l'université...

Éh oui, j'ai employé deux fois le mot curiosité, aujourd'hui.

ADDENDA superbueno :
Ce vendredi soir, à la Fabrique de Shibuya, avec le soutien de l'Institut franco-japonais de Tokyo (dont le site web vient d'être radicalement relooké), la Nuit des Poupées russes, à l'occasion de la sortie du film au Japon. Je suis in, non ?...

mercredi 26 avril 2006

L'information avait circulé, indéniablement

« [...] on tape dessus avec ce qu'on appelle, nous, des mailloches, qui sont des baguettes mais d'une grosse section, type manches d'outil, manches de pioche [...] On consomme à peu près entre 600 et 800 bidons à l'année. Donc on a un approvisionnement organisé. On reçoit un semi-remorque entier de bidons.» (Map, régisseur des Tambours du Bronx, interview pour Ubik du 22 avril)

Combien de fois faudra-t-il taper sur le tambour de la raison pour que soit rouverte l'enquête sur les attentats du 11 septembre 2001 à New York ? À quel niveau de croyance ceux qui ne veulent pas reconsidérer les faits font-ils appel en eux et même parfois malgré eux ? Moi, je ne suis pas porteur de la vérité, mais, encore une fois, je ne me satisfais pas de la version officielle. Et ça ne va pas s'arranger maintenant...
David m'a envoyé avant-hier une adresse d'une autre vidéo que j'ai fini de voir tout à l'heure (2h40 de documents et d'explications), Confronting the Evidence où tout, par petits détails, vient contredire ce qui ne peut plus être pour moi qu'un monstrueux mensonge d'État, peut-être le plus important de l'histoire humaine — et ce avec la bénédiction de la plupart des autres États, incapables jusqu'aux plus hauts niveaux de séparer leur sincères condoléances du devoir de vérité envers les vivants pour demander cette réouverture, même cinq ans après les faits et alors qu'individuellement ou collectivement de nombreuses personnes de par le monde demandent cela.
Je doute qu'aucune fiction écrite par un écrivain ou tournée par un cinéaste puisse aller plus loin qu' sont allés ceux qui ont orchestré cette macabre et indigne mise en scène mondialisée (quelles que soient leurs raisons). est-ce d'ailleurs ? Qui pourrait jamais donner un nom à cela ?

« Une semaine plus tôt, il avait lancé une véritable campagne publicitaire. Sans être un grand stratège dans l'art des annonces médiatiques, il connaissait les techniques d'hypnose appliquées aux masses, et il avait voulu les mettre en œuvre pour attirer du monde vers son théâtre. Il avait composé du matériel d'agit-prop où il spécifiait les horaires du spectacle et le titre des trois piécettes qu'il comptait successivement interpréter.
[...] Debout près des groseilliers, enfoncé jusqu'aux chevilles dans la terre meuble, il roula les tracts entre ses mains jusqu'à obtenir des boulettes parfaites. La nuit et la pluie avaient alourdi le papier et, pour des raisons aérodynamiques, on ne pouvait plus réutiliser les pages telles quelles. Les onze textes publicitaires furent de nouveau projetés par la fenêtre du dortoir, cette fois de l'extérieur vers l'intérieur. Quatre ou cinq boulettes roulèrent sous les lits et furent perdues, d'autres n'atteignirent pas l'intérieur du bâtiment, retombèrent dans les buissons et se déchirèrent de façon irrémédiable. Mais l'information avait circulé, indéniablement.»
(Antoine Volodine, Bardo or not Bardo, p. 106-108)

Celui qui arrive à ce niveau de sarcasme ne peut être qu'un grand sage. Je l'admirais et avalais les pages en même temps que les kilomètres virtuels, juché quarante minutes durant sur un vélo immobile pour perdre une hypothétique livre de graisse et d'eau (à quoi j'arrivais à peu près, une fois encore). Dans les pages qui suivent cette citation, se trouvent résumées certaines des pièces de Volodine dont Lionel Ruffel fait état (n'ayant enregistré que les deux pièces de la deuxième séquence, je suis preneur d'enregistrements des autres...) :
« En 2000 et 2001, entre Des Anges mineurs (1999) et Dondog (2002), trois séquences radiophoniques d'Antoine Volodine sont diffusées par France Culture. La première est baptisée Un Bardo sinon rien et contient quatre pièces : Bardo or not Bardo, Baroud d'honneur avant le Bardo, Bardo ma non troppo, Objectif nul. La deuxième, Sœurs de sang est un ensemble de deux pièces : Le silence de Myriane Marane, et Outrage à mygales. La troisième enfin, Verbiage dangereux, comporte Déraison et sentiments et Putschisme et préjugés (Lionel Ruffel, Radio Bardo, sur Remue.net)

mardi 25 avril 2006

Sauvegardes régulières

Reprise des corrections de copies dans le shinkansen matinal.
Mont Fuji embrumé comme moi qui n'ai le temps ni d'écouter la radio ni de lire la presse.
Quelques pages de Beckett toutefois.

Projet mûrement réfléchi, le cours de conversation dans une salle d'ordinateurs démarre très fort. J'ai préparé un document de base avec Writely et envoyé un courriel automatique aux étudiants pour que chacun y ait accès. Il s'agit en classe de guider des recherches de documents de voyage avec Google, de visiter des sites touristiques ou autres pour en retenir les pertinents (en fonction du projet de voyage, réel ou imaginaire, de chacun), puis de copier toutes les adresses de résultats intéressants dans un même document consultable et modifiable par tous les membres du groupe (c'est le principe même de Writely). Après cette étape d'une trentaine de minutes pour aujourd'hui, chacun montre à l'écran les documents qu'il a retenus en exposant oralement leurs principaux intérêts. Pour une première fois, je suis assez satisfait du résultat car tous les étudiants (8) se sont exprimés sur un projet, ont répondu à des questions et ont exploité utilement une technologie logicielle des plus élaborées. Pour la prochaine fois, ils devront répondre à des questions de détail sur leur projet (avions, hôtels, tarifs, conditions spéciales, etc.) et s'exposer aux interrogations des autres, toujours à partir du document préparé avec Writely, dans lequel chacun peut aussi, à n'importe quelle heure et de n'importe quel ordinateur, aller voir les documents proposés par les autres pour en comparer la pertinence avec les siens (un système de sauvegardes régulières permet d'éviter qu'une mauvaise manipulation ne fasse disparaître tout le travail collectif).
Après quelques semaines, nous mettrons en ligne une page en HTML qui reprendra tous les projets de voyage (réels ou imaginaires) en résumant les propos tenus en classe et que je corrigerai en ligne également). La Nouvelle-Calédonie, Paris, Lyon, Bordeaux, Nice, le Paraguay, l'Ouest canadien et la Finlande sont les destinations choisies...
À suivre, donc.

lundi 24 avril 2006

Dans un fauteuil de cuir rouge de cet étrange café

Boulot, boulot. Mais ça n'avance pas vraiment. Énervantes, ces périodes de sur-place dans un projet (même si on sait que dans l'inconscient ça se construit et que le mouvement qui viendra viendra de là...).

Pour me détendre, synaptiquement parlant, je rape des carottes et on les mange. Et une mangue énorme que j'ai trouvée hier (bizarre, je ne l'avais pas citée dans mes courses !).

J'accompagne T. à la même boutique que le mois dernier, près de l'université de Tokyo, pour faire relier les nouveaux exemplaires de sa thèse (le mois dernier, elle n'avait imprimé que le strict nécessaire pour être dans les temps). Mais arrivés à Yoyogi, nous apprenons par hauts-parleurs que le trafic de la Yamanote est interrompu. Allons jusqu'à Shibuya pour prendre la ligne Keio jusqu'à Meidai-mae, puis la ligne Inokashira pour arriver à Todai-mae — un crochet assez long sur la carte, mais très rapide, en fait (et bien inspiré, au su de la suite).
Le soir, aux infos, nous apprendrons que plusieurs lignes ont été interrompues pendant près de six heures, que des centaines de personnes ont été immobilisées une heure durant avant de devoir marcher sur les voies pour rejoindre des stations et sortir, mais qu'il n'y a eu aucun accident, tout juste quelques personnes fragiles prises de malaise à cause de l'attente. Des travaux effectués dans le sous-sol, notamment des injections de béton du côté de Takadanobaba, ont déformé la surface du sol, ce dont un conducteur s'est aperçu au bruit étrange que faisait son train en passant sur les rails, a-t-on rapporté aux infos, si j'ai bien compris...
Ne sachant rien de cela, nous sommes revenus à Shibuya vers 15 heures et avons pris un café avant de nous séparer vers 15h45. Je suis resté lire Bardo or not Bardo dans un fauteuil de cuir rouge de cet étrange café Kiefer, au-dessus du restaurant chinois Panda, jusqu'à 16h20, quand un voisin a violemment éternué sans mettre sa main, ce qui a le don de me mettre en colère car je visualise sans peine les millions de particules infectées et n'ai surtout pas envie de les respirer.
Deux minutes après, je suis dans la gare de Shibuya, avec étonnamment peu de gens (en fait, le trafic n'a repris que depuis 10 minutes), et arrive à Ebisu bien en avance. Juste ce qu'il faut pour visiter quelques rues du côté de la sortie Nord. Je trouve très vite ce que je cherchais, la succursale du Hong Kong Shokudo auquel nous étions habitués à Kagurazaka. Musardant par les rues des alentours, je découvre des tags originaux, ce qui est assez rare dans Tokyo, puis un temple rustique au beau milieu d'une rue, qui le contourne, la rue, le temple, et auquel est accolée, du même bois que lui, une agence de Tokyo-rent-a-car des années 1950.
L'impression soudaine d'être dans un village très loin d'ici — par exemple ce petit temple campagnard où T. et moi scellions un serment il y a dix ans dans les environs de Koriyama — alors que je suis à deux cent mètres de la gare d'Ebisu. Les glissements d'univers parallèles de Volodine sont bien dans ce goût. Je crois qu'il aimerait Tokyo, s'il n'y est déjà venu. En attendant (qu'il y vienne), je vais au GRAAL pour parler de Nos Animaux préférés, mais aussi de Bardo or not Bardo, et d'Alto Solo que Laurent vient de lire. On se demande aujourd'hui comment l'inscrire, Volodine, dans la littérature contemporaine, c'est-à-dire, tenant compte d'une recherche d'écriture, d'un bricolage de topoï de luttes politiques et d'un ensemble de réflexions sur les modes langagiers que peuvent créer des formes de vie, ce que sont ses motivations, son horizon littéraire et les modalités de sa bonne ou de sa mauvaise réception publique.
Ça part un peu de tous les côtés, mais c'est bien.

« J'avais réparti des morceaux de ma robe en tentacules autour de moi, afin d'être prévenu par des tiraillements si quelqu'un s'approchait en catimini et dans le noir. C'est une technique que l'Organisation enseigne aux moines de la branche Action. Cela me rassurait de savoir que nul ne pourrait se glisser subrepticement jusqu'à ma vie et me l'ôter, quelques fournies que pussent être les ténèbres qui me baignaient.» (Antoine Volodine, Bardo or not Bardo, p. 101)

dimanche 23 avril 2006

Comme pépites à ma vie quelconque

Ségolène Royal a-t-elle lu Habermas ? C'est la question que se pose Edwy Plenel dans sa chronique Ligne de fuite d'hier. Après quelques précautions oratoires, relatives notamment à un certain Jacques Chirac qui notait autrefois les souhaits et doléances (pour n'en rien faire) et à un certain Nicolas Sarkozy dont les récents propos montrent plus la crainte que l'intelligence, Edwy sort l'artillerie :

« L'initiative de Ségolène Royal est en fait une illustration pratique de la théorie de l'agir communicationnel dont le philosophe allemand est l'inventeur. Je résume : la discussion est en elle-même une source fondamentale de la rationalité et de la validité de nos choix, ainsi qu'une condition de la coordination de nos actes. Et sans cette éthique de la discussion, nous ne réussirons pas, explique Habermas, à faire renaître ce principe dont nos démocraties troublées et inquiètes ont bien besoin, le principe d'espérance. Bref, l'agir est nécessairement communicationnel et la discussion est intrinsèquement éthique. Sans cette interactivité entre les acteurs sociaux, et donc entre les citoyens et leurs élus, bien au-delà du moment du vote, nous ne sortirons pas de notre désenchantement démocratique. Tel est l'enseignement d'Habermas dont Ségolène Royal se révèle bonne élève.»

Justement, vendredi soir, T. et moi avons croisé un ami tout joyeux de nous annoncer qu'il allait en retrouver quelques autres au Royal Host de Kagurazaka pour fonder un comité de soutien à la candidature de Mme Royal. C'était le 21 et ils avaient rendez-vous à 21 heures, en souvenir d'un certain 21 avril de triste mémoire qu'il faut à tout prix conjurer.
Je lui ai dit en substance qu'ils avaient ma bénédiction, quoique je ne sois pas membre du PS. J'aurai l'occasion d'y revenir.

Pas de ping-pong, faute de combattants. Lectures et écritures diverses. Sortie pour alimenter T. en cartouches d'encre. En passant à Ichigaya, je m'étonne toujours de l'existence de ce centre de pêche à la ligne, coincé entre la station du JR, le pont et l'avenue Sotobori. Mais à tout prendre, je trouve cela mieux que le pachinko ou le karaoke... Après les achats à Office Depot, je suis dans le léger crachin la promenade arborée qui surplombe la ligne de JR jusqu'à Iidabashi. Quelques courses à Miura-ya, pain, muffins, jus de pomme, jambon, et retour à la maison. Pendant ce temps, l'enregistrement des Reconnaissances à Marcel Schwob de vendredi est achevé. J'écouterai ça un de ces jours, dans un train ou à pied, continuant inlassablement de mêler toutes sortes d'éléments littéraires comme pépites à ma vie quelconque.

samedi 22 avril 2006

Brandir nonchalamment sa frite

Cours Molloy. Retour sur le vocabulaire scatologique, thème abordé la semaine dernière. Non qu'il soit le domaine d'élection littéraire de Beckett, mais parce qu'il participe à la structure du personnage. Pas d'excès lyrique ni grossier dans le recours aux merdes, aux couilles et à quelques uns de leurs synonymes, comme c'était le cas chez Rabelais ou chez Céline (avec des modalités différentes). À les lire, il nous vient, je crois, un sourire amusé et complice, une commisération involontaire dont le vieillard ne voudrait pas, mais que Beckett me semble avoir inscrit dans le profil de l'interlocuteur virtuel que convoque le monologue de Molloy... Auquel nous n'arrivons jamais à coller tout à fait, nous qui sommes encore attachés à des gourmandises et à des vanités confortables. Le Lazare façon Jean Cayrol était peut-être plus contraignant ; on ne riait pas avec lui comme on rit avec Molloy. Puis on aborde le passage prévu pour aujourd'hui (p. 41-50), la Lousse, son chien défunt, la défense du meurtrier, l'obligation de la suivre dans laquelle Molloy est mis. Rétif à l'idée ontologique de besoin (« Ne serait-on pas libre ? », p. 47), Molloy insiste cependant sur les besoins du corps, rappelant que toutes nos belles idées ne nous dispensent pas d'aller tirer la chasse de temps en temps. « Moralement unijambiste » (p. 46), l'homme devient un balancier permanent entre tout et son contraire, chaque renversement étant comme naturellement « opéré par le simple passage du temps » (p. 44).

Déjeuner au Saint-Martin. Moules-frites pour T. et choucroute pour moi. Comme il fait à peu près beau, le restaurant est plein dès midi vingt. Vers une heure, un groupe de touristes japonais, cornaqué par un guide à drapeau, s'arrête devant le restaurant pour admirer l'un des endroits branchés de Kagurazaka. Des mamies s'approchent de la fenêtre pour voir le Français de service enfourner sa saucisse. Et T. brandir nonchalamment sa frite.
À la librairie, plus haut dans la rue, opération promotionnelle de films classiques en dévédé à 500 yens, on achète Intermezzo (1939), Sous les Toits de Paris (1930), La grande Illusion (1937) et Les trois Mousquetaires (1948)...

Retour à la maison. Lancement d'un duo d'imprimantes, pour un nouvel exemplaire de la thèse de T. Ça prend du temps... Je fais la sieste aussi, parce que depuis trois nuits, j'ai dû dormir cinq heures en moyenne.

Dévédé du soir A Good Woman, adaptation libre de la pièce d'Oscar Wilde, Lady Windermere's Fan (1892), avec Scarlett Johansson. La meilleure idée du film est d'avoir modifié le cadre initial de Wilde puisqu'il ne se passe ni à Londres ni en moins de vingt-quatre heures — sinon c'eût été du théatre filmé.
La côte d'Amalfi en 1930, les Italiens tous domestiques de cette belle société à l'écart de la crise mondiale, les costumes et la retenue des acteurs, l'intérêt pour les objets anciens (meubles, bijoux ou éventails) permettent de rappeler au passage ce que Mérimée relevait déjà en 1830 dans Colomba : que ce sont de riches Anglais et Américains qui ont inventé le tourisme et découvert notamment les côtes italiennes et françaises de la Méditerranée. Dans ce terreau, la greffe de l'intrigue et des propos contrastés de Wilde prend très bien, servis par une caméra peu aventurière mais qui saisit vite et net les jeux de visages. On n'y compte qu'un seul coup de poing.

vendredi 21 avril 2006

Une fois pour toutes la barre

Subrepticement, j'ai ajouté au billet d'hier un lien sur Robbe-Grillet. C'est grâce à la même personne que pour les films qui, ayant navigué de podcastage en èmpétroyade, m'avait envoyé quelques minutes de Robbe-Grillet sur Radio Prague, sans autre détail. Radio que j'ai trouvée sans difficulté ce matin et où j'ai découvert qu'il y avait régulièrement des émissions en français, ainsi qu'en tchèque, anglais, allemand, espagnol et russe (en gros, une demi-heure de chaque langue, l'une après l'autre). L'entretien avec ARG sur la littérature datait en fait d'avril 2002, à l'occasion d'un congrès sur Genet. Il s'y montrait de mauvais poil et même assez cavalier avec son interlocuteur. Il y avait également une suite, au sujet du cinéma, que je viens de découvrir.
J'ai aussi trouvé des trésors dans les archives des Rencontres littéraires de Radio Prague !
Par ailleurs, la diffusion en direct se fait sans cacher l'adresse (ce qui permet de la mémoriser en favoris) ni ouvrir je ne sais quelle boîte lourde à charger dont les radios françaises sont spécialistes.

Un francophone, un vrai, Jean-Marie Borzeix, invité d'Antoine Perraud hier. Aussi à écouter, Lettres d'Engadine de Franck Venaille, en feuilleton depuis lundi. Et Pierre Bergounioux, évidemment, raison de plus pour ouvrir bientôt son Carnet de notes arrivé la semaine dernière.
À écouter, lire et voir tant de choses diverses depuis tant d'années, je ne m'étonne qu'à moitié du goût que j'ai pour des choses jugées incompatibles entre elles, comme apprécier Varda et Klapisch... Je trouve même un peu suspects ceux qui ont mis une fois pour toutes la barre à un certain niveau...

Supplément du lendemain.
À Tokyo, tout est sans dessus dessous, la chambre a été vidée. Comme nos papiers muraux se décollaient salement, nos propriétaires ont diligenté des ouvriers pour y remédier. Et T. a opté pour un revêtement en keisoudo (), un crépi de terre de diatomée fossilisée, venant du fond des mers, explique-t-elle à l'ignare que je suis... Ces algues fossiles semblent avoir des propriétés régulatrices, mais je ne trouve pas de documents en français autre que sur la chaux classique.

Sans connaître spécialement Romain Duris (ni le débat dans le JLR au sujet des Poupées russes), T. a emprunté le dévédé d'Arsène Lupin (2004) pour ce soir uniquement. Une bonne distraction, sans plus, surtout que ça me fait remonter, dans le désordre, des souvenirs de lecture frénétique de Maurice Leblanc et des souvenirs sépias de Georges Descrières... Quand même, Pascal Gréggory est excellent.
Mais c'est d'autant moins de temps pour m'occuper de Molloy et de mon billet du soir...

jeudi 20 avril 2006

Le hareng remplace le maquereau

Mince alors, je savais que la France était pourrie, mais pour l'OFUP j'ignorais ! À qui faire confiance ?
Une bonne nouvelle ? Le troisième album de The Streets est en ligne ! (Et pas encore bouffé par le star system... Éviter Firefox, ça ne marche pas...).

Surprise. Un collègue que je ne nommerai pas pour lui éviter d'éventuelles poursuites m'a offert un dévédé sur lequel il a gravé Millenium Mambo et La Saveur de la pastèque (en attendant La Rivière peut-être la semaine prochaine...), titres obtenus sur le réseau après avoir lu mon billet de vendredi dernier. Bien que je sois convaincu de l'existence de ce que j'ai déjà appelé le bénévol@t, je suis toujours étonné des formes que peut prendre cette bonne volonté.
Qu'il en soit donc remercié ici aussi. J'ai regardé tout à l'heure la moitié de Millenium Mambo et ça ne m'a pas beaucoup emballé... ce qui correspond à l'avis de l'ami en question, contre la sélection opérée par Jean-Philippe Toussaint.
En revanche, je ne le suis pas lorsqu'il prétend, sur la foi d'un bout de Trans-Europ-Express avalé au petit-déjeuner, que Robbe-Grillet serait un mauvais cinéaste et que l'absence de réédition de ses films serait un bienfait pour l'image du cinéma français ! À cette aune, plus de la moitié des films ne devraient jamais voir le jour — ou plutôt l'ombre d'une salle de cinéma, ou les entrailles plates d'un disque dévédé.
Les qualités premières des œuvres d'ARG sont l'humour dans la dénonciation des clichés qu'il utilise et la précision trompeuse des espaces-temps, auxquelles il adjoint de temps en temps un érotisme volontiers sadique et de pacotille pour en montrer l'inanité, fors la plastique des actrices (son côté voyeur...). Qui peut aimer Je t'aime, je t'aime de Resnais, ne peut pas ne pas apprécier L'Homme qui ment de Robbe-Grillet. Encore faut-il se donner les moyens de regarder ces films, c'est-à-dire prendre le temps nécessaire et ne pas en être simple consommateur — ce dont je sais cet ami capable.

Puisqu'on est dans le cinéma, je sais quelqu'un d'autre qui m'attend au tournant des Poupées russes... puisqu'il était prévu que j'en commence aujourd'hui l'étude en séminaire (visionnement de la première moitié après avoir réussi branchements de mon portable, réglages divers, redémarrage et basculement du mode vidéo...). Inutile de vouloir défendre ce film en tant qu'œuvre majeure du cinéma français de ces dix dernières années. Brice de Nice passe largement devant !
Trève de plaisanterie. Il s'agit de faire réfléchir quelques étudiantes sur des moyens esthétiques permettant, dans le cas des Poupées russes, d'emboîter une réflexion pathétique et éternelle de banalité sur l'amour dans un tableau de jeunes précaires de moins en moins jeunes, lui-même encadré par une réflexion désabusée sur la valeur de l'écriture littéraire, elle-même réduite en puzzle par montage et trucage de la vie filmée de l'Antoine Doinel des années 2000. Si l'on en reste à ces niveaux et sans prétention, il s'agit d'un excellent film qui enseigne à une population homogène (la japonaise) ce qu'est une population diversifiée (l'européenne), que les boulots mal payés sont basés sur le pipeau réciproque (Romain Duris en jouant volontiers à sa banquière et aux employeurs) et, du point de vue esthétique, qu'une histoire compliquée ne peut se raconter simplement, d'où recours à temporalité multiple, effets mosaïque, accélérations saccadées, etc. — le tout, c'est vrai, dans un habillage musical un peu guimauve.
Côté vocabulaire de base, le hareng remplace le maquereau. Je m'explique : dans l'Auberge espagnole, « bordel » est le mot clé, qui explique la vie de Xavier ; or, dans les Poupées russes, le mot « vrac » lui est préféré. Et le vrac, à l'origine, c'est du herencq waracq, du hareng désordonné... OK, j'arête...
C'est aussi la revanche des Anglais : Wendy, qui apprenait mal l'espagnol et couchait avec un abruti dans L'Auberge espagnole, et William, son frère, qui faisait le clown de mauvais goût, sont cette fois à l'honneur. Quand ce dernier sort à Xavier : « I found true love...» à Saint-Pétersbourg, son aplomb sidère. Et puis c'est comme ça qu'on en revient à la sublime Wendy. Un autre jour. Voilà, c'était le premier debriefing... Envoyez les tomates !

mercredi 19 avril 2006

Dubite, dévisse et tire la valve

Grisaille, mais la tiédeur tient.

Mes deux cours sans fatiguer (parce que des fois quelque chose coince, des étudiants ou moi, et ça épuise). Déjeuner avec David et deux collègues hispanisants, un Mexicain et un Bolivien. C'est presque les vacances, ces parenthèses en espagnol. Pourtant on parle sérieusement.

Enfin, je peux m'occuper de mon vélo. Je le gonfle un peu, même si ça ne tient pas, suffisamment pour aller jusqu'à Yagoto où j'ai repéré une boutique. Arrivé là, un des deux vendeurs réparateurs à qui j'ai dit en japonais que j'étais crevé (le vélo, pas moi, donc) tâte le pneu, dubite, dévisse et tire la valve pour me dire, le triomphe modeste, qu'il n'est pas crevé, que c'est seulement le joint de valve, là où on visse le bouchon ou la pompe, qui est séché. Il m'en met un autre et ne veut même pas que je paie. Je joue la surprise et me confonds en remerciements, exactement comme le font les Japonais — d'ailleurs, je lui suis sincèrement redevable et je ne joue que dans l'aspect. Et puis je replonge dans le supermarché. Faire des courses. Les ramener à la maison. Et revenir au bureau comme si de rien n'était. Jusqu'à 19h30, heure d'aller pédaler statique en triturant du Bardo, jongler avec les fontes, pour constater finalement que j'ai encore pris du poids. Pas grand-chose, mais quand même.

« Le blanc à la radio avait duré un court instant, peu d'auditeurs l'avaient remarqué, mais, dans l'existence de Glouchenko, deux grandes semaines déjà s'étaient écoulées. Dans la mienne, d'existence, je ne sais pas. J'ignore sur quel système de mesure on m'avait branché depuis le début de ma prise de parole. [...] On ne m'avait rien précisé avant mon départ. J'étais même sur le point de m'informer sur mes droits syndicaux, et peut-être même de me plaindre un peu, lorsque le responsable de la régie m'avertit que j'étais en ligne pour le direct.» (Antoine Volodine, Bardo or not bardo, p. 63-64)

« Is it wrong to understand
The fear that dwells inside a man »
(Marc Bolan, Cosmic Dancer, 1971)
Aaah... ou Oooh..., Bolan ou Morrissey, l'onomatopée qui n'est pas belle en soi devient sublime parce qu'elle couvre un indicible malaise et une subite émotion, transmis au public, à l'auditeur, mille fois plus vite que le sens des mots. Car qui va (sa)voir la dimension cosmique de celui qui danse de l'ombilic à la tombe pour juguler sa peur de vivre-mourir ? Ou ce que vient faire là le plongeon (loon) ? Juste rimer avec balloon ? Ou parce qu'il est lui aussi plutôt « bruyant en période nuptiale où retentissent ricanements chevrotants et plaintes répétées des plus primitifs » qui soient...

mardi 18 avril 2006

Cadre dit d'impuissance

Premier jour tiède, on approche des 20 degrés.
Dans le train, flemme de sortir mon portable, pas envie de mettre le casque. Ce qui sort bien, c'est le petit livre, format de poche...

« Forcément, je passe sur les détails... Chauffeur-livreur après l'armée... Pendant un moment, le bouddhisme l'attire... Il suit durant onze mois une formation dans une lamaserie, comme s'il se destinait à devenir moine, puis il abandonne... A souvent changé de travail entre vingt-deux et vingt-cinq ans...Tueur de canards dans un élevage de canards... Bande de copains... Mauvaises fréquentations... Des ouvriers marginaux, des groupes subversifs... Propagande radicale, discours égalitaristes... Participe à un hold-up prétendument révolutionnaire... Huit ans de rééducation avec régime sévère... Médaille du détenu lors d'un concours d'endurance... Nouvelle bande de copains au sortir des camps... Réinsertion sociale... Tueur de poulets dans un élevage de poulets... Puis il laisse tout tomber, il s'engage dans les Forces auxiliaires... On l'envoie exporter la démocratie dans un district de la ceinture équatoriale... Forêts, marécages, lianes, mille-pattes géant, maliara des Indiens Cocambos à mater... En réalité, il n'a pas le temps de faire connaissance avec le pays ni d'assassiner le moindre indigène. À peine arrivé au camp de base, il aide à décharger un hydravion... Une caisse de matériel explose... Des munitions avec des charges biologiques, apparemment... Glouchenko attrappe une peste foudroyante... On avait cru qu'il avait été vacciné avant de partir, et, en fait, non. Et puis, hier, il est mort... (Une pause.) Une vie tout ce qu'il y a de plus banale... Courte et médiocre, incohérente...
Je n'estime pas utile de toujours dire ce que je pense, car c'est souvent choquant.
Mais là, je le dis.
— Une vie de con, dis-je.
Une pause. Trompes lointaines.
Gong. Silence.
Gong.»
(Antoine Volodine, Bardo or not bardo, Le Seuil, coll. Points, p. 52-53.)

Plus tard, toujours pas le temps de réécouter la conférence de Nancy. Mais... Il y a un mais...

Étrange, étrange, en effet... J'étais en train de finir de polir les Matins de vendredi sur les blogs (moins certaines chroniques hors-sujet et les journaux d'info, pour qu'il n'y ait que les propos sur les blogs) pour le mettre en ligne et je suis allé voir, pour information, le site de Zaki Laïdi. Lisant la liste de ses publications, j'ai eu l'étrange sensation de revivre la conférence d'hier soir. Était-ce un effet d'écho, un dérèglement de mon organisme ou de mes capacités sensorielles ? Ou est-ce une question de co-référence, voire d'école ou de chapelle ? Ou de pompage ?... Je n'en sais encore rien. S'il y a des cognoisseurs, qu'ils m'éclairent, s'il vous plaît ! Mais malaise dans la mondialisation, avec tendance optimiste, la réflexion sur le temps mondial, réévaluation du et de la politique dans ce cadre dit d'impuissance et la création d'une autorité européenne qui peine à s'imposer parce qu'elle ne s'impose pas par la force sont autant d'expressions qui paraphrasent à la fois les titres des publications de Laïdi et les parties de la conférence de Nancy !

Comme dit Vian dans la Java des bombes atomiques : « Y'a quelque chose qui cloche là dedans / J'y retourne immédiatement ! »...

lundi 17 avril 2006

Je ne fais heureusement pas partie de la chapelle philosophique

C'est clair, on va marcher, on va faire aujourd'hui la promenade dont on a été empêché hier. D'abord bosser la matinée, courrier et avancement de l'index des noms propres (février bientôt fini). Arroser les fleurs sur le balcon, les pensées en pleine forme et le citronnier qui fait de nombreuses pousses (à rempoter d'urgence). Après, il est temps de sortir parce qu'en ce moment, il y a des travaux en stéréo : ravalement intégral d'un immeuble côté cuisine et d'énormes grues de construction côté chambre.

Déjeuner au Saint-Martin, un peu tard donc il n'y a plus de poulet...

En JR jusqu'à Harajuku et à pied, dans une foule printanière, jusqu'à Omote-Sando où T. doit faire une course. La dernière fois que je suis passé ici, la construction d'Omote-Sando Hills n'était pas achevée, Laurent Flieder et moi avions marché jusqu'à Aoyama-itchome. Construit par Tadao Ando, ce complexe commercial dont je n'ai pas encore saisi l'originalité, achève d'embourgeoiser — comme on diraît ligoter — le quartier. À part les jours de grand froid ou de grande chaleur, je ne vois pas bien ce que j'irai y faire.
Après un petit poisson au haricot rouge, retrouvons la boutique Victorinox que j'avais déjà visitée une fois et y dégotons pour T. (pas le même T. que ci-dessous) un ravissant petit blouson sportif et plein de poches, parfait pour nos futures marches en montagne — car, oui, première nouvelle, nous allons reprendre la randonnée, et pas plus tard que dans deux semaines...
Arrivés à Shibuya, au moment de nous quitter, tombons nez à nez avec Laurent (pas le même Laurent que ci-dessus) qui va à la piscine. Petits signes, on se disperse comme des barbouzes. Je vais d'abord à Yamaya acheter du poivre en grains, du noir et du blanc, puis chercher un disque de T. Rex à Tower Records (j'avais des vinyls autrefois mais vaut mieux ne plus y penser), avant de me diriger en souplesse vers la Maison franco-japonaise à Ebisu.

Graalons petitement, disons une bonne demi-heure, avec Fumie, Bill, Laurent, François et Daniella, mais aussi son mari Josef, exceptionnellement venu pour la suite. François et moi complotons de faire venir Volodine au Japon.

Puis c'est la descente jusqu'à l'auditorium déjà empli aux deux tiers pour accueillir Jean-Luc Nancy.
Le (fait) politique et la politique, l'héritage chrétien dans les institutions occidentales laïques, la mondialisation qui n'est pas la globalisation... Je ne sais pas comment commencer mon résumé, ni même si je suis capable d'en faire un après le dîner bien arrosé au Marché aux puces (non pas avec Nancy, avec mes copains habituels, je ne fais heureusement pas partie de la chapelle philosophique — je précise pour éviter tout malentendu : j'apprécie JLN et j'ai été bien stimulé par son propos mais je n'ai définitivement pas la carrure en philo, et puis j'exècre les effets de coterie qui se produisent bien malgré lui). D'ailleurs il est déjà tard. Je vais me contenter prudemment de coller une photo. Et je réfléchirai à compléter cette page un autre jour, à tête reposée, éventuellement après avoir réécouté mon enregistrement...

dimanche 16 avril 2006

Ça commence à grenouiller serré dans la blogosphère

Le 2, Jean-Claude Bourdais nous disait sortir de sa phase en carton ; le 7, François Bon annonçait qu'il rempilait tumultueusement. Jean-Michel Maulpoix a décidé de continuer en dépit de l'iniquité. Ça m'aurait embêté qu'ils arrêtent, pour eux comme pour moi.

D'autant que de l'autre côté, si je puis m'exprimer ainsi (car il y a un côté des justes et un côté des malfaisants, non ?), les blogs se pipolisent et se vulgarisent à vive allure. Tout le monde veut faire l'opinion et ça commence à grenouiller serré dans la blogosphère. Les Matins de France Culture de vendredi, qui « surfent aujourd’hui sur un phénomène », étaient édifiants — et affligeants — à cet égard : deux blogeurs et un directeur d'agence inte(rnet)llectuelle (!) considérés comme représentatifs de l'ensemble (quel ensemble ?), face à des chroniqueurs beaux parleurs comme d'habitude mais piètres surfeurs, de leur propre aveu. Quelque gentil assistant-stagiaire a dû leur faire faire un tour de dix blogs influents — voyez à gauche la colonne des liens, le communautarisme (Hum...), à droite les derniers posts, ça s'actualise automatiquement (Oh ! Ah !...), et en bas les commentaires (Mon Dieu ! Et les gens peuvent écrire n'importe quoi ?) — et voilà nos journalistes devenus de fins connaisseurs, comme on se dit parisien après avoir fait un tour de Paris en bus, surtout découvert.

Allons, mon âme, je ne vais pas aller protester chez ces gens-là. Non, ce serait leur faire trop d'honneur. Je vais sagement rester dans mon coin, zen, me rencogner même un peu dans mon trou d'arbre, fermer leurs pages racolleuses. Prendre un bain et relire Volodine.

« Soudain elle avait l'impression que les contes du Bazar étaient des pièges qui avaient été conçus par de mauvais sorciers, spécialement et uniquement pour gâcher sa nuit de noces. Cependant, elle ne comprenait guère la nature de sa maladresse. Elle ne se hasardait pas à la comprendre, pas encore.» (Antoine Volodine, Nos Animaux préférés, p. 119)
« Ne sachant que conclure, Minesse commença à analyser de près les comptes rendus que les favorites faisaient après une visite à l'Alcôve : tout détaillés et vivants qu'ils fussent, ces exposés commençaient à lui paraître un tantinet conventionnels.» (Ibid., p. 126)
« Soudain, au détour d'une conversation anodine, une révélation illumina la sagace Minesse : les femmes se contentaient de reprendre mot pour mot les récits érotiques qui se transmettaient sous les voûtes ; chacune mentait, depuis son premier jour au harem ; aucune n'avait copulé avec le roi ; aucune n'osait avouer sa virginité.» (Ibid., p. 127)

Mais cela ne laisse pas présager de la suite...

Hier soir, vu (enfin) Pulp Fiction (1994), emprunté au vidéo club de Kagurazaka. Je me suis repassé six ou sept fois la scène extraordinaire de la piqûre pour sauver l'héroïne de l'overdose. Quand elle se relève suffocante, dans la seconde qui suit le coup porté, Uma Thurman n'a plus le gros point rouge fait au marqueur par John Travolta pour viser juste. On lui demande : « Say something...», et elle répond « Something...»
Dans l'après-midi, vu Moby Dick (1956), film à narration linéaire, centré sur trois ou quatre personnages, dont le survivant qui est aussi le narrateur en voix off. Encore efficace quoiqu'un peu long.
Enfin ce soir, T. et moi avons regardé Million Dollar Baby (2004), film à narration linéaire, centré sur trois ou quatre personnages, dont le survivant qui est aussi le narrateur en voix off, et finissant aussi mal que le film baleinier. Moyennement efficace, un peu long — mais n'arrivant pas à la cheville de celui d'hier.

samedi 15 avril 2006

Dommage que son auteur n'ait pas pu faire de vélo

Faisait frais à Tokyo, ce matin, malgré le soleil. J'étais même un peu en avance pour les cent cinquante mètres qui me séparent de l'Institut. Je voulais traiter des pages 16 à 24 de Molloy... J'ai tout juste réussi à en faire la moitié. Il y a tant à dire. Le chapeau, les béquilles, la bicyclette et sa trompe, la décision d'aller voir sa mère.
Je ne vais pas refaire le cours, mais revenons sur quelques lignes que, lors d'un Point de sagesse mémorable, Cécile citait déjà :

« Parler de bicyclettes et de cornes, quel repos. Malheureusement, ce n'est pas de cela qu'il s'agit mais de celle qui me donna le jour, par le trou de son cul si j'ai bonne mémoire. Premier emmerdement. J'ajouterai donc seulement que tous les cent mètres à peu près je m'arrêtais pour me reposer les jambes, non seulement les jambes. Je ne descendais pas à proprement dire de selle, je restai à califourchon, les deux pieds par terre, les bras sur le guidon, la tête sur les bras, et j'attendais de me sentir mieux.» (Samuel Beckett, Molloy, p. 20)
« [...] car il y avait une éternité qu'elle était sourde comme un pot. Je crois qu'elle faisait sous elle, et sa grande et sa petite commission [...] » (Ibid., p. 21)
« Je couche dans son lit. Je fais dans son vase. J'ai pris sa place.» (Ibid., p. 7-8)

Longtemps je me suis demandé quelle pouvait bien être la nécessité pour Beckett (pas pour Molloy, hein !) d'entrelacer ainsi les thèmes du vélo et de la mère. Ni hasard, ni nonsense, à mon avis. Mon hypothèse d'aujourd'hui est que leur intersection se matérialise ici par le mot selle dont les deux sens (siège de bicyclette et matières fécales) se retrouvent dans l'expression de Molloy : « Je ne descendais pas à proprement dire de selle »... Pas très propre, tout ça. Comment se démerder avec ? Y a-t-il de l'ontologique au-delà du rejet infantile évoqué par Freud ?
La naissance et la filiation, c'est-à-dire l'irréversibilité de soi et de l'être dans ses générations successives, Molloy n'en pense pas grand bien, il ravale cela au niveau matériel le plus bas possible, celui des selles de sa mère dont il se sent l'enfant (la mère, c'est la merde, et j'en suis... c'est à peu près, en substance, ce qu'il nous dit). Mais le même organe (balancier de contradiction cher à Molloy) qui sert à tous à s'asseoir pour évacuer ces choses (le cul) sert aussi à monter à bicyclette, une bicyclette qui symbolise la liberté (Ludovic Janvier le disait déjà en 1965) parce qu'étant acatène (à entraînement direct = sans chaîne) elle est aussi « à roue libre, si cela existe.» (p. 19). Merveilleux, le « si cela existe » !
Puis on s'appelle Mag (comme Maria de Magdala ?) et Dan (comme Daniel ou comme damné ou comme papa ?), l'âge efface le sexe et l'ordre parent-enfant (p. 21), tout ça n'a plus guère d'importance. C'est alors que Beckett se « faufile » (faux fils...) jusqu'à la « comtesse Caca » (p.21).
Mais la comtesse Caca ne sort pas de n'importe où — et c'est bien dommage que son auteur n'ait pas pu faire de vélo :
« Le terrain où Morel devenait si crédule et était si docile à son maître, c'était le terrain mondain. Le violoniste, qui, avant de connaître M. de Charlus, n'avait aucune notion du monde, avait pris à la lettre l'esquisse hautaine et sommaire que lui en avait tracée le baron : « Il y a un certain nombre de familles prépondérantes, lui avait dit M. de Charlus, avant tout les Guermantes, qui comptent quatorze alliances avec la Maison de France, ce qui est d'ailleurs surtout flatteur pour la Maison de France, car c'était à Aldonce de Guermantes et non à Louis le Gros, son frère consanguin mais puîné, qu'aurait dû revenir le trône de France. Sous Louis XIV, nous drapâmes à la mort de Monsieur, comme ayant la même grand'mère que le Roi ; fort au-dessous des Guermantes, on peut cependant citer les La Trémoïlle, descendants des rois de Naples et des comtes de Poitiers ; les d'Uzès, peu anciens comme famille mais qui sont les plus anciens pairs ; les Luynes, tout à fait récents mais avec l'éclat de grandes alliances ; les Choiseul, les Harcourt, les La Rochefoucauld. Ajoutez encore les Noailles, malgré le comte de Toulouse, les Montesquieu, les Castellane et, sauf oubli, c'est tout. Quant à tous les petits messieurs qui s'appellent marquis de Cambremerde ou de Vatefairefiche, il n'y a aucune différence entre eux et le dernier pioupiou de votre régiment. Que vous alliez faire pipi chez la comtesse Caca, ou caca chez la baronne Pipi, c'est la même chose, vous aurez compromis votre réputation et pris un torchon breneux comme papier hygiénique. Ce qui est malpropre.» Morel avait recueilli pieusement cette leçon d'histoire, peut-être un peu sommaire [...] » (Marcel Proust, Sodome et Gomorrhe, II)

vendredi 14 avril 2006

Molloy sur le feu...

Trans-Europ-Express.
Intervista.
La Ricotta.
Millenium Mambo.
La Rivière.
Vivre.

Je découvre cette liste. Ce sont les films que Jean-Philippe Toussaint avait choisis pour sa carte blanche, à Toulouse. Il y en a plusieurs que je n'ai pas vus. Et ce scandale à mes yeux : que les films d'Alain Robbe-Grillet soient toujours indisponibles en DVD (comme ils l'étaient déjà en vidéo, à l'exception de cette fameuse collection du Ministère des Affaires étrangères, 1982, aujourd'hui introuvable...). Qu'est-ce qui bloque leur sortie ? Sans doute pas Robbe-Grillet lui-même !
Réponse dans une des trois cent dix-sept boîtes ?... Le bel avenir des chercheurs !

En attendant Molloy, voici superbement Wagneur, Jean-Didier, dans Libération, le 8 décembre 2005 :

Sa gomme et Gomorrhe

« Avec le dossier de presse des Gommes et du Voyeur, Scénarios en rose et noir qui recueille ses textes cinématographiques et Préface à une vie d'écrivain, transcription d'une série d'entretiens pour France Culture, Alain Robbe-Grillet revient en force au moment où il se prépare à entrer à l'Académie française, plus de cinquante ans après la parution des Gommes et le début d'une autre querelle des Anciens et des Modernes, celle du Nouveau Roman.

Préface à une vie d'écrivain, ce sont vingt-cinq leçons sur la littérature selon Robbe-Grillet que le lecteur aura tout loisir aussi d'écouter, le livre étant accompagné d'un CD. Tribun exemplaire puis évangéliste auprès des amphithéâtres nord-américains (« j'étais professeur de moi-même »), Alain Robbe-Grillet y parle du Nouveau Roman, c'est-à-dire en quelque sorte de lui, « ce que j'adore faire », précise-t-il. Il est plein de son sujet, en connaît toutes les versions officielles comme officieuses, et fait preuve d'une force de conviction telle qu'on pourrait douter qu'hors le Nouveau Roman, il existe autre chose à lire. Il fascine, sait amuser son public et moquer le bourgeois, et, quand il n'ironise pas, il séduit. Paul Valéry disait « qui écrit, entre en scène », Robbe-Grillet n'a jamais raté ses entrées. Il se livre parfois, plus intimement, mais méfiance : si le narrateur est talentueux, il contrôle ses propos et sait déjouer le critique qui sommeille en tout lecteur. Ingénieur titulaire d'une solide culture scientifique, aventurier des intelligences conceptuelles, lecteur de la catégorie de ceux qu'on dit insatiables, spectateur du monde doué d'une rare acuité textuelle, intime d'Eros et de Thanatos, il a su en véritable artiste transfigurer tout ça, pour imaginer un monde porté par de grands livres, en témoigne récemment encore la Reprise.

Cette Préface dresse le panorama d'une époque, celle des modernes, plutôt que de l'« avant-garde », terme peu satisfaisant pour l'auteur, et d'une passion, l'écriture, qui lui fait abandonner la carrière d'ingénieur agronome, spécialiste de la culture du bananier la Jalousie en gardera quelque chose. Préface à une vie d'écrivain, le titre n'est pas innocent, il fait signe comme on disait alors vers Gustave Flaubert. C'est à l'article près celui que Geneviève Bollème avait adopté naguère pour publier une sélection de lettres où l'auteur de l'Éducation sentimentale parlait de la littérature (Préface à la vie d'écrivain). Flaubert, l'un des écrivains majeurs de Robbe-Grillet, est ici bien présent Charbovari et sa casquette en morceaux choisis, le « livre sur rien » et surtout une éthique de l'écriture exemplaire. Mais il y a aussi Balzac, du moins le Balzac de Robbe-Grillet, le « bon ennemi » représentant un moment du roman à bannir. Car le Nouveau Roman a trouvé essentiellement son unité dans le refus de la forme léguée par le XIXe siècle, que Paul Valéry avait stigmatisée dans sa célèbre formule « la Marquise sortit à cinq heures », et corrélativement dans celui du narrateur omniscient, version romanesque de « Dieu qui raconte » ; ainsi que des nombreuses conventions littéraires avec lesquelles s'écrivaient alors (et s'écrivent encore) les histoires, notamment son personnel dévoué : le personnage de roman, problématique « être de papier ». Toute une parentèle littéraire avait déjà pris congé de ce monde romanesque, notamment Camus avec l'Etranger dont Robbe-Grillet réaffirme à nouveau l'importance dans la genèse de sa poétique, le Sartre de la Nausée et surtout Kafka dont la phrase « un écrivain écrit toujours dans une langue étrangère » reste programmatique.

Le Nouveau Roman fut l'invention d'Alain Robbe-Grillet, une bannière qui évacuait les épithètes journalistiques diverses telles « Ecole du regard » ou « Ecole de Minuit » sous lesquelles on regroupait les écrivains de la jeune maison d'édition : Marguerite Duras, Claude Simon, Michel Butor, Robert Pinget et Samuel Beckett réunis autour de l'éditeur Jérôme Lindon. Mais le Nouveau Roman ne fut pas un groupe littéraire au sens de cénacle, plutôt une convergence de poétiques atypiques définissant les contours d'un autre « art de raconter ». Alain Robbe-Grillet le définira comme « esthétique négative » à savoir ce qu'il ne pouvait plus être. En prenant des fonctions de directeur littéraire auprès de Jérôme Lindon, l'écrivain poursuivra ce travail de médiation dont il maîtrise parfaitement les rouages, de la dédicace élégamment didactique à l'usage du critique jusqu'au texte programmatique. Il se souviendra qu'être éditeur « consiste à publier des livres dont le public ne veut pas » selon le mot de Fischer des éditions Fischer Verlag, et donc d'en créer les lecteurs potentiels.

La réception du Nouveau Roman reste la bataille littéraire de la seconde moitié du XXe siècle. Avec Pour un Nouveau Roman (1963), Robbe-Grillet imposait des cadres à une critique littéraire désemparée ne sachant par quel bout prendre ces objets romanesques. « On avait même imaginé, à l'époque, dans le goût des encyclopédistes, de faire un dictionnaire, rapporte Robbe-Grillet. (...) On se réunissait chez Jérôme Lindon, et on avait décidé de faire un dictionnaire des termes employés par la critique au pouvoir pour condamner nos oeuvres, dans l'idée que ces termes à l'air innocent ne l'étaient pas, car ils décrivaient une idéologie.» Si le chantier fut rapidement abandonné, la critique hérita du projet sous d'autres formes, notamment Roland Barthes qui, avec Maurice Blanchot et Jean Paulhan, couronnait le Voyeur du prix des Critiques en 1955. Barthes offrira sa lecture de Robbe-Grillet autour des idées de « texte » et d'« écriture » promises à une longue postérité universitaire et à quelques colloques de Cerisy. Le Nouveau Roman trouvait alors son complément naturel dans la Nouvelle Critique.

À lire les dossiers de presse réunis par Emmanuelle Lambert, on est frappé par l'écart entre l'univers mental de la critique la plus récalcitrante et le caractère intempestif des objets robbegrilletiens. Si cela relève parfois du bêtisier littéraire, on y perçoit le crépuscule d'une époque, celui du sens et du sujet, confronté à travers Robbe-Grillet à sa propre illisibilité en miroir.

Vertiges autoscopiques

Reste que ce qui paraissait « contradiction », « manque » et plongeait dans la perplexité l'ancien lecteur du Nouveau Roman est devenu aujourd'hui une poétique presque classique qui a essaimé dans les écritures contemporaines. La dérive urbaine, le sentiment d'étrangeté, la déréliction, le jeu avec les espaces topologiques, la réécriture ont profondément remodelé l'écriture romanesque, bien loin de la « glaciation » dont on avait parlé. Mais ce que l'on voyait peu alors, c'est que tout reposait chez Robbe-Grillet non sur de pures spéculations théoriques mais sur une intuition, une façon d'être au monde. Aussi, les meilleures pages de cette Préface sont-elles celles où Robbe-Grillet documente la genèse de son univers personnel. Souvenirs de l'Exposition universelle de 1937 dans la boue, où « seuls deux pavillons étaient terminés : l'Allemagne nazie et la Russie soviétique, qui se faisaient face. Notre monde démocratique était comme une ruine » ; accablement vécu face à Brest rasé par les bombardements et devant le Berlin dévasté de l'après-guerre ; histoires de sa famille en Bretagne, légendes celtes, lectures d'enfance (Lewis Carroll), vertiges autoscopiques et écriture à l'envers sont autant d'énigmes qui contribuent à faire surtout de l'oeuvre une « élucidation personnelle ».

L'histoire de Robbe-Grillet est non celle du mal-aimé, mais une suite de malentendus aussi bien amis qu'ennemis et dont sa carrière cinématographique porte aussi la trace : « Je n'étais pas considéré comme un vrai romancier mais comme un ingénieur qui avait pris un stylo (...) j'ai changé de statut quand j'ai commencé à faire des films. Toute la critique, unanime, a dit : "On voit bien que ce n'est pas un cinéaste ! C'est un romancier qui a cru qu'il suffisait de prendre une caméra et de filmer, mais on voit bien que c'est un romancier."» Le volume qui paraît simultanément réalise le vœu émis par l'écrivain de publier les « livrets » de tous ses films. De Trans-Europ-Express (1966) à la Belle captive (1983), Scénarios en rose et noir se veut le « ciné-roman du cinéma de Robbe-Grillet ». Il offre au lecteur tous les états des films, des avant-projets aux « continuités dialoguées ». Alain Robbe-Grillet y fait preuve de la même nécessité de déconstruire le « récit cinématographique », notamment par un important travail au montage, en analogie avec les versions successives qui préparent l'état final d'une fiction. Romans, ciné-romans, films, critique, Alain Robbe-Grillet témoigne toujours que « le monde est à reconstruire sans cesse » et renouvelle encore ce contrat de lecture : « J'ai plus de quatre-vingts ans, écrit-il, je n'ai toujours rien compris, mais j'ai de plus en plus cette nécessité de tracer des chemins aventureux à l'intérieur de ce monde que je ne comprends pas.»

jeudi 13 avril 2006

Des jalousies qui ne font pas le noir

Je retrouve ça — belle lucidité — dans mon baladeur électronique :
« Dans un dévédé, c'est une façon, vous savez, de souffler sur des braises. C'est pas pour dire : "Oh la la ! comme c'était beau", mais plutôt : "Voilà, on existe, on aime le cinéma, je ne suis pas encore morte, je peux parler des films que j'ai fait, j'en profite." J'en profite parce que, bon, moi aussi, mon rapport au temps, il s'est serré, il s'amenuise évidemment et que, plutôt que d'être angoissée en me disant : "J'ai plus de temps, j'vais pas y arriver", j'ai plutôt le plaisir de me dire : "Tiens, j'ai choisi une nouvelle façon de m'exprimer, par ces installations", et j'en ai une telle sensation de liberté que, bon, bah, tant que je pourrais le faire, ça ira, j'ai pas du tout l'idée de dire : "Il faudrait que je dise ça, encore une œuvre à faire...", mais bon, j'avance, j'avance, je fais ce que je peux et puis ça s'arrêtera en temps voulu. Mais mon rapport personnel avec le temps qui me reste est assez serein, assez amusant. Mais dans le travail, par contre, il y a une petite espèce d'excitation comme d'ailleurs les gens de théâtre connaissent avant la générale, tout d'un coup ils ont des idées de dernière minute [...] » (Agnès Varda, entretien diffusé le 11 mars dans Projection privée)
C'est juste un extrait, avec des craquements, parce qu'à Orléans, je captais très mal France Culture... J'avais téléphoné à Cécile qui m'avait dit qu'il y avait ça qui venait de commencer, qu'elle écoutait aussi... À insérer entre Bégaudeau et Topor.

Avec mes étudiantes du séminaire de cinéma, on a failli commencer à regarder les Poupées russes (Klapisch, 2005). On n'a pas pu parce que la salle qui m'a été attribuée contient 80 ordinateurs mais aucun qui accepte de faire tourner un dévédé en PAL, et pas non plus de projecteur. Alors que j'avais écrit tout ça sur mes vœux de salle il y a quatre mois... Bon, on fait un peu de vocabulaire, on discute de cinéma japonais, histoire de voir ce qu'elles connaissent et de ne pas perdre complètement la séance, et puis on va chercher un technicien. Tests effectués, on peut brancher mon ordinateur portable sur un projecteur à traîner là chaque semaine, mais... il n'y a pas de son, sinon celui du portable. Hum, hum... Direction, le bureau qui attribue les salles, quinze minutes de négociations (et explications, où se retrouvent un à un les éléments de mes vœux) et enfin une nouvelle salle pour la semaine prochaine. Mais j'irai la voir demain matin parce qu'à mon avis il n'y a que des jalousies qui ne font pas le noir... Pas facile d'enseigner le cinéma !
Après trois cours et tout ça, je suis rétamé. Un petit remontant de Deerhoof dans la blogothèque n'est pas de trop. Amateurs de classique, de reggae et de disco, ne pas cliquer pour ne pas être hérissés — naïfs et globuleux que vous êtes.
Au second semestre, j'envisage de les faire travailler sur Sans toit ni loi...

mercredi 12 avril 2006

Aller droit dans un dictionnaire

Comme annoncé hier, voici l'émission Net plus ultra du 20 décembre 2000, avec Onfray en Candide semble-t-il peu concerné et Érik Orsenna en promoteur d'un appareil qu'il ne paraît pas beaucoup connaître... Des répliques devraient aller droit dans un dictionnaire des idées reçues du XXI siècle.

Je n'ai pas le temps d'en recopier parce que j'ai eu deux cours, une réunion et une sortie quelque peu imprévue...

J'entame l'un de mes cours de deuxième année (pratique de la lecture et de la phonétique) — une de mes meilleures entrées en matière — par un repérage de tous les « e » (sans accent aigu ni grave ni circonflexe) dans les mots des premières phrases d'un texte. Au tableau, dans une sorte de désordre simulé. Et puis faire répéter des membres de phrases pour qu'on sente bien comment le « e » se prononce, ou ne se prononce pas. Les étudiants médusés voient apparaître que c'est la lettre la plus courante, qu'elle entre dans plein de sons différents et que même les combinaisons de lettres ne sont pas fiables, comme « -es » ou « -ent » qui ne  se réalisent pas toujours de la même façon (ci-dessus, « accent » et « réalisent », par exemple).
Et puis on les groupe, on cherche les accents toniques. Tout ça fait beaucoup de bruit, c'est vivant. Certains se demandent à quoi tout ça rime. Mais une partie de la classe, et ça augmente alors de minute en minute, commence à comprendre que c'est là une des causes de leurs problèmes de première année : on a appris plein de règles de grammaire, mémorisé des tonnes (utiles) de conjugaisons, mais on n'a pas vraiment pris conscience qu'il y avait en-dessous une matière de lettres et de sons dont on ne savait pas grand-chose, finalement. Et un pas grand-chose qui se mélange allègrement avec les sons du japonais et ce que l'on sait d'anglais.
Cette année, la réaction est nettement plus rapide, grâce au cours ouvert l'an dernier, dans lequel ils ont fait de la sensibilisation phonétique, de manière ludique et sans le savoir.
Il est temps d'introduire l'A. P. I., dans une version simple.

Quant à l'imprévu, dont David m'avait informé hier, c'était la rencontre avec le nouvel ambassadeur de France au Japon, Gildas Le Lidec, et son épouse, de passage à l'Alliance de Nagoya. Qu'il y vienne est tellement rare que c'est déjà un signe fort. Qu'il souhaite rencontrer des enseignants est de l'ordre de l'extraordinaire. Qu'il soit aussi cordial et disposé à la discussion informelle, mais néanmoins sérieuse, là, nous sommes dans le miraculeux. C'est pourtant ce qu'une dizaine d'enseignants a pu vivre tout à l'heure pendant près de 90 minutes. Les remerciements chaleureux qui ont suivi sont à la mesure de l'étonnement.
Nous ayant questionné sur ce sujet, il a été bien surpris d'apprendre que les responsables du pavillon et des activités françaises de l'Expo Aichi 2005 n'avaient jamais daigné prendre contact avec l'Alliance, les enseignants ou le milieu francophone de Nagoya... Ce dont je m'étais indigné l'an dernier.
Comme une sorte de clin d'œil de l'adversité, c'est peut-être le jour de l'enterrement du CPE, comme on dit sur France Info, que commence ici une nouvelle ère... Nous verrons bien.
Dans la confusion, je n'ai pas pensé à changer de mode. Et puis l'endroit était fort peu éclairé... Alors malgré le flash, mes photos sont toutes sombres. Le seul raté.

mardi 11 avril 2006

Bribes par radio et talkie-walkie, avant disparition

Non. Pas aujourd'hui.
Peu à dire et déjà tard.

Ayant reçu l'accord des intéressés, je mets en ligne les versions audio des deux séminaires d'Hubert de Phalèse auxquels j'ai assisté quand j'étais à Paris, celui d'Alexandre Gefen le 28 février, sur le Web 2.0 : les humanités face au devenir d’Internet, et celui de Mathieu Pasquini le 14 mars, consacré à son site d'édition In libro Veritas. Je vais aussi ajouter ces liens dans les pages du JLR concernées et faire une annonce sur Litor.

Dans le shinkansen, découpage des émissions repiquées de trois minidiscs, fin 2000 et début 2001. Je mettrai en ligne demain un extrait d'une émission sur le Cybook, avec Érik Orsenna et Michel Onfray... Ça amusera beaucoup de monde, je pense.

Quand même...
Enfin, ce soir j'ai remis la main sur le minidisc 211, qui contient bien les deux pièces radiophoniques de Volodine que l'article de Ruffel m'a remises en mémoire. Elle forment l'ensemble Sœurs de sang : 1. Le silence de Myriane Marane ; 2. Outrage à Mygale. Je repique de suite, indépendamment de l'ordre des MD. Je les ai reconnues à la première note du bruitage. Je les avais écoutées attentivement deux ou trois fois fin 2001, dans le climat de danger mondial qui régnait alors. Puis rangées. Puis j'avais changé de méthode d'enregistrement et remisé les MD en attendant de savoir quoi en faire... Mais leur souvenir ne m'avait jamais quitté. Cette exploration nocturne dans une maison détruite, face à l'ennemi invisible, à la recherche d'une sœur en fuite, dont nous n'entendons que des bribes par radio et talkie-walkie, avant disparition... Puis, surtout, ces araignées, dans 50 millions d'années, qui héritent de la pensée et de la conscience humaines mais refusent de croire leurs archéologues... Oui, j'avais fini par en oublier titres et auteur. Mais régulièrement je souhaitais les retrouver. Elles m'avaient secoué, plus que tout autres. Je craignais de les avoir perdues ou effacées. Depuis quatre ans, Volodine me hantait. Je cherchais dans ma nuit et je ne savais pas que c'était lui. En lisant Nos Animaux préférés, j'avais senti tout de même que je m'en rapprochais à nouveau.
Je vais aller dans cette pensée...

lundi 10 avril 2006

Un poisson mi-figue mi-raisin

Journée volodinière. Je copie, je colle, j'imprime, je relis. J'infuse, aussi. (En gros, ce sont tous les liens distribués dans les mentions d'AV ces deux derniers mois...)
Grâce à Radio Bardo de Lionel Ruffel, je suis allé fouiller dans les notices de mes MD pas encore repiqués en MP3. Il semblerait que dans le 211 j'aie deux des pièces mentionnées en tête de son article, diffusées sur France Culture en novembre 2001. Je vérifierai ça demain dans ma md-thèque...

« Justifier un licenciement reviendrait à tomber dans un formalisme juridique compliqué et inefficace, selon le Premier ministre », rappelle le journal Le Tigre en une de son numéro 3. Avec en page 11 mi-figue mi-raisin un poisson que beaucoup ont avalé cru...

Un ami m'a envoyé l'adresse de ce petit clip désopilant. Il a bien fait (merci !). Recommandé à tous, surtout ceux qui n'ont pas de quoi se payer de la viande, puisqu'on dit qu'un fou-rire équivaut à un bifteack.
Pour la donner à T. (cette adresse), j'attendrai deux ou trois jours. Elle avait trop repoussé son rendez-vous chez le dentiste et il vient de lui enlever un nerf en urgence...

Pour autant, la reprise du GRAAL n'a pas été glorieuse. La salle de la MFJ étant prise par une invitation, nous avions décidé, T. et moi, d'inviter chez nous... L'une n'est pas venue, un autre s'était décommandé ce matin, un troisième débarquant de Franckfort s'est excusé, et une autre amie est venue jusqu'ici apporter un petit cadeau à T. et dire qu'elle était trop fatiguée pour rester, ayant effectué plusieurs jours de cours intensifs, etc. Si bien qu'il n'y avait presque plus personne pour débattre de Nos Animaux préférés, et aucun n'avait le livre avec lui. Il va falloir que je remette de l'ordre...
Serions-nous, nous aussi, de ce temps post-exotique où les groupuscules contestataires s'étiolent et décrépissent, murmurent leurs faits d'armes devant des parterres vides et sans plus y croire ?...
Laurent, qui a tout de même lu le livre, m'aide à faire comprendre l'univers volodinien de façon à peu près juste, ce qui n'est pas évident. La lecture d'extraits requinque, notamment Balbutiar rivé à son rocher...
À 19 heures, champagne avec T. pour la féliciter d'avoir déposé sa thèse.
Puis dîner à quatre au Saint-Martin.
Pas le temps de m'étendre, pourtant il y aurait de quoi... demain, peut-être.

dimanche 9 avril 2006

En voilà deux que j'aurais bien accompagnés

Outre le plaisir de retrouver Katsunori (vu hier au cours sur Beckett) et Bikun (dernière fois avant son retour au Tadjikistan), ping-pong décevant (pour moi). Même hors match, je ne produis que très peu de bonnes balles — et pas de vrai défoulement. En fait, je voudrais m'entraîner sérieusement...
Comme la semaine dernière — pas tout à fait les mêmes — retrouvons T. au restaurant chinois Panda pour un déjeuner excellent et calme, qualités parfois difficiles à réunir à Shibuya. Bikun nous raconte ses tribulations pour obtenir des renouvellements de visa auprès des autorités tadjikes — beaucoup plus compliqué que la vie de tous les jours, en fait.
Puis, T. et moi faisons des courses à Yamaya pour demain, le GRAAL qui aura lieu chez nous.

Plus tard, dans le bain, point de canard flottant...
« la Shaggå a été conçue pour évoquer, et en même temps pour leurrer, pour protéger, pour résister à toute effraction. Elle contient une part de mystère indéchiffrable et, sous ses dehors anodins, elle proclame paisiblement que sa raison d'être est ailleurs : c'est une esthétique de l'esquive qui lui donne sa force poétique, c'est parce que la Shaggå (à la manière d'autres créations post-exotiques) "parle d'autre chose" que le lecteur ou la lectrice sont invités à la faire résonner en eux, à la goûter.
Une fois de plus, on a devant soi un exemple de l'insolence post-exotique, telle que depuis ses origines littéraires elle s'est affirmée : dire entre soi des histoires, murmurer ou gronder de violentes visions, habiter des terres parallèles, transmettre images et ambiances, provoquer l'exil et la transe, mais laisser à l'écart l'ennemi, toujours rôdant quelque part parmi les auditeurs, le laisser agacé et impuissant, le laisser ferrailler contre des cuirasses imperçables, derrière lesquelles rien d'important ne se dissimule ; construire entre soi des univers romanesques, une prose lyrique à plusieurs niveaux et chemins de lecture, dont au moins un passe par l'inconscient verrouillé des prisonniers et prisonnières qui disent, qui chuchotent, qui hurlent ou qui se taisent.»
(Antoine Volodine, Nos animaux préférés, p. 86-87)

Ai lu qu'il y avait une soirée d'Arte sur Beckett, avant-hier, et que commence une rétrospective Almodovar à la Cinémathèque. Cela me donne bien du regret de n'être pas parisien. Est-ce que Cécile ira ? Et Alain, peut-être ? En voilà deux que j'aurais bien accompagnés...
Me restent les Vendredis de la philosophie, avec Nicolas Grimaldi qui traite excellemment de métaphysique de la jalousie chez Proust. Un beau sujet. Pour changer et se faire peur, le troisième épisode de la Princesse de sang, fiction radiophonique d'après Jean-Patrick Manchette. Et puis à minuit, Alastair Duncan détaille les conditions de préparation de la pléiade Claude Simon.
Pas le temps de récupérer Quignard, on verra demain...
Enfin, une interrogation dernière : faut-il acheter le dernier Gérard Manset ? Pour le DVD de Suicide, ça me paraît plus évident que oui.

samedi 8 avril 2006

Vite las des bières et du son qui monte

Je n'ai pas failli. J'étais bien à 9h30 à l'Institut pour commencer une série de dix cours d'explication de texte sur Molloy de Beckett. Quelques nouvelles têtes parmi les étudiants, qui doivent être spécialement faites, pour se lever aux aurores et venir jusqu'ici le samedi matin...

Les trois premières pages de Molloy, c'est quoi ?
Quelqu'un qui parle — et ça s'écrit (p. 7). L'enfermement dans la chambre maternelle et dans le présent, pour on ne sait quelle infirmité. Le doute systématique derrière chaque nouvelle information. Une transaction écriture contre argent : mise à nu de l'édition (côté auteur). Le fils qui se substitue à sa mère et se cherche un fils à son tour : schématisation du renouvellement générationnel (7-8). Une bribe de mémoire avec trois verbes à l'imparfait pour un cliché d'amours ancillaires (8). Des concepts décoiffants comme le commencement qui n'est pas le vrai commencement (on dirait du Tao te king !...), ou l'avant-dernier plus important à choper que le dernier — puisqu'après le dernier on est mort (piégeux). La possibilité parabolique : que ce dénuement accepté soit l'ontologique tabula rasa de l'après-Auschwitz. Enfin les bugs de langage : l'interrogation sur le sens de faute (9), qui révèle la prégnance d'une éducation protestante chez celui qui n'en a pas (plus) besoin, mais surtout l'intransitivité de la parole comme de la mise en spectacle (« dire adieu », « faire ses adieux », sans que ce soit ni « à » ni « pour » quelqu'un — sauf un lecteur, n'importe lequel ou presque, qui arrive par exemple ce jour, 60 ans plus tard, pour signer son contrat.
Et une méga coquille dans la collection Double : les deux lignes du bas de la page 7, sont répétées en haut de la page 8 ! Et ce n'est pas de la faute à Sam !

Ceci posé, je m'en vais déjeuner avec T. au Saint-Martin. J'ai bien mérité mon poulet-frites.

Puis je vais écouter les quatre interventions de l'après-midi au colloque Écritures et communauté : Tsukahara Fumi (U. Waseda) pour qui la pensée de Baudrillard est peut-être moins incisive et créatrice que celle de 吉本隆明, Yoshimoto Takaaki (ou Yoshimoto Ryûmei, selon la lecture des kanjis) ; Patrice Bougon (U. d'Iwate) qui parcourt les cinq sens du mot communauté chez Michel Deguy de façon convaincante ; Marukawa Seiji (U. Waseda) qui tente d'unifier les concepts de communauté de Jean-Luc Nancy, de Jacques Rancière, de Michel Deguy et de quelques autres, au risque d'un incertain PPDC ; enfin Franck Villain (U. de Tsukuba) qui fait en toute sobriété une limpide étude d'Antoine Emaz, à partir de Lichen, lichen et d'Os, pour une poétique du quotidien où la communauté puise sans que l'individu ne quitte jamais son quant-à-soi.
Ayant lu Emaz il n'y a pas si loin dans le JLR, la parole de Franck résonne fortement, d'autant plus qu'elle est parente de celle de Beckett... J'ainsi boucle ma journée de pensée sur l'image d'une fractalité poétique où la multiplicité de micro-espaces d'objets-êtres identiques laisse à chacun sa différence.
Ci-contre, photo avec Kyoko, Franck, Clara et Fumi.
Ces échauffements neuronaux s'achèvent en douzaine dans la germanique ambiance de la brasserie Lion d'Ebisu Square Garden, dans laquelle je ne reste qu'une heure et demie, vite las des bières et du son qui monte. C'est l'âge ?...

« Mais peu importe. Car maintenant le souverain était sauf, tandis que madame la gauche mort tournait et tournait dans un fond de cale sans voir revenir ses messagers, prisonnière dans une barcasse peu à peu se dégradant, devant une côte déserte, dans un rêve issu d'un rêve de rêve.» (Antoine Volodine, Nos Animaux préférés, p. 79)

vendredi 7 avril 2006

Mensongère et meurtrière

Avec Flaubert, Beckett, Badiou, Viart et consorts, mes pensées refleurissent...
Ça y est, j'ai les trois Surpris par la nuit de pr.op.os autour de Bouvard et Pécuchet, c'est-à-dire de l'essence même de la littérature dans le travail d'écriture d'auteurs contemporains. Superbe idée, vraiment, de Stéphane Bouquet et Tanguy Viel (je suppose). J'en citerai, un autre jour...

Pas le temps aujourd'hui. Veille de grand oral ; une des épreuves de la vie ; un cours d'explication de texte sur Molloy ! Mais pour qui je me prends ? Qui je suis pour m'attaquer, me mesurer avec ça ?
Et j'y vais, courage, baluchon de notes.

« Élément des plus précieux pour l’unité, il est terriblement consciencieux dans son travail, enthousiaste quant à l’avenir de l’hôpital, il aime jouer au bridge et c’est à tous égards un type sympathique, âgé de trente-huit à quarante ans et sans convictions religieuses ; libre penseur, si l’on veut — à ceci près qu’il s’est jeté sur un petit chapelet en vente à l’étalage à Notre-Dame pour le rapporter en cadeau à Tommy D. C’est très attentionné de sa part.» (Jim Gaffney, médecin à l’hôpital de Saint-Lô, lettre à sa sœur Nora, 2 oct. 1945 ; citée in Eoin O’Brien, The Beckett Country. Samuel Beckett’s Ireland, Dublin : Black Cat Press, 1986, p. 326-327 ; reprise dans James Knowlson, Beckett / biographie traduite de l’anglais par Oristelle Bonis, Actes Sud, 1999, p. 447-448.)

« La leçon de Beckett est une leçon de mesure, d’exactitude, et de courage.» (Alain Badiou, Beckett, l’increvable désir, Paris : Hachette, 1995, p. 9.)


Après lecture de Badiou, ça m'a galvanisé, d'aller écouter Dominique Viart à Waseda ! (Le traitement de l'Histoire dans la littérature française depuis 1980.) Il a cité beaucoup d'auteurs, mais j'ai bien senti à nouveau l'attachement voué comme moi à Claude Simon, Claude Ollier, Julien Gracq, Pierre Michon, François Bon, Patrick Modiano, Didier Daeninckx, et, pour finir sur des contemporains qui recyclent des modalités historiques : Antoine Volodine ! Alors qu'on va commencer lundi Nos Animaux préférés au GRAAL ! Incroyable, cet accord plaqué et tenu !
J'ai enregistré, bien sûr...
Puis dîner à 9 à la bonne nipponette dans le quartier, cornaqués par Fumio Chiba, son inimitable sourire, la conversation très libre.
[à la bonne nipponette est une adaptation locale (de moi) d'à la bonne franquette...]


Ailleurs...
il y a un monde où l'on marche sur la tête
où la justice condamne celui qui a raison
celui qui n'a fait que rendre service
relais d'une juste dénonciation
de la bestiale impunité de la force publique
autrefois appelée
soldatesque
et la justice folle énivrée d'elle-même
couvre sa sœur la police
se vautre avec elle se souille dans sa robe
et condamne
sans vergogne
et sourit de la disproportion
qu'elle dit pour préserver
la
dignité
mot souillé par la matraque sanguinolente
moi je dis que c'est
la dignité de ceux qui n'en ont jamais eu car ils sont cachés
policiers armés casqués derrière le statut assermenté de leur parole
mensongère et meurtrière
Oui il y a meurtre et viol et salissure et coups et blessures
sur un homme à terre
sur un homme désarmé qui défend l'homme à terre
sur un homme qui relaie l'homme désarmé qui défend l'homme à terre
sur les hommes et les femmes qui soutiennent l'homme qui relaie l'homme désarmé qui défend l'homme à terre
tous et toutes souillés et condamnés
et vomissant leur justice
et vomissant leur police

et l'homme à terre, l'homme prétexte, où est-il ?
dissout, mort, payé pour se taire ?
Ailleurs...

jeudi 6 avril 2006

À méditer quatre ans plus tard

J'accompagne T. chez le médecin, elle a des douleurs qu'elle ne s'explique pas bien. Après la visite, c'est plus clair, c'est une inflamation du nerf sciatique. Les semaines qu'elle a passées devant son bureau puis le redémarrage physique depuis quelques jours ont eu des effets pervers... Voilà ce qu'on ramasse à vouloir finir une thèse au mépris de son propre corps !
Quoi qu'il en soit, c'est moins inquiétant que de ne rien savoir. Dans l'ignorance, c'est le stress et l'imagination qui font pirement (et physiquement) souffrir.

De retour, je me dépêche de regarder Chats perchés, dévédé emprunté il y a quelques jours à la médiathèque de l'Institut et que je dois rendre aujourd'hui, avec déjà une amende de retard à payer. Peu importe, le film me paraît encore plus intéressant que la première fois que je l'ai vu...
J'en profite pour refaire une photo avec M. Chat et le masque reçu le jour de la projection de Tokyo.
Au passage, Chris Marker nous rappelle deux paroles très intéressantes à réentendre, et à méditer quatre ans plus tard. L'une de Mamère, l'autre de Chirac :
« Laisser entendre que Jospin peut ne pas être au 2e tour, c'est prendre les Français pour des imbéciles » (Noël Mamère, Verts, au Cirque d'hiver, 17/04/2002).
« Dans les semaines, dans les mois, dans les années à venir, j'aurai besoin de vous pour conduire la République et pour défendre ses valeurs. Je compte sur vous.» (discours de Jacques Chirac, 05/05/2002, place de la République, après sa réélection contre Le Pen...)
Il peut compter sur le peuple, Chirac, pour défendre les valeurs de la république... y compris contre son premier ministre et contre lui-même. L'hymne de Marker à l'expression populaire, à la contestation joyeuse sous les auspices du chat prend des accents paradoxaux de sagesse de la nation face à des hommes politiques tous aussi girouettes que malhonnêtes.
Enfin, j'ai trouvé LE site de référence !

Déjeuner avec Christine, enfin de retour, après des mois à donner des cours en Suisse. Au Saint-Martin, bien sûr. Et T. nous montre ce qu'elle sait déjà faire avec sa caméra vidéo... Mon porc braisé sauce cassis est tout simplement délicieux. Beaucoup de choses à se raconter. Et puis relancer Thomas pour retourner au squash...
Je vais ensuite travailler à la médiathèque de l'Institut pour quelques références sur Beckett. Là, je m'aperçois d'un autre usage de mon Sony T7 : photographier des pages au lieu de recopier ou d'aller faire des photocopies. Le résultat est tout à fait lisible, malgré le faible éclairage qui contraint à une assez longue ouverture (1/20e). Comme ça, je potasserai à la maison les subtiles remarques de Ludovic Janvier dans son Beckett par lui-même au Seuil — 1969 et peu d'ouvrages sur Beckett qui arrivent à ce niveau (mais quelques-uns quand même, on en reparlera...). Je dois l'avoir, ce livre, mais dans un carton à 11.000 km...

mercredi 5 avril 2006

Ne sonneront jamais justes

Suite du rangement au bureau puis séance au centre de sport. Lecture à vélo, en contrepoids à Beckett : Dany Laferrière...

« Faut lire Hemingway debout, Basho en marchant, Proust dans un bain, Cervantès à l'hôpital, Simenon dans le train (Canadian Pacific), Dante au paradis, Dosto en enfer, Miller dans un bar enfumé avec hot dogs, frites et coke... Je lisais Mishima avec une bouteille de vin bon marché au pied du lit, complètement épuisé, et une fille à côté, sous la douche.» (Dany Laferrière, Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer, Le serpent à plumes, 2003 [Québec : Lanctot, 1985], p. 21)

Déjeuner avec David et un collègue mexicain, du département d'espagnol, lui aussi en train d'essayer de convaincre ses collègues de passer à des pratiques pédagogiques intégrant le cadre européen commun de référence pour les langues... C'est-à-dire, surtout, en schématisant un peu, faisant passer les compétences linguistiques en situation (vie courante, voyage, travail, renseignements, administrations, etc.) avant les apprentissages purement intellectuels et mémoriels (grilles de verbes et règles grammaticales).
Même si je reste convaincu qu'une base d'apprentissages contenant du par cœur et du répétitif jusqu'à l'automatisme, inséré dans des activités ludiques est impérative pour l'acquisition d'une certaine liberté d'expression — et faute de quoi, l'apprenant sera condamné à (ne) sortir (que) des phrases-types qui ne colleront jamais aux situations, qui ne sonneront jamais justes, et ce dès le niveau A1 !
Je l'ai d'ailleurs constaté dans les relations avec les familles orléanaises. Par exemple, une étudiante qui sait distinguer clairement le présent, de l'imparfait, du passé composé ou du futur pourra se faire comprendre sur ce qui est devant elle et qui n'est pas l'identique de ce qu'elle a vu ou eu la veille... Sinon, le tout-au-présent entraîne d'infinies confusions avec les familles qui souhaitent constamment vérifier si telle ou telle chose se passe bien, ce qui se fait bien sûr par questionnement en comparant avec les fois précédentes, naturellement distinguées dans des strates de temps, que l'étudiante ne perçoit pas — les francophones natifs quant à eux ne percevant pas que l'étudiante ne perçoit pas la stratification et cherchant un autre problème, se culpabilisant, etc.

Préparation de reprise. Remettre ses pas, ses mains, ses yeux et tout le reste dans des mécanismes de travail... Les mêmes, dans leur principe, mais différents... (Hier soir, on a un peu parlé de Robbe-Grillet dans les pas de Kirkegaard.) Les salles de cours attribuées ne sont plus les mêmes, le matériel est à découvrir ou à apprivoiser, les protocoles informatiques peuvent varier, les horaires même... Tous nos cours sont décalés de vingt minutes (plus tard qu'avant) et les inter-cours passent de 10 à 15 minutes. Pour les nouveaux étudiants, aucun problème, ils ne connaîtront que ça. Pour les autres, comme pour les enseignants, il y aura du flottement les deux premiers mois.
Et puis je reprends le train. Lecture de Molloy. Pause pour photos. Plus assez de lumière pour la netteté. Les cerisiers sont à tartiner. Mais c'est qu'ils sont toujours là ! Étonnants, cette année, bientôt deux semaines, déjà des pétales partout, et toujours autant sur les branches !

« Le stew me déçut. Où sont les oignons ? m'écriai-je. Réduits, répondit Marthe. Je me précipitai dans la cuisine, à la recherche des oignons que je la soupçonnais d'avoir enlevés, sachant combien je les aimais. Je fouillai jusque dans la poubelle. Rien. Elle me regardait, narquoise.» (Samuel Beckett, Molloy, p. 139)

mardi 4 avril 2006

La fraise n'est pas la framboise

Molloy me maintient en éveil tout le temps du shinkansen.
Juste une pause pour faire quelques photos du Fuji...

« Ainsi de temps en temps je rappellerai mon existence actuelle dont celle que je conte ne peut donner qu'une faible idée. Mais de loin en loin seulement, afin qu'on puisse se dire, le cas échéant, Se peut-il vraiment que ça vive encore ? Ou encore, Mais c'est un journal intime, ça va bientôt s'arrêter.» (Samuel Beckett, Molloy, p. 82)

Déjeuner festif avec nos nouveaux étudiants (une cinquantaine)... Je joue le photographe de service, les baguettes dans une main, sortant mon T7 de l'autre et flashant des groupes avec virtuosité (et discrétion).

Travail au bureau et réunion de département, la première. Beaucoup de paperasse à trier, traiter, ranger, jeter. En un mois et demi, il s'en est bien accumulé deux kilos...

Dîner à 4 au Rhubarbe...
Crêpes toujours aussi bonnes.
Autre test photo, avec ces couleurs luisantes des glaces dans un lieu peu éclairé.
En ISO 64 et flash coupé, l'automate a choisi le 20e de seconde, ouverture 3.5... Résultat : le texte est net et la fraise n'est pas la framboise...

lundi 3 avril 2006

Que tourne plus vite la page

Sur la terre, dans les couloirs, sur les balcons, sur les eaux du canal et sur les fils électriques, dans les airs et dans le bec des oiseaux, les pétales de cerisiers sont partout. Le vent levé de bonne heure a continué l'œuvre d'une nuit d'orage pour que tourne plus vite la page. Mais les pétales ne savent rien. Qu'aller au gré des courants d'air et se loger dans d'impossibles interstices. Par exemple entre chaussure et chaussette dès le nez mis dehors. Entre dent et gencive quand on bâille — mais pas moi, j'ai bien dormi...

Après une matinée studieuse et un déjeuner rapide au Bldy de Kagurazaka (qui devrait rappeler des souvenirs à quelques personnes), j'accompagne T. à Shibuya, entre les coups de vent, pour une séance de remise en forme.

Mais avant cela, retournons au Sakuraya cité hier pour y faire en toute tranquillité nos emplettes mûrement réfléchies (le dimanche n'est vraiment pas recommandé pour ça). Après discussion avec un vendeur compétent, pesée des avantages et inconvénients, le choix de T. se porte sur l'Everio de Victor-JVC, avec un disque dur de 30 Go ! Anniversaire + fin de rédaction de thèse, cela méritait un geste conséquent !
Pour moi, ce sera comme prévu hier, l'ultra-plat... Celui-là même qui m'a permis, dès mon retour à la maison, de surprendre les trois salopiots en train de cambrioler la trousse de maquillage...
Même réduite à 160 Ko pour la mise en ligne, la photo prise au Sony T7 montre un piqué et des distinctions de couleurs supérieurs à ce dont le Nikon Coolpix 5400 est capable, surtout si l'on considère la surexposition logique d'un flash à moins d'un mètre et qu'il n'y a aucune retouche de contraste par logiciel. Trois ans d'évolution technologique font dans ce domaine toute la différence, au mépris de la catégorie des appareils (le second étant en théorie supérieur au premier).

Regardons Les Égarés d'André Téchiné, DVD que je dois rendre à l'Institut. Déception (« 4 nominations aux César 2004 » signifie surtout qu'il n'en a eu aucun...). On a voulu mettre trop de choses dans ces 91 minutes, alors tout est fait à la va-vite, les dialogues souvent superficiels, les caractères pas poussés jusqu'à l'intensité dans l'action, et quand une scène est exceptionnellement lente, on s'y endort parce qu'elle n'a pas de consistance. Le prisonnier échappé et la petite fille s'en sortent, mais Emmanuelle Béart et l'adolescent qui joue son fils sont pénibles.
Je préfère me souvenir des Roseaux sauvages...

Ce soir, pour la première fois depuis toutes ces années au Japon, une fiction, un dorama sur un grand tremblement de terre à Tokyo (大地震), avec mise en scène de maintes situations-types que nous aurions à affronter : effondrements d'immeubles et de meubles, incendies, ascenseurs coincés, communications coupées, wagons déraillés, provisions raréfiées, étages de tours isolés, gymnases de réfugiés, scènes de panique, scènes de calme, scènes de sauvetage, scènes de retrouvailles, etc., le tout couvrant environ trois jours. Programme certes utile, mais dont le pathétique lacrymal (essentiellement familial) évite de montrer de trop près l'horreur des corps meurtris, broyés et brûlés, tout comme sont évitées les scènes de pillage, de détroussement de cadavres, de sauvagerie en bande (etc.) dont on sait hélas qu'elles ne manqueraient pas d'arriver.
Le but est de faire comprendre aux gens qu'ils doivent tenir prêt leur sac de survie, leur mémoire des lieux de regroupement et leurs protocoles de communication — bref, de les affoler raisonnablement...

dimanche 2 avril 2006

L'ire grande pisseuse des nuées

Réévaluation : rendre justice à Joseph Macé-Scaron (et à (quelques-un(e)s de) ses collaborateurs).
Fin décembre et début janvier, les deux premières éditions de Jeux d'épreuves (France Culture, le samedi de 17:00 à 17:55) m'avaient peu intéressé (euphémisme). J'y décelais (ou croyais y déceler) l'amorce d'une ambiance masque-et-plumesque, entée sur des résidus de Panorama. Ça allait empirer (ça ne pouvait qu'empirer, croyais-je) de l'outrance critique à l'étripement spectaculaire. La présence catastrophique d'Angelo Rinaldi et de François Busnel, pour lesquels je n'ai aucune estime, n'était pas pour me séduire...
Or, il n'en est rien. Et je viens, entre avant-hier et aujourd'hui, de récupérer presque toutes les éditions, encore disponibles en audio, notamment, pour les dernières, celles du 25 février (sur Hubert Haddad, Jacques Perret, JMG Le Clézio, Christina de Stefano et Christina Campo), du 4 mars (sur Jean Meckert, Duong Thu Huong, Yun Sun Limet et Richard Powers), du 11 mars (sur José Éduardo Agualusa, Aurélie Filippetti, Arthur Japin et Khari Shalabi), du 18 mars, en direct du Salon du livre (sur Daniel Maximin, Grisélidis Réal, Koffi Kwahulé et Pascal Quignard), du 25 mars (sur François Bégaudeau, Jacques Gélat, Iegor Gran et Kazuo Ishiguro), jusqu'à celle d'hier (sur JM Coetzee, Imre Kertesz, François Augiéras, Serge Sanchez et Ivo Andric).
Le parti pris de ne pas inviter d'écrivains (pas de génuflexions) et de ne parler que de livres lus et (audiblement) annotés d'une façon réellement critique, parfois passionnée parfois méthodique — loin des fades résumés en 10 lignes et des pseudo-entretiens par courriel en trois questions qui fleurissent partout dans le réticule, et qui sont à la critique ce que les rochers Ferrero sont aux chocolats Godiva.
Le dégonflage de Le Clézio et, dans une moindre mesure, du dernier roman de Quignard, les remarques intelligentes, en bien comme en mal, sur Bégaudeau ou sur Filippetti, les choix audacieux de Haddad ou de Limet ont été les moments déclencheurs de ce revirement, de ce changement d'avis dont je suis heureux car il y a maintenant trop d'émissions d'entretien avec les auteurs (qu'il est difficile de contredire) et pas assez d'émissions de critique véritable (c'est-à-dire qui ne soient pas des émissions de distraction).
Longue vie, donc, à Jeux d'épreuves !

Car tout ne va pas de mal en pis. Sauf pour les cerisiers, dont l'extase provocante (électrique ?) a déclenché soudain l'ire grande pisseuse des nuées — l'avions anticipée, rentrés aux premières gouttelettes.
Surprise au ping-pong, de nous retrouver, Bikun, Manu et moi, comme il y a trois ou cinq ans ! La reine Hisae retenue en famille et Katsunori disparu, nous nous revoyions dans cette éternelle durée de notre amitié naissante, avant que d'autres ailes ne poussent à Bikun, avant que Manu ne doive plus d'assiduité aux enfants qu'à nous... Tout au présent, je me suis bien concentré pour battre Manu et n'ai laissé Bikun gagner qu'en fin de troisième manche. Le jeu long nous est revenu, qui, même s'il n'est pas très sérieux, donne une sensation de défoulement physique plus importante que le jeu technique.

Déjeuner au restaurant chinois Panda. À quatre, T. nous y ayant rejoints, pouvant enfin déjeuner détendue avec quelqu'un sans l'arrière-pensée de manquer à son devoir rédactionnel (les thésards comprendront aisément). Après cette féérie de petits plats, Bikun sort son ordinateur portable pour nous montrer une centaine de ses meilleures photos du Tadjikistan tout en nous décrivant de vive voix son mode de vie spartiate, ce qui est toujours plus vivant que par écrit.
On passe ensemble au Sakuraya de Shibuya pour discuter des caméras vidéo, des avantages et inconvénients des modèles exposés, dans la perspective encore vague d'une acquisition pour T., qui est aussi intéressée par un dictionnaire électronique (mais il n'ont que des Casio, Seiko serait mieux) tandis que je lorgne un appareil-photo extra plat... Tout cela est encore velléitaire, pour ne pas dire brouillon, et mérite réflexion. Un autre jour, peut-être, messieurs les vendeurs !
Décidons de rentrer, T. et moi, tandis que nos deux compères s'en vont vers de livresques aventures (la librairie Book First, en fait).

Nos Animaux préférés dans le bain et d'exotiques basiques Charlie's Angels après le dîner, sur la chaîne 10. Comme quoi...

samedi 1 avril 2006

Cerisiers extatiques

Jour anniversaire de T., lever tard, déjeuner au Saint-Martin bondé pour cause de sortie des familles — pour mater les cerisiers extatiques de Sotoboro-dori. Les frites y sont toujours les meilleures malgré mes multiples essais en France (Orléans et Paris).
Allons à Ginza pour que T. redéplie ses jambes, quelque peu atrophiées par les deux derniers mois de chaise de thèse. Ça va, les muscles n'ont pas fondu, ils lui permettent encore d'arpenter les trottoirs et les magasins pendant quelques heures. On choisit un très beau gâteau chez Dalloyau, le Paris-Tokyo, à notre image, bien sûr. Et puis du tarama, aussi.

Je me suis donné l'ordre avant-hier de ne plus m'occuper du CPE. Et ça fait du bien.
Ces dernières semaines, je suivais ça avec passion, souffrance et comme si ma participation était requise — et utile. C'est, je crois, ce à quoi nous pousse une sorte de tension hystérique des médias : nous croire indispensables alors même que tout est fait pour éviter de prendre notre avis en compte. Le message est en fait que nous devons nous soumettre à la fatalité qu'on nous fabrique, et qu'il est seulement indispensable que nous restions à l'écoute du sort qui nous est réservé. Dans la mesure où je ne peux pas participer aux mouvements ni aux discours, il vaut mieux que je remonte sur un petit nuage, noir le nuage, d'où je souris de voir l'orchestration dramatique crescendo avant l'avis du Conseil constitutionnel (montagne — souris), d'où je pouffe à l'écoute du discours du Chef de l'état (« j'écoute aussi ceux qui » révèle que le forcené de l'Élysée parle la langue du forcené de Matignon) et d'où je me tiens les côtes de l'urgence soudaine à vouloir présenter des textes additifs et correctifs où il était si simple de faire dans le suspensif...
Et puis ça permet de me réinvestir ailleurs, où je suis plus utile. Par exemple les cours qui commenceront sous peu.

Ceci n'est pas un poisson d'avril.
Voici un des lieux où je voudrais mais ne pourrai aller dans deux semaines. Car outre le fait que je n'ai pas le bon passeport, les cours auront repris chez nous. Empire lost : France and its other Worlds (à Stanford, avec notamment Assia Djebar et Michel Serres).
Le plus étonnant pour moi (et regrettable), c'est qu'avec leurs moyens et leur notoriété, les responsables de ce colloque ne nous proposent pas, à nous partout dans le vaste monde qui ne pouvons venir à eux, de les écouter ou de les voir en ligne. Sont-ils technologiquement si arriérés ? Est-ce un choix qui, malgré la gratuité et les évidentes bonnes intentions, révèle un fond toujours élitiste ?
Cependant, le programme, lui, a bien été diffusé dans le monde entier... La liste des Chairs and Moderators de ce colloque montre aussi une sorte de verrouillage étatsuniens (je ne peux hélas pas dire autrement) de la chose. Et si c'est involontaire, ou héréditaire, c'est encore pire. Bien sûr, on me répondra que dans deux ou cinq ans, il y aura un volume publié. Sauf qu'il coûtera 40 ou 50 € et que presque personne ne l'achètera.
Le pire, c'est qu'on pourrait dire cela de 99 % des colloques ! Alors qu'un enregistreur mp3 coûte entre 200 et 300 €, que l'espace de stockage en université est à discrétion et qu'il ne manque pas d'étudiants-chercheurs qui seraient très heureux de se charger de tout cela... Mais voilà. C'est simple. On n'y pense pas.
Je précise (pour ceux qui débouleraient ici sans rien connaître à ce journal, prévenus par des amis et éventuellement furieux de mes propos) que je n'ai organisé que deux colloques jusqu'à ce jour mais qu'il sont tous les deux disponibles à l'écoute en ligne, sur mon initiative et mes propres deniers — et que franchement, de vous à moi, ce n'était pas la mer à boire...
Les aficionados de Michel Serres le retrouveront par exemple ici, à l'École Polytechnique le 1er décembre 2005 — où, ironie du sort, il développait sa vision des nouvelles technologies.